A M. DUMOURIEZ
P. S. — Nous avons besoin entre gens honnêtes et forts de nous aider pour sauver la patrie et la constitution.
N° 49. — BiRON A M. DUMOURIEZ.
A Valencienncs, le 31 Mars 1792.
Recevez, je vous prie, tous mes remerciements, Monsieur et ancien ami, de votre aimable lettre, et de la confiance que vous me marquez; si ce n'est par mon talent, je la justifierai du moins par mon austère franchise. Pour n'y plus revenir, trouvez bon que je vous parle de moi, et que je fasse ma profession de foi entre vos mains. Je n'ai d'autre ambition que de servir utilement la chose publique et vous êtes trop mon ami pour que je ne regarde pas comme un devoir de vous demander instamment, de ne jamais consulter mes convenances ni mes répugnances personnelles. Lorsqu'il sera question de m'employer, je ne me permettrai de refuser que les commissions auxquelles je ne me sentirai pas propre. Cette unique raison m'a fait refuser le commandement de l'armée du Midi que M. de Narbonne m'avait offert; 1<> ce commandement est si étendu qu'il ne peut être exercé par le général; il perdra tous les avantages de sa présence, car il ne pourra s'écarter sans danger de son point central. Est-il
juste qu'il soit responsable de ce qu'il ne peut surveiller ? est-il possible qu'il ne le soit pas du tout, c'est une grande question et la ligne de démarcation ne se placera pas sans embarras. Je sais bien qu'en cas de guerre, cette armée agira plus qu'aucune autre, si Ton s'occupe franchement de lui en donner les moyens, mais il faut un général d'une grande conciliation, d'une activité infatigable et bien entendue; par cela même, vous étiez invariablement désigné si la nécessité ne vous eût remis le département le plus important de notre ministère. Conformément à mes principes, mon cher et ancien ami, je ne me serais pas permis de refuser le commandement de l'armée du Midi, si je ne m'étais pas cru utile, j'oserai peut-être dire indispensable datis celle du Nord (car tous les petits détails m'offraient dans le Midi, des agréments et des facilités personnelles que je ne puis espérer ici, telles que le voisinage des terres de mon père, etc.. etc.. etc.), M. de Rochambeau m'accorde une confiance entière ; tous les corps administratifs m'en montrent beaucoup, ainsi que les troupes. Le maréchal n'est tourmenté par aucune réclamation, il peut se livrer uniquement à ses grandes vues militaires, et ménager sa santé qui devient chaque jour plus précieuse, car je ne connais dans aucun service, aucun général, qui puisse lui être comparé pour la défense d'un pays. J'ai tant servi avec lui, je le connais si bien, qu'il se passerait, je crois, difficilement de moi. Il a plus d'activité
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que de force; avec un autre il voudrait se mêler de tout et se crèverait en six mois. J'ai reçu de lui hier au soir une lettre qui m'inquiète.
// me dit qu^il complail partir à la fin de la semaine, mais quhme nouvelle enflure qui est tout franchement menace d*hydropisie Vohlige a rester encore quelques jours entre les mains de Portai (l). On me mande en même temps que l'on ne fait pas ce qu'il veut, qu'il est dégoûté, que probablement, il ne reviendra pas. Ce serait, dans les circonstances présentes, un malheur incalculable. Indépendamment de ses talents militaires, toute notre armée se croirait trahie et son successeur tel qu'il fut sans exception serait longtemps suspect aux troupes. Je vous promets cependant de ne pas quitter si cet événement arrivait ; faites rester le Maréchal au moins cette campagne à quelque prix que ce soit, et si vous n'y pouvez pas réussir, laissez-moi dans son armée, mais ne me la donnez pas. Je conserverai la plus grande influence dans l'armée si les soldats me regrettent; je la perdrais peut-être si on leur disait que j'ai contribué à la retraite de M. de Rochambeau et on n'y manquerait pas. J'aime mieux la confiance des troupes que l'honneur de les commander ; dans tous les cas possibles,
1. Biron écrit Portail mais c'est bien Portai qu'il faut lire. Portai professeur de médecine au collège Royal, médecin consultant de Monsieur avait été reçu membre de l'Académie des sciences pour la section d'anatomie en 176i. il était chevalier de l'Ordre et demeurait rue de Savoie.
je vous demande au nom de notre ancienne amitié de me faire garder le commandement de la Corse et de m'y laisser aller quand tout sera devenu assez calme pour n'avoir plus besoin de moi. Lorsque toutes les portes étaient ouvertes à mon ambition, lorsque je pouvais choisir, j'ai choisi la Corse et je lui appartiens par toutes les démarches que les Corses ont bien voulu faire pour me prouver leur confiance ; c'est d'ailleurs un pays tout neuf, à qui l'on peut faire beaucoup de bien en s'y dévouant entièrement comme je compte faire ; ce sera pour moi la plus douce de toutes les retraites.
Permettez-moi maintenant de vous dire combien je suis étonné et affligé de la manière dont votre ministère me paraît avoir disposé de nos armées. Réduire celle du Nord à la défensive, s'ôter les moyens d'entrer en Brabant si nous avons à nous plaindre des Autrichens, les débarrasser de la nécessité d'y tenir une armée considérable et tout cela pour renforcer notre armée du Centre, pour charger des opérations hostiles le moins expérimenté de nos trois généraux (car je ne pense pas que les plus chauds partisans de M. de Lafayette veuillent comparer ses talents militaires à ceux de MM. de Luckner et de Rochambeau), en vérité, mon ami, c'est ce que faisaient autrefois les maîtresses du Roi pour les favoris devenus généraux. Il est impossible que de telles mesui:es inspirent la confiance et paraissent dictées par le seul amour de la chose publique.
nOCllAMnLlAU A M. 1)K lîlIîON 169
Réllcchissez-y cl beaucoup de raisons très fortes, qu'il est inutile de détailler, se présenteront à votre esprit et feront impression sur lui.
Je suis tout consolé de la sévérité de M. de Graves. J'ai fait arrêter, il y a deux jours, un chasseur autrichien déserteur et je l'ai fait rendre. J'ai en même temps réclamé plusieurs déserteurs de notre garnison.
J'ai en Corse un secrétaire nommé M. Mazade que je ne connais pas personnellement, mais qui a la meilleure réputation. D'après la correspondance que nous avons ensemble depuis longtemps, je suis bien sûr que peu d'hommes font aussi bien une lettre et même un mémoire. Je voudrais que vous le prissiez à la condition de me le rendre si vous quittiez le ministère. Adieu, mon ancien et excellent ami, je vous aime et vous embrasse de tout mon cœur.
Signé : Biron.
N" 50. — ROCHAMBEAU A M. DE BlRON
(pour vous seul).
Paris, le 29 Mars 1792.
Je me suis trompé, mon cher Biron, si dans ma dernière lettre je vous ai parlé du bataillon de la Charente qui est à Landrecies ; c'est celui qui est à
Guise qui doit aller à Cambrai remplacer Alsace pour vider ce quartier aux chasseurs du 1*^^' régiment. Le mouvement lui sera ordonné par le Ministre. Rien n'empêche que vous m'envoyiez le bataillon qui est au Quesnoy se réunir à Cambrai quand le 53^ régiment sera parti, et nous garderons toujours deux bataillons de gardes nationales à Landrecies comme vous le désirez.
Vous devez voir, mon cher Biron, par les dispositions du nouveau ministère, que leur but en cas •de guerre est de donner l'offensive à entreprendre à M. de Lafayette sur la rive droite de la Meuse; cette guerre révolutionnaire est plus dans son genre et je crois qu'elle peut produire plus d'effet dans le pays •de Liège que dans le Brabant. Je conviens que les moyens qui nous resteront seront bien courts, mais vous savez tout ce qui se passe dans le Midi, les mouvements de l'intérieur; nous ne pourrons guère compter, si la guerre a lieu, que sur des bataillons de gardes nationales d'augmentation, et le retour de quelques escadrons qu'on pourra peut-être alors tirer de l'Intérieur ; mais notre ligne de défense deviendra beaucoup moins longue qu'elle n'était ci-devant et nous tâcherons d'user de nos moyens, de manière à ne pas rester dans une défensive morte. Si l'ennemi se dégarnit et nous prête le flanc, mon plan serait •de camper quatre ou cinq mille hommes à Maubeuge et d'en rassembler douze ou quinze mille près de Valenciennes, avec deux ponts au-dessus de l'Escaut.
ROCIIAMBEAU A M. DE BinON 171
Il me semble que noire gauche à Valenciennes, notre <lroile II Famars, La Rlionelle devant nous, deux ponts sur TKscaut derrière nous, pour marcher au besoin vers Douay et Lille, nous mettraient dans une position respectable et à portée de prendre l'offensive suivant les circonstances; voilà mes vues générales, mon cher Biron; Lafayette doit se rassembler ù Dun et s'il fait quelque entreprise de son côté, il ■doit nécessairement attirer les plus grandes forces de l'armée du Brabant ; tous ces raisonnements sont pour vous seul, mon cher Biron, mandez m'en votre opinion.
Noailles sera le 12 à Guise ; je l'ai chargé, sous les ordres de M. d'Harville et de M. de la Noue, de former à la nouvelle Instruction de cavalerie des troupes légères, son régiment, le 3« de hussards et le 14® qui est à Laon. Je l'ai chargé également de vous faire passer, le plus tôt possible, des exemplaires pour vos deux régiments de dragons et pour le régiment qui est à Maubeuge. Nous en ferons passer ■aux autres dès qu'ils seront imprimés.
Un gros catharre et une nouvelle enflure des jambes me retiendront encore ici sept ou huit jours. Portai veut me droguer et me déclare que si je n'y remédie pas tout de suite, je serai hydropique dans trois mois. J'espère davantage des chaleurs, de l'exercice ■et de la belle saison.
Signé : Le Markgual de Rociiambeau.
N« 51. — La Gravière a M. de Biron.
Bruxelles, le 30 Mars 1792.
L'an i" de la liberté.
Mon Général,
J'apprends par une lettre de M. Dumouriez, que vous devez m'avoir dénoncé la désertion de sept hommes du 12« régiment, que le Minisire m or. donne de réclamer. Je n'ai reçu aucune lettre de votre part, et je vous supplie de m'envoyer, le plus promptement possible, un duplicata de celle que vous m'aviez destinée, parce que les détails qu'elle contenait sans doute, me sont nécessaires pour faire la déclaration ordonnée. J'espère, mon Général, que vous voudrez bien avoir cette complaisance. Il est essentiel, pour le succès de la réclamation, qu'elle ne soit pas retardée. J'y mettrai le plus grand zèle, ainsi qu'à tout ce qui pourra vous être agréable.
J'ai eu rhonneur de vous écrire il y a quelque temps une lettre qui, ne vous trouvant plus à Valenciennes, fut remise à M. de Grillon (1). J'ai écrit deux
1. Le comte de Grillon, lieutenant-général à rétat-major do Rochambeau à Valenciennes. « 11 faut comprendre le marquis de Grillon parmi le petit nombre d'honnêtes gens qui sont dans le parti révolutionnaire. 11 est sans talent et sans espric.» Correspondance de Mirabeau publié par M. de Bacourt. La Marck à Mercy-Argentau, 22 janvier 1792 III, p. 294.
BIKON A M. DE TALLEVRAXD 17)]
OU trois fois îi cet officier géncr;il, et ma dernière à été le trouver à Douai; c'était pour lui apprendre la mort de l'Empereur. Il ne m'a pas fait de réponse et ma lettre n'eu demandait pas; mais je n'ai rien reçu de votre part.
Les travaux de Namur sont finis ; on s'est contenté de remettre les fossés, les fortifications de terre et de placer plusieurs rangs de palissades. On prétend avoir mis le château en état de tenir quelques semaines en cas de besoin. On assure que les troupes autrichiennes destinées pour le Brisgau au nombre de huit à dix mille hommes, ont déjà reçu leur mois de gratification.
Signé : la Gravière.
N*' 52 — BmoN a M. de Talleyrand.
A Valenciennes, le 26 Mars 1792,
J'ai reçu votre lettre par Beauharnais (1) et je vois avec chagrin que nous différons beaucoup d'opinion dans les circonstances actuelles; croyez-
1. Beauharnais (Alexandre-François- Marie, Vicomte de) 17G0- 1791, comptait à l'État-major du régiment de Sarre-infanterie quand il fut élu le 30 mars 1789 député aux Etats-généraux par le bailliage deBlois. 11 servit ensuite dans l'état-majorde Rochanibcau, puis dans celui de Luckner à l'armée du Nord, enfin dans celui de Biron à l'armée du Rhin. Général en chef de l'armée du Rhin en 1793, il fut traduit devant le tribunal révolutionnaire et exécuté le 5 thermidor An II (23 juillet 1794)
moi, elles sont telles que ce n'est plus des hommes qu'il faut s'occuper, mais bien positivement des choses. Intriguer en Allemagne, ou ailleurs, ne réussira plus, même au plus heureux ; vos intrigues en Allemagne n'exciteront point d'ambition, ne retarderont point l'élection d'un Empereur. Nous n'avons ni secours, ni argent à promettre aux autres puissances, nous n'avons point de bien à leur faire ; nous ne pouvons leur faire que du mal ; nous devons nous borner à leur en imposer par un maintien ferme et soutenu et les seuls moyens sont, je ne cesserai de le répéter, une escadre prête à faire voile pour rinde, et une armée prête à entrer en Brabant. Il est impossible que vous ayez beaucoup à vous plaindre du roi de Hongrie, ni même du roi de Prusse tant que vous pourrez faire la révolution de Brabant qui, très probablement, entraînera celle delà Hollande ; il n'y faut plus penser si vous avez la maladresse de réduire l'armée du Nord au seul pied de défensive et cela pour rendre active la seule qui ne dut jamais l'être et la faire commander par le moins expérimenté de nos trois généraux quand le plus habile ne serait pas trop bon pour la circonstance. Ditesleur donc que s'ils veulent, que s'ils veulent absolument que le destin de la France dépende de la médiocrité de M. de Lafayette, il faut au moins se ménager les moyens de le soutenir s'il est battu ; M. de Rochambeau peut seul lui donner du secours, mais il ne faut pas le laisser dans un strict état de défen-
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sive qui ne lui permette pas de rien détacher. On a persuadé au ministère et môme à M. de Rochambeau que c'était la révolution de Liège qu'il fallait faire ; son succès n'entraînera certainement ni le Brabant, ni la Hollande et celle du Brabant eût nécessairement entraîné Liège. Si l'on est invariablement décidé à cette absurde sottise, il faut du moins la faire le moins mal possible, car enfin M. de Lafoyette peut éprouver un revers tel qu'il donne l'entrée de la France, inonde la Champagne de cavalerie ennemie, et ne laisse guère d'obstacle à redouter à l'armée autrichienne si elle ne peut être arrêtée par une partie de la nôtre. Songez donc que M. de Rochambeau n'a pas 4000 chevaux dont il puisse disposer, et qu'il doit garder des plaines immenses et empêcher des pointes qui désoleraient tout le pays. J'ai écrit tout cela à Dumouriez. Diteslui encore que son caractère tranchant peut seul tout sauver, qu'il ne souftre pas que pour des mouvements intérieurs qui n'existent pas encore, que pour des troubles dans le Midi qui s'apaiseraient d'eux-mêmes, on livre le Nord de la France, Paris, et ce qui est cent fois plus dangereux V opinion.
C'est aujourd'hui le 2 avril, cette lettre est commencée depuis six jours sans que j'aie pu la continuer ; une foule de petits événements plus importuns qu'importants, ne m'ont pas laissé une minute à moi. Je ne puis pensera quitter ceci, même pour vingt-quatre heures, quand bien même ma présence serait néces-
saire à mes affaires à Paris, et je suis bien loin de le croire. J'ai envoyé à M. Pays tous les éclaircissements relatifs à mes affaires en Angleterre car il faut commencer par quelque chose, et par le plus pressé. J'attends la réponse de mon père ; je ne crois pas autant que vous à son désir de payer mes dettes ; c'est que j'ai vu la lettre de M. de la Borde écrite de sa part à M. du Temps, cette letttre ne disait pas un mot d argent, et le priait seulement de venir me consoler dans ma prison, et m'offrir apparemment de recevoir tous mes sacrements, et disait positivement que de peur de trop s'engager, il ne pouvait promettre en aucune manière de venir à mon secours. Ses propos sont toujours les mêmes, ils sont seulement très différents vis-à-vis des gens d'affaires que les trois quarts et demi du temps il ne veut pas écouter du tout. Il est entièrement conduit par des aristocrates de toutes les classes dont je vois que le principal but est de m'éloigner et de me mettre tout à fait hors du jeu, et j'ai tout lieu de croire que M. Pays est un des plus ardents et des plus cachés ; il m'a fait parvenir indirectement de différentes manières que si je voulais sur-le-champ partir pour la Corse, quand j'y serais une fois, je serais parfaitement content de mon père, que, sans cela, je ne pouvais en attendre aucune facilité. J'ai fait dire à mon père par M'"" de Gontaut que s'il ne décidait rien sur mes affaires en Angleterre, je ne laisserais sûrement pas dans l'embarras les gens qui avaient
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répondu pour moi, ci que je retournerais à Londres, me remettre en prison, (ce que je ferais, je vous jure). Il en a été très frappé et a dit qu'il me répondrait et prendrait des arrangements. Je les attends. Savez-vous que l'on dit beaucoup à Valenciennes, que le Roi devait venir se mettre à la tête de notre armée, et que ce serait une chose faite si on avait pu m'en tirer. M. de Rochambeau aurait été retenu à Paris sous quelque prétexte, M. de Grillon serait revenu prendre le commandement de Valenciennes et aurait tout facilité, s'il n'eût pas été arrêté luimême, ce qui était à peu près sûr. On dit à présent que c'est à Metz qu'il doit aller, que c'est pour cela que M. de Lafayette commande l'armée du centre, et qu'elle est la seule prête à entrer en campagne ; vous sentez bien que je crois tout cela. J'ai la certitude qu'il en a été fortement question ; je ne sais ce qui en a été convenu.
On dit que Chauvelin va être ministre plénipotentiaire en Angleterre ; on ne pouvait faire un meilleur choix car ce jeune homme est plein d'esprit, et voit à merveille; mais ne perdez jamais un instant de vue que vous ferez tout ce que vous voudrez si vous êtes appuyé par une escadre et que l'on se moquera de vous deux si vous ne l'êtes par rien. Je serai charmé de vous voir vingt-quatre heures, une bonne conversation entre nous peut ne pas être inutile. Adieu, je vous aime et vous embrasse de tout mon cœur.
Signé : Biron.
N» 53. — A M. LE MARÉCHAL DE ROCHAMBEAU A Valenciennes, le 1^"^ Avril 1792.
J'ai reçu hier au soir la lettre de M. le Maréchal, en date du 29 mars pour moi seul, et puisqu'il me l'ordonne, je vais lui dire mon opinion. Je ne regrette point du tout la seconde division. J'ai toujours pensé qu'elle devait faire partie de l'armée du Centre, mais en même temps^ j'ai toujours cru que cette armée ne pouvait être utile qu'autant que celle du Nord serait assez forte pour menacer le Brabant, y opérer une révolution qui aurait des suites plus grandes que partout ailleurs, et obliger du moins les Autrichiens à y tenir la majeure partie de leurs forces. Il me paraît dangereux que Farmée du Nord ne puisse pas disposer d'un corps redoutable sans compromettre sa défensive pour se porter à l'appui de celle du Centre, dans le cas où elle éprouverait un revers. Il en est tel qui donnerait l'entrée du royaume, inonderait la Champagne de cavalerie et ne laisserait guère d'obstacle à redouter à l'armée autrichienne si elle ne pouvait pas être arrêtée par une partie de la vôtre. Enfin je ne puis m'empêcher de voir que la révolution du Brabant eût nécessairement entraîné celle de Liège, et que celle-là ne décidera ni le Brabant, ni la Hollande; enfin, M. le Maréchal, je vois
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avec quoique inquiétude le succès de la campagne, peut-être le sort de l'empire dépendra de l'armée du •Centre, et n'être pas confiée à un général dont la longue expérience et les talents connus puissent nous rassurer. J'ai cru devoir communiquer mes réflexions à M. Dumouriez qui me les a demandées et de qui je suis ami depuis 25 ans. Je ne les confierai d'ailleurs à personne sans exception, et je regarderai comme un devoir de les tenir secrètes. J'ai reconnu plusieurs positions avec M. Jarry pour être en état d'en rendre compte à M. le Maréchal à son retour ; nous devons en voir encore et sans lui rien dire d(^ particulier avant que M. le Maréchal m'y autorise ; nous examinerons celle entre Valenciennes et Famars.
J'ai rendu compte hier à M. le Maréchal de la réclamation des soldats relativement au décompte qu'ils aiment mieux attendre deux et trois mois que recevoir en assignats. Ils n'y ont point mis de mutinerie, car ce matin encore, ils m'ont dit qu'ils le prendraient, mais, qu'ils aimaient mieux attendre. Je n'ai pas voulu insister de peur de recevoir un refus formel qui serait devenu une désobéissance d'après laquelle les têtes se seraient peut-être échauffées ; ils me montrent beaucoup de confiance, et je me crois bien sûr de les contenir et de leur faire faire ce que je voudrai, mais il me paraît indispensable de faire encore les sacrifices nécessaires pour leur donner leur décompte en argent. Les difficultés
renaîtront sans cesse, les suites peuvent en être dangereuses : c'est le moyen le plus sûr de dégoûter et d'aliéner le soldat si on ne s'en occupe pas, et je suis convaincu que l'on peut entièrement compter sur lui, si l'on détruit cette source intarissable de troubles, de peines et d'embarras. J'écris au Ministre dans ce sens.
J'espère qu'en suivant les conseils du sage Portai et en se ménageant beaucoup pendant quelques jours, M. le Maréchal se débarrassera tout à fait de son catharre et que nous aurons bientôt le bonheur de le recevoir à notre tête en parfaite santé. Je le supplie d'agréer mon respect.
Signé : Lieutenant-général Biron.
N" 54. — La Gravière a M. de BmoN.
A Bruxelles, le 31 Mars 1792.
Mon Général, je viens de recevoir la lettre dont vous m'avez honoré avec les trois copies de notre correspondance avec le Ministre de la Guerre. Je me hâte de vous prier de vouloir bien m'envoyer en détailles noms, etc.. etc. des sept déserteurs que le Ministres des Affaires étrangères m'ordonne de réclamer. Je n'ai rien à ajouter à ce que j'ai eu l'honneur de vous dire hier. Je vous prie d'agréer l'hommage de mon attachement.
Signé : LA Gravière.
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N" 55. — BiRON A M. DE Grave.
A Valcncienncs, le 2 Avril 1792,
Quoique j'aie, Monsieur, l'honneur de vous rendre compte officiellement des réclamations faites par cette garnison sur le paiement ou décompte en assignats et sur la demande d'attendre un, deux et même trois mois dans l'espoir que le papier se relèvera, ou que l'Assemblée nationale prendra en considération la perte que le soldat fait sur les assignats, je crois devoir vous donner particulièrement quelques détails sur cet objet qui me paraît mériter votre attention.
Le paiement du décompte en assignats présente pour le soldat des difficultés et des désavantages de toute espèce. Les habitants de cette ville comme la plupart de ceux des frontières sont très mal intentionnés et très agioteurs ; les assignats de 5 livres perdent toujours au moins 30 sous et souvent 40. Les billets de confiance de 5 sous ne sont pas de ressource, car les gens mêmes qui les vendent aux soldats ne veulent pas les recevoir d'eux. Dans le décompte un billet de 5 livres doit souvent être partagé en portions inégales entre quatre ou cinq hommes. Le partage de la perte de l'escompte est difficile à faire et devient l'objet de beaucoup de
discussions et de querelles. Tant que ce moyen d'é~ chauffer la tête du soldat et de l'aigrir subsistera, on ne pourra véritablement pas compter sur lui, car chaque mauvais procédé des habitants fournira matière à réclamation et, peut-être, à insurrection. Je ne vous cacherai pas d'ailleurs que cette garnison est fortement travaillée depuis quinzejours. Je soupçonne quelques officiers que je fais surveiller de près. On a remarqué qu'il se tenait des propos dans les cabarets et qu'ils étaient tenus par des soldats qui avaient de l'argent et payaient pour les autres. Il m'est revenu qu'il avait été proposé d'aller en force obliger le trésorier et les quartiers-maîtres de faire le décompte en argent, mais que cela avait été rejeté par une très grande majorité, que quelques anciens soldats s'y étaient opposés en disant qu'il serait infâme de manquer à la loi, que puisqu'il y avait un général patriote, il fallait s'adresser à lui, lui faire des représentations honnêtement et lui demander seulement de trouver bon que Ton ne fît pas encore le décompte et le prier de représenter au Ministre et à l'Assemblée nationale combien il était malheureux pour le soldat que le décompte fût payé en assignats. J'ai voulu éviter jusqu'à cette nombreuse députation et comme je savais que la municipalité avait des inquiétudes que la garnison ne fît du tapage le lendemain, jour du décompte et ne se fît rendre du numéraire de force dans les cabarets^ j'ai fait venir chez moi tous les chefs de chambrée pour les en prévenir et
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leur recommander de continuer à ôtre sages. Ils m'ont fait alors très respectueusement et avec beaucoup de modération leurs représentations. J'ai cru devoir trouver bon que le décompte ne se fît pas et leur promettre de vous en rendre compte. Si j'avais ordonné de recevoir le décompte en assignats, il est très vraisemblable que je n'aurais pas été obéi, car on était très disposé à faire dû train. Je suis sûr de contenir cette garnison qui a en moi une confiance que j'espère ne pas perdre. Mais je crains que toutes les autres ne soient pas aussi dociles et il me paraît urgent de faire ce qu'ils désirent avant qu'ils ne nous y forcent, ce qui finirait par là. Ce serait dans toutes les circonstances, et notamment dans celle-ci, du plus mauvais exemple.
Je ne crois pas qu'il faille céder aux représentations sur la houille dont je vous rends compte dans ma lettre officielle. Je vous prie. Monsieur, de me donner vos ordres et d'être convaincu de mon exactitude à les exécuter.
J'ai l'honneur d'être, etc. . . , etc
Signé : BmoN.
N° 56. — BiRON A M. DE LA Gravière.
A Valcnciennes, le 4 Avril 1792.
Par je ne sais quelle fatalité que je crois cependant important d'approfondir, Monsieur, les signalements des sept déserteurs du 12® régiment d'infanterie de Condé ne m'ont pas encore été envoyés quoique je les ai demandés plusieurs fois. Ils n'ont pas même été laissés chez le commandant de la Place selon l'usage. Je n'ai pas perdu de temps pour écrire au commandant du 12^^ régiment qui est maintenant à Dunkerque, de me les envoyer sur-le-champ ; mais en attendant je joins ici les signalements de quelques déserteurs de cette garnison. Je n'ai eu aucune connaissance des lettres que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, ou à M. de Grillon pendant mon absence. Je n'aurais pas tant tardé à vous en remercier. Je suis très reconnaissant de la bonté que vous avez de me promettre de me tenir au courant de tout ce qui pourra nous intéresser ; cela est d'autant plus à désirer que jusqu'à présent vous êtes notre unique ressource, et, dans le cas où vous vous absentenez, il serait bien nécessaire que vous eussiez la bonté d'assurer la continuation de cette correspondance.
Nous avons des nouvelles assez inquiétantes de
DUMOUniEZ A M. DE HIUON 185
M. le maréchal de Rocliambeau, il esl fort incommodé d'un gros catarrhe avec une assez forte endure de jambes, et Portai l'a menacé d'hydropisie s'il ne faisait pas avec soin les remèdes qu'il lui ordonnait. On nous fait cependant espérer M. le Maréchal après les fêtes de Pûques.
J'ai l'honneur d'être, etc., etc.
Signé: Biron.
N" 57. — DuMOURiEZ A M. DE Biron.
Paris, le 3 Avril 1792.
J'ai désiré un moment, mon brave, spirituel et franc ami que vous commandassiez l'armée du Midi ; j'ai appris votre refus avec chagrin surtout quand cela ne m'a plus regardé, car c'était une escobarderie de Narbonne de m'enlever un poste que j'avais créé ; à présent je suis fort aise que vous soyez à portée de faire avant-garde dans le corps agissant de Tarmée du Nord en cas de guerre.
Ne murmurez pas sur l'enlèvement d'une division au respectable général que vous aimez tant et à si juste titre. En cas d'événement, il ne manquera ni de troupes, ni d'occupation. Je me suis fait toutes les mêmes objections que je trouve dans votre lettre, et peut-être, de plus fortes encore; mais je vous
expliquerai un jour les motifs des ministres à cet égard et vous les approuverez. En attendant, préparez-vous à être bientôt très employé, si, comme je le prévois, le prince de Kaunitz répond aussi impudemment aux hommes accrédités par leurs opinions populaires quaux gens recommandahles par leurs principes estimables. Nous ne provoquerons point, mais nous n'avons pas le temps d'endurer plus longtemps, et vous verrez par la manière dont l'Assemblée a reçu mon annonce delà seconde aux Jacobins que la troisième sera très mal venue, et que la nation française sera forcée à une alliance offensive et défensive avec ce club, après trois déclarations de guerre de la maison d'Autriche, et des puissances de l'Europe concertées. En attendant, préparez-vous à faire des niches à vos voisins, et si sous huit jours je n'ai pas une réponse catégorique, non seulement laissez arriver les déserteurs armés ou non, mais même les corps entiers s'ils se présentent. Je vous prierai en ce cas de les envoyer à Paris, où leur promenade fera un beaucoup meilleur effet que la promenade des Châteauvieux (1). Ma première lettre pourra décider vos démarches à cet égard et je serai
1. Les soldats suisses du régiment de Châteauvieux, condamnés aux galères à la suite de la révolte de Nancy, en août 1790, venaient d être graciés et ramenés à Paris. Il y eut le 15 août au sujet de leur délivrance et de leur retour, une Icte populaire dans laquelle ces peu sympathiques pei'sonnages furent promenés triomphalement dans les rues de la capi- « taie.
iAi. 1)1-: GHAVE A M. nr: luiiox d87
|)arfail(Mnent clair avec vous pour l'aire troltor votre lôte et votre cœur.
Je viens d'apprendre la mort du pauvre Libin en Pologne et on m'a remis ses papiers. Je renvoie ]'Ev.d'A.(l) à Londres avec le jeune Chauvelin; les décrets m'y obligent; ils iront fort bien ensemble. J'ouvre quelques négociations d'un genre nouveau, c'est bien tard, mais ce n'est pas ma faute. Je voudrais avoir un Biron à mettre partout. J'en voudrais surtout un dans mon cabinet, et encore mieux à ma l>lace. Vous êtes nécessaire à la vôtre. Comptez sur ma franche et tendre amitié. Je vous embrasse.
Signé: Dumouriez.
]>^o 58^ M^ Dg Grave a M. de BmoN.
A Paris, le 4 Avril 1792.
Vous m'avez écrit, mon cher Général, des lettres auxquelles il ne m'a pas été possible de répondre que ministériellement. Vous jugez bien que j'approuve plus que personne votre zèle éclairé, et lorsque vous m'avez annoncé la possibilité de voir une désertion nombreuse des troupes de l'Empereur, il m'a fallu en calculer les conséquences et en prévoir les effets. J'ai insisté auprès du comité militaire pour