EXPÉDITION DES PORTES-DE-FER
On sait que M. le duc d'Orléans a écrit un Journal de l'expédition des Portes-de-Fer.
Ce journal, publié par M. Charles Nodier, en un magnifique volume in-Zi°, témoigne de Télévation d'esprit et des connaissances variées du Prince. 11 renferme des aperçus historiques* qui peuvent éclairer sur le meilleur système d'occupation à suivre en Algérie. Il ofiFre également un grand intérêt au savant, à l'archéologue. Nous y puisons les détails curieux qui suivent sur la position de Djemila (ancienne Cuiculum).
« Elle est d'un abord difficile ; le terrain présente à l'occupation des obstacles que de grands travaux pourront seuls surmonter. L'importance de ce point est cependant immense, et les Romains le savaient, puisqu'ils y avaient établi une ville puissante. L'occupation de l'Afrique par ce grand peuple s'appuyait d'un côté sur le littoral, et, à l'intérieur, sur la longue ligne des plaines élevées qui conduisent de Carthage à l'extrémité occidentale de la Mauritanie, en tournant les divers chaînons de l'Atlas. Les points principaux du littoral se rattachaient, par des routes transversales, à cette grande voie. Pour tracer ces routes, il était nécessaire de dominer les vallées dans lesquelles elles devaient passer, et d'occuper tous les points stratégiques, quel que fût, d'ailleurs, le désavantage de leur position. Telle fut la cause de l'établissement de Djemila.
«... Tracée à peu de distance des montagnes habitées par les Kabyles, fortifiée comme les Romains l'avaient fait, elle assure la tranquillité du pays et couvre la route qui se développe sur la plaine des Abdelnous.
« De magnifiques monuments romains existent encore à Djemila.L'arc-de- 'triomphe, le temple, le théâtre et plusieurs tombeauxattestent la somptuosité de l'antique Cuiculum. On voit encore, sous les pierres, des cendres et du charbon; l'étude des monuments et la lecture des inscriptions prouvent que ces édifices sont antérieurs à l'invasion des Vandales. C'est le seul point de l'Algérie où l'on ait jusqu'ici retrouvé des monuments dont la construction a certainement précédé le règne de Justinien.
«... Cuiculum est restée une sorte d'Herculanura non explorée, qui peut offrir une mine inépuisable de découvertes à la science et aux arts. Nous parcourons sur ces ruines un espace immense, couvert de fûts, de colonnes en pierre ou en granit d'Europe, de chapiteaux, de sculptures et de mosaïques. »
Il est vivement à désirer que ces ruines soient explorées, et que des recherches savantes habilement dirigées, viennent jeter quelque lumière sur ces anciennes villes de l'Afrique.
IVote B.