Le duc d'Orléans, Philippe-Egalité
Noailles joint ses réclamations aux miennes, et demande avec autant d'instance que moi M. de Chartres et son régiment. J'avoue que je suis confondu et consterné que M. le maréchal de Rochambeau ne s'oppose pas fortement à un arrangement aussi fait pour donner de la défiance et du mécontentement aux officiers patriotes. Vous me trouvez peut-être bien chaud sur cet objet, mon cher ami, maisje suis fei sûr que c'est par une intrigue criminelle que M. de Chartres et son régiment ont été éloignés de Valenciennes que je vous demande avec les plus fortes instances de ne pas laisser l'effet d'une telle vile-* nie se prolonger davantage.
Je viens de voir M. Maret, mon ami, et de causer longtemps avec lui. J'en ai été parfaitement content ; je pense comme vous que l'on peut se servir utilement de M. de Béthune pour faire du bruit à Bruxelles et nuire beaucoup à la maison d'Autriche^ mais je crois qu'il serait au moins aussi utile de se ménager quelques moyens dans le parti patriote ; car vous devez savoir aussi bien que moi, que si M. de Béthune veut une révolution, elle est entièrement dans le sens aristocrate, et que si nous n'avions de liaison qu'avec lui, nous inspirerions bientôt une grande défiance aux amis de la liberté. Je crois que vous feriez bien de voir Ed. Walkiers et de lui demander quelques bonnes recommandations pour M. Maret ; il est plus en état que personne de lui procurer des ressources de toute espèce, et son
BIRON A M. LE MARÉCHAL DK ROCHAMBEAIJ 231
influence et la pureté de son patriotisme méritent toute votre confiance.
J'ai vu le jeune Rochambeau et nous aurons du monde en campagne de tous les côtés.
Signé: BmoN.
]S"o 79, — BiRON A M. LE MARÉCHAL DE RoCHAMREAU
A Valencieunes, le 16 Avril 1792.
Monsieur le Maréchal,
Noailles m'apprend que le H» régiment de dragons est divisé en détachements de 30 et 40 dans tout le département de l'Aisne, et que cette dispersion rend toute instruction impossible pour ce régiment. Mon attachement pour votre personne et pour votre gloire, monsieur le Maréchal, me fait un devoir de nous représenter qu'il est affligeant et décourageant pour tous les militaires patriotes de voir éloigner de vous et de tous les moyens de servir, un régiment distingué par la pureté de ses principes et le bon exemple donné constamment par son chef. Il est trop apparent que c'est l'efl'et d'une intrigue pour que toute votre armée ne soit pas convaincue que vous n'en souffrirez pas le succès, et que vous ne nous laisserez pas enlever un régiment qui, loin de mériter un dégoût, a plus de droit que
beaucoup d'autres à servir activement sous vous. Noailles partage mon sentiment et se joint à moi pour le présenter respectueusement à monsieur le Maréchal.
Sur les plaintes réitérées de la municipalité de Landrecies et de l'autre bataillon de gardes nationales, j'ai cru devoir faire partir de Landrecies le premier bataillon de la Charente pour la Chapelle et Nouvion et le bataillon qui était là le remplace à Landrecies.
Signé: Biron.
N*" 80. — La Gravière a M. de BmoN.
A Bruxelles, le 13 Avril 1792.
Mon Général, M. Cartier retourne à Valenciennes, il connaît ce pays-ci et il est bon à questionner, je ne veux pas le laisser partir sans avoir l'honneur de me rappeler à votre souvenir.
Les tracasseries belges ont fait mourir Joseph de chagrin et ruiné Léopold: François I«^ fatigué des dépenses ruineuses qu'elles occasionnent et du frein qu'elles mettent à son ambition, voudrait les voir finir à tout prix, car nos émigrés, par leurs flatteries et par leurs intrigues ont séduit tout les cœurs; mais quelque condescendance dont on veuille user pour les Brabançons, la paix ne sera pas sitôt réta-
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blic dans leur pays, les royalistes membres du gouvernement ayant souffert pour cette cause se croient offensés, si on accorde trop aux États et à leurs amis. L'esprit de parti rend les dispositions plus violentes ; ainsi les dispositions conciliatoires seront contrariées sous mains par plusieurs de ceux à qui l'exécution en sera confiée. Les esprits ne seront de longtemps réunis, ni les forces autrichiennes dans la main du jeune monarque.
On s'obstine, mon Général, à dire que les Français vont faire une invasion dans les Pays-Bas et dans le pays de Liège. Si le bruit en est autorisé pour que les étrangers prissent leurs moyens défensifs et fassent des dépenses proportionnées aux nôtres, ce serait une manière fort utile de leur faire la guerre, car ils ont peu d'argent et moins de ressources que nous.
Je n'ai aucune réponse sur mes réclamations des déserteurs, mais je sais qu'on a envoyé des ordres à Ath. Je n'ai point de nouvelles de mon ministre et je suis toujours dans le même état de peine et d*incertitude.
Signé : la Gravière.
N<» 81. — BiRON A M. DUMOURIEZ.
A Valenciennes, le 17 Avril 1792.
Je VOUS envoie, mon cher ami, une déclaration d'un grenadier déserteur du régiment de Foix dans laquelle il constate l'existence d'une compagnie de sous-officiers français déserteurs tolérée par le gouvernement autrichien.
J'ai déjà eu des nouvelles des gens que j'ai mis i en campagne; ils m'annoncent des effets d'ici à deux ou trois jours ; mais il se présente une assez grande difficulté qu'il serait urgent de lever ; c'est que les déserteurs ne seront reçus que dans les garnisons de mon arrondissement et que nous n'aboutirons à rien, s'ils sont encore repoussés ou rendus dans les divisions de MM. d'Aumont et d'Elbhecq d'après les ordres sévères de M. de Grave. Décidez-le donc à nous dire à chacun un mot là-dessus, dût-il n'être pas clair ; car quelques succès que je puisse me promettre, ils seront bientôt arrêtés si les autres lieutenants-généraux ont une conduite contraire.
Signé : Biron.