‹ Le Duc de Lauzun (général Biron) 1791-1792Chapitre 48 sur 62 · Ls fils du maréchal · texte numérisé non relu

Ls fils du maréchal

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ser se répandre en Irop immense quantité dans nos campagnes. Si vous étiez tout à fait Ministre de la Guerre, je me chargerais, par exemple, de lever, équiper, monter et mettre en état de servir trente escadrons de troupes légères, pour le l^"" août prochain, mesure qui me paraît indispensable. Si vous ne voulez pas faire la guerre avec un désavantage insurmontable, songez donc que quelque part où nous rencontrions les Autrichiens ou les Prussiens, leurs troupes à cheval seront dans une proportion quadruple des nôtres, et vous êtes trop homme de guerre pour ne pas savoir qu'une telle infériorité ne peut se supporter longtemps sans exposer à des revers désastreux. Il faut aussi des chasseurs à pied qui tirent bien et que l'on puisse opposer aux chasseurs allemands et tyroliens appris qui nous désoleront si nous n'avons pas des gens de leur espèce à leur opposer. Il y a, en France, tant de gardes chasses réformés que cet utile corps serait facile à composer. Je connais dans plusieurs de nos magasins des espèces d'armes qui leur conviendraient ; il faudrait tâcher de les habiller de manière à ce que leur habillement et leur équipement ne fussent pas autant qu'il serait possible des mêmes étoffes et des mêmes matières que celles employées pour les troupes de ligne et pour les volontaires nationaux dont il est urgent de presser l'habillement qui est partout insuffisant depuis le complément des régiments au pied de guerre. Il faut tâcher de ne pas faire de marchés

qui puissent contrarier ou retarder rhabillement et l'équipement de Farmée. Je pense comme vous qu'il est absolument inutile de rendre compte à M. le Maréchal de notre plan d'embauchage. Faites seulement qu'il ne me donne pas l'ordre de repousser ou renvoyer les déserteurs qui pourraient m'arriver car alors je serais attrapé; il serait également embarrassant pour moi d'obéir ou de montrer votre lettre. Je vais commencer si je peux par les hulans, comme ceux qui feront le plus de spectacle et étonneront davantage, je les ferai aller de clubs en clubs et chaque municipalité les fera accompagner par quelques gardes nationales et se chargera en payant, de eur subsistance pour qu'ils la trouvent partout et ne fassent pas de tapage en route.

Je recevrai votre aide de camp Le Vasseur avec out le plaisir que j'aurai à avoir un officier qui m'est donné par vous; il me sera souvent utile près des clubs, et je vous l'enverrai en courrier quand les circonstances en vaudront la peine ; il faut seulement que vous disiez à M. de Grave de me permettre de le garder en troisième aide de camp sans qu'il soit censé vous avoir quitté, car j'en ai déjà deux, et si l'un d'eux est placé officier supérieur, je voudrais le remplacer par un des adjoints aux adjudants généraux que M. de Grave vient de supprimer, cet officier étant d'une intelligence et d'une activité précieuses dans notre métier et que l'on rencontre rarement. Si Le Vasseur a deux ans de commission

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de capitaine, je pourrais peut-être le placer lieutenant colonel dans un des nombreux corps de troupes légères, car il me paraît impossible qu'on n'en lève pas, et je le garderai près de moi pour toutes les commissions et courses secrètes où la fidélité est surtout nécessaire. Je n'aurai en vérité d'ailleurs pas trop de trois aides de camp à la destination que vous voulez me donner.

Ce que vous me dites du projet de faire passer le général Lukner à l'armée du Nord si M. de Rochambeau ne pouvait la joindre est comme vous le savez, le vœu de mon cœur. Lukner ici nous vaudrait 20.000 hommes et je regarderais comme le plus grand bonheur qui pût m'arriver, de pouvoir prendre de ses leçons, mais il me paraît que la maladie physique de M. de Rochambeau est finie, et j'espère qu'il n'en aura point de morale qui l'empêche de revenir à son armée. Je serai parfaitement content d'être chargé de son avant-garde ou du corps quelconque destiné à agir olTensivement. Je suis bien touché, mon ami, de Tambition que vous avez pour moi, mais je ne puis la partager ; je vous le répéterai invariablement : disposez de moi tant que vous me croirez utile à quelque prix que ce soit. Je ne répugnerai à rien et tout me conviendra. Je fais à ce devoir aujourd'hui des sacrifices bien plus grands qu'on ne pense, et je n'en veux d'autre prix que la liberté d'aller me reposer en Corse dès que mes services ne se ront plus nécessaires ici. Une faveur, par exemple,

à laquelle je serais très sensible, serait une lettre du Ministre de la Guerre ou de vous que je puisse envoyer en Corse, et qui pût constater aux yeux de tous les Corses, que mon vœu le plus ardent serait de me rendre chez eux si je n'étais pas jugé utile à la défense de la patrie. Cette lettre me servirait même très utilement près de mon père si on pouvait lui donner une grande publicité. Je m'en rapporte à vous et à votre amitié ; faites faire cela si vous n'y trouvez pas d'inconvénient.

Signé : Biron.

P, S. — Avant de finir ma lettre je veux vous parler de M. de Beauharmais; vous savez aussi bien que moi qu'il unit de l'esprit et de vrais talents au patriotisme le plus constant et le plus pur; il est la deuxième personne de notre État-Major. Il serait bien à désirer que M. le Maréchal lui marquât une entière confiance, et le chargeât tout à fait et tout seul de sa correspondance secrète.

Je pense comme vous que le plan de désertion vaut mieux que l'espionnage, il en faut cependant un peu, car il va nous devenir important d'être instruit exactement et à temps des mouvements de troupes et notre Maréchal préférera tous les dangers à celui de dépenser un peu d'argent.

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