NANETTE, M. PIVOINE
M. PIVOINE
Qu'as-ta?. . . qua-t-elle?. . . Qu'a ta jeune maîtresM, Nanelte ?
NANETTE
Comment , Monsieur , est-ce qu'elle ne vous en â pas parlé ?
M. PIVOINE
Parlé de quoi *
NANETTE
La pauvre petite !... vous savez du moins que sa tante est arrivée.
M. PIVOINE
Sa tante ! . . . quelle tante ?
NANETTE
Madame de Cormoran.
M. PIVOINE
De Cormoran ! . . . Le drôle de nom ! et elle est arrivée <l« quand. ''
NAN£TT£
Non, de St.-Vallery.
M. PIVOINE
Je pense bien que c'est de St.-Vallery ; mais je te demande depuis quand est-ce qu'elle est arrivée!'. . . de quel jour?
NANETÏE.
Il y a trois jours. . . et c'est pour vous , Monsieur , pour vous seul qu'elle est venue ici.
M, PlVOÎNr.
Pour moi î
KANETTE.
Oui , W. Pcrnet lui a fait de vous un portrait si cxlraordinaire.. Il paraît que ça lui a monté à la \ù\c ; elle a pris ia poste, et depuis trois jours qu'elle est chez nous, elle ne fait que rêver, s'agiler, pleurer. . . Elle prononce voire nom , du malin au soir , vous demande à tous les échos de Montrouge . . Enfin, Monsieur, je ne serais pas étonnée que cette tante-là ne voulût supplanter sa nièce, et que niamselle Aspasic trouvât dans sa parente une rivale capable de lui enlever votre cœur.
M. PIVOINE
Oh! laisse donc , mon cœur ! . . . mon cœur ne se laisse pas prendre comme ça.
N A NETTE
Celte femme-là, Monsieur, est un homme. . • et je souhaite que vous puissiez lui résister , quand elle sera dans votre maison.
M. piaoiîTe.
Dans ma maison?
N A NETTE
Sûrement , elle compte bien demeurer chez vous avec sa nièce.
M. PIVOINE
Oh ! par exemple , elle compte sans son hôte ; un femme passe , mais deux ...
NANETTE
Ce n'est pas tout , Monsieur ; elle a amené avec elle de sa province , un grand homme sec.
M. PIVOINE
Sec !
M. PERNET
Qu'elle appelle son consin.
M. PIVOlXE.
Son cousin!
NAÎ^ETTE, riant.
A la mode de Bretagne, je gage.
M. Pivoine.
Eh bien! ne faudra-t-il pas que j'épouse aussi son cousin?
NANETTE
Pardienne! c'est bien comm' ça qu'ils l'entendent.
Ah! tais-toi donc ! . . . est-ce qu'ils me prennent pour ua
Î'obard?.... Les jolis cadeaux de noce qu'on voudrait me faire à. . . Oh ! c'est ce que nous verrons.
MANETTE
C'cst-ce que nous allons voir j car j'entends madame de Cormoran.
M. PIVQINE.
Comment î c'est cette vieille sempiternelle que j 'aperçois d'ici .■*
NANETTE
Elle-même ; la voilà qui vient de ce côté.
M. PIVOINE
Je me sauve de l'autre.
NAXETTE.
Oh ! restez, Monsieur , il faut bien que vous fassiez queq' politesse à votre future tante.
SCErsE XIV.
Les Mêmes, M-»*. DE CORMORAN.
Cest LaBussièrc déguisée envieîile ridicule; coiffe noire ^ palatine, longues manchettes , mitaines noires , souliers à talons ^ canne à hec^ etc.
Mad. DE CORMORAN , entrant et courant vers Nanette. Avec une expression sentimentale..
Où est-il ?où est-il? ce cher petit M. Pivoine!.. Nanette!
Nanette!. . • on m'a dit qu'il était en ces lieux. • . Nanette! ne le dérobe point à ma vue?
K A NETTE
On vous a dit vrai , Madame , il est ici , et yoas allez le voir.
( 22-) Mad. DE cohmora:*.
Se pourrait-il ! . • . ah ! • . .
Heureux moment ! bonheur suprême !
Je vais le voir... quel trouble cxtrcnic ! Tu ne sais pas ce que je sens, Ce qui se passe dans mes sens.
Heureux momens , bonheur sup...
NANETTE
Le voilà, Madame.
Mad. DE COnMORAN.
Ah ! • . . ah ! oui ! c'est mon fantôme !
M. PivoiîJE, à part.
Son fantôme !
Mad. DE CORMORAN,
Nanelte, fais-moi le plaisir de t'en aller. . . je veux être seule, absolument seule avec lui; tu comprends, tu devines; l'émotion , la sensibilité . . . Va , j'ai tant de choses à lui dire ?
M. PIVOINE
Je ne suis guère d'humeur à l'écouter.
NANKTTE.
Je m'en vas. . .mais, Madame, songez-y pourtant, n'allez pas faire du tort à votre nièce.
Mad. DE CORMORAN.
Nanette, le sentiment ne se commande pas... laisse-moi, pas de réflexion, il n'est plus temps.
KANEtTE, s'en allant dit à Pivoine.
Ma foi, Monsieur; tenez-vous ferme.
M. PIVOINE, à Blanetle. Comme un roc! va , sois tranquille.
NANETTE, S en allant.
Le charmant tête à tête.
SCETSE XV.