‹ Le drôle de corps; comédie en un acte et en prose. Représentée pour la premìere fois a Paris sur le Théâtre du Panorama, le 3 août 1822Chapitre 16 sur 29 · NANETTE, M. PIVOINE · texte numérisé non relu

NANETTE, M. PIVOINE

M. PIVOINE

Qu'as-ta?. . . qua-t-elle?. . . Qu'a ta jeune maîtresM, Nanelte ?

NANETTE

Comment , Monsieur , est-ce qu'elle ne vous en â pas parlé ?

M. PIVOINE

Parlé de quoi *

NANETTE

La pauvre petite !... vous savez du moins que sa tante est arrivée.

M. PIVOINE

Sa tante ! . . . quelle tante ?

NANETTE

Madame de Cormoran.

M. PIVOINE

De Cormoran ! . . . Le drôle de nom ! et elle est arrivée <l« quand. ''

NAN£TT£

Non, de St.-Vallery.

M. PIVOINE

Je pense bien que c'est de St.-Vallery ; mais je te demande depuis quand est-ce qu'elle est arrivée!'. . . de quel jour?

NANETÏE.

Il y a trois jours. . . et c'est pour vous , Monsieur , pour vous seul qu'elle est venue ici.

M, PlVOÎNr.

Pour moi î

KANETTE.

Oui , W. Pcrnet lui a fait de vous un portrait si cxlraordinaire.. Il paraît que ça lui a monté à la \ù\c ; elle a pris ia poste, et depuis trois jours qu'elle est chez nous, elle ne fait que rêver, s'agiler, pleurer. . . Elle prononce voire nom , du malin au soir , vous demande à tous les échos de Montrouge . . Enfin, Monsieur, je ne serais pas étonnée que cette tante-là ne voulût supplanter sa nièce, et que niamselle Aspasic trouvât dans sa parente une rivale capable de lui enlever votre cœur.

M. PIVOINE

Oh! laisse donc , mon cœur ! . . . mon cœur ne se laisse pas prendre comme ça.

N A NETTE

Celte femme-là, Monsieur, est un homme. . • et je souhaite que vous puissiez lui résister , quand elle sera dans votre maison.

M. piaoiîTe.

Dans ma maison?

N A NETTE

Sûrement , elle compte bien demeurer chez vous avec sa nièce.

M. PIVOINE

Oh ! par exemple , elle compte sans son hôte ; un femme passe , mais deux ...

NANETTE

Ce n'est pas tout , Monsieur ; elle a amené avec elle de sa province , un grand homme sec.

M. PIVOINE

Sec !

M. PERNET

Qu'elle appelle son consin.

M. PIVOlXE.

Son cousin!

NAÎ^ETTE, riant.

A la mode de Bretagne, je gage.

M. Pivoine.

Eh bien! ne faudra-t-il pas que j'épouse aussi son cousin?

NANETTE

Pardienne! c'est bien comm' ça qu'ils l'entendent.

Ah! tais-toi donc ! . . . est-ce qu'ils me prennent pour ua

Î'obard?.... Les jolis cadeaux de noce qu'on voudrait me faire à. . . Oh ! c'est ce que nous verrons.

MANETTE

C'cst-ce que nous allons voir j car j'entends madame de Cormoran.

M. PIVQINE.

Comment î c'est cette vieille sempiternelle que j 'aperçois d'ici .■*

NANETTE

Elle-même ; la voilà qui vient de ce côté.

M. PIVOINE

Je me sauve de l'autre.

NAXETTE.

Oh ! restez, Monsieur , il faut bien que vous fassiez queq' politesse à votre future tante.

SCErsE XIV.

Les Mêmes, M-»*. DE CORMORAN.

Cest LaBussièrc déguisée envieîile ridicule; coiffe noire ^ palatine, longues manchettes , mitaines noires , souliers à talons ^ canne à hec^ etc.

Mad. DE CORMORAN , entrant et courant vers Nanette. Avec une expression sentimentale..

Où est-il ?où est-il? ce cher petit M. Pivoine!.. Nanette!

Nanette!. . • on m'a dit qu'il était en ces lieux. • . Nanette! ne le dérobe point à ma vue?

K A NETTE

On vous a dit vrai , Madame , il est ici , et yoas allez le voir.

( 22-) Mad. DE cohmora:*.

Se pourrait-il ! . • . ah ! • . .

Heureux moment ! bonheur suprême !

Je vais le voir... quel trouble cxtrcnic ! Tu ne sais pas ce que je sens, Ce qui se passe dans mes sens.

Heureux momens , bonheur sup...

NANETTE

Le voilà, Madame.

Mad. DE COnMORAN.

Ah ! • . . ah ! oui ! c'est mon fantôme !

M. PivoiîJE, à part.

Son fantôme !

Mad. DE CORMORAN,

Nanelte, fais-moi le plaisir de t'en aller. . . je veux être seule, absolument seule avec lui; tu comprends, tu devines; l'émotion , la sensibilité . . . Va , j'ai tant de choses à lui dire ?

M. PIVOINE

Je ne suis guère d'humeur à l'écouter.

NANKTTE.

Je m'en vas. . .mais, Madame, songez-y pourtant, n'allez pas faire du tort à votre nièce.

Mad. DE CORMORAN.

Nanette, le sentiment ne se commande pas... laisse-moi, pas de réflexion, il n'est plus temps.

KANEtTE, s'en allant dit à Pivoine.

Ma foi, Monsieur; tenez-vous ferme.

M. PIVOINE, à Blanetle. Comme un roc! va , sois tranquille.

NANETTE, S en allant.

Le charmant tête à tête.

SCETSE XV.

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