‹ Le Duc de Bourgogne, 1682-1712Chapitre 6 sur 26 · XII PREFACE · texte numérisé non relu

XII PREFACE

mière fols, les Français pouvaient lire « les Ecrits du Prince ». Oh ! pas tous, mais suffisammetit abondants pour auréoler cette figure royale du triple rayon de la bonté, de la délicatesse et de la piété. Ce n'étaient pas des autographes ; mais, il est impossible d'en contester V authenticiié .

Proyart cherchait des documents pour écrire la vie du Dauphin, père de Louis XVI, de ce fils de Louis XV, Louis Dauphin, mort en 1766, marié à Marie- Josèphe de Saxe, Dauphine. Il reçut un jour une lettre de l'abbé Soldini, confesseur de Louis XVI, datée de Versailles, 19 juillet 1774. Soldini lui annonçait qu'il avait « assemblé sous les yeux et par les ordres de feu Madame la Dauphine, tout ce qu'elle avait trouvé concernant la vie et la mort de Monseigneur le Dauphin (père de Louis XVI) », et le confesseur du Roi ajoutait cette note précieuse et pleine d'espérances pour le bon Proyart : « J'ai encore quelques autres écrits que Madame la Dauphine (la mère de Louis XVI) m'avait remis, les croyant de Monseigneur le Dauphin (son mari, Louis^ Dauphin), parce qu'ils sont écrits de sa main et qu'ils se trouvaient parmi ses papiers les plus secrets ; mais ils sont d'un autre Dauphin, de ce fameux élève de Fénelon, père du feu Roi (Louis XV). On ne peut rieji imaginer de plus intéressant, et je pense qu'ils ne pourraient que faire un très bon effet à la suite de votre ouvrage ».

Et Proyart a transcrit ces documents dans sa « Vie du Dauphin, père de Louis XV », notre Duc de Bourgogne, documents qui dominent son propre récit.

l'RÉFACE XIII

Un fait est acquis. Le Dauphin Louis, fils de Louis XV, avait transcrit, de sa main, les écrits du Dauphin, petit-fils de Louis XIV. Dès lors tombe dans le domaine' du conte le récit que fait Saint-Simon, dans ses Mémoires, au sujet de la cassette du Duc de Bourgogne.

Le Prince renfermait de son vivant dans une cassette, et ses propres Ecrits, et les Mémoires, d'où qu'ils vinssent, cju'on lui adressait de partout. D'après Saint- Simon, tout aurait été brûle, quelques jours après la mort du Duc de Bourgogne.

« Le dernier jour de février, écrit-il (nous sommes en 1712), le Roi commanda au Duc de Beauvilliers d'apporter la fameuse cassette, le lendemain soir, chez Madame de Maintenon ».

Salnt-Si}non, prévenu, passa la journée dans les transes. — Il y avait dans cette cassette un Mémoire de Saint-Simon, dont la découverte aurait anéanti la fortune du fameux Duc — Beauvilliers vint, au sortir de chez Madame de Mainienon^ l'informer de ce qui s'était passé.

Beauvilliers avait commencé par lire au Roi (c'est Saint-Simon qui parle), un « fatras de toutes sortes de Mémoires et de Projets sur les finances et quelques autres d'Intendants de province », Cjui se trouvaient sur le haut de la cassette (i). Fatigué, le Roi lui aurait dit bientôt de se borner à lire les titres des Mémoires ;

(i) Saint-Simon, Mémoires, VI, 260. Edition Chéruel, i3 volumes. Hachette, 188A.

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puis, voyant qu'il n'y était question que de finances, , il lui aurait dit de tout jeter au feu. 1

Beauvilliers ne se Vêtait pas fait dire deux fois, et il s'était hâté de vider dans la cheminée le contenu de la cassette, en ayant soin de recouvrir, cvfc d'autres paperasses, le Mépioire de la main de Saint-Simon ; d'empêcher avec les pincettes qu'aucun bout ne s'écartât et de ne point quitter la cheminée avant que tout ne fût consumé. Saint-Simon était sauvé.

Les choses ne se sont pas passées aussi simplement.

Nous savons d'abord que le Eoi voulut brûler lui- i même tout ce qui était du Duc de Beauvilliers et de Fénelon ; mais Madame de Maintenon avait tiré des copies de tous les écrits du « bon Duc » et les lui avait envoyées.

« Pour vous mettre l'esprit en repos. Monsieur, écrit-elle le ib mars, j'ai tiré des copies de tous vos ('crits et je vous renvoie le tout sans exception. On vous aurait gardé le secret ; m.ais il peut arriver des occasions qui découvrent tout. Nous venons d'en faire une triste expérience. .Te voulais vous renvoyer tout : ce quA s'y est trouvé de vous et de M. de Cambrai, ; mais le Roi a voulu le brûler lui-même. Je vous avoue que j'y ai eu grand regret, car jamais on ne peut rien écrire de si beau et de si bon, et si le Prince que nous pleurons a eu quelques défauts, ce n'est pas d'avoir reçu des conseils trop timides et qu'on l'ait trop flatté. On peut dire que ceux qui vont droit ne sont jamais confondus »,

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