PRÉFACE
Je me rends compte, mieux que personne, de l’imperfection du travail que j'offre — p. p. c. — à notre vieille Faculté, à mes Maîtres, à mes Camarades. Mais ma tâche était difficile.
Je viens de parcourir une route généreusement semée d’embûches par les écrivains grecs ou latins, qui n’ont su parler des Barbares qu'avec le mépris le plus hautain ou
l'admiration la moins justifiée.
: J | Heureusement, de savants historiens modernes ont séparé, par la critique la plus ingénieuse et la plus précise des textes,
le bon grain de l’ivraie (1). Vers ces chercheurs va toute ma
(1) Amédée Thierry : Histoire des Gaulois. — Michelet : Histoire de France. — Henri Martin : Histoire de France et Etudes d’archéologie celtique. — Jean Reynaud : L'esprit de la Gaule, 1864. — De Belloguet : Ethnologie gauloise, 1868. — Bulliot et Roiïdot : La cité gauloise, 14879. — Mais surtout : Fustel de Coulanges : Histoire des institutions politiques de l’ancienne France, 1875.— Gaidoz : Encyclopédie des sciences religieuses, au mot Gaulois. — D'Arbois de Jubainville : Cours de littérature celtique, 1889 ; et les Druides et les Dieux celtiques à forme d'animaux, 1906.— Alex. Bertrand : Nos. origines, 1897.— Ferdinand Lot : Les Celtes, revue encycl. 1898. — S. Reinach : Description raisonnée du Musée de St-Germain, Bronzes
es | reconnaissance, parce qu'ils ont facilité ma tâche et fait aussi le charme des heures — trop brèves — que j'ai vécues à la Bibliothèque Nationale. :
Je n'ai pas trouvé, touchant plus spécialement à mon sujet, des ouvrages de même valeur que ceux dont je viens de donner le titre. Je ne m'en plains pas. Car si les docteurs Cabanès et Lucien Nass, qui m'ont témoigné la plus grande bienveillance — et je leur en exprime ici ma bien vive gratitude — avaient étudié cette question des Druides guérisseurs, je n'aurais rien pu glaner derrière.eux. ee Pourtant, pendant que je faisais mes recherches ou après les avoir terminées, j'ai eu connaissance de deux travaux que je dois citer. HS :
Le premier en date est celui de M. Kauffeisen, ex interne des hôpitaux, pharmacien à Dijon (1). Ce sont quelques pages sans prétention, écrites dans un style familier, mais qui, à l'exception des emprunts faits à Pline, ne reposent pas sur des données historiques précises. L'auteur s’en rapporte au Barzaz-Breiz, d'H. de la Villemarqué, pour les six plan-
figurés de la Gaule romaine, 1894; et Cultes, mythes et religions, 2 vol. 1905. — Allmer : les Dieux de la Gaule, revue épigraphiqué à partir de 1894. — Camille Jullian : Recherches sur la religion gauloise, et Histoire de la Gaule, à vol. en cours de publication, 2 parus, etc. — [lest indispensable aussi de feuilleter : la Revue archéologique, la Revue celtique, la Revue de l'Histoire des Religions, où se trouvent d’ailleurs plusieurs des études que je viens d'énoncer. Je n'ai pas parlé de toutes les élucubrations maladives des druidomanes, qui n'ont pas même le mérite d'être du bon roman.
(1) Kauffeisein : La matière médicale chez les Druides, n° 20 du Bull. de la Société des Pharmaciens de la Côte-d'Or. Ce numéro étant épuisé, M. Kauffeisen m'a très aimablement adressé copie de son étude, Je l'en remercie vivement.
tes utilisées par les Druides. Or, je n’apprends à personne que le Barzaz-Breiz est d'une origine infiniment plus suspecte encore que les poèmes gaëliques d'Ossian.
Je pourrais faire le même reproche au travail du docteur Pansier (1), que ne m'avaient pas indiqué les docteurs Cabanès et Lucien Nass, et qui vient fortuitement de me tomber entre les mains à la Bibliothèque de notre Faculté.
M. le docteur Pansier ne nomme pas le Barzaz-Breïz, mais s'inspire aussi de lui, dans les deux pages qu'il consacre à la théogonie des Gaëls, puisqu'il parle de Koridwen, déesse de la Lune (?) de Gwyon, et des six plantes efficaces !
Pour le reste de l’opuscule, qui ne traite d’ailleurs que de la thérapeutique, jé me demande s'il est écrit avec toute la réflexion désirable. On y trouve, bien entendu, les inévitables phrases de Pline, mais l’importance que M. Pansier attribue aux documents fournis par Marcellus est peut-être excessive. Et quant à la prière des anciens païens qu'il nous donne d’après un vieux manuserit, j'ai tout lieu de croire qu’elle est d’une origme druidique plus que discutable. Il suffit de la lire pour s’en assurer.
Mais j'ajoute que mes remarques ne doivent pas dispenser Je lecteur de recourir au travail du Docteur Pansier, intéres-
sant à plus d’un titre.
En deux mots,et pour que les critiques nn je m’expose à mon lour ne s'égarent pas, je dois expliquer ce que j'ai voulu faire. Le titre de ma thèse l’indique. Je n’étudie la médecine en Gaule, qu’autant qu'elle présente des rapports avec le Druidisme. Mais les Druides ulilisaient vraisembla-
(4) Dr Pansier : La médecine des Gaulois au temps des Druides, Janus, livraison 8 et 9, 1907.
blement tout l'arsenal thérapeutique de leur temps et de leur pays ; et nous pouvons leur attribuer les pratiques gauloises
dont parle Pline, même lorsqu'il ne cite pas leur nom. . Je ne consens pas à accorder un crédit pareil à Marcellus Empiricus. Sans doute, la lecture du De Medicamentis emptricis, physicis ac rationalibus (1) est d’un très grand profit pour celui qui veut avoir une idée générale de la médecine, populaire surtout, vers la fin du 1v® siècle ; mais nous sommes dans l'ignorance des sources où l’auteur a puisé.
D'ailleurs, l’intérêt que présente l'étude des Druides .guérisseurs réside plutôt dans leurs pratiques religieuses surajoutées à la médecine populaire. Le De Medicamentis abonde en formules magiques ; mais nous ne savons d’abord pas, la plupart du temps, si elles ne sont pas grecques, latines ou juives ; puis, les incantations subissent souvent des transformations parallèles aux croyances du pays où nous les trouvons. Et, depuis longtemps, sous Marcellus fin du iv® siècle), le Druidisme ne se présentait plus dans son intégrité. - ;
Cependant, l’étude de la médecine populaire, telle que nous la raconte Marcellus, et telle que nous la trouvons encore aujourd'hui, n’est pas vaine, quand elle ne servirait qu'à témoigner, par les vestiges qu'elle conserve, malgré tout, de la médecine des Druides, de la continuité d’une chaîne qui ne s'est pas rompue depuis deux mille ans.
J'ai traité mon sujet aussi brièvement que possible, mais non pas à la légère. J'ai craint surtout de me laisser aller à des digressions faciles. Le mot de Druide est plein de mys-
(1) Edition princeps, Bâle 1536 ; réimprimé à diverses reprises et commenté savamment par Grimm et Pictet.
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tère et prête, plus que tout autre, aux poétiques envolées. J'ai eu toutes les peines du monde à me convaincre que je n’écrivais pas un roman, mais bien une thèse de médecine. Mais alors, cette idée m'a tellement poursuivi, que j'ai impitoyablement barré toutes les phrases inutiles. C'est ainsi que je présente un travail dénué de toute imagination ; les citations et les renvois ont remplacé la folle du logis. Je me demande même si je ne suis pas arrivé à friser le genre
ennuyeux. Pour m'en excuser, je dirai qu’il est souvent plus
facile de faire long que court. Ÿ
Et puis, la brièveté est parfois appréciée des lecteurs. Ainsi penseront peut-être les professeurs membres du jury de ma thèse. Je les remercie d’avoir consenti à siéger pour moi; en sollicitant d'eux cet honneur, c'est une marque de respectueuse sympathie que j'ai voulu leur lémoigner.
Aussi bien, entre {ous mes professeurs, je n'avais qu'à choisir, et s’il en est que j’aimé plus particulièrement, c'est que j'ai pu simplement les approcher davantage.
De mon internat à l’hôpilal civil de Bône, je garde aussi le meilleur souvenir. J'ai pu, pendant ce stage, m’exercer à mettre en pratique les leçons de mes maîtres, sous la direction de bienveillants praticiens. Mais je ne cesserai de conserver pour le directeur, M. Léon Rouvyer, l’affectueux
respect que je lui ai exprimé à maintes reprises.
En ce dernier acte d'une vie de jeunesse, je veux penser à ceux qui l'ont vécue avec mot, Je dois au moins citer mon bien cher ami Marc Varenne {je songe plulôt à l’écrivain délicat qu'au chef du secrétariat particulier du Président de la République), qui pendant mon séjour à Paris, nécessité par les recherches de ma thèse; m'a traité comme un frère ; et mon cher Marcel Benoit, ex interne des hôpitaux de Montpellier, médecin de la plus belle oasis tunisienne, en
“ souvenir de nos courses, de nos chasses à travers le bled, de
tout ce que nous avons entrepris et entreprendrons encore. + sn Et je pense aux autres aussi, que j'aime aujourd'hui comme autrefois, aux dispersés, aux disparus, à ceux que l'épreuve a touchés. Notre groupe n’est plus le joyeux groupe d'antan: il porte le deuil... et la vie passe...