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CHAPITRE PREMIER

LES PRÉLIMINAIRES d'uN REGNE

Lorsque le duc de Choiseul-Stainville fut appelé à diriger les affaires étrangères de la France, le roi d'Espagne Ferdinand VI achevait lentement une existence lamentable pour lui-même et pour sa patrie. L'étrange maladie dont ce monarque était atteint et les dispositions mentales qui en résultaient laissaient le gouvernement espagnol dans le désarroi le plus complet. Les lettres du marquis d'Aubeterre, alors notre ambassadeur à Madrid, sont pleines de détails qui, au point de vue physique, font croire, quand on les lit, à un roman réaliste de bas étage. Mais en ce qui concerne le côté moral, elles mettent en lumière avec une vérité saisissante la situation douloureuse d'un

pays dont le sort se trouvait attaché à celui du souverain si longtemps moribond.

Tout le monde était las en Espagne de l'anarchie qui régnait partout et Ton parlait assez haut du désir que Ton avait de la voir cesser d'une façon ou d'une autre. Toutes les affections se tournaient du côté du roi de Naples don Carlos, qui devait succéder à Ferdinand VI, et d'Aubeterre pensait que, « dans le moment où il paraîtrait » il serait le maître incontesté de la situation. « Ce prince, écrivait-il à Choiseul le 11 décembre 1758, est exactement informé de l'état de Sa Majesté Catholique tant par la reine sa mère et l'infant don Louis que par M. Wall lui-même, régulièrement, tous les ordinaires. Le roi d'Espagne, dès le commencement de son indisposition, l'avait ordonné de lui-même à ce ministre. » Le souverain des Deux-Siciles se trouvait, malheureusement, dans une situation fausse et embarrassante. Bien que désigné pour succéder à son frère, il ne pouvait, à distance, prendre les rênes du gouvernement, il évitait d'ailleurs, par un sentiment lûen facile à comprendre, de témoigner une hâte tix>p grande à régner à la place de Ferdinand VI et, si bien des gens à Madrid appelaient de leurs vœux le moment où l'on aurait enfin un che£, chacun tenait secrètes, par crainte et par pudeur

à la fois, les démarches qu'il faisait auprès du roi de demain.

Le cabinet de Versailles suivait avec anxiété les événements. C'est qu'il aurait eu besoin de rencontrer, à cette époque, une Espagne toute différente de celle qu'avait façonnée Ferdinand VI.î Admirablement prédisposé à ce rôle par sa santé chancelante et par son indolence naturelle, ce prince, sous Finflaence de sa femme, entièrement acquise à la politique anglaise, avait renoncé à une action quelconque dans les conflits qui agitaient alors le monde entier. Malgré les liens de famille qui le rattachaient à Louis XV et malgré l'intérêt des deux peuples qui aurait dû faire de lui un adversaire de la puissance britannique, il était demeuré indifférent aux querelles entre la France et l'Angleterre, et cette indifférence même devenait une chance de succès pour ce dernier pays.

A plusieurs reprises, la France s'était efforcée de l'an^acher à sa torpeur et de prouver aux ministres espagnols combien il serait utile de ne pas laisser à l'Angleterre le temps d'acquérir en Europe et au nouveau monde une influence qui ferait d'elle la maîtresse incontestée des mers. On n'avait sans doute pas rencontré des dispositions hostiles. M. Wall, qui était à peu près seul à faire marcher

la machine gouvernementale, comprenait, s'il faut en croire d'Aubeterre, combien les progrès des Anglais présentaient de danger pour l'Espagne, menacée d'être écrasée à son tour si nous succombions dans la lutte. Cette vérité n'échappait pas non plus aux autres ministres et au gros de la nation, dont la vanité souffrait beaucoup des insultes britanniques. Il y avait en outre des plaintes très vives de la part des marchands à qui les hostilités faisaient éprouver des pertes considérables et qui n'avaient pas la ressource, puisque l'Espagne n'était pas elle-même belligérante, de se dédommager par des captures ou des expéditions couronnées de succès.

Malheureusement, tout se bornait à un état d'esprit utile à entretenir à coup sûr, mais qui, pour le moment, ne donnait aucun résultat appréciable, tt La nation espagnole, disait l'ambassadeur, est par caractère extrêmement méfiante. » Si l'on ajoute à cela son penchant décidé pour l'indolence et l'inaction, le peu de goût qu'elle avait alors pour la France, l'état du souverain qui ne permettait de prendre aucun parti, on comprendra toute la peine que devait éprouver Choiseul à secouer cette masse qui semblait inerte et dont le poids pouvait pourtant faire pencher la balance en notre faveur. Il lui fallut, pour y parvenir, attendre

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un changement de règne et, même avec le nouveau roi, montrer une patience à toute épreuve, une continuité de vues et une persévérance d'efforts qui valent bien d'être mises en lumière et qui lui assurent une place à part dans l'histoire de notre diplomatie.

Le 13 décembre 1758, le cardinal de Bernis s'était retiré des conseils du roi et s'était rendu à son abbaye de Saint-Médard de Soissons « pour s'y occuper uniquement du soin de sa santé ». Cette disgrâce, mal déguisée, laissait le duc de Choiseul seul titulaire du portefeuille des affaires étrangères, qu'il avait géré un mois environ de concert avec Bernis. Le ministre va, sans plus attendre, commencer l'œuvre à laquelle son nom reste attaché et qui devait préparer, pour plus tard, quelques jours de gloire à la marine et au nom français.

Dès le 25 décembre, Choiseul écrit à d'Aul)eterre :

J'ai vu, M', par plusieurs dépêches qui vous ont été adressées et, en particulier, par celles du 29 août et du

12 septembre dernier, que nous n'avons dissimulé à l'Espagne ni nos inquiétudes par rapport au Canada, ni le danger auquel les établissements espagnols en Amérique seraient infailliblement exposés si nos colonies, qui leur servent de barrière, devenaient la conquête des Anglais. Quoique cette matière ait été déjà traitce amplement de votre part avec les ministres de S. M. catholique Fintention du roi est que vous remettiez de nouveau sous leurs yeux les motifs qui devraient enfin déterminer la cour de Madrid à faire cause commune avec nous dans une circonstance qui ne C intéresse pas moins que nous-mêmes. Si les Anglais s'emparent du Canada, ce qui malheureusement n'est que trop vraisemblable (malgré toutes les précautions que nous prenons pour sa défense), ils se rendront encore plus facilement les maîtres de la Louisiane et rien ne pourra plus mettre un frein à l'exécution du projet favori, qu'ils ont toujours en vue, d'avoir un port dans le golfe du Mexique.

Les moments sont précieux et il n'y en a pas un seul à perdre. Il faut donc, aussitôt que vous aurez reçu cette dépêche, que vous vous expliquiez sur cette matière avec M. Wall et que vous lui demandiez, au nom du Roi, de vous dire si TEspagne veut courir les risques auxquels ses domaines en Amérique sont exposés ou si elle veut les prévenir. Dans le premier cas, c'est à ce ministre et à ses confrères à réfléchir sur les reproches fondées qu'on aurait à leur faire dans la suite si leur maitre et leur nation éprouvaient les malheurs qui seraient la suite naturelle de la perte de nos colonies. Dans le second cas^ le Roi pense qu'il n'y a qu'un moyen seul de rendre inutiles les entreprises des Anglais, c'est que l'Espagne fasse passer dans les parages de la Martinique les vingt-quatre vaisseaux dont elle a ordonné l'armement. S. M. va y faire passer de son côté une escadre qui sera commandée par M. de Bompart et qui doit déjà même avoir mis à la voile.

Il ri y a, M% que le concert des forces maritimes des deux couronnes qui puisse en imposer à nos ennemis com

ET L'alliance espagnole t

muns. Tout parti mitoyea qui ne serait de notre part qu'un symptôme de faiblesse et de timidité ne les rendrait que plus audacieux et plus entreprenants. Au reste, le Roi désire une réponse prompte et précise aux représentations que S. M. vous ordonne de faire et, quel qu'en soit le succès, il n'aura pas à se reprocher de n'avoir pas parlé à l'Espagne avec la plus g^rande confiance.

Il était difficile de mieux poser la question et Fou sent qu'ua esprit nouveau animait les conseils de Louis XV depuis que le duc de Choiseul y avait pris sa place. Avec lui, les qualités de décision et de clarté, qui répondent si bien à notre goût national, apparaissent au premier plan et sonnent le réveil de l'énergie française. Pourquoi ne lui était-il pas encore possible de la conwiuniquer à ceux qui semMaient nos alliés naturels?

Cette audace et cette promptitude auraient de tout temps surpris la lenteur prudente des ministres espagnols. A Fheure où le désarroi était si grand à la cour de Madrid, elles ne pouvaient que déconcerter plus encore les hommes qui y détenaient une parcelle de l'autorité. Aussi, lorsque d' Aubeterre s'acquitta de la mission que Choiseul lui avait confiée, il rencontra chez M. Wall un auditeur bienveillant et attentif, qui convint de la vérité des arguments qu'on lui présentait, mais qui se déclara incapable de faire une réponse. Il ajouta d'ailleurs à l'ambassadeur que, quand même

il en donnerait une, nous ne pourrions pas y compter, puiscp*il ne tiendrait qu'au roi ou à son successeur de le désavouer. Il n*y avait en effet pas en Espagne de réunions régulières d'un conseil des ministres. Wall et ses confrères ne s'assemblaient que par un ordre du roi et ils ne devaient délibérer que sur les points qui leur étaient indiqués. Il ne voyait pas Ferdinand VI, et s'il lui faisait dire quelque chose à ce sujet, ce serait en pure perte, car le souverain n'était occupé que de sa maladie et ne voulait entendre parler d'aucune affaire.

En l'état, personne à Madrid n'avait le pouvoir de décider sur le parti que d' Aubeterre proposait au nom de la France. En admettant même que le ministre de la marine ordonnât à l'escadre espagnole de se joindre en Amérique aux vaisseaux français, il ne lui était pas possible de le faire au nom du roi qui, on le savait, ne donnait aucun ordre, et Wall se demandait si, sur une simple injonction du ministre, un seul officier oserait s'exposer à entamer une guerre contre les Anglais. Tous ses collègues et lui-même n'étaient pas moins inquiets que nous, dit-il encore, de ce qui menaçait d'arriver au Canada, mais, dans les conjonctures présentes, ils ne pouvaient pas agir par eux-mêmes. La seule solution possible était de préparer les

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choses afin que, lorsque le gouvernement aurait pris de la consistance, soit d'une façon soit d'une autre, on pût agir tout de suite à Madrid.

Quelle que fût son impatience de voir TEspagne prendre un parti, Choiseul dut se contenter, pour le moment, de cette réponse et reconnaître l'exactitude des allégations qui lui étaient présentées. Il fit insister du moins auprès des ministres espagnols pour les engager à accélérer le plus possible Tarmement des navires que l'on avait projeté. Il chargea en outre l'ambassadeur de les assurer que, de notre côté, nous ne négligions rien pour le rétablissement de notre marine. C'était le moyen le plus sûr d'encourager le gouvernement de Madrid et de le déterminer peut être un jour à se joindre à nous.

Si seidement le roi de Naples avait pu arriver en Espagne! C'était le vœu de chacun, et d' Aubeterre le formait plus qu'aucun autre, car il jugeait impossible que la situation se prolongeât sans altérer la tranquillité du pays.

Par tout ce qui me revient [écrivait-il à Ghoiseul le 16 janvier 1759], il parait qu'on souhaite vivement ici que

iO LE DUC DE GHOISEUL

la France fasse des efforts près le roi de Naples pour le déterminer à s^y rendre. On est persuadé que, si quelque chose est capable de faire prendre un parti à ce prince, ce seront les sollicitations de S. M. On pense qu'il devrait partir le plus promptement qu'il serait possible, arriver seul et annoncer qu'il vient pour voir le Roi son frère et le soulager dans le gfouvemement de ses états. 11 est apparent que S. M. Catholique lui remettrait tout de suite un pouvoir pour se mettre en possession de la rég^ence. Dans le cas où ce moyen lui manquerait, il s'en trouverait bien vite d'autres pour y suppléer. Dés qu'il sera sur les lieux, tout deviendra facile.

Lorsqu'un ambassadeur en arrive à cet état d'esprit, on conçoit combien le pays auprès duquel il est accrédité doit être en désarroi et combien doivent y être vives les impressions ainsi traduites par un étranger. Cette ardeur avec laquelle on soupirait à Madrid après la venue du roi de Naples s'explique par les regrets que tous les Espagnols éprouvaient de se sentir ainsi voués à l'impuissance et au désordre par l'état de langueur de leur souverain. Qu'un ministre vint à être malade : c'était une source nouvelle de préoccupations et pour l'Espagne et pour le malheureux d'Aubeterre, qui sentait peser sur lui la responsabilité de tenir constamment en haleine des gens plutôt désireux d'être laissés en repos. C'est ainsi que M. d'Arriaga ayant été souffrant d'une assez grosse fièvre, l'ambassadeur de France ne commença

à respirer qu'après sa guérison et qu'il écrivait à Ghoiseul :

Si malheureusement ce ministre venait à manquer, il n'y aurait aucun moyen de le remplacer en ce moment. Le département de la marine se trouverait sans chef et l'armement auquel on travaille serait abandonné. Il y a de quoi trembler et on ne saurait compter sur rien. La plus petite corde qui viendrait à se rompre déran(][erait toute la machine (I).

Quelque pressants que fussent les vœux de la nation espagnole pour l'arrivée du roi de Naples à Madrid, on ne pouvait guère s'en rapporter, comme le faisait remarquer Ghoiseul, qu'au dis* cemement de ce prince sur le parti qu'il croirait devoir prendre. Le cœur de don Carlos était partagé entre la crainte de faire une démarche prématurée qui risquait de blesser son frère Ferdinand VI (auquel l'unissait une tendre affection) et le désir de se rendre à l'appel du peuple qui réclamait sa protection. Louis XV, dans ces conditions, ne jugeait pas convenable de donner un conseil qu'on ne lui demandait pas et qui aurait pu être mal interprété, tout en compromettant le cabinet de Versailles, dont la seule politique à cette heure était « d'établir sur les fondements les plus solides une confiance entière et le plus grand concert de

(1) Espagne 524, f 274.

i% LE DUC DE CHOISEUL

principes et de vues avec le roi de Naples par rapport à tous les objets que la maladie du roi d*£spa(p]e pouvait faire envisager comme prochains (1). »

Choiseul crut du moins possible, sans intervenir par une pression directe, d'envoyer à d'Ossun (alors ambassadeur de France à Naples) un extrait des dépêches de d*Aubeterre. La lecture qu il devait en faire • confidemment » au roi don Carlos ne présentait pas les inconvénients d'un conseil indiscret, tout en étant susceptible de donner un résultat analogue. La cour de France savait d'ailleurs, de source sûre, que les dispositions de ce prince étaient aussi favorables qu'on pouvait le souhaiter et Ton avait beaucoup à espérer si, à son avènement au trône de Castille, il trouvait la marine et les troupes espagnoles en état d'être promptement employées. C'est pour ce motif que Choiseul recommandait sans cesse à d'Aubeterre d'exciter l'activité de M. d'Arriaga sur l'armement maritime.

11 lui demandait aussi de l'informer avec précision de la conduite que tenait en Espagne l'envoyé du roi d'Angleterre^ car il lui semblait difficile que la cour de Londres ne mit pas à profit, pour ses

(i) Espagne 524, P 281.

intérêts particuliers, l'état de santé de Ferdinand VI. Notre ambassadeur s'efforça de rassurer Gboiseul à cet égard. U lui dépeignit le comte de Bristol comme un homme que son caractère froid et peu communicatif empêchait d'avoir beaucoup de liaisons à la cour ou dans le pays. C'était, à en croire d'Aubeterre, par le représentant de la Hollande que le ministre anglais était informé de ce qui se passait à Madrid. Gela ne l'empêchait pas, d'avoir expédié plusieurs courriers au cabinet de Londres pour l'avertir des mesures prises par le gouvernement espagnol en ce qui concernait la marine. D'après l'envoyé de Louis XV, en effet, le nombre des ouvriers avait été augmenté dans les ports afin d'accélérer l'ouvrage, et l'on conçoit que ces nouvelles, bien accueillies à Versailles, ne rencontraient pas semblable approbation de la part de l'agent britannique.

Quoi qu'il en fût, d'ailleurs, « toutes les réflexions que pouvait occasionner l'état du roi Ferdinand VI et du gouvernement espagnol étaient à peu près épuisées ». Il ne nous restait donc plus, suivant le mot de Choiseul, qu'à attendre les événements, qui, d'une façon ou d'une autre, opéreraient sans doute un changement dont le cabinet de Versailles comptait bien profiter « pour la gloire et l'intérêt commun des deux couronnes » .

Le roi de Naples, de son côté, était loin de demeurer indifférent à la situation de l'Espagne. Tout en ne voulant pas hâter le moment où il prendrait en main les affaires de ce pays, il donnait à sa mère, la reine Elisabeth de Parme, des pleins pouvoirs en cas de décès de Ferdinand YI jusqu'à son arrivée à Madrid. Il lui recommandait seulement, afin de ne pas augmenter les difficultés inséparables d'un changement de règne, de garder en fonctions les ministres de son frère.

Il avait été averti, parles soins de Ghoiseul, que Louis XV s'était assuré qu'au moment de la mort du roi d'Espagne, ni la cour de Vienne ni celle de Turin ne feraient aucune démarche pouvant troubler le repos de l'Italie et que tout y resterait en l'état jusqu'à la conclusion de la paix générale. Reconnaissant de cette intervention du chef de sa maison, don Carlos songeait à passer par la France lorsque les événements l'appelleraient au trône d'Espagne et il était question pour lui et sa femme de remonter jusqu'à Lyon, où le roi et le dauphin seraient venus à leur rencontre.

L'annonce de cette entrevue (que les événements ne permirent pas de réaliser) fut généralement bien accueillie en Espagne. On y vit un présage de runion qui pourrait s'établir entre les deux pays, et les seules personnes qui en témoignèrent quelque inquiétude furent celles qui étaient le plus attachées au parti portugais et au système de la feue reine d'Espagne. Elles craignaient vraisemblablement que Louis XV ne profitât de cette circonstance pour indisposer le nouveau roi contre elles. Leur impression fut assez marquée pour que d'Aubeterre avertît le cabinet de Versailles en lui disant que, si l'occasion s'en présentait, il ne manquerait pas de les rassurer, persuadé qu'il était de l'utilité pour la France de ne laisser subsister aucune défiance dans les esprits.

Choiseul approuva ce projet de l'ambassadeur, ft Rien n'est plus conforme aux intentions du roi, lui écrivit-il le 17 avril 1759. L'entrevue dont il s'agit... n'aura certainement pour objet que de resserrer et perpétuer les liens qui unissent les deux souverains et les deux nations. » Puis, élevant la question au-dessus des détails d'intrigues ou de compétitions personnelles, le ministre ajoutait ces lignes qui sont la première manifestation de ses plans politiques et qui font nettement res-

sortir la largeur de vues avec laquelle il préparait Talliance espagnole r

Nous désirons de très bonne foi et conformément aux principes de la plus saine politique, de rendre parfaite et inaltérable la liaison intime qui, pour toutes sortes de motifs, doit subsister entre les deux monarchies. Mais pour y parvenir par les voies les plus honnêtes et les plus sûres, novs nous écarterons dans notre manière de procéder des routes qu'on a trop constamment suivies jusqu'à présent à Madrid et nous aurons attention à proscrire de nos propos et de notre conduite tout ce qui pourrait avoir quelque air de supérîoiité vis-à-vis des Espagnols (1).

Il était difficile de mieux penser et de mieux dire ce qui convenait réellement à la situation présente. Heureux quand un ministre possède assez les leçons de l'histoire pour faire ainsi profiter son pays de ses connaissances personnelles et du jugement qu'il sait porter sur le passé! L*écueil de nos relations avec Madrid avait toujours été une sorte de prédominance que nous affections vis-à-vis d'elle et, si l'on peut ainsi dire, un ton de branche aînée qui, avec des gens susceptibles et fiers comme les Espagnols, amenaient des froissements inutiles. Si, contrairement à l'espoir de Louis XIV^ il y avait toujours des Pyrénées, la faute en était bien un peu au c< grand roi » qui n'avait pas assez oublié que le souverain des Gastilles était son petit-fiis et

(1) Espagne 5S5, î" 28.

ma

qni avait légué à la France une tradition fâcheuse en ce qui concernait la manière de parler et d'agir vis-à-vis de la cour de Madrid. Tous les peuples ont leur orgueil national. Chacun veut être maître chez lui; c'est un sentiment de dignité naturelle et qui mérite qu'on en tienne compte. Ghoiseul avait le cœur trop haut placé pour ne pas le comprendre et la sagesse de son attitude allait nous rendre plus de services que ne l'aurait fait une allure plus cassante ou plus dédaigneuse.

ft Nous éviterons d'aller trop au-devant de la cour de Madrid, disait le ministre. Notre intérêt et notre intention sont de la ménager, mais nous ne la fatiguerons pas de nos demandes et nous nous mettrons encore moins dans le cas d'éprouver un dégoût de sa part par le refus qu'elle ferait de se prêter à nos vues et à nos désirs. » D'après ce plan, qui devait régler ses démarches, il semblait difficile à Ghoiseul (et l'avenir lui donnera raison) « qu'un prince de la maison de Bourbon qui régnerait en Espagne ne se sentit tôt ou tard essentiellement intéressé à s'unir avec la France » •

i% LE nue DE GHOISEUL

Une difficulté que rencontrait dans sa tâche le cabinet de Versailles était de connaître les vrais sentiments de M. Wall, qui dirigeait alors les affaires espagnoles. D'Aubeterre avait en lui une grande confiance. Les informations que Ghoiseul recevait de divers côtés ne lui faisaient pas partager cette manière de voir et il conseillait à l'ambassadeur, tout en témoignant au ministre les mêmes ménagements et les mêmes attentions, de se méfier un peu de lui. Sans doute, depuis l'arrivée du marquis d'Aubeterre à Madrid, M. Wall avait paru moins opposé à nos intérêts et à nos vues que pendant l'ambassade de M. de Duras. Mais on se demandait à Versailles si ces relations cordiales n'étaient pas dues à un sentiment de sympathie personnelle et s'il ne conservait pas, au fond du cœur, une préférencç effective pour l'Angleterre. Ghoiseul mettait d'Aubeterre en garde sans toutefois prétendre lui imposer sa manière de voir : « Vous êtes à portée plus que personne, lui disait-il, de fixer votre jugement », et il terminait en ces termes qui font honneur à l'élévation de ses sentiments :

« Nous ne cherchons qu'à nous éclairer réciprO" quement pour te service du Roi. »

En recevant ces instructions, d'Aubeterre se demanda si Ton avait à Versailles quelques infoiv mations particulières sur la façon de penser du ministre espagpiol. Il vivait avec lui depuis deux ans dans une intimité assez grande, puisqu'il le voyait presque tous les jours, et il n'avait rien découvert qui justifiât cette répugnance invincible qu'on lui prêtait pour notre pays. L'ambassadeur reconnaissait, à vrai dire, que dans le cas d'une alliance entre la France et l'Espagne, M. Wall tâcherait de la rendre aussi avantageuse que possible à sa patrie et qu'il voudrait profiter du besoin que nous en avions pour la faire acheter un peu cher. Mais il n'y avait rien là que de très naturel^ et, dans une occasion pareille, l'amour de l'Espagne n'impliquait pas la haine de la France. D'après d'Aubeterre, l'hostilité de M. Wall pour son prédécesseur à Madrid et sa sympathie pour l'agent anglais d'alors provenaient « de sentiments relatifs à la personne beaucoup plus qu'à la nationalité V et l'on ne pouvait pas le juger d'après son attitude à leur égard. Avec une sincérité et une bonne foi d'ailleurs méritoires, il ajoutait, après avoir exposé sa manière de voir : « Malgré tout ce que je viens de vous dire. M', je ne suis point

attaché à mon opinion, mais je tous supplie de vouloir bien me confier sur quoi vous appuyez la vôtre. U faut aider Thumanité, et quelque résolution qu*on prenne, on a toujours de la peine à se détacher de son idée. Elle revient sans qu'on s'en aperçoive et on ne saurait se prémunir de trop de moyens pour s'en défaire. »

Ghoiseul n'insista pas outre mesure n'ayant aucun fait bien caractérisé à alléguer contre M. Wall. Il lui suffisait d'avoir mis en éveil l'attention de l'ambassadeur pour que celui-ci évitât un excès de confiance qui aurait pu lui faire jouer un rôle de dupe. La suite des événements permettrait de juger à l'œuvre le ministre qui faisait l'objet de ce débat. C'était a par des effets utiles non par des propos vagues » que le cabinet de Versailles pensait connaître les véritables intentions du gouvernement espagnol. U ne négligeait rien pour mettre celui-ci en état de donner les gages qu'il en attendait.

Puisque Ferdinand VI s' obstinait à ne pas mourir, c'est à Naples que Ghoiseul pensa à demander les

ordres qu'on exécuterait à Madrid. Sur ses représentations, notre ambassadeur auprès de don Carlos obtint de ce prince, le 17 avril 1759, qu'il ferait presser le départ d'une escadre espagnole chargée de transporter en Amérique les troupes et les munitions nécessaires à la sécurité des possessions de Ferdinand YI. Allant même plus loin, le roi des Deux-Siciles déclara au chevalier Gray que, si les Anglais formaient quelque entreprise contre la partie française de l'ile de Saint-Domingue, l'Espagne aurait de la peine à se dispenser de faire cause commune avec la France.

C'est qu'en effet, s'il n'y avait pas de convention particulière avec l'Espagne par rapport à nos colonies respectives, leur défense avait été néanmoins stipulée par l'article 2 du traité signé à Madrid en 1721. Celui de Fontainebleau en 1743 s'expliquait dans le même sens.

Il est vrai, disait Ghoiseul que nous ne pouvons guère citer en notre faveur ces différents traités, puisque les stipulations qui y sont insérées n'ont pas été exécutées de notre part ; mais le traité des Pyrénées, reconnu par les deux cours comme subsistant et faisant loi, suffit pour nous autoriser à réclamer les secours de l'Espagne. D'ailleurs, l'intérêt commun des deux monarchies devrait à cet égard, tenir lieu d'engagement (1).

(1) Espagne 525, f 28.

n LE DUC DE CUOISEUL

Ce n*était pas la manière de voir de M. Wall et de ses coJlègues, qui ne se hâtaient pas d^obéir aux instructions du roidesDeux-Siciles, moins prompts à les prendre pour argent comptant que notre ambassadeur à Naples. Celui-ci ayant demandé, plus d*un mois après, si Fescadre partirait bientôt, apprenait, en effet, delà bouche de don Carlos, que les ministres espagnols n'avaient encore fait aucun préparatif pour cette expédition. Raison suffisante pour expliquer le silence que F on gardait à Madrid sur les ordres reçus et pour justifier cette observation de Choiseul : « U faut espérer que le roi de Naples, parvenu au trône d'Espagne, fera un usage plus éclairé et plus utile des forces de cette monarchie. »

En attendant ce jour, dont Faube paraissait de plus en plus reculée, il importait de gagner toujours davantage la sympathie et Faffection du futur souverain. C'est pour y parvenir, en lui montrant combien la France s'intéressait à lui, que, le 5 juin 1759, Choiseul adressait à don Carlos un long mémoire destiné à le mettre au courant des démarches faites en sa faveur auprès des cours de Vienne et de Turin.

Le roi de Naples allait apporter, en effet, sur le trône d'Espagne des intérêts itahens que Ferdinand VI n'avait pas eus, et il ne fallait pas oublier

cet important facteur d'une politique où la nôtre devait trouver son compte. C'était à prévoir ces intérêts et à les satisfaire que notre diplomatie avait mis tous ses soins.

S. M. n'a pas laissé ignorer à Tlmpératrice-Reine les engagements qu'elle avait pris avec le roi des Deux-Siciles son cousin pour l'ordre de succession au royaume de Naples à établir au cas que S. M. Sicilienne passât au trône d'Espagne et elle a communiqué à la cour de Vienne la lettre qu'elle avait écrite au roi de Naples sur cet objet, en 175B, en déclarant que les engagements de cette lettre étaient sacrés et qu'elle ne pouvait pas s'en départir (I).

En agissant ainsi, le roi de France avait eu d'abord pour objet de faire adopter par Marie-Thérèse des engagements solennels vis-à-vis de son cousin et ensuite de placer solidement les états de Parme et de Guastalla entre les mains de l'infant don Philippe, frère du roi de Naples et gendre affectionné de Louis XV.

L'Impératrice, toute désireuse de plaire à son allié, ne marqua aucune répugnance à garantir elle aussi Tordre de succession à Naples ni à renoncer, en faveur de Flnfant, à son droit de réversion sur Parme et sur Guastalla. Elle demanda seulement, comme contre-pailie, que le roi de Naples se portât garant de son côté des possessions autrichiennes

(1) Affaires Étrangères. Vienne 272, f^' 220 et s.

en Italie et, qu'en échange du droit de réversion, il cédât à la maison d'Autriche les places présides de Toscane pour qu'elles fussent réunies au grandduché. Don Carlos et son frère don Philippe abandonneraient en outre leurs prétentions sur les allôdiaux Famèse et Médicis.

Louis XV ne voulut pas s'engager pour le roi des Deux-Siciles, mais il promit à Marie-Thérèse a ses bons offices les plus efficaces » . La cour de Versailles estimait, en effet, que la sécurité assurée pour ritatie (aussi bien parvienne que parle roi de Sardaigne à qui l'on avait garanti la réversion de Plaisance ou un dédommagement pécuniaire) valait bien quelques sacrifices. Gomme le disait Ghoiseul dans son mémoire, avec une réserve et un bon sens que le roi de Naples devait apprécier :

Le Roi [Louis XV] est bien éloigné de vouloir entrer, plus qu'il n'est convenable, dans les affaires et les desseins de S. M. Sicilienne, mais S. M., qui regarde que l'intérêt des différentes branches de sa maison n^est qu'un et consiste dans Funion et la confiance intime que ces branches ont entre eltesy croit pouvoir dire au Roi son cousin qu'il lui parait que l'avantage de consolider l'établissement de la branche du roi de Naples dans le royaume des Deux- Siciles par un accord général de toutes les puissances qui pourraient s'y opposer ainsi que celui de fixer dans la branche de l'infant don Philippe la possession de Parme et de Guastalla est d'un prix plus estimable à la maison de France que la conservation des places degË presidii et les prétentions sur les allodiaux Farnèse et Médicis,

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Le cabinet de Versailles engageait en outre don Garios à se méfier des réflexions que Fenvoyé de la cour britannique pourrait lui présenter à cet égard. Il était vraisemblable que les Anglais s'empresseraient de dire au roi de Naples qu'il lui était inutile de prendre, pour ses arrangements de famille, l'assentiment de la cour de Vienne et peutêtre même celui de la France. Mais Louis XV avait trop de confiance dans l'ouverture d'esprit de son cousin pour ne pas croire qu'il démêlerait bien vite les raisons qui pousseraient l'Angleterre aie ménager aujourd'hui.

La puissance anglaise [disait Choiseul] est nécessairement par son intérêt et par sa position t ennemie indispensable de l'Espagne et de la France et, par conséquent, de la maison de Bourbon, de sorte que toute insinuation de la part des Anglais devient naturellement suspecte; et F argument le meilleur que ton puisse avoir pour maintenir dans la maison de Bourbon les traités défensifs avec la maison d'Autriche est, sans contredit^ l'acharnement que mettent les Anglais à diviser ces puissances.

Le roi des Deux-Siciles se rendait parfaitement compte des vrais sentiments de l'Angleterre à son égard et, à ce point de vue, la cour de Versailles prêchait un converti. Les questions d'arrangements territoriauxlui semblaient plus pénibles à admettre et il avait besoin d'appeler la raison à son aide pour se convaincre de la justesse des arguments

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que lui présentait Ghoiseul. Heureusement don Carlos fit toujours preuve d un esprit sage qui^ joint à une sympathie naturelle pour le chef de sa famille, Tengagea dans cette occasion à écouter les conseils de la France. Il y trouva d'ailleurs son véritable intérêt et la sécurité qui lui était néces* saire pour accomplir Fœavre délicate d*empècher la dissolution complète de la monarchie espagnole.

Contre toutes les prévisions, Ferdinand IV poursuivait ses jours lamentables, enfermé dans une pièce de son palais. U vivait (si Ton peut donner le nom de vie à une existence pareille), etde cette vie de son souverain TEspagne mourait chaque jour un peu plus. La situation des ministres, avec un pareil maître, incapable non seulement de les diriger, mais même de les comprendre, était des plus embarrassantes. Notre ambassadeur déclarait à Choiseulqu*il courait chaque jour contre eux des satires piquantes et des écrits séditieux qu'on ne cessait de répandre pour émouvoir la nation. Quantité de personnes refusaient d'obéir à leurs ordres; le gouverneur de Catalogne ne faisait que ce qu*il vou-

ET L'ALLIANCE ESPAGNOLE t7

lait et se moquait de ce qu'on lui ordonnait. Plusieurs commandants de province en agissaient de même.

Joignez à cela [écrivait d'AubeterreJ le peu de fermeté qui fait la base du caractère de ces ministres, la crainte de chacun d*euz de se mettre en avant et l'adresse de se renvoyer tout l'un à l'autre, et il vous sera aisé de sentir combien il est difficile qu'on puisse prendre ici un parti de vigueur (1).

Au lendemaindu jour où Tambassadeur envoyait ces nouvelles, M. d'Eslova, chargé du département de la gueiTC, succombait à Tâgede soixantedix-huit ans. Avec lui disparaissait une chance de plus de voir adopter certaines mesures actives. Comme il avait longtemps résidé aux Indes occidentales, en qualité de vice-roi, il connaissait par lui-même les procédés violents et injustes des Anglais et il sentait lutilité qu*il y avait pour l'Espagne à s'efforcer d'arrêter leurs progrès. Malheureusement son crédit n avait jamais été bien grand à la cour, où les partisans de TAngleterre avaient trouvé le moyen dé le représenter à Ferdinand VI comme un vieillard dont la tête n'était plus bien solide. Sa mort n'en laissait pas moins vacante une place qui aurait eu besoin d'un titulaire énergique et actif. M. Wall se chargea de veiller sur ce dépar-

(i) D'Aubeterre à Choiseuli 20 juin 1759.

tement. On s'appuya, pour Ty engager, sur une ordonnance dePbiUppe V décidant que, si le secrétaire d'état de la guerre venait à mourir, celui des affaires étrangères le suppléerait jusqu'à la mort de son successeur.

Malgré son désir de ne pas se mettre en avant, don Carlos crut devoir, en cette occasion, affirmer son autorité et il envoya un brevet en règle à M. Wall afin que celui-ci fût reconnu par tous comme ministre de la guerre. D'Aubeterre en informait Choiseulle 6 août 1759, et il ajoutait :

Dans ce brevet le roi de Naples déclare que, vu l'état malheureux où se trouve le roi son frère, en qualité de son héritier présomptif, il nommait M. Wall par intérim à ce département pour éviter les désordres qui pourraient en résulter s'il restait sfinis chef et pour en exercer les fonctions jusqu'à ce qu'il plût à Dieu de rendre la santé au roi son frère. M. d'Yacci a informé de la part de S. M. Sicilienne tous les commandants de province de ce brevet afin qu'ils aient à s'y conformer. M. d'Yacci a passé en outre des offices (conçus dans les mêmes termes que le brevet) à tous les tribunaux, afin de les avertir que, dans le cas où ils auraient besoin de l'autorité royale, ils eussent à s'adresser dorénavant au roi de Naples (I).

Les événements allaient désormais se précipiter. Don Carlos, tenu au courant de ce qui se passait à Madrid, sentait sa responsabilité grandir et sor-

(1) Espagne 525, f^ 165 et 166.

tait peu à peu de sa réserve. C'est ainsi qu'il donna Tordre à M. Wall de communiquer à Naples tous les sujets de quelque importance qu'il pourrait aborder avec les ministres éti^angers. Le souverain avait besoin de ne pas i^morer l'état des affaires pour le moment prochain où il aurait à les diriger. II se faisait une trop haute idée des fonctions royales pour ne pas vouloir être en mesure de traiter les questions par lui-même, et il n'entendait pas, comme Ferdinand VI, s'en rapporter aux a lumières » de ceux qui Tentouraient.

On se trouvait donc enfin en présence d'actes d'autorité publique, et d'Aubeterre s'en réjouissait. U espérait voirdésormais le gouvernement prendre une forme et réprimer les désordres de tous genres qui se produisaient en Espagne. Ce n'était pas seulement la politique du pays qui laissait à désirer. Personne à Madrid ne se trouvait plus en sûreté. Une infinité de meurtres s'y commettaient journellement, crimes occasionnés à la fois par l'impunité et par l'espoir d'un pardon général à l'arrivée du nouveau roi. « Le conseil de Castille, disait l'ambassadeur, ne fait exécuter aucune sentence de mort sans l'approbation du souverain. Depuis la maladie du roi, il ne se fait aucune exécution ; c'est ce qui donne lieu aux assassinats. » A tous les points de vue il était temps que Ferdinand VI quittât ce monde.

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