‹ Le duc d'OrléansChapitre 2 sur 9 · NÉ A PALERME LE 30 SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

NÉ A PALERME LE 30 SEPTEMBRE

mort le 13 iuillet 18&2.

Le cruel revers delà Macta (juin 1835), appelait une vengeance éclatante et terrible. Le duc

* Avant d'aller en Afrique,- M. le duc d'Orléans s'était distingué comme militaire au siège d'Anvers. Il commandait l'avant-garde qui arriva devant cette ville, le 22 décembre 1832. Il demanda aussitôt et obtint l'honneur d'ouvrir la tranchée. Voici, du reste, quelques passages des bulletins de M. le maréchal Gérard, dont la loyauté ne saurait être suspecte de flatterie :

«30 novembre 1832, « Au quartier-général de Berchens, sous Anvers.

« Je ne puis rendre assez de justice à l'activité déployée dans « cette première opération par tous nos soldats; Mgr le duc d'Or- « léans, comme commandant de tranchée, doit avoir sa part dans « l'éloge qui revient à tous. Le prince n'a cessé d'être partout

d'Orléans, vivement ému de cette injure faite à nos armes, accourut en Afrique pour la venger. Abdel-Kader étalait alors insolemment l'orgueil de sa

« pendant la durée des travaux, et a rempli avec ardeur les de- « voirs que lui imposaient les fonctions temporaires dont il était « revêtu et qu'il avait vivement désirées.

« Le Prince royal a sans cesse parcouru les travaux, visité les « grands'gardes, assuré les réserves et le service des ambulances. « Plusieurs fois il a été couvert de terre par les obus qui s'enfon- « çaient dans le parquet à côté de lui. Cet exemple électrisait nos « jeunes soldats.

« Maréchal Gérard. »

« 4 décembre (Journal du Siège].

« Mgr le duc d'Orléans étant commandant de tranchée, le 3 dé- « cembre, l'a parcourue pendant la nuit dans toute son étendue « avec le maréchal Gérard, le général Saint-Cyr-Nugues, le géné- « rai Ilaxo, et l'a de nouveau visitée tout entière ce matin. »

« 6 décembre.

« Le feu de cette journée a été, de la part de la citadelle, beau- « coup plus vif que celui des jours précédents. Les Hollandais « ont profité de la nuit pour dégarnir de treize pièces une partie « de la face de leurs ouvrages qui regarde la ville, et pour les « placer dans le bastion de Tolède.

«( Le tour de tranchée de M. le duc d'Orléans est revenu aujour-

5 — fortune naissante. Il était nécessaire de lui donner une forte leçon, et l'expédition de Mascara fut résolue * .

« d'hui. Le prince a sous ses ordres le 58* de ligne, bon et beau « régiment. S. A. R. a toujours la môme ardeur pour Taccom- « plissement des devoirs qu'il s'est imposés.

« Maréchal Gérard. »

« Paris, 23 décembre.

« Je m'abstiens de vous recommander les soins à donner aux « blessés. Je suis informé que l'intendant en chef de l'armée s en « occupe avec beaucoup de zèle. Je sais aussi que Mgr le duc « d'Orléans lui-même leur consacre la plus touchante sollicitude.

« Maréchal duc de Dalmatie. »

On voit que M. le duc d'Orléans s'était bien préparé à la rude guerre d'Afrique, et que trois ans avant l'expédition de Mascara il avait déployé les qualités rares qui devaient le rendre doublement cher à l'armée.

1 Abd-el-Kader, enflé par l'imprudent traité du général Desmichels (1834), et par les funestes concessions du duc d'Erlon, nous disputait alors les Douars et les Smelas que le général Trézel venait de lier heureusement à notre cause (16 juin 1835). Ce fut là le prétexte du renouvellement des hostilités. Le général Trézel ayant vouludéfendre ceux des Douars et ceux des Smelas qui nous étaient restés fidèles, se trouva assailli sur le Tlélat, à quelques lieues d'Oran, par des forces très-supérieures que dirigeait l'émir. Le désordre se mit dans nos rangs, et nous éprouvâmes des pertes très-sensibles, .^ous eûmes 300 hommes tués et 200 blessés.

Kxpédilion de Mascara.

Le 25 novembre 1855, les préparatifs de cette expédition étaient terminés. Le maréchal Glauzel avait fait occuper l'île de Raschgoun , en face de l'embouchure de la Tafna, afin de contenir les tribus de l'Ouest par la crainte d'une attaque sur le littoral pendant la marche de la colonne dans l'intérieur. Cette mesure habile eut tout le succès qu'il en avait attendu.

La colonne put se mettre en mouvement le 26.

Le maréchal Clauzel, commandant en chef, avait auprès de lui le duc d'Orléans, et à sa disposition MM. le général Baudrand , le général Marbot, le lieutenant-colonel Gérard, ainsi que MM. les capitaines Montguyon, Bertin, d'Elchingen, Chabaud- Latour; le colonel de cavalerie de l'Étang, le capitaine du génie Leblanc, et le chirurgien-major Pasquier, aide-de-camp, officiers d'ordonnance, ou attachés à l'état-major particulier du prince. MM. le lieutenant-colonel Joseph Maison et le ca-

pitaine Duchatel, tous deux aides -de-camp du ministre de la guerre, étaient venus également se placer sous les ordres du gouverneur-général.

Le corps expéditionnaire, fort de 11,000 liommes environ, formait quatre brigades et une réserve, commandées et composées ainsi qu'il suit :

1" Brigade. — Général Oudinot.

Les Douars, les Smelas et les Turcs d'Ibrahim ;

Le 2" régiment de chasseurs d'Afrique ;

Les zouaves ;

Le 2* léger ;

Une compagnie de mineurs ;

Une compagnie de sapeurs ;

Deux obusiers de montagne.

2" Brigade. — Général Perregaux.

Les trois compagnies d'élite venues d'Alger;

Le 17" léger ;

Deux obusiers de montagne.

3' Brigade. — Général d'Arlanges.

Le 1" bataillon d'infanterie légère d'Afrique ;

Le 11* de ligne;

Deux obusiers de montagne.

W Brigade. — Colonel Combes.

Le UT de ligne ,

Deux obusiers de montagne.

Réserve. — Lieutenant-colonel Beaufort, du UT de ligne.

Un bataillon du 66* de ligne ; Une compagnie de sapeurs; Quatre obusiers de montagne ; Une batterie de campagne.

Les troupes arrivèrent le premier jour (26) au camp du Figuier. Le maréchal, accompagné du duc d'Orléans, fit une reconnaissance jusqu'au Sebkha (terre salée), mais l'ennemi ne se révélait encore que par des feux lointains allumés sur les cimes de l'Atlas.

Le lendemain, 27, l'ancien camp du Tlélat fut occupé ; le jour suivant, toutes les colonnes débouchèrent dans la plaine du Sig. Le soleil était radieux, les troupes conservaient un ordre admirable, comme en un jour de revue; l'armée, précédée par les Turcs et les Arabes du bey Ibrahim, qui marchaient au bruit aigre et si original de leur musique militaire et dont les nombreux étendards barriolés étaient déployés, offrait le spectacle le plus curieux et le plus pittoresque.

Le même jour, les zouaves et les gens d'Ibrahim franchirent le Sig et s'étabJirent sur la rive droite,

OÙ un camp retranché reçut le lendemain le reste de la colonne. L'ennemi qui, jusque-là, ne s'était presque point montré , prit position au pied de l'Atlas, à la droite de notre camp. Abd-el-Kader dirigeait tous ses mouvements avec une grande habileté; mais pourtant, en présence de l'ennemi puissant qu'il avait si témérairement défié, il dut concevoir des doutes sur l'issue de la guerre qui s'engageait, car il envoya un de ses lieutenants (Bel- Aziz), au bivouac d'Ibrahim, pour porter indirectement des paroles de paix. < La mission très-difficile de cet officier consistait à faire entendre que l'émir désirait la paix, mais qu'il fallait qu'on la lui demandât. Comme il était impossible d'entreprendre la moindre négociation sur ce terrain, l'émissaire fut renvoyé dès qu'il se fut expliqué assez clairement pour qu'on pût le comprendre *. » L'ambitieux émir possédait déjà au plus haut degré cet esprit de duplicité qu'il jugeait nécessaire à l'affermissement de sa puissance, et qui devait le faire passer par le traité de la Taftia pour arriver à la guerre de 1840, à la destruction de tous ses étabhssements et à sa ruine.

Le 1'^'' décembre, le maréchal voulut reconnaître

* Annales algériennes, tom. III.

l'ennemi qui demeurait dans l'inaction. Il marcha vers lui avec la cavalerie, les zouaves et toutes les compagnies d'élite. L'on se trouva bientôt en face des Arabes qui s'étaient fortement retranchés. Nos soldats se précipitent sur eux, pénètrent dans leur camp et leur enlèvent une partie de leurs tentes. Surpris et intimidés par cette vive attaque, ils prennent la fuite et se réfugient dans la montagne ; mais, bientôt rassurés, ils viennent nous assaillir à leur tour, et la lutte s'engage avec une grande énergie. Deux de nos escadrons furent un instant compromis. Les Arabes, formant un demi-cercle sur le derrière de la colonne, la poursuivirent avec un acharnement que nos boulets et nos obus ne contetenaient qu'imparfaitement. Ce combat dura cinq heures. M. le duc d'Orléans y paya plusieurs fois de sa personne et donna l'exemple du courage et du sang-froid.

Après un jour de repos accordé aux troupes, le maréchal passe le Sig (5 décembre). Entre le Sig et l'Habrah s'étend une plaine de sept lieues d'étendue, et l'on devait s'attendre à y être attaqué par la cavalerie ennemie, si habile à profiter des avantages que lui donne son extrême mobilité. Abd-el-Kader épiait tous nos mouvements avec une rare intelligence ; mais le chef français avait sur lui l'avantage d'une

longue expérience militaire, et il prit d'habiles dispositions.

Les généraux Oudinot, Perregaux et d'Arlanges, reçurent l'ordre de former leurs brigades en colonnes par pelotons, et de marcher à la même hauteur, renfermant entre leurs intervalles l'artillerie, les voitures et les chameaux qui composaient l'immense convoi de l'armée. La 4® brigade, sous les ordres du colonel Combes, fut chargée de l'arrière-garde et de la protection du convoi, lorsqu'il se trouverait isolé des trois premières brigades, par suite de leurs mouvements contre les Arabes.

L'ennemi, au nombre de plusieurs milliers de chevaux, assaillit l'arrière-garde aussitôt qu'elle eut franchi le Sig. Mais une atlaque encore plus vive a lieu à la hauteur du camp d'Abd-el-Kader. Celui-ci met en mouvement sa nombreuse cavalerie et son infanterie régulière, au milieu de laquelle il marche en personne, entouré de ses principaux chefs et de ses étendards. Un coup de canon blesse son secrétaire qui était près de lui, et tue le portedrapeau de son bataillon régulier. Mais ces masses sont ébranlées, elles se précipitent sur notre colonne, cherchant à en séparer l'arrière-garde. Ces efforts sont inutiles ; l'arrière-garde parvient à re-

joindre le corps principal, c Le maréchal, dit un historien militaire dont nous voulons reproduire ici exactement le récit, ayant toutes ses brigades sous la main, opéra alors un changement de direction à droite par brigade, à l'exception de la quatrième, qui, avec le convoi et la réserve, resta sur l'ancienne direction. Par ce mouvement, aussi régulièrement exécuté qu'habilement conçu, les trois premières brigades se trouvèrent en un clin d'œil formées en échelons par la gauche en ordre inverse, et marchèrent dans cet ordre vers la montagne oii elles refoulèrent l'ennemi. Cela fait, le maréchal opéra un mouvement semblable par la gauche, et alors les mêmes brigades, en échelons par la droite et dans l'ordre naturel, reprirent la direction primitive. Tout cela se fit avec un ensemble merveilleux, qui dénotait et l'habileté du général, et l'instruction parfaite des troupes. Il était impossible d'appliquer avec plus d'intelligence les principes de la tactique aux besoins stratégiques du moment. Abd-el-Kader qui, dans cette journée, manœuvra de son côté aussi bien que le lui permettaient les éléments imparfaits qu'il avait entre les mains, forcé de renoncer à son attaque de flanc, se porta, par les montagnes, en avant de notre direction, et s'établit perpendiculairement à cette di-

rection, dans une position formidable, sa droite appuyée à un bois et sa gauche aux montagnes. Son artillerie prit position à gauche sur un mamelon attenant aux montagnes, où il pouvait se retirer en cas de revers. Il nous attendit ainsi dans un lieu resserré où il restait maître de sa retraite. Le choix de cette position et les dispositions qu'il prit pour la défense auraient fait honneur à un général européen ; mais il oublia trop qu'il n'avait que des troupes arabes. »

Un nouvel engagement, plus vif, plus meurtrier que les précédents, était donc inévitable.

Impatient de reconnaître la position d'Abd-el- Kader, le maréchal marchait avec M. le duc d'Orléans en avant de la colonne. Ils n'étaient accompagnés que d'un petit nombre de tirailleurs et de chasseurs. Tout à coup ils se trouvent en présence d'une masse énorme de cavaliers dans laquelle vont donner les dix ou douze voltigeurs qui les précèdent. Par une de ces inspirations héroïques et soudaines qui nous ont valu tant de succès, à l'instant même tous les officiers de l'escorte mettent le sabre à la main, et, sans calculer le nombre des Arabes, ils enlèvent les chasseurs par le cri : En avant ! en avant ! chargent à fond l'ennemi et le font reculer en désordre à plus de cinq cents mètres. L'artille-

— u ~ rie, arrivant à propos, achève de le disperser.

Nos troupes continuent d'avancer, et se trouvent bientôt au pied du ravin qu'elles doivent franchir. Cette tâche est d'abord réservée aux zouaves et aux voltigeurs des 2^ et 17« régiments d'infanterie légère. L'infanterie arabe qui garde la position est promptement débusquée. L'artillerie de l'émir ne peut arrêter l'élan ; elle se débande et s'enfuit en désordre. Le brave général Oudinot, à la tête de ses soldats, est atteint d'une balle à la cuisse.

Pendant que la l^^^ brigade force ainsi le passage à droite, le général Perregaux fait attaquer le bois de l'Habrah par les voltigeurs du 11^ léger. A leur tête se précipitent plusieurs des officiers du maréchal. Le duc d'Orléans est là, animant les soldats de la voix et de l'exemple. Comme le général Perregaux, il reçoit, au plus fort de la mêlée, une balle à la cuisse gauche, au-dessus du genou. Mais l'ennemi n'a pu résister à ces généreux efforts. Toutes ses positions sont enlevées, et notre armée arrive sur la gauche de l'Habrah à sept heures du soir, après dix heures de combat.

D'autres engagements, moins importants, signalèrent la marche pénible de l'armée vers Mascara. L'on atteignit enfin cette ville, et le prince y fit son entrée le 6 décembre.

Mascara avait été la veille le théâtre des plus grands désordres ; les juifs avaient été pillés, un grand nombre d'entre eux avait été massacré, des femmes et des enfants avaient succombé sous les coups furieux des Arabes ; la famille d'Abd-el-Kader n'avait pas même été épargnée. Il n'y restait que sept à huit cents Juifs, consternés et tremblants, et l'incendie y exerçait ses ravages.

L'œuvrede destruction, commencée par les Arabes, fut achevée par nos troupes. Les établissements militaires d'Abd-el-Kader furent rasés.

Un coup terrible venait d'être porté à la puissance de l'émir. L'armée quitta Mascara le 9 décembre, et rentra le 12 à Mostaganem. Pendant cette expédition, qui avait duré quinze jours, elle avait supporté de grandes fatigues et vaincu tous les obstacles avec une constance qui ne s'était pas démentie un seul instant. On vit même nos soldats chercher à adoucir, autant que possible, la misère de la population qui les suivait ; non-seulement les cavaliers placèrent des femmes et des enfants sur leurs chevaux ; mais les fantassins, et surtout les zouaves, qui formaient l'arrière-garde, n'hésitèrent point, malgré leur extrême fatigue, à prendre aussi des enfants sur leurs épaules et sur leurs sacs alourdis par cent cinquante cartouches, car il avait fallu

— 1(5 — soulager les chameaux qui portaient les munitions de guerre.

Le prince avait fait dans cette campagne un pénible et glorieux apprentissage de la guerre. Sa place, marquée à côte du maréchal, devait toujours être belle et périlleuse. Sa blessure au combat de l'Habrah fut à la fois un privilège de son rang et le prix de son noble courage. Dans toutes les journées de cette expédition, il montra le plus patriotique dévouement et une tranquillité stoïque, sur la couche dure du bivouac comme au milieu de l'action, comme dans les rudes fatigues des marches et des campements. « Il fallait le voir, ont raconté depuis nos soldats, avec son képy rouge, son burnous blanc qui le désignait de loin aux balles des Arabes, il fallait le voir au milieu de nos rangs, le teint hâlé comme nous, soit qu'au fort de l'action il s'élançât, avide de danger, l'épée à la main, soit encore qu'au milieu d'une route pénible, dévoré parle soleil africain, il conservât cette gaîté insouciante, ce calme des âmes fortes que rien ne peut ébranler *. »

* On lit à ce sujet dans une vie du duc d'Orléans : « La marche fut longue, pénible, remplie de privations de tout « genre. Dans ce cortège guerrier, le prince se faisait remarquer « par sa bonne grâce, par son dévouement, par sa générosité

Échappé aux halles des Arabes, le du(; d'Orléans n'échappa point à l'influence meurtrière du climat. Il fut atteint par la fièvre d'Afrique, et peu s'en fallut qu'il ne succombât à ses violentes attaques. Sa vigoureuse constitution le sauva, mais il fut emporté mourant sur le vaisseau qui devait le ramener en France ; avant de partir, il adressa à ses frères d'armes cette lettre d'adieu :

M Mostagaiieni, 13 décembre 1835.

« Je ne puis, mon cher Maréchal, m'éloigner du corps expé- « ditionnaire de Mascara, sans demander au digne chef qui l'a « conduit à la victoire d'être mon interprète auprès des chefs de « toutes armes qui le composent. Veuillez, en leur transmettant « mes adieux, leur dire que je m'estime heureux d'avoir été té- « moin de leur courage dans les combats, de leur patience dans « les fatigues. Je m'empresserai d'en rendre compte au Roi, mon « père, et je ne doute pas que la France n'apprécie les obstacles « et les difficultés du triomphe dans lequel vos habiles combi- « naisons ont été secondées par le courage des troupes. »

Le duc d'Orléans, dont les instincts étaient éminemment nationaux, avait compris que l'Algérie de-

« chevaleresque ; il se contentait du pain du soldat, et il buvait « de leur eau quand il y avait de l'eau ; à qui était blessé, il cé- « dait sa tente, son lit ou son cheval ; il était levé le premier et « couché le dernier; il excitait par sa présence autant que par

« ses discours, chacun à bien faire. » .

vait être pour la France un élément de grandeur et de force ; il avait compris que la terre qui renfermait les ossements de tant de milliers de braves, devait être h jamais française; et, dans toutes les circonstances, on le vit associer à la défense des intérêts de nos soldats, celle d'un pays où ils avaient pu ajouter à notre gloire. Il était sans cesse ramené par toutes ses pensées, par toutes ses sympathies, au milieu de l'armée d'Afrique, et il brûlait d'acquitter la promesse qu'il lui avait faite de revenir partager encore une fois ses travaux et ses périls. L'occasion ne devait s'en offrir que quelques années après ; de graves obstacles s'opposèrent à son départ ^, mais sa volonté sincère et forte les surmonta tous. Il s'arracha à sa famille , aux plus tendres et aux plus puissantes affections, à des joies toutes nouvelles pour lui, aux embrassements du fds que Dieu venait de lui donner, et il tou-

* On lit dans une vie du duc d'Orléans :

« Le Roi s'opposait à ce départ, la reine pleurait à l'avance, le « conseil des ministres résistait ; mais le prince royal restait K ferme dans sa volonté. Alors, en désespoir de cause, la reine « éplorée s'adressa à la duchesse d'Orléans, la priant et la sup- « pliant d'empêcher ce départ au nom de son fils. Mais la prince cesse, digne de sa fortune, digne de son noble époux, n'opposa « à cette résolution bien arrêtée qu'un front calme et serein. »

oha de nouveau la terre d'Afrique le 27 septembre 1839 ^

1 Voici une lettre que M. le duc d'Orléans écrivait, au moment de partir une seconde fois pour l'Afrique, à M. le général Létang. Cette lettre peint admirablement les sentiments du prince :

« Après bien des vicissitudes et des efforts contraires dont je « vous épargne le récit, mon général, j'ai obtenu d'aller acquitte ter, comme un homme d'honneur doit le faire, l'épée à la « main et dans les rangs de l'armée, l'engagement que j'ai con- « tracté, en Afrique, lors de mon dernier voyage. Je pars sur-le- « champ, de peur qu'on ne revienne sur cette décision; mais je « pars à de telles conditions que, pour m'y soumettre, il m'a « fallu mon inébranlable volonté de tout sacrifier au plus sacré « de tous les devoirs, à l'accomplissement d'une promesse d'hon- « neur. Ne regrettez donc pas, mon cher général, de ne pas venir « avec moi; pour moi, personnellement, je le regrette vivement, « car je vous apprécie à toute votre valeur et vous suis attaché ; « mais pour vous (avec les exigences auxquelles j'ai dû, pour « obtenir ma place de bataille pour la troisième fois à l'armée « d'Afrique, me soumettre) , il n'y aurait eu rien à faire qui ne fût u au-dessous de ce que vous avez déjà fait.

« Adieu, mon cher général, je penserai souvent à vous au mi- « lieu des troupes que vous avez toujours si bien guidées.

« Signé : Ferdinand.

« A monsieur le général de Létang, à Arras, »♦

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