‹ Le Duc de Lauzun (général Biron) 1791-1792Chapitre 15 sur 62 · BIRON A TALLEYRAND · texte numérisé non relu

BIRON A TALLEYRAND

Le jour monic Biroii n'pondil à Talleyrand, par la lettre suivante :

N*' 5. — BmoN A Talleyrand.

A Valcncienncs, le 17 Décembre 1791.

Je VOUS remercie de vos lettres et de vos nouvelles, je suis enchanté de Narbonne, il rend un grand service en prouvant qu'avec de l'activité, de l'esprit et de la grâce, on est un très bon ministre et que l'on vaut mieux que tous les vieux et inutiles routiniers par qui on laissait si constamment gâter les affaires ; la mesure est grande, belle et excellente, si vous êtes sûr de la Prusse qui seule peut vous répondre de l'Empereur. Si cela n'est pas, vous jouez à quitte ou double avec un bien mauvais jeu. M. de Lessart ne vaut donc pas mieux que les autres et ne sait apparemment pas qu'il sera pendu pour eux et pour lui, car dans ce moment-ci lenteur est trahison. Tous les moyens pour la Prusse sont encore dans leur entier. Je crois pouvoir répondre que nous n'y avons perdu personne. Je les donnerai dans le plus grand et dans le plus évident détail, si vous voulez m'envoyer Saint-F. ou quelqu'un de bien, car je ne veux pas risquer de perdre personne pour une chose que l'on ne veut pas faire. Il m'est impossible de quitter l'armée dans ce moment-ci, rien au monde

n'y ferait consentir M. de Rochambeau, allant surtout à Metz avec Narbonne. Je me crois en effet bien nécessaire en son absence ; remerciez Narbonne de son aimable petit mot. Qu'il dispose entièrement de moi, qu'il me mette où il me jugera utile. Je ne puis choisir, car je ne sais où il y aura de la place et où il lui sera possible de m'employer. Je le répète, c'est pour la chose et point du tout pour moi qu'il faut qu'il me place, car ce qui me convient le plus personnellement est qu'il me laisse aller en Corse s'il n'a pas besoin de moi. Adieu, je vous aime et je vous embrasse de tout mon cœur. Mille tendresses à Narbonne, je ne lui écris pas parce que je dois le voir mercredi ou jeudi, il ne peut imaginer tout le bien qu'il fait en nommant M. de Rochambeau et M. de Luckner maréchaux de France ; rien ne pouvait peut-être autant consolider l'armée.

La lettre suivante écrite encore au sujet de la création des armées, dont nous parlions tout à l'heure, est de Sainte-Foy, personnage de second ordre qui avait été employé à des missions secrètes sous Louis XV et Louis XVI et dont la morale, très large, était de celles qu'aimait Biron. « Ancien agent de la Cour, grand agitateur, lié avec tous les partis, ami de Danton et de Talleyrand (i), » Sainte-Foy ne pouvait man-

1. Fersen 11,360-3(31-370-377. Mirabeau (Correspondance, III,

SAINTE-rOV A IJIIÎON il

<jucr d'ctrc bien connu de Lauzun, il demeurait de même au courant des projets de mission on Ih'usse dont Biron caressait déjà depuis longtemps la réalisation et pour laquelle il cherchait déjà des agents siirs. C'est au choix de ces agents qu'il est fait allusion à la fin de la lettre suivante ;

N'' C). — Sainte-Foy a Biron (1).

Paris, le 15 Décembre 1791.

Vous VOUS plaignez de mon silence et j'en dis ma coulpe de tout mon cœur, mais les événements parlent si haut aujourd'hui qu'il faut bien vous en entretenir un peu pour donner carrière à vos utiles réflexions. Voilà enfin le roi dans une excellente attitude ; hier il a été annoncer à l'assemblée qu'il allait faire rassembler trois armées de cinquante mille hommes chacune pour couvrir notre frontière, et pour aller même au delà si les évêques électeurs et princes continuent de prêter territoire aux émigrés ; les trois généraux sont MJVI. de Rochambeau,

p. 253) parle de « l'infernale association des Talon, des Saintc- Foix et des Beaumetz ».

1. Le nom de Sainte-Foy est omis dans le registre, mais la signature nous eu donne la clé.

de Luckner et de Lafayette. Les deux premiers seront faits maréchaux de France (1) ; M. de Narbonne qui se démène parfaitement bien jusqu'à présent de son ministère, va partir ces jours-ci pour visiter lui-même tous ces préparatifs et j'espère bien que dans ces nouveaux arrangements, vous consentirez à être chargé de Metz.

Rien de plus juste que ce que vous avez mandé rue de l'Université relativement à une certaine cour; mais il n'y a pas un moment à perdre, et suivant nouS;, il faudrait que l'on fît d'ici à trois jours partir l'homme adroit et sage avec les moyens. Pour ceuxci on les aura ; mais pour l'homme, c'est là le hic et nous passons vainement en revue tous les noms, en ne trouvant au bout de nos calculs que vous, qui ne le pouvez pas, ou bien un autre qui n'est plus ici (2). En tout, je me plains de la lenteur de notre ami M. de L. (3), tandis que l'activité la plus grande n'aurait rien de trop dans ce moment-ci.

Maintenant que j'ai une fois commencé, comptez sur moi, sur mes petites feuilles, autant que sur le vieux et bien tendre attachement que je vous ai voué.

S. F. (Sainte-Foy).

La lettre de Talleyrand à Biron^ qui vient dans le registre, après celle de Sainte-Foy^

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