LA G RAVI ÈRE A M. DE BIRON
N" 76. — La Gravière a M. de Biron.
Bruxelles, le 14 Avril 1792.
Ne VOUS impatientez pas, mon Général, je vous en prie. Pourquoi les événements exigent-ils que vous ayez si souvent à me lire. Il faut bien vous prévenir qu'une division de hussards de Blankenstein part d'ici pour Ath, et sera remplacée par une division qui nous arrive de Malines. Une partie de TÉtat- Major (Stab) est déjà en chemin pour se rapprocher de nos frontières. L'un des principaux officiers de l'État-Major, M. de Lindenau, ci-devant au service de la Prusse, va suivre. On dit tout haut que nous allons attaquer les Pays-Bas.
Le roi de Suède est mort le 29 au matin.
Signé : la Gravière.
N^ 77. — DuMOURiEz A M. DE Biron.
Paris, le 14 Avril 1792.
M. Maret (1), mon cher Biron, passe par Valen- -ciennes et va à Bruxelles pour agiter les États car
1. C'est Maret, le futur duc de Bassano, né en 1763. Fit d'abord <lu journalisme, fut envoyé à Bruxelles auprès du comité révo-
il faut faire tout le mal possible aux Autrichiens. Vous pouvez vous ouvrir à lui sur vos projets; il est parfaitement sûr, franc et hardi: vous pouvez par lui, ouvrir une correspondance particulière avec M. Ruelle, secrétaire de légation ainsi que M. Maret. Suivez très vivement le projet d'embauchage ; allez-y bon jeu, bon argent d'après ma lettre d'hier matin. Le plus tôt que nous pourrons faire promener des uniformes autrichiens au Palais-Royal sera le mieux. Adieu, je vous embrasse. Le pauvre Noailles, l'ambassadeur, est déserté, et le lendemain il m'arrive une lettre de lui qui m'annonce que tout est sans remède pour la négociation; ainsi l'ambassade de Maulde est à vau-l'eau; il ira en Hollande, sa première destination. Travaillez vigoureusement, préparez-vous; je presse de Grave.
Signé : Dumouriez.
lutionnaire belge, devint ambassadeur à Naples en 1793. Sous l'Empire sa faveur fut au comble et il accompagna partout Napoléon à la fois comme secrétaire d'État et, à partir de 1811, comme ministre des Affaires étrangères. Exilé pendant la Restauration il rentra en France en 1830, fut créé pair de France et président du Conseil en 1834. Il mourut en 1839. La platitude de son caractère dépassait tout ce qu'on peut imaginer : M""» de Rémusat en parle d'une façon plaisante.