XVI PREFACE
caution n'avait été prise que dans la crainte qu'il n'y eût du poison dans cette cassette ».
Comprenons bien le geste. Mademoiselle d'AumaU présente les papiers au feu par mesure de précaution. Elle ne dit pas qu'ils furent brûlés. Ont-ils été brûlés un autre jour ? Qui le dit ? Madame de Maintenon ne parle que des Ecrits de Fénelon et de Beauvilliers.
Pourquoi Saint-Simon raconte-t-il cette suppression des Ecrits du Dauphin avec un luxe de détails impressionnants ? Ne serait-ce point pour donner une créance plus assurée à ce qu'il raconte, en plusieurs endroits, de ses rapports très étroits avec le Dauphin ?
Aucun auteur contemporain, et parmi ceux qui auraient pu en être bien informés, ni Beauvilliers, ni Fénelon, ni Madame de Maintenon, ne confirme, si peu cjue ce soit, les dires du célèbre écrivain sur cette intimité.
Quand tant de fois déjà Saint-Simon a été pris en faute d'exagération, ne j>eut-on soupçonner qu'ayant dans ses Mémoires (écrits trente ans après l'événement), très fortement exagéré ses relations avec le Dauphin., il ait voulu couper court à toute recherche subséquente, en affirmant l'entière destruction de ce qui aurait pu fito-blir la véracité de ses dires ? C'est l'opinion de M. de Boislisle, le sage ei érudit annotateur de Saint-Simon.
Ce qui est sûr, c'est que Proyart a reçu de l'abbé Soldini des Ecrits de notre Duc de Bourgogne, une copie de ses Ecrits faite par son petit-fils, le Dauphin, fils de Louis XV,
PBÉFACE XVII
OÙ sont les originaux ? Brûlés ? Par qui ? Et qui nous le dit ? Ce n'est ni Mademoiselle d'Aumale, m Madame de Maintenon.
Quand même certains Ecrits auraient été brûlés, Us ne le furent pas tous. Nous avons le témoig'nage du Duc d'Orléans, le Régent, qui, nous l'avons déjà dit, invoque pour faire accepter ses réformes « les Mémoires qui s'étaient trouvés dans la cassette du Duc de Bourgogne ». Et Proyari lui-même donne des extraits d'un très long Mémoire du Dauphin sur le Jansénisme, et il ajoute que l'original en existe entre les mains de Louis XVI.
Et alors les historiens qu'inquiètent ces scènes de « feu de cheminée » soulèvent la question d'une seconde cassette qui aurait écJiappé au danger, et cela est plausible.
En résumé, le Dauphin Louis, père de Louis XVI, a fait une copie des Ecrits de son vertueux grandpère sur des originaux aujourd'hui égarés ou, à défaut d'originaux, sur des copies qu'aurait tirées Madame de Maintenon.
C'est cette copie que l'abbé Soldini confia à Proyart. Tels quels, ces Ecrits authentiques., sinon originaux, sont le plus beau monument cjue le Prince pouvait s'élever à lui-mêm.e.
Il a fallu attendre la fin du xix® siècle pour avoir des documents autographes du Dauphin. Et quels autographes ? La Correspondance du Duc de Bourgo-