GÉNÉRAL
« Le roi ayant désigné M-1' le duc de Nemours pour commander, comme maréchal de camp, une brigade de dragons au camp de Lunéville, Son Altesse Royale se propose de partir de Paris le 30 de ce mois, sans s'arrêter en route.
« Le titre V du décret du 24 messidor an XII détermine les honneurs à rendre aux princes français.
« L'article 11 du même titre porte :
« Lorsque les princes français feront partie du corps « de troupes qui composeront un camp ou formeront une « garnison, ils ne recevront plus, à dater du lendemain de « leur arrivée jusqu'à la veille de leur départ, que les « honneurs dus à leur grade militaire.
« En conséquence, le jour de l'arrivée du prince, les honneurs dus à Son Altesse Royale en cette qualité lui seront rendus par les autorités civiles et militaires ainsi que le jour de son départ; mais, à partir du jour de son arrivée, le prince remplira ses devoirs comme maréchal de camp, et, pendant la durée de son commandement, il ne lui sera accordé d'autres honneurs que ceux qui sont dus à ce grade.
« Vous donnerez les ordres en conséquence, et tous en informerez les autorités administratives et judiciaires de Luné ville.
« Le président du Conseil, ministre de la Guerre,
« Signé : Maréchal duc de Dalmatie. »
Les jours qui suivent l'entrée du duc de Nemours à Luneville sont occupés par des exercices sur le champ de manœuvres et par des inspections de tout genre. Le général Jacquinot, afin de l'habituer au maniement des troupes, lui confie plus d'une fois le commandement de la division. Le prince se montre actif, appliqué, désireux d'apprendre son métier de soldat jusqu'en ses moindres détails. Il veut qu'on ne puisse pas le tromper plus tard. Il cherche à bien connaître ses officiers. Deux fois par semaine, il ouvre les salons du château de Lunéville où il est installé. Il se fait aimer rapidement. Il accepte d'être le parrain du fils d'un de ses chefs d'escadron, et le trait nedéplaitpas. Il se montre à Nancy. Lorsqu'il traverse la ville, le 2ujuillet, pour assister aux courses et rendre visite au général Drouot, la population lui fait fête. Vers sept heures du soir, l'hôtel de la préfecture, où il a diné, est enveloppé d'une grande foule. Le prince descend aussitôt et se promène au milieu des groupes, recevant de tous côtés des marques d'égards et d'affection. Bientôt, son frère aine vient le rejoindre. C'est l'occasion de grandes réceptions. Les officiers du camp offrent un bal très brillant aux deux princes. Le duc de Nemours rend cette politesse le 46 août et donne au château une fête dont les journaux et les lettres d'alors disent merveille, et pour laquelle onze cents invitations avaient été lancées. Il ouvre le bal avec Mlle Moreau, fille du maire de Nancy, ne cesse de parcourir les salons, de causer et de charmer par sa bonne grâce les invités qu'on lui présente, et, à cinq heures du matin.
soupe avec les officiers qu'il s'était adjoints pour faire les honneurs.
Il ne quitte Lunéville que le 4 octobre, après un séjour do trois mois.
C'est, d'ailleurs, une justice qu'il faut rendre à tous ces princes, fils de Louis-Philippe. Ils faisaient un apprentissage complet de leur état. On les voit passer des revues, commander îles manœuvres, présider des fêtes ou des conseils, inaugurer des chemins de fer, faire des voyages politiques, conduire des négociations diplomatiques, se battre partout où l'armée de la France est engagée, sur terre ou sur mer, marcher contre les émeutiers, et ils ne manquent pas de se trouver la, quand ils sont avertis qu'un attentat peut menacer la vie du roi et celle des fils du roi. Le 28 juillet 1835, au milieu de la revue des gardes nationaux rangés en haie depuis la Madeleine jusqu'il la Bastille, quand la machine infernale de Fieschi éclate et fait quarante victimes dans l'état-major du roi et dans la foule, trois des princes sont près de leur père : le duc d'Orléans, le duc de Nemours, le prince de Joinville. Ils ont été prévenus, comme le roi l'a été, par M. Thiers, du danger probable. Ils sont de ceux qui ne reculent pas devant le danger, même certain; ils le considèrent comme un rendez-vous d'honneur, et ils ont simplement remercié le ministre du bon avis, en ajoutant : « Nous y serons. »
Trois semaines plus tard, le duc de Nemours partait pour Londres. Il allait simplement se montrer à la cour du roi d'Angleterre. Ce n'était pas inutile. Il y avait des préjugés a renverser, là et ailleurs. Car cette monarchie île Juillet passaii a l'étranger, non pas seulement pour révolutionnaire, — on en a vu d'autres en Europe, et les indulgences sont aisées de ce côté, — mais pour bourgeoise, ce qui se pardonne moins vite. Le duc d'Orléans et le duc de Nemours étaient l'un avec l'autre, ou l'un sans l'autre,
capables de ruiner, rien qu'en se montrant, cette qualification.
Ce dernier partit donc, en août 1835, pour l'Angleterre, en mission de courtoisie et de rapprochement. L'année d'après, nous le verrons partir pour l'Allemagne avec son frère aine.
Les instructions écrites qu'il emportait devaient lui servir de mémento, l'empêcher de se tromper sur les hommes et de commettre des imprudences en causant avec eux. Voici un fragment de la note rédigée pour le prince à cette occasion :
« Le ministère anglais divisé en deux parties : les Avighs radicaux et les wighs tories. Les premiers sont peu bienveillants, les autres plus. Savoir dans quel parti est lord Melbourne. Lord Holland est violent. Relativement à L'Espagne, la politique en France est toujours de ne s'en mêler sous aucun prétexte. Les Anglais avaient envie de l'intervention, mais ils voulaient nous la faire faire sans s'en mêler. Les volontaires anglais ne font rien, la légion étrangère ne fera rien non plus. Ils ne l'ont pas voulu autrement. Le système du roi de France est de ne pas établir, par l'étranger, un gouvernement qui ne peu1 soutenir dans son pays, (^uantau Portugal, se taire absolument à cet égard, rester en dehors de la question.
« Xe prendre aucune couleur de parti dans le pays, être bien avec les uns et les autres, peut-être particulièrement bien avec le duc de Wellington ; lui dire que le roi sait combien il l'a toujours bien apprécié, qu'il l'a dit à lord Cowley, et que le roi a accepté très volontiers lord Cowley, quand il le lui a proposé.
« Quant au roi d'Angleterre, il est marin par-dessus tout, et tout Sun désir est d'aller brûler Cronstadt. Il n'aime pas ce ministère-ci. Lord Palmerston lui convient parce qu'il est cassant, el qu'il espère arriver par lui plus facilement à l'accomplissement de ses désirs. Les
autres princes et princesses sont bienveillants. Quant à la Turquie, le roi des Français a toujours retenu l'Angleterre qui voulait aller trop loin. »
Le prince s'embarque le 22 août, à Calais, sur le Courrier, et débarque à Ramsgate. Arrivé à Londres le dimanche 23 août :
« Je jouis de pouvoir marcher dans la rue, écrit-il, sans que personne fasse attention à moi. »
Le lundi 24, il se rend à Windsor avec les généraux Baudrand et Boyer. Le roi Guillaume IV a invité beaucoup de monde en son honneur, et retient son hôte jusqu'au mercredi.
Le 27, il y a un « lever » à l'hôtel Grillion, et le duc de Nemours reçoit la visite et les compliments du corps diplomatique qui s'est rendu en grand costume à l'hôtel.
<( Les ducs de Cumberland et de Sussex, disent les feuilles anglaises, ont adressé au prince des invitations. Le prince restera quinze jours en ville, puis il se rendra à Bath, Cheltenham, Brighton, etc. »
Ses lettres n'ont pas le ton diplomatique. Elles sont jeunes et gaies, et brèves, quand elles jugent. Il écrit le 1er septembre :
« J'ai vu tantôt la duchesse de Kent et la princesse Victoria. Cette dernière est petite et a de beaux yeux... Quant à Mme Fitzherbert, pour qui je n'avais pas de lettre, elle a été dans la plus grande joie de me voir. »
Une soirée qu'il ;i passée « au spectacle, à la comédie anglaise », lui a paru « assommante ». Il va entendre, à la ( îhambre, lord John Russell et sir Robert Peel. A Portsmouth, le 6 septembre, on l'accueille avec les plus grands honneurs; ou lui fait visiter la ville et le yacht royal, et même, c'est là un petit trail anglais, — honni soit qui ma] y pense! — le vaisseau the Victor;/, que montait Nelson a Trafalgar.
« Je suis reçu, choyé et fêté à merveille », conclut-il.
Sa mère lui écrit en réponse :
«... Tu ne pouvais pas te rappeler Twickenham. Tu y étais pourtant bien gentil, surtout en expliquant le tableau du salon. Je sais que tu as fait un joli speech en réponse au toast du duc de Sussex... Lord Palmerston a écrit de grands éloges de toi, de tes manières et du succès général que tu as; j'ai reçu aussi à ton sujet de fort aimables lettres de la reine d'Angleterre et de la princesse Victoria. »
Il avait vu, pour la première fois, la princesse Victoria, nièce et héritière du roi régnant, Guillaume IV, dans l'appartement qu'elle occupait, avec sa mère, la duchesse de Kent, au palais de Kensington. C'est là que, deux ans plus tard, un matin de juin 1837, devenue depuis quelques heures, par le décès du roi son oncle, Victoria Ire, reine du Royaume-Uni, elle tiendra ce premier conseil où la sagesse de ses dix-huit ans, sa dignité et sa présence d'esprit surprirent tous les témoins charmés par sa bonne grâce. Le duc de Nemours la retrouva, quelques jours après sa visite à Kensington palace, chez lord Fitz William, chez lequel il s'était rendu, le soir des courses de Doncaster. Puis le voyage se continue par Sheffield, Liverpool, Manchester, Oxford. Reçu près d'Oxford, chez lady Jersey, le prince écrit, le 23 septembre :
« Notre caravane se porte bien. Boyer, qui a eu un rhumatisme à l'épaule, ne s'en ressent presque plus, et le général Baudrand n'aura plus l'occasion de se mettre dans les saintes fureurs où il entrait, à cause de l'heure tardive du diner, dans nos longues tournées. Car il faut toujours une heure et demie ou deux heures avant de pouvoir obtenir le dîner, quand on arrive dans une auberge, et, durant ce temps, il se promenait de long en large dans sa chambre, sonnant à tout instant le waiter et lui disant, ;i son arrivée : « The dinner is not yet ready ! » avec un ton de profonde indignation. »
Le succès personnel remporté en Angleterre par son second fils engagea Louis-Philippe à donner le duc de Nemours pour compagnon au duc d'Orléans lorsque, l'année suivante, le prince héritier entreprit un voyage en Allemagne et en Autriche. Ce voyage avait pour but, comme le précédent, de montrer les princes français aux cours étrangères, et, de plus, on espérait que le duc d'Orléans pourrait se faire agréer par l'archiduchesse Marie- Thérèse, fille de l'archiduc Charles.
Cette mission, diplomatique et matrimoniale, avait été préparée par le cabinet Thiers. Le ministère avait fait pressentir les cours allemandes par nos ambassadeurs, et les réponses avaient été favorables. Mais il en est de ces réponses comme des permissions que donnent les tribunaux pour introduire l'instance. Il faut ensuite gagner le procès. Celui-là fut perdu, à moitié du moins. Les princes firent partout figure de princes ; ils rapportèrent d'Allemagne et d'Autriche de beaux souvenirs de voyage, des présents, des amitiés, la joie d'avoir diminué, rien qu'en se montrant, le mauvais vouloir de plusieurs cours : mais le projet de mariage échoua.
« L'archiduc ne s'y montra point contraire, raconte Guizot : l'ambassadeur à Vienne, M. de Saint- Aulaire, qui avait déconseillé la tentative, s'employa avec autant de tact que de zèle pour la faire réussir; mais les préventions malveillantes de l'empereur d'Autriche, de sa famille et de sa cour, contre le gouvernement issu de la révolution de 1830, furent les plus fortes '. »
Dès la fin d'avril, la Gazette d'Augsbourg publiait ces dépêches officieuses de Berlin :
\. Histoire de mon temps, t. IV, p. 143. L'archiduchesse épousa le roi de Naples, veuf de cette princesse de Savoie, Marie-Christine, qui a été déclarée vénérable et dont il avait eu un fils. François II, le héros île Gaète. Du mariage du roi de Naples avec Marie-Thérèse naquirent le comte de Caserte, le comte de Trani, et plusieurs autres enfants.
« Berlin, 25 avril.
« On attend ici, le 10 mai an plus tard, les ducs d'Orléans et de Nemours, par suite de l'invitation du roi. Déjà les appartements sont prépares dans le château royal pour ces illustres hôtes. Ce sont les mêmes qu'occupait autrefois Frédéric... Le rapprochement qui s'opère entre la dynastie française et les puissances du nord ne sera pas sans influence sur la solution de la question hollandobelge. On croit que cette solution s'accomplira pendant l'automne... »
<« Les princes occuperont l'aile du château qui donne sur le jardin, et que Napoléon habita lors de son séjour à Berlin. »
Les princes quittent Paris le lundi 2 mai, emmenant avec eux les ducs de Valençay et d'Elchingen, le chevalier Baudrand, le comte de Colbert et le baron Marbot. Ils passent par Châlons. Sainte-Menehould,Thionville, Trêves, Coblentz. Dans cette dernière ville, le 6 mai à sept heures du soir, ils sont reçus par les officiers de la garnison qu'ils invitent à dîner, et il y a le soir une grande sérénade en l'honneur des princes français. Le lendemain, après une navigation sur le Rhin, quand ils arrivent en vue de Cologne, le canon annonce leur arrivée. Deux jours plus tard à Halberstadt, ils trouvent M. Bresson, ministre de France. Les officiers supérieurs du 7e cuirassiers les complimentent et leur offrent une sérénade comme avaient fait déjà leurs camarades de Coblentz. Il y a <\e< ordres de bien recevoir les princes français ; il y a aussi, pour expliquer l'empressement des autorités et la sympathie de la foule, la magie de la jeunesse jointe à celle du rang.
Déjà les officiers qui accompagneront les princes a Berlin sont désignés. Pour le duc d'Orléans, ce sont : le
général de Rœder et M. de Brandtz, major à T état-major général, écrivain de valeur, auteur d'un ouvrage sur la campagne d'Espagne ; pour le duc de Nemours, le général major de Xeumann et le major de Molière.
Les princes arrivaient à Berlin le 11 mai, vers quatre heures et descendaient au château royal, où les attendaient, au bas de l'escalier les titulaires des grandes charges de la couronne. La réception est très empressée. Le prince royal de Prusse, les autres princes de la famille royale viennent faire visite aux fils de Louis-Philippe. Ceux-ci se présentent chez le roi, Frédéric-Guillaume III, rendent la visite que les princes leur ont faite, et le roi lui-même vient les voir dans leur appartement. Le soir à neuf heures, ils soupent chez le prince royal ; le lendemain, ils dinent chez le roi.
Le dimanche 12 mai, les princes assistent à la messe à l'église catholique ; le soir, on les voit à l'Opéra avec la reine des Pays-Bas, qui se trouve en ce moment à Berlin. Toute la cour assiste à la représentation. On joue le Barbier de Si ville.
Dix autres journées se passent, et chacune d'elles est marquée par une attention, une avance, une marque de sympathie politique ou de sympathie personnelle : visite, avec le roi, des casernes de Charlottembourg, bal chez le prince Guillaume, frère du roi, celui qui devait devenir l'empereur Guillaume Fr, parades, manœuvres par le corps de la garde, déjeuner dansant à l'ambassade de France, où Ton compte quatre cents convives, soirée à l'Opéra, visite du château de Sans-Souci. Lorsque les princes partent pour Vienne le 23 mai :
« Tous ceux qui ont eu l'honneur d'approcher les illustres voyageurs, disent les journaux de Berlin, ne tarissent pas dans leurs éloges sur l'extrême distinction des deux princes. Toujours heureux dans le choix des sujets qu'ils traitent, et disposés surtout à faire rouler
l'entretien sur des observations morales et sociales, ils font sans cesse preuve du tact le plus exquis, et l'on peut dire que ce goût remarquable est l'heureux fruit d'une excellente éducation et d'une connaissance approfondie des personnes et des choses. »
On remarquait aussi leur générosité, on citait les nombreux présents faits à des personnages de la cour, les cinq cents louis laissés pour le service des écuries, les mille louis donnés pour la maison du roi.
De Vienne, le comte de Saint-Aulaire est parti, le même jour pour aller au-devant des princes. L'empereur envoie aussi des officiers supérieurs qui seront attachés pendant la durée du séjour en Autriche, à la personne des princes. Ce sont : le prince Lichowski, chambellan de l'empereur et colonel d'infanterie, et le comte Zichy, chambellan, pour le duc d'Orléans, et le lieutenant-colonel comte Nobili. pour le duc de Nemours.
Le 27 mai. les ducs d'Orléans et de Nemours sont à Kœniggratz, ville fortifiée de la Bohème. Le 28 mai, ils rencontrent M. de Saint-Aulaire à Gsenserndorf, et, le lendemain, font leur entrée à Vienne. Une voiture à six chevaux, envoyée par l'empereur d'Autriche et précédée d'une autre à quatre chevaux, les amène à midi au palais impérial, où leurs appartements ont été préparés. Ils repartent immédiatement pour Schœnbrunn, sont reçus par l'empereur, l'impératrice et l'archiduchesse Sophie, dînent avec Leurs Majestés, et. de retour à Vienne, assistent à la soirée donnée par le comte de Saint-Aulaire.
Ce sont des journées terriblement chargées, mais les hôtes de l'empereur sont jeunes. Ainsi, dans la matinée du 3< >. ils reçoivent les archiducs, le corps diplomatique, les premiers fonctionnaires de la cuir et de l'Etat : le soir, ils vont dîner à Schœnbrunn, puis se rendent au théâtre de la cour, où on joue le premier acte delà Somnambula,
et enfin ils achèvent la soirée en ouvrant le bai pare donné à l'empereur par le prince de Metternich : le duc d'Orléans avec la princesse do Metternich. et le duc de Nemours avec la princesse Esterhazv.
« Aujourd'hui, disent les journaux, on les traite encore comme princes français ; mais demain ils seront considérés comme faisant partie de la maison impériale, c'est-à-dire qu'ils paraîtront en simple frac. »
Toute une semaine encore se passe de la sorte.
Brusquement, le 7 juin, les fêtes sont interrompues. On vient d'apprendre la mort du roi de Saxe. Le duc d'Orléans et le duc de Nemours ne feront plus à l'empereur qu'une visite d'adieu, le 10 juin, et celui-ci, en souvenir de leur passage, donnera à chacun de ses hôtes un cheval qu'Us doivent choisir eux-mêmes dans les écuries impériales.
A Vienne, comme à Berlin, les éminentes qualités du duc d'Orléans et du duc de Nemours ont frappé tout le monde. Le prince de Metternich a émis, à leur sujet, les opinions les plus flatteuses. La note « émigrée >- chante à l'unisson, et dans les Mémoires, tout récemment publiés, de la baronne du Montet, c'es tun dithyrambe en l'honneur des jeunes princes. « Je ne vous dissimulerai pas qu'ils ont eu beaucoup de succès à Vienne : on les a trouvés les jeunes gens les mieux élevés, de véritables types de bonne éducation, tels qu'on en voit bien peu, non seulement parmi les princes, mais même dans les rangs moins élevés de la société. Si leur manière d'être est un rôle qu'ils ont étudié, on doit les proclamer les premiers acteurs du monde, car ils ont forcé leurs plus grands antagonistes au silence. Leur personne, leur conduite, le tact parfait qu'ils montrèrent dans toutes les occasions, l'aisance de leurs manières, également éloignées d'une confiance présomptueuse comme de la timidité, tout cela fut reconnu, loué, admiré. Il y avait partout foule sur leur
passage, par la raison toute simple que les hommes aiment à voir comment d'autres se tirent d'un pas difficile, d'une situation que l'on suppose gênée; rien en eux ne trahissait ce sentiment, le voyage de ces jeunes gens me semble être le comble de la politique du père. »
Le succès personnel des ambassadeurs a donc été très grand. Mais il n'a pas détruit les objections contre la dynastie. Le duc d'Orléans n'épousera pas l'archiduchesse.
Les princes partent de Vienne le 11 juin, gagnent Milan, par Klagenfurt. Bozen et Vérone. Sur la route, à Trente, ils rencontrent l'impératrice Marie-Louise, qui, en les voyant, ne peut retenir ses larmes. Partout sur leur passage, on organise encore des fêtes; on a désigné, pour les accompagner dans le royaume lombard-vénitien, le colonel Martini, chef d'état-major du général Radeteky, commandant en chef de l'armée d'Italie, et le major comte Zichy, frère delà princesse de Metternich.
Mais les projets ne sont qu'en partie réalisés.
Le 28 juin, à Milan, on apprend qu'un attentat a eu lieu le 25 contre le roi Louis-Philippe. Les princes partent aussitôt pour Paris et sont à Neuilly le 4 juillet.
Le samedi 25 juin, en effet, à six heures du soir, au moment où la voiture du roi sortait de la cour des Tuileries, un assasin. Alibaud. placé près du guichet, a tiré sur le roi avec une canne à feu. La balle n'a atteint ni Louis-Philippe, ni la reine, ni Mme Adélaïde qui se trouvaient dans la voiture. Mais un attentat, même manqué, c'est une douleur familiale et royale, c'est un ébranlement du principe d'autorité: c'était aussi, dans les temps agités que traversa plus d'une fois la monarchie de Juillet, un danger possible d'émeute.
Les deux princes ont repris, depuis quelques semaine-. leur place à la tète des troupes, dams les revues et manœuvres qui eurent lieu à l'occasion du séjour a Paris du
roi (le Xaples, lorsque le bruit d'une expédition militaire se répand.
Le 8 octobre, le général Damrémontpart pour l'Afrique, et les journaux officieux ont soin de ne point définir sa mission et l'enveloppent dune clarté crépusculaire.
« M. le général Damrémont est parti pour l'Afrique, disent-ils, chargé d'une mission du gouvernement, qui embrasse les diverses questions sur lesquelles la presse cherche aujourd'hui à faire prendre le change au public.
« Le gouvernement a pensé, avec raison, qu'il devait à l'honorable généralissime de nos troupes en Afrique d'employer d'autres moyens de communiquer et de s'entendre avec lui sur l'expédition de Constantine, que des articles de journaux. »