‹ Le Duc de Lauzun (général Biron) 1791-1792Chapitre 23 sur 62 · Id. II · texte numérisé non relu

Id. II

ceux de ses deux femmes légitimes, ceux de sa maîtresse, ceux de sa femme de la main gauche. Cette dernière n'eut point le temps de prendre à la Cour l'influence qu'elle avait rêvée. Elle mourut, en effet, le 11 août 1790 et fut presque immédiatement remplacée dans l'affection de Frédéric-Guillaume par la comtesse de Dœnhof (1), qui jouissait, au moment où se passe notre récit, de toute sa faveur. Comme M^*'' de Voss^ la comtesse de Dœnhof avait tenu à avoir sa voix dans les Conseils du gouvernement et elle la fit entendre la plupart du temps avec bon sens et intelligence. C'est ainsi par exemple qu'elle fut toujours à la tête du parti de la paix et qu'elle combattit avec fermeté la tendance du prince, qui, suivant ce qu'on sait,penchait au contraire pour les résolutions belliqueuses (2). Comme on ne l'ignore pas davantage M"'" de Dœnhof ne devait point réussir à empêcher la rupture qui aboutit à Valmy ; mais, soit que l'or porté par Ségur à Berlin ne fût point sans

1. Sophie-Julie-Frédéiiquc \'\'ilhelmine, comtesse de Dœnhof née ie 17 octobre 1767 suivant Brockhaus et en 1768 d'après Mcyer, était en 1789 dame d'honneur de la Reine. La Rietz parvint à la faire exiler en 1793.

2. « Vor dem Ausbruch des Krieges gegen Frankreich, stand sie an derSpitze der Friedenspartei, intriguierte viel wider die politischen Neigungendcs Kœnigs » Brockhaus art. Dœnhof.

COnnESPONDANCE DU DUC DE LAUZUN (31

inllucnce sur ses résolutions, soit qu'elle lut assez intelligente pour comprendre sans qu'on la payât, Tinulilité, le danger d'une démonstration armée contre notre pays, elle ne cessa de travailler en faveur du maintien de l'alliance française.

Livrée aux intrigues qu'on vient de dire, au désordre des alïaires, aux brigues de toute sorte, aux menées de M™' Rietz, dont l'influence s'exerça toujours d'une façon occulte ou apparente môme pendant le règne de M^^' de Voss ou de M"' de Dœnhof, livrée aux caprices de Wœllner, de Bischoffswerder, de cent autres agents subalternes moins en vue mais aussi corrompus, partagée « entre les prêtres, les visionnaires et les catins(l) », la Cour de Berlin demeurait au commencement de la Révolution française un cénacle peu respectable, où les influences et les faveurs, les hommes et les femmes étaient acquis au plus offrant.

Tout cela était notoire, était bien connu en France, en particulier des amis de Mirabeau, de tous ceux qui avaient entendu le grand orateur confirmer de vive voix les « secrets » (2)

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