CHAPITRE II
lU voliition de juillet. — Arrivée û Paris. — Enlréc A la • Chambre des Pairs.— La Hollande. — Lyori.— Anvers.
L’âge du duc de Chartres le séparait encore, sinon du sentiment politique, du moins de toute manifestation ; sans doute , son regard formé à une observation précoce voyait approcher la tempête et le danger; mais sachant concilier ce qu’il devait à la famille royale et à son pays , il remplissait avec honneur et avec éclat les fonctions qui qui lui étaient confiées; il justifia les distinctions dont il avait été l’objet , la dignité de Pair de France et celle de chevalier des Ordres du Roi au.\quelles, d’ailleurs, sa naissance l’appelait.
LE DUC d’ORLÉANS.
II était en garnison à Joigny lorsqu’il apprit l’héroïque victoire du peuple de Paris, et le 1'^ août il arrivait au village^de Montrouge, qui touche à une des barrières de la capitale. Là, s’apercevant de quelques difficultés , il protesta avec noblesse et avec énergie de son dévouement aux principes que la justice de la cause populaire avait fait triompher ; il offrit sa personne comme otage de ses sentiments.
On parla de passeports à demander pour lui à rilôtel-de- Ville, on craignait de le laisser pénétrer dans Paris, on semblait redouter l’égarement et l’exagération de la multitude ; dans la fougue de ses transports, disait-on, elle pouvait se porter à de funestes actes de violence contre un Prince qu’elle confondrait aisément avec ses ennemis. Le duc de Chartres comprit tout de suite que cette défiance était une injure gratuite pour cette population que la victoire avait faite si magnanime. 11 demanda
U LE nCÎC ti’üULÉAms.
et reçut des nouvelles de sa famille, et sans hésiter il retourna auprès de soi» régiment; il l’anima au feu de ses propres ardeurs, et le 3 août il faisait son entrée dans Paris, à la tète de ses soldats , les premiers qu’eût admis dans son sein la ville des Trois Journées; l’étendard tricolore flottait au-dessus des rangs.
Le sort du duc de Chartres avait vivement préoccupé les esprits ; le zèle de quelques personnes s’était offert pour aller à la rencontre du Priivce ; il les ramena avec lui , au milieu des acclamations qui saluaient son entrée.
Six jours après, le duc d’Orléans, Louis- , Philippe, était reconnu comme roi des Français; l’hérédité du trône était assurée à sa race, son fils prenait le litre de duc.d’Orléans et celui de Prince royal.
Ici commence pour ce jeune Prince une carrière nouvelle, ardue, formidable.
Jusque-là le duc d’Orléans n’avait peut-
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être songé, en se rendant digno du rang qu’il occupait , qu'à échapper aux ennuis et à la lassitude morale qui accablent ceux que l’on appelle les grands de la terre. Il ornait son esprit, éclairait son intelligence et formait son cœur pour la satisfaction de sa propre conscience, et afin de ne pas rester au-dessous des bienfaits qu’il avait reçus de sa naissance ; il voulait, pour jouir dignement des biens qui lui étaient échus , prendre une autre peine que celle de naître; mais il ne pouvait penser aux redoutables chances de la royauté.
Une fois qu’il eut arrêté son regard et sa pensée sur cet avenir, il donna à toutes ses actions un but grave et sérieux. '
Ce fut alors que , profitant des droits de sa naissance et de la faculté que lui accordait la Charte de 1830 , il siégea dans la Chambre des Pairs , et prit une part active aux travaux de cette assemblée politique.
Nous avons cru qu’il y avait dans cette
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conduite une atteinte portée à la loi constitutionnelle , qui ne permet, môme aux princes du sang l’entrée de la Chambre des Pairs qu’à l’âge de vingt-cinq ans ; le Prince n’était âgé que de vingt ans. Plusieurs fois nous avons sans succès appelé la discussion sur ce point important ; mais la Chambre ne voulut voir dans le duc d’Orléans qu’un pair du régime ancien, débarrassé des vieilles entraves qui s’opposaient à la présence des princes du sang , et jouissant du droit de siéger que lui accordait la constitution récente.
M. le marquis de Sémonville rendit à la Chambre des Pairs une parure dont le Sénat et l’Empire s’étaient jadis enorgueillis ; il s’agissait de drapeaux pris par nos armées.
En 1814 et en 1815, tous ces glorieux lambeaux avaient été à la hâte jetés dans un grenier; on s’en souvint, et on les rétablit dans leur poste triomphal. A ce sujet, M. le duc d’Orléans, présent à la séance et inter-
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pellé par M. le grand référendaire , prononça des paroles pleines de sens et de noblesse, éloignées de toute jactance, exemptes de forfanterie, mai^reraplies de fermeté et de courage.
Lorsque le duc d’Orléans connut le projet adopté par le gouvernement de faire avancer des troupes en Belgique et vers la Hollande, il demania instamment, et il obtint, le commandement d’une brigade. Le jour de son départ , il alla au quartier de cavalerie du quai d’Orçay où était caserné son régiment; il prit congé de ses soldats qu’il appelait ses camarades, et U leur donna rendez-vous sur le champ de bataille.
Cette expédition ne fut qu’une promenade militaire.
Quand les ouvriers de Lyon firent peser sur cette malheureuse cité tous les -maux de l’insurrection et de la guerre civile, ce fut le duc d’Orléans qui s’adressa le premier à M. le maire de Lyon, afin de le prier de se
joindre à lui pour que le roi , son père, lui confiât la pacification de cette ville, que l’ordre et le travail rendent si opulente et que l'oisiveté et le désordre rendent si misérable.
On sait avec quelle aménité il accomplit cette mission de paix et cette tâche de consolation; aux côtés du maréchal Soult, ce vieux lion qui représentait si bien la force, le jeune Prince faisait rayonner l’espérance et le pardon ; à ses paroles les haines s’éteignaient et l’on croyait à des jours meilleurs.
A Anvers , au siège de la citadelle , le Prince-royal marcha sous les ordres du maréchal Gérard ; il sollicita l’honneur d’ouvrir la tranchée ; on ne pouvait lui refuser cette préséance dont il se montrait si jaloux. Pendant toute la durée des opérations , on le trouve partout où le danger se manifeste ; il excite le zèle des travailleurs, il soutient la patience du soldat, il le console de ses souffrances en les partageant. Il pratique l’art
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de la guerre en l’étudiant; comme si l’instinct militaire avait devancé en lui l’instruction , il étonne par la sûreté de ses mesures les plus vieux généraux. Il ne quittait la tranchée que pour surveiller les ambulances et les magasins, les manutentions et les hôpitaux ; le bien -être du soldat est sa première pensée; il ne s’éloigne des combattants que pour s’occuper des blessés.
Le premier, il applaudit à tous les traits de courage ; il a des éloges, des récompenses et des sympathies pour toutes les belles actions. Un jour, en parcourant la tranchée sous une grêle de balles, il sembla voir quelque émotion se manifester parmi les travailleurs. — « Soyez tranquilles, enfants, leur cria-t-il, les Hollandais tirent trop haut; voyez, ajouta-t-il en redressant sa belle taile et en montant sur le parapet, je suis plus grand que vous, et leurs balles ne m’atteignent pas. »
Jusqu’à cette campagne d’Anvers, le sol-
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dat ne connaissait du due d’Orléans que cette aflabilité naturelle qui lui était propre ; il n’avait vu de lui que ses bonnes grûces de revue et d’inspection, et les qualités extérieures qui le charmaient; là, au milieu de ses peines, il vit que, dans ce chef et dans ce Prince, il avait un ami. C’était en efllet le caractère distinctif de toute l’attitude militaire du duc d’Orléans; il aimait le soldat; et c’était à force de sollicitude et d’affection qu’il savait s’en faire aimer.
• Dans le cours de ces notes , nous serons souvent ramenés sur ce point ; les faits nous y conduiront à chaque pas.