Duc de Lévis. Souvenirs et Porlraits, p
la situation de la France, avec intérêt de celle du Roi, avec mépris de l'Assemblée et des partis qui la divisaient. Il me témoigna (continue Bouille) un désir extrême qu'on rendît au Roi sa dignité, sa liberté, son autorité, à la monarchie son ancienne constitution... Le lendemain le duc de Biron vint chez moi et me remit par écrit, sa conversation de la veille, (elle était la profession de foi de l'aristocrate le plus décidé), en me disant : gardez cet écrit, que j'ai signé, et faites-en usage si moi et mon parti ne tenons pas tout ce que je vous promets. »
Quoi qu'il en soit, envoyé aux Etats généraux par la province de Quercy,il se sépara tout aussitôt de son ordre et de la royauté et s'inscrivit dans ce parti louche qui soutint le duc d'Orléans d'une façon si ténébreuse et si étrange, notamment dans les journées des 5 et 6 octobre (l). Entre temps il prenait nettement parti pour les fauteurs d'indiscipline, contre ceux qui étaient chargés de faire respecter les droits hiérarchiques. Le discours qu'il prononça à l'Assemblée dans la séance du 30 octobre 1790, à propos des
1. Voir la procédure du Ghâtelet, cité dans le n° 131 du Moniteur. Déposition d'Antoine Eudeline, domestique au service du comte de La Châtre. Idem du comte André de Mirabeau (Mirabeau-Tonneau).
actes de rébellion commis à Belfort par les régiments de Lauzun et de Royal-Liégeois témoignait nettement d'une duplicité qui ne pouvait passer inaperçue même à ses contemporains. Elle sautait aux yeux de tous et c'est de lui surtout que Mallet du Pan pouvait écrire que « les roués de boudoir avaient amené les roués de la Révolution (1). » Un peu plus tard en juillet 1790, envoyé à Douai avec Boulle et Alquier pour recevoir le serment des troupes de la première division, il rendait compte de sa mission dans une lettre où il parlait, en termes déplacés chez un ancien favori du Roi, de l'arrestation de Louis XVI à Varennes, et signalait l)ruyamment la joie populaire qui avait éclaté — disait-il — à l'annonce de cet événement (2). Mais suivant les termes du dicton populaire que « qui veut trop prouver ne prouve rien » cet enthousiasme laissait incrédule les gens sensés qui l'écoutaient. Lauzun n'arrivait d'ailleurs pas à sortir des embarras d'argent qui l'assaillaient chaque jour davantage (3) et ce fut vraisemblablement pour échapper à ses créan-