‹ Le Duc de Lauzun (général Biron) 1791-1792Chapitre 37 sur 62 · LE WARÉCHAL DE ROCHAMBEAU · texte numérisé non relu

LE WARÉCHAL DE ROCHAMBEAU

ROCIIAMBEAl A M. i)K lUHON 151)

N° i5. — Ror.[iAMBEAiJ a iM. de Biron (pour vous seul).

A Paris, le 23 Mai-s 1792.

* Je viens, mon clier Biron, de remettre à ^I. de I Lafayette, la seconde division, pour le mettre à portée d'aller à l'offensive, si les circonstances l'exigent, contre les princes d'Allemagne (1). Je me suis réservé seulement Noailles (2), avec les chasseurs d'Alsace. On va envoyer l'ordre au régiment d'Alsace de partir, savoir le second bataillon pour s'embarquer et le premier pour aller à l'armée du centre. On fera ren-

1. D'après l'orfianisation de 1788, Tarméc avait été répartie en divisions militaires territoriales permanentes et cet embrigadement existait encore en dépit de la formation des armées dont nous avons parlé (pajj^e 35). Le passage de la deuxième division (dont le point dattaclic était Valenciennes), à l'armée

} de Lafayette, était destiné à renforcer les troupes mises àla disposition de l'armée du centre dont le rôle, d'après le plan de campagne arrêté en janvier par Rochambcau, Lafayette et Luckncr, devait être le principal et surtout offensif. Comme nous l'avons dit plus haut et comme on l'a vu également déjà dans certaines lettres de Lauzun, cette mission prépondérante attribuée à l'armée de Lafayette irritait Biron et la lettre actuelle de Rochambcau n'était pas faite pour diminuer cette mauvaise humeur.

2. Le vicomte de Xoaillcs (Louis- Marie), le célèbre auteur de la motion de la nuit du i août. Après avoir émigré quelque temps, il rentra en France sous le Gonsidat, prit part à l'expédition de Saint-Domingue, et fut tué en mer frappé par un boulet anglais.

trer à Cambrai le bataillon de gardes nationales qui a marché de la Fère à Guise. Noailles établira trois de ses escadrons à Guise, Ribemont et Origny et le quatrième au Château Cambrésis, qui relèvera celui du cinquième régiment. Il sera aux ordres de d'Harville et aux vôtres, comme maréchal de camp, mais particulièrement à ceux de M. d'Harville, pour aller de Guise à Cambrai mettre en exécution l'Instruction des troupes légères. 11 a le plus grand zèle pour servir avec nous et pour l'empire du monde n'aurait pas servi avec son beau-frère. Vous savez que c'est une tête qui bouillonne, mais qu'on le ramène aisément.

11 reste, mon cher Biron, votre bataillon du Quesnoy, que je voudrais bien que vous puissiez y garder et tâcher de faire l'impossible pour l'y établir solidement; les décrets obligent les villes à les loger.

Les nouvelles de Vienne ne sont pas mauvaises depuis la mort de l'Empereur; on craint la secousse qu'y produira ainsi qu'à Berlin, le ministère jacobin. Mandez-moi tout ce qui vous revient de Bruxelles et continuez toujours votre correspondance avec M. de la Gravière.

Signé : Le maréchal de Rocuambeau.

A M. LE MARÉCHAL I)K HOCIIAMBEAU 161

N<» !(). — A M. i.E MarÉ('.il\l de Rochambeau.

A Valcncienncs, le 26 Mars 1792.

Monsieur le Maréchal,

J'ai reçu ce matin la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire pour moi seul en date du 23, et je dois vous observer que tout le contenu de cette lettre était connu dès hier dans Valenciennes et que plusieurs personnes m'en avaient parlé avant la parade. Je suis charmé que Noailles passe dans votre armée; il est plein de talents militaires et d'activité, et j'ose répondre que vous en serez parfaitement content sur tous les rapports. Je ne regretterai pas la perte de la deuxième division, si on en remplace les troupes dans l'armée du Nord : je ne pourrais m'empêcher de regarder comme un malheur incalculable que cette armée ne fût pas assez forte pous donner au roi de Hongrie de justes inquiétudes sur le Brabant, si nous avions à nous plaindre de lui. Le meilleur moyen de nous assurer la paix est de lui faire craindre une révolution que le roi de Prusse même ne regarderait pas avec indifférence.

En approfondissant les causes des bruits que l'on fait courir sur la coalition des sous-officiers du 5« régiment de dragons et du 82« d'infanterie, je commence à me convaincre que c'e^t une petite

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intrigue d^aristocratie dont le but est de faire sortir • de Valenciennes le régiment Royal-Suédois qui est très patriote, et sur lequel on peut compter.

Signé : Biron.

N'' 47. — Talleyrand a M. de Biron.

A Paris, le 23 Mars 1792.

On fait partir M. de Wittgenstein demain pour Avignon, et on lui donne le commandement de toutes les troupes du Midi. J'ignore à quoi tient ce changement ; c'est vraisemblablement parce qu'il a été nécessaire de faire partir sur le champ quelqu'un pour Avignon. Je demanderai aujourd'hui à M. Dumouriez ce que tout cela veut dire ; c'est lui qui m'avait dit positivement que vous auriez l'armée du Midi. Le nouveau ministère est tout à fait dans le même sens ; j'espère qu'ils agiront bien ensemble et qu'enfin nous aurons une administration. Les nouvelles de l'extérieur ne paraissent pas changer notre position. Il paraît que l'on veut suivre la marche tracée par Léopold. C'est vers cette idée et vers le roi de Prusse comme chef que tous les esprits de l'Allemagne se portent. Dumouriez paraît mettre beaucoup d'activité dans son département. Ses dépêches sont bien au fond mais n'ont pas assez de noblesse de style, et c'était nécessaire dans le

DUMOLRIEZ A M, DE 13IR0N 1G3

nouveau système. N'êtes-vous pas dans l'admiration de la hausse de nos changes. Le papier sur Paris se Tait avec une facilité étonnante. Cela doit effrayer les émigrés au moins autant que toutes nos armées, car si le mal être intérieur passe, nous serons d'une force irrésistible. M. Lenormand a fait banqueroute et ce n'est pas la dernière que les spéculations sur le change feront faire. Où en êtes-vous de vos affaires, les suivez-vous ? c'est là qu'il faut chercher le bonheur. Dans deux ans, il sera là tout entier pour nous qui ne sommes plus jeunes. Adieu je vous aime et je vous embrasse de tout mon cœur.

Signé : Talleyrand.

N° 48. — DUMOURIEZ A M. DE BiRON.

A Paris, le 27 Mars 1792.

Vous jugerez, Monsieur et ancien ami, avec quel plaisir j'ai reçu vos deux lettres du 18 et du 24. Prenez-vous-en au désordre d'une première prise de possession d'un département in realu du retard de ma réponse. Mon cœur ne sera jamais en faute avec mon honorable ami Biron. Il y a longtemps que nos opinions et nos sentiments s'accordent. Voici le moment venu de mettre à exécution pour une nation libre ce dont on nous a écarté sous le despotisme absurde des ministres. Vous êtes, mon ami, un des

plus forts arcs-boutants de ma machine politique et militaire. Je garde précieusement les réflexions de votre lettre du 18. Nous nous écrirons plus à fond à cet égard, lorsque j'aurai débrouillé le chaos dont je me suis chargé. Je ne veux entrer aujourd'hui dans aucun détail. La lettre sévère de M. de Grave, vient non de lui, mais de ses bureaux^ c'est un récitatif obligato-bureaucratique ; au lieu de vous en courroucer, il faut en rire.

D'ici au l^'' mai, nous saurons à quoi nous en tenir sur l'exécution ou la cessation du cartel ; je prévois avec plaisir, qu'à la tête des troupes de la nation, vous commanderez bientôt une armée autrichienne dont nous nous servirons parfaitement co*ntre les despotes. Je vous écrirai plus clairement à cet égard^ et vous ne resterez pas oisif si Dieu me prête vie ministérielle.

En attendant, puisqu'on vous ordonne d'être scrupuleux sur l'observation du cartel, devenez de votre côté minutieux et tracassier sur son inobservation de la part des Autrichiens. Je ne suis pas fâché que vous leur donniez ce genre d'inquiétude en y met- | tant cependant la prudence qui est en vous.

Notre crise actuelle ne peut plus durer. .J'ai donné aux négociations une tournure franche et décisive qui va faire cesser toutes nos perplexités.

Je vous embrasse et vous aime de tout mon cœur.

Signé : Dumouriez.

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