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Le duc d'Orleans prince royal

En essayant de rappeler dans quelques pages les principaux événements d’une existence si jeune d’années , mais déjà si riche de faits et si pleine d’espérances , nous n’avons voulu écrire ni un panégyrique, ni une oraison funèbre; nous n’osons pas même donner à ces lignes le litre de biographie. Seulement , nous avons réuni des notes puisées à des sources certaines ; nous avons recueilli les souvenirs que laissent tomber avec des larmes les personnes qui étaient le mieux placées pour connaître et aimer le Prince ; nous avons écouté les en-

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tretiens de ceux qui , pour tromper leur douleur, causent avec tant de complaisance de ce qu’ils ont perdu. Puis, loin de toute précipitation ,»ne consultant que nos propres sentiments, émus encore par la terrible secousse qui a si violemment ébranlé tous les cœurs, nous avons pensé que ce qui avait pour nous tant d’intérêt ne saurait être indifférent aux autres.

L’avidité avec laquelle la curiosité publique recherche tout ce qui conçerne l’objet de tant de rejçrcts , nous a été un encouragement.

Ferdinam)-Piiilippe-Loüis- Charles- Henri d’Orléans naquit à Palerme, le 3 septembre 1810. H reçut en naissant le titre de duc de Chartres, un de ceux que portaient les fils aînés de la famille d’Orléans. En 1830, lorsque Louis -Philippe d’Orléans, son père, fut appelé au trône des Français , il lui succéda dans le titre de duc d’Orléans, auquel fut ajouté celui de

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Prince-royal qui le désignait comme Théritier présomptif de la couronne.

■Malgré le caractère auguste de sa famille, on peut dire qu’il est jié loin du trône ; son père, marié à la princesse Marie-Amélie , fille de Ferdinand roi des Deux-Siciles,. partageait l’exil de la famille de Bourbon.

En 1810 , INapoléon était à l’apogée de sa gloire et rien encore ne présageait les désastres de 18U ; la famille môme de la mère du jeune prince, reléguée en Sicile, voyait Joachim Murat assis sur le trône de îSaples.

Ses premiers regards et ses premières pensées trouvèrent de graves et redoutables enseignements. - Rentrée en France après les événements de 18U, la famille d’Orléans se trouva placée’ près du trône, mais sans ÿ toucher; dans l’ordre des prévisions humaines, rien Reparaissait l’y appeler; tout, au contraire, semblait l’en éloigner. Cependant, la famille royale et les princes du sang, tel était

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le titre que l’on donnait aux membres des branches cadettes, étaient unis par les liei^ de la fortune, de la parenté et de Taffection. Le Duc de Chartres, enfant de quatre ans, fut présenté par son père au roi Louis XVIII. La mère du jeune prince aimait à se parer'de ce premier joyau ; et, comme pour le destiner au corps dont son père était le colonel-général, on lui faisait porter l’uniforme de hussard; le pinceau de Gérard nous a conservé cette gracieuse image.

En 1815, le retour de Napoléon força de nouveau tous les Bourbons à quitter le sol français ; la famille d’Orléans alla en Angleterre ; elle ne revint en France que dans les premiers mois de 1816. Elle reprit son habitation au Palais-Royal.

Nous n’avons point à pénétrer dans les opinions politiques qui dirigèrent la conduite du chef de la famille d’Orléans ; son attitude fut celle d’un prince fortement

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et sincèrement attaché aux institutions nouvelles , qu’ailleurs on subissait bien plus qu’on ne les acceptait. M. le Duc d’Orléans comprit que les princes n’étaient plus, comme autrefois, séparés de ceux auxquels ils pouvaient conmiander un jour, et il voulut que , de bonwe heure, ses enfants fussent mêlés à la vie nationale, et à cette familiarité civHe qui seule révèle, apprend et fait connaître les mœurs et les sentiments du pays. M. le duc de Chartres entra donc au collège de Henri IV. Au milieu de condisciples de tous rangs et de toutes conditions, il prit sa part de cette éducation publique (jue la France a toujours distribuée si libéralement.

La vie du collège est le meilleur apprentissage de la vie du monde ; elle a d’admirables franchises ; et nulle part l’égalité n’est plus complètement enseignée.

H y eut d’abord, dans dé hautes régions, quelque surprise chagrine de cette résolu

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tion d’un prince du snng mêlant ainsi son iils à la foule ; mais l’opinion publique fut unanime pour approuver celte mesure ; les écoliers, peu soucieux des rangs et des distinctions , n’éprouvèrent aucun embarras auprès de leur nouveau camarade, et celui-

ci accepta gaiement la fraternité de leurs jeux et de leurs études.

Le duc de Chartres fut un élève distingué ; il avait laissé ses titres à la porte du collège; dans les classes, pour les maîtres et pour ses camarades, il ne portait que son nom de famille; il s’appelait d’Orléans.

Nous ne compterons pas les succès qu’il obtint. Hélas! ces trophées de son enfancei ces couronnes si chères aux plus vieux souvenirs, sa mère les a gardées ; et ce qui faisait sa joie, son orgueil et son espoir, redouble maintenant son affliction.

Nous en appelons à la mémoire de tous ses condisciples ; on ne flatte pas au collège, tous le chérissaient ; tous regrettent

aujourd’hui celui jdont ils ont tant de fois applaudi les succès.

Les études du jeune prince furent trèsétendues; elles embrassaient l’enseignement classique des langues anciennes et des Humanités, celui de la Rhétorique et de la Philosophie; l’histoire, la géographie, les mathématiques et les sciences , formaient le complément de cette instruction universitaire. De studieux loisirs l’initiaient aux langues vivantes ; il apprit en se jouant l’italien , l’anglais et l’allemand , idiomes avec lesquels les phases de sa vie d’enfant l’avaient déjà mis en contact.

Il n’est pas un seul camarade de d’Orléans qui ne soit resté l’ami de S. A. R.

' M. le duc de Chartres et du Prince-royal ; c’est le meilleur de tous les éloges ; le collège de Henri IV vient de prendre le deuil ; il a perdu un de ses fils bien-aimés.

La jeunesse de M. le duc de Chartres continua avec application ce travail de tous

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les instants; la gymnasti(^ue du corps accompagnait celle de l’esprit; le Prince excellait à tous les exercices, et nous aurons l’occasion de revenir sur ce mérite, qui allait si bien à toutes ses autres qualités.

A dix-huit ans , il parcourut avec son père l’Angleterre et l’Écosse; il s’initiait ainsi doucement aux mœurs politiques des États constitutionnels ; il se formait en même temps aux premiers rudiments de l’art militaire.

En 18^9, à son retour en France, il fut nommé colonel du 1'^'^ régiment de hussards, dont il prit le commandement au camp de Lunéville.

Alors, il touchait à la fin de ces riantes années dont l’étude avait seule contenu les joyeux élans ; il avait fait le premier pas dans la vie politique.

Qui de nous ne se rappelle ce jeune colonel , à l’uniforme si brillant et si coquet? Qui ne se souvient de ce prince que

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tous les regards cherchaient dans les étatsmajors des fêtes militaires et dans les cortèges des cérémonies royales ?

La position du duc de Chartres à la tête d’un des régiments de l’armée était délicate ; la famille du Palais-Rpyal avait des relations amicales et fréquentes avec des hommes dont le talent et l’indépendance importunaient la cour ; pour les familiers du conseil intime , c’était un crime irrémissible. On pensa que le duc de Chartres céderait facilement à certaine impulsion ; mais on oubliait que son éducation ne l’avait préparé au commandement que par l’obéissance, et que c’était dans la stricte observation de ses devoirs qu’il voyait la plus sûre garantie de ses droits.

Il devint pour l’armée un modèle que les olhciers et les soldats aimaient et admiraient, tant il avait dans les ressources de son esprit et de ses lumières et dans ses qualités personnelles , de quoi inspirer rafifection et le respect.

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