M»». DE CORMORAN, M. PIVOINE
Kad. DE CORMORAN , après quelques minauderies.
Excusez , Monsieur. . . La timidité . . . inséparable . . . d'une première entrevue. . .
M. PIVOINE
Madame^ certainement..
lUad. D£ COBUORAN.
C'est donc vous qui venez. . .
M. PivoraE.
Oui, madame. . . c'est moi, c'est bien moi. . . Eustache Pivoine.
Mad. DE CORMORAN, avec sentiment .
Eustache.'' ah! le joli nom qu'Eustache.
M. Pivoine.
Madame , c'est un nom comme un autre.
Mad. HE CORMORAN.
Un nom!. . . non , Eustache a quelque chose. . . de. . . . quelque chose d'attrayant, de séduisant, de touchant «.. Eustache! la pointe St.-Euslache ! . - . rendez moi mon Eustache! . . . Ah! il faut avoir une âme pour sentir tout le charme de ce nom-là.
Le nom ne fait rien à l'affaire , Madame.
Mad. PE CORMORAN.
Si.
M. PIVOINE
Non.
Mad. DE CORMORAN.
Si.
»I, PIVOINE
Non , et pourvu que je plaise à votre nièce.
Mad, DE CORMORAN.
A ma . . . comment dites-vous , mon cher Eustache ?
M. PIVOINE
A voire nièce.
Mad. DE CORMORAN.
Cruel! esl-ce de ma nièce que vous devez me parler en ce moment.
M. PIVOINE
Et de qui donc?
Mad. DE CORMORAN.
De qui ? méchant ! les regards d'une femme tendre , n'ont donc jamais produit d'effet svinpatique sur voire cœur, et quand elle s'explique tacitement , faut-il que vous la réduisiez à vous faire elle-même un aveu toujours pénible, des sentimens que les combinaisons du hazard seul font naître quelquefois dans des circonstances, où elle n'est plus maîtresse de se rendre compte des résultats souvent dangereux , que la moindre faiblesse peut amener dans le cours d'une vie , exposéa à toutes les attaques do la séduction.
>i. PIVOINE, à part.
Que diantre me chante-t-clle là ?
Mad. DE CORMORAN.
Eustache ! mon clier pelit M. Euslachc Pivoine !.. Je vous en ai dir assez , je vous en ai même trop dil . . . Ah!
J"e suis sûre que j'ai le rouge sur la figure. . . La pudeur , 'embarras , une explication si franche , si claire !
M. PIVOINE
Mais , Madame , il est plus clair encore que c'est voire nièce que je viens épouser.
Mad. DE CORMORAN.
C'est impossible.
M. PIVOINE
Koas signons le contrat aujourd'hui.
Mad. DE CORMORAN.
Non , Pivoine; non. . • ne signez pas le contrat ; réfk?chissez encore, avant d'en venir à une extrémité dont le dérèglement d'une imagination vive et ardente n'a pu calculer toutes les suites , et qui peut influencer d'une manière, à la fois funeste et désastreuse , sur la destinée d'une ame trop accessible aux torrens des passions. . . Les passions! mon cher Eustache , les passions ! . . . avcz-vous connu les passions i'
H. Pivoine,
Jamais , Madame !
Mad. DE CORMORAN.
Jamais! ah Dieu ! que vous êtes heureux! vous ignorez les tourmcns affreux du joug impérieux d'un amour trop fougueuxl . . . comme on est ombrageux , soupçonneux , vaporeux , quand on est amoureux!
M. PIVOINE , à part.
Ah çà , mais elle est folle.
Mad. DE CORMORAN,
J'ai passé par là, moi. . . j'ai eu sept inclinations, honnêtes ! • . . sept amans que j'ai épousés par sentiment.
M. PIVOINE
Vous avez eu sept maris , Madame ?
Mad DE CORMORAN.
Hélas ! j'ai enterré le septième , il y a trois mois.
M. PIVOINE
Et VOUS voulez VOUS remarier .''
Had. DE CQRMORAN.
Le veuv.nge es! une solitude ! . . . je suis jeune , très jeune même ; comme vous voyez ; on me trouve quelques appas ; dans ma province, j'avais mille adorateurs et j'aurais pu céder mille fois pour une , aux tendres empresseraens de ceux qui me faisaient la cour... Mais on m'a parlé de vous... de vous , de votre esprit, de votre figure. . . au seul nom de Pivoine, toutes les illusions ont disparu, pour faire place à un penchant irrésistible qui a fini par absorber toutes les autres facultés intellectuelles, morales et physiques... Je n'ai plus vu que vous! je n'ai pensé qu à vous! En ville, aux champs, chez moi , dehors ; votre iniage ma poursuivie partout ! . . . Je me suis dit: il est pépiiiiérisle, marchand d'arbres 1 Eh bien! tant mieux! tant mieux.' nous les cultiverons ensemble, et nous ne ferons croître autour de nous que des roses sans épines.
M. PIVOINE
Tout cela est bel et bon. Madame, je suis sensible aux déclarations que vous me faites , mais rien ne peut rompre les engageraens que j'ai pris avec M. Perncl.
Mad. DE CORMORAN.
Ah dieu !
M. PIVOENE.
Tout ce que je puis faire , c'est de vous aimer.
Mad. DE CORMORAN.
Dem'aimer!. . .
M. PIVOINE
Comme on aime une tante.
Mad. DE CORMORAN.
Eh bien , Pivoine ! soit , soit ... je veux bien souscrire à ce barbare arrêt , mais je ne vous quitte plus, d'abord.
M. PIVOINE
Comment, Madame!
Mad. DE CORMORAN.
Non, je m'attache à vos pas . . je veux habiter les lieux que vous habitez, respirer l'air que tous respirez, vivre où vous vivez . . .
M. PIVOINE
Mais, Madame, je n'aurai pas de quoi vous loger.
Mail i)t cormora::^.
Ah! la plus peliie place me suffira, pourvu que je vous voie à toutes les heures du jour.
M. PIVOINE , à pari.
C'est une rage.
Mad. DE CORMORAN, avec effusiun .
Pivoine! Eusiache Pivoine! ne pouvant pas êlre votre (épouse , je serai voire amie, votre meilleure amie.
M. PIVOINE
Songez donc, Madame , que le monde. . .
Mad, Dt CORMORAN.
Et qu'importe? le monde n'est ricu, le sentiment est tout. . . Pivoine!. . .
JI. PIVOINE
Madame , je suis votre serviteur.
Mad, DE CORMORAN.
Pivoine !
M. PIVOINE
Et laissez-moi donc, Madame. . • non , non , non , non... cl cent fois non.
Mad. DE CORMORAN.
\ eus déchirez mou ame I
M. PiVOlNE , furieux.
Vous déchirez mon habit !
Mad, DE CORMORAN, s'eii allant par le jardiiï. 11 suffit, traître, un autre me vengera de les outrages.
Bon voyage!. . . J'aimerais mieux envoyer le mariage a tous les diables .' . . . A-t-on jamais vu une obstinée pareille !