‹ Le Duc de Lauzun (général Biron) 1791-1792Chapitre 14 sur 62 · Moniteur du 3 janvier · texte numérisé non relu

Moniteur du 3 janvier

M. I)i: TALLEVRANl) A M. DK BIRON o7

Les éloges que lui accordaienl à la fois Wivon et Talleyrand étaient donc bien mérités. Quoi qu'il en soit, Talleyrand écrivait à Biron le 14 décembre.

N° i. — M. DE Talleyrand a M. de Biron.

14 Décembre.

Voici ce qui se passe, le Roi va aujourd'hui à l'assemblée, il y annonce les mesures qu'il prend contre les émigrants ; Narbonne parle ensuite et entre en détail. Il y aura trois armées de soixante-dix mille hommes en Alsace, cinquante en Flandre et trente à Metz, M. Luckner et M. de Rochambeau seront maréchaux de France. La troisième armée est donnée à M. de Lafayette, il sera à Metz. Vous allez être lieutenant général dans la semaine, mandez-moi courrier par courrier où vous voulez être employé, et ce sera fait sur le champ. On va envoyer trois maréchaux de camp à M. de Rochambeau, je ne sais pas pourquoi vous ne reviendriez pas pour vous concerter avec Narbonne. Votre santé est une raison que vous ne trouverez peut-être pas assez bonne, mais l'arrivée de vos trois maréchaux de camp doit vous donner un peu de liberté. Narbonne réussit à merveille avec l'Assemblée et avec le public ; il est le ministre que l'Assemblée aime. Si la démarche que

le Roi fait aujourd'hui réussit, elle est faite pour établir un système nouveau, et comme nous ne pouvons pas être plus mal, il est fort tentant d'en essayer.. C'est peut-être le seul moyen de remettre l'armée. Votre lettre sur la Prusse me fait bien regretter tout le temps que M. de Montmorin (1) nous a fait perdre. Nous serions tranquilles s'il avait bien voulu nous écouter un peu Tannée dernière et Heyman (2) ne serait pas perdu; je vais faire tout ce que j'imaginerai pour le succès de cette grande mesure ; je crois que le salut est là. Mais nous aurions bien besoin de nous voir pour faire choix des personnes qui peuvent être employées; nous les proposerons ensuite. Adieu, je vous embrasse de tout mon cœur. Note de M. de Narhonne. — Et moi aussi, je t'embrasse, et te prie de me faire connaître bien vite ce que tu veux, ou j'irai te le demander moi-même avant huit jours; j'espère aller te rejoindre. Je te remercie extrêmement de ta lettre ; continue-les-moi, je te prie et ordonne à jamais de ton serviteur et de ton ami.

1. M. de Montmorin, Président du Conseil du roi avant Bertrand de Molle ville.

2. M. de Heymann, maréchal de camp, avait été longtemps en Prusse et possédait à la cour de Frédéric-Guillaume, de nombreuses relations. Il venait d'émigrer et joua un rôle important au moment de l'ambassade de M. de Ségur et de la mission de Custine (le fils).

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