AVANT-PROPOS
« Quels que soient les systèmes politiques que les ci]xx>nstances ont fait adopter au Roi, j'ai [j
reconnu avec le plus grand plaisir dans le cœur de Sa Majesté, depuis que je suis en place, que tout intérêt étranger est très éloigné de lui tenir î
autant à cœur que l'union intime de sa maison, et je vous confierai que ces sentiments du Roi me paraissent d'autant plus avantageux qu'ils m'ont donné occasion de lui développer mes vrais principes, qui sont qu'il ne peut y avoir de système permanent de politique en France autre que celui de l'union intime de toutes les branches de la maison de France.
(( Je voudrais que toutes les autres alliances fussent subordonnées à cette union. C'est elle qui maintiendra la splendeur de cette auguste maison et, sans elle, nos ennemis, jaloux de sa grandeur, chercheront continuellement les moyens de
désunir et par conséquent d'abaisser une maison qui, naturellement, doit leur donner autant d'ombrage (1). »
Il m'a semblé que je ne saurais trouver à l'étude des relations entre la France et l'Espagne, sous le ministère de Ghoiseul, une meilleure introduction que ces lignes écrites par le ministre lui-même et conservées au quai d'Orsay dans sa correspondance avec notre ambassadeur à Madrid. L'avantage des lettres est qu'elles indiquent, avec tout le caractère d'authenticité voulu, les intentions réelles et les projets de leur auteur. Les mémoires, composés avec art et à tête reposée, peuvent offrir l'inconvénient de corriger, pour la mettre d'accord avec les événements stu*venus dans la suite, la pensée ministérielle. Pareille suspicion ne saurait s'attacher à des documents tracés au jour le jour et qu'on retrouve, à leur date, parmi tous ceux qui servent à éclairer l'histoire de notre pays.
Le grand intérêt de la correspondance échan-* gée entre Choiseul et d'Ossun provient de ce fait
(1) Ghoiaeal li d'Oaaan, 18 novembre 1759. Espagne 526^ f> 52.
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ET L'ALLIANCE ESPAGNOLE m
que les relations cordiales de ces deux hommes nous permettent de mieux connaître les sentiments intimes du ministre à qui Louis XV avait, par un choix heureux, confié nos relations extérieures. Ces minutes de lettres, qui sont très fréquemment de la propre main de Choiseul, nous ouvrent son âme et le font revivre sous nos yeux à presque deux siècles de distance.
Je voudrais communiquer aux lecteurs de cet ouvrage Tattrait que j'ai éprouvé moi-même à dépouiller ces pages d'autrefois. On se prend, en le faisant, d'une véritable estime pour l'homme qui, sous des allures mondaines et au milieu des soucis d'une vie de courtisan, savait trouver le moyen de penser aussi profondément et de comprendre si bien les intérêts de son pays. Il justifiait ainsi son mot à Voltaire : « Je vous écris en courant sur les matières les plus intéressantes, mais je vous assure que je n'y pense pas en courant. »
Pont-de-rArc-Aix, 24 novembre 1903.
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