Noie de M. Delaporte, datée de Clareus, 10 janvier
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membres fondateurs de la société de secours ratifièrent par acclamation le choix qui leur était soumis. Le prince exerça la présidence de la Croix-Rouge pendant plus de douze années; il le fit avec un dévouement sans bornes... »
Apres avoir énuméré les p: - : alises par la Croix- Rouge soas la direction du duc de Nemours, M. Delaporte ajoute :
" La société poursuivait, sans réclame et sans bruit, airs de ses travaux, quand le décret du 2 mars ls7v vint la récompenser de fforts et consacrer en
quelque sorte son caractère charitable et militaire ; le décret accréditait officiellement ses délégués auprès des généraux commandant les corps d'année. Il la rattachait a toutes les branches du service de santé : il rangeait sous sa direction toute association formée dan même but qu'elle, et n'admettait le concours éventuel des sociétés étrangères que si la société- française leur avait d'abord accordé l'affiliation.
Six ans plus tard, le décret du 3 juillet 1884 lui maintenait, en dépit de quelques réserves, le caractère d'oeuvre privilégiée, et, pour la seconde fois, reconnais* en elle la principale dispensatrice des res - de l'as-
sistance volontaire. Aussi, cette année-là, devant les fondateurs assembles, le président disait avec une légitime fierté : « Je ne puis revenir sur le- dix année- qu'a duré ma présidence, sans me sentir ému de ce qu'il m'a été donné de voir la société croître sans relâche en autorité comme en fore.-, s'affermir, par la persévérance de progrès, contre les épreuves de l'avenir, et se mettre ainsi de plus en plus en mesure de remplir efficacement sa charitable et bienfaisante mission en nobles victimes *\u devoir militaire... » Et il ajoutait, non -ans une nuance de mélancolie : « 11 m'aura été ainsi donné, pendant la période finale de ma vie. de
travailler encore pour cette armée, dans les rangs de laquelle j'étais, dès le début de ma jeunesse, si glorieux de servir... »
Cette période de dix années, de 1873 à 1883, est une période relativement heureuse pour le duc de Nemours. Il a auprès de lui sa fille la princesse Blanche : le duc d'Alençon est officier en service actif, au service de la France, dans les garnisons de Vincennes, de Bourges, de Tarîtes. La correspondance est active pendant les séparations. Quand on se rapproche, les entrevues sont presque quotidiennes. De toute façon, la communauté d'idées est parfaite et sur tous sujets. Le duc de Nemours réunit les siens à déjeuner le dimanche et reçoit ensuite quelques amis. Il va souvent à l'hôtel Lambert, où habitent sa fille la princesse Marguerite, son gendre le prince Ladislas Czartoryski et leurs deux fils. Il a une prédilection pour les réunions de famille chez la princesse Marguerite. Celle-ci, timide et aimant trop la retraite, était remarquablement douée, d'un esprit aimable et extrêmement fin. Très pieuse, elle trouvait dans son sentiment du devoir, quand l'occasion s'en offrait, une fermeté de conseil ou de décision et un franc-parler qui étonnaient un instant chez elle, mais qui complétaient sa nature et achevaient de la faire aimer. Son caractère offrait, avec celui du duc de Nemours, beaucoup de ressemblance. Le prince Ladislas, grand seigneur dans toute l'acception du terme, nature enjouée, ornée, artiste, faisait, avec la grâce particulière à la grande noblesse polonaise, les honneurs de cette belle demeure, dans laquelle sa sœur, la comtesse Dzialynska, occupait un appartement.
Avec le comte et la comtesse d'Eu, le duc de Nemours entretient une correspondance suivie. Les réunions sont naturellement peu fréquentes. Cependant, plusieurs fois,
le comte d'Eu, avec l'assentiment de l'empereur, son
beau-père, peut revenir en Europe. En 1S05, an lendemain de son mariage, il était venu en Angleterre présenter sa jeune femme au duc de Nemours, à la reine Marie-Amélie et à toute la famille exilée. Il y revenait en 1870, pendant la guerre franco-allemande. Après av<»ir séjourné, pendant la guerre, près du due de Nemours, en Angleterre, il se rendait à Vienne, chez la princesse Clémentine, où la comtesse d'Eu eut la douleur d'assister a la mort de sa sœur, et rentrait au Brésil en avril 1871. Il revint en 1*7:!. puis en 1878, et, cette fois, pourfaire un long séjour. La présence ■• des Gaston », — ce mot se rencontre fréquemment dans la correspondance, — rend joyeux le duc de Nemours et met autour de lui une animation nouvelle, et ce n'est pas sans un serrement de cœur douloureux qu'il les voit repartir pour un pays aussi lointain1.
Pendant ces année- paisibles, que troubla presque seul le souci de la politique intérieure de la France, le duc de Nemours acceptait souvent >\e< invitations a dîner ou à passer la soirée chez diverses personnes de la haute société parisienne-'. Quelquefois, au temps de la-présidence du maréchal de Mac-Mahon, il se rendait aux sois de l'Elysée. Le maréchal se plaisait à lui répéter : ■ .l'ai ('-té votre officier d'ordonnance », et la foule qui se pressait dans les salons taisait au prince un accueil empressé et déférent. Le duc de Nemours recevait pins volontiers encore et donnait fréquemment à dîner. A réceptions, dans l'hôtel do la rue de Berri. ou plus tard
1. Dans les intervalle:- des voyages Je sa lilie en Europe, l'empereur Don Pedro y vint lui-même plusieurs fois, laissant alors la ri gence 9 la princesse impériale.
•1. Il eut cependant, en 1881, le chagrin de voir mourir le duc Auguste de Saxe-Cobourg, frère de la duchesse de Nemours et mari de la princes-'- Clémentine.
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dans le bel hôtel de l'avenue du Bois-de-Boulogne, se pressait l'élite du monde parisien. L'accueil du prince était plein de bonne grâce et de cordialité, et cependant, bien que toute raideur d'étiquette fût absente, la physionomie bourbonnienne du maitre de la maison, son attitude, sa manière, provoquaient, sans qu'il le cherchât, un respect unanime, qu'il sentait se mêler à l'affectueuse estime qu'il inspirait. Il aimait certains spectacles. On le voyait fréquemment à l'Opéra, où il avait sa loge, et quelquefois dans d'autres théâtres, quand il s'y donnait quelque pièce historique ou patriotique. Alors, aux passages qui parlaient bien de la France, ceux qui le connaissaient le regardaient s'émouvoir et se redresser un peu. Jamais, dans les spectacles ou dans les livres, ce qui était bas, vulgaire, inconvenant, ne trouvait grâce devant lui. Il n'en parlait pas, comme s'il eût voulu que cela n'existât point.
L'année 1883 le remit rapidement en face de l'épreuve. Le 16 janvier, un manifeste signé du prince Napoléon amenait l'arrestation de ce prince et servait immédiatement de prétexte à des projets de proscription que l'on voulait, puisque cela semblait possible, étendre à plus de personnes que l'occasion n'en avait compromis. Le jour même, M. Floquet proposait à la Chambre une loi qui exilait « les membres des familles avant régné sur la France >■ et les privait de tout droit politique. Des contre-propositions surgirent aussitôt. Elles déclaraient les princes incapables de remplir un mandat électif ou un emploi civil ou militaire, permettaient de proscrire, mais n'édictaient pas l'exil forcé. Une crise parlementaire d'une extrême violence s'ouvrit, le Sénat se refusant a voter les textes adoptés par la Chambre. Enfin, après un mois d'agitation et deux ministères renversés, un nouveau ministère fut constitué le 21 février, smi^ la présidence de Jules Ferry, et dans
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sa déclaration aux Chambres annonça qu'il saurait prendre, sans qu'il fût besoin de lois nouvelles, « les mesures immédiates » que lui semblait comporter la situation.
Il tint paroi-.
Le dimanche 24 février 1883, le Journal officiel publiait la pièce suivante, signée du général Thibaudin, ministre de la Guerre :
<< Paris. 23 février I^n::
« .Monsieur le Président,
« L'opinion publique s'est émue 'les inconvénients de la présence dans l'armée d'officiers taisant partie des familles qui ont régné en France. En effet, les grands principes de la subordination militaire et l'unité de discipline pouvaient se trouver amoindris par suite de la présence, a la tête des troupe-, d'officiers à qui leur naissance a crée une situation exceptionnelle.
« J'estime, en conséquence, monsieur le Président, qu'il y a lieu d'appliquer aux officiers dont les noms suivent les dispositions des lois du 19 mai 1834 art. 2. 3, 4, 5 et 6), du i- août 1839 notamment les art. 2. ?> ei ô. dernier paragraphe) et du 13 mars 1875 art. s . et de lesmettre dans la disposition de non-activité, par le retrait d'emploi.
« Ces officiers sont :
« MM. d'Orléans Henri-Eugène-Philippe-Louis . duc d'Aumale, général de division en disponibilité : d'Orléans (Robert-P.-L.-E.-F. . duc de Chartres, colonel commandant le 12e régiment de chasseurs à Rouen : d'Orléans F. -P. -M. . duc d'Alençon, capitaine au 12e régiment d'artillerie.
« Si vous approuvez celle proposition, j'ai l'honneur de
vous prier de vouloir bien signer le projet de décret cijoint.
« Veuillez agréer, monsieur le Président, l'hommage de mon respectueux dévouement.
« Le Ministre de la Guerre, « Thibaudin. »
Le décret suivait ce rapport, il portait la même date, il était signé : Jules Grévy. A la séance du 24 février, deux députés, MM. le prince de Léon et le baron Reille, demandent
à interpeller le gouvernement. Le prince de Léon fait valoir qu'il n'y a dans l'armée (prune catégorie d'officiers, tous propriétaires de leur grade : il n'y a donc pas de princes à frapper, mais des militaires à punir.
M. de Cassagnac ajoute que tous les officiers sont atteints par cette mesure et n'ont plus de garantie, « si ce n'est la parole d'honneur du ministre ».
« Vous allez, dit-il, mettre les princes en disponibilité sans avoir rien à leur reprocher. On citera des précédents; mais ces précédents étaient toujours motivés par des actes. Voulez-vous mettre hors de l'armée française tous les militaires suspects d'être tièdes envers la République? Voulez-vous en faire sortir les princes à cause de leur naissance, car vous ne pouvez leur reprocher que cela?
« Nous entrons dans une situation révolutionnaire, vous nous menez à la destruction de l'armée française. »
M. le baron Reille, rappelant l'esprit de la loi de 1834, montre à son four qu'elle a été une loi de garantie et de sécurité.
« Lisez la discussion de l'article 6 que vous voulez appliquer, monsieur le Ministre; vous y verrez que, lors de la première délibération, on avait décidé (pie l'avis du conseil d'enquête serait exigé même pour le retrait "d'emploi. Pourquoi n'a-t-on p.os persisté dans cette disposition?
Est-ce pour laisser à l'arbitraire ministériel ou gouvernemental la liberté de chasser momentanément L'officier des rangs de l'armée? En aucune façon, c'est par respect pour la prérogative royale, pour le pouvoir disciplinaire qui s'exerçait dans les conditions prévues par une ordonnance de 1833, modifiées plus tard par une ordonnance du 18 septembre 1834.
« Cette prérogative royale, elle s'était limitée elle-même. Le maréchal, ministre de la Guerre, avait pris l'engagement que des ordonnances la contiendraient dans les bornes nécessaires. Et vous venez aujourd'hui, vous qui ne reconnaissez plus la prérogative royale, vous en réclamer pour abroger non seulement les ordonnances, niais la loi; et, par un arbitraire qui ne s'est jamais vu dans l'armée française, au moyen d'un simple rapport, sans consulter ni les commandants de corps, ni aucun des chefs del'armée, vous proposez au président de la République ce qu'un souverain absolu n'aurait jamais osé faire. »
La Chambre, néanmoins*-;' approuva le ministre.
Dès le "23 février, à deux heures du matin, le duc do Chartres recevait notification du décret de proscription qui le chassait de l'armée. Quelques heures plus tard, il adressait à son régiment un ordre du jour oii il disait: « J'étais à côté de vous à Solférino et à l'armée de la Loire; j'y serai encore la prochaine fois. En attendant. secondez mon successeur... » Son départ fut l'objet de manifestations touchantes, quelque soin qu'eût pris « le colonel d'Orléans -pour les éviter. Leduc d'Alençon reçut de même, le 23 février au matin, notification verbale du décret qui le frappait, avant même que le Journal officiel eut paru.
On sait, d'ailleurs, que les proscriptions ne sont jamais que (\i-s commencements. Elles ne satisfont point la haine. Un journal, quelques mois plus tard, faisait remarquer (pic
la besogne n'était pas complète, et demandait au général Thibaudin d'achever son œuvre en chassant encore un prince d'Orléans, non pas d'une fonction publique, mais de la présidence d'une œuvre charitable : la Croix-Rouge. La dénonciation n'ayant pas eu d'effet, on poursuivra autrement l'œuvre de haine, et, trois ans plus tard, c'est l'exil qu'on demandera de nouveau, et qu'on obtiendra, contre 1rs descendants directs des princes ayant régné en France.
En attendant que cette menace s'accomplisse, un deuil cruel frappera encore la maison de France, et, avec elle, une multitude de Français, en cette année 1883. Lecomte de Chambord va mourir.
Dans les dix années écoulées depuis la visite du comte de Paris à Frohsdorf, en 1873, les princes de la famille d'Orléans n'avaient eu qu'un petit nombre d'occasions de revoir le comte de Chambord '. La plus solennelle, la plus touchante de toutes, celle qui eût été décisive s'il y avait eu un lendemain, se présenta le 7 juillet 1883. Le comte de Chambord était tombé gravement malade, et une grande émotion s'était répandue en France. Aussitôt le duc de Nemours, qui se trouvait à Cauterets, interrompt le séjour qu'il comptait y faire. « Je suis navré de ces nouvelles, écrit-il à la princesse Blanche, et accablé des perspectives du malheur qui nous menace, et que je considère comme un immense châtiment pour notre pays. ■> 11 part pour rejoindre le comte de Paris, qui se rend à Frohsdorf. Le comte de Paris, le duc de Nemours et le duc d'Alençon partent pour Vienne accompagnés par le comte Bernard d'Hareouri et M. Lionel deBondy. Ils mit, avec celui dont la maladie afllige ou occupe tous les esprits et tous les partis, une dernière entrevue. La physionomie de cette scène a été conservée dans cette note, d'une émotion
1. En 1875, le duc et la duchesse d'Alençon Grent une visite au comte de Chambord. Le .lue d'Alençon eu lit une antre en septembre 1881.
sobre et profonde, écrite par le plus jeune des princes qui en furent témoins, le lendemain même de la visite1.
« Nous quittons l'hôtel Impérial, le comte de Paris, le duc de Nemours et moi, accompagnés de MM. le marquis de Beauvoir, le comte Bernard d'Harcourt, le vicomte Lionel de Bondv, Emmanuel Bocher, pour prendre à la Sudbahn le train de neuf heures trente pour Wiener- Neustadt, ainsi qu'il a été convenu hier avec le baron de Raincourt, envoyé par Mme la comtesse de Chambord.
« A la gare, nous trouvons le général de Charette, le comte Stanislas de Blacas et un de ses neveux, et deux autres Français (MM. le vicomte de Champeaux et le vicomte du Pugeti, tous arrivant de Paris et allant à Frohsdorf.
« Le comte de Paris fait monter MM. de Charette et de Blacas dans notre compartiment. Charette est plein d'espoir. Nous sommes à dix heures trente-cinq à Wiener- Neustadt. M. de Raincourt est sur le quai ; des voitures bien connues et que je ne vois jamais sans émotion, aux armes de Franc.', attelées en postières percheronnes et avec la livrée royale bleu de roi, galonnée d'argent . nous attendent.
« Poussière profonde et chaleur torride ; arrivés au château à neuf heures, on nous conduit dans les chambres du premier pour nous épousseter, puis au salon, ou nous trouvons Mme la comtesse de Chambord.
a Elle nous reçoit tous trois fort aimablement, s'enquierf des absents, dit que M. le comte de Chambord est mieux, et n'en parait pas inquiète. C'est de sa bouche même que nous apprenons qu'il va nous recevoir. (Cela avait été laissé dans le doute jusque-la.) Elle ajoute: « Je prie seulement que ce ne soit pas long. »
1. On publia, à la suite de l'entrevue, une prétendue lettre du duc de Nemours à la princesse Blanche, et où l'entrevue était racontée, l.e duc de Nemours ne jugea pas à propos de la démentir, bien qu'elle fût apocryphe.
« Un valet de chambre nous fait passer par un couloir, le comte de Paris, le duc de Nemours et moi. Nous arrêtons le valet de chambre pour lui demander s'il faudra nous retirer de nous-mêmes ou attendre un signal. Il répond : « Monseigneur dira bien. »
« Nous sommes introduits dans la chambre de M. le comte de Chambord, et le valet de chambre se retire. Il n'y a personne autre dans la chambre que M. le comte de Chambord et nous trois. C'est la pièce où il avait coutume de recevoir et de faire asseoir les visiteurs, a coté de la cheminée. Son lit est à la tête du mur de séparation du salon, parallèle aux fenêtres. Grâce au petit détour que nous avons fait, nous arrivons en face de lui.
« Il nous accueille avec son incomparable bonté et, en se soulevant sans effort apparent, se met sur son séant, et commence aussitôt h parler rapidement. Sa voix est musicale comme toujours ; le visage est un peu amaigri, mais je ne le trouve guère changé depuis ma dernière visite 'septembre 1881).
« Il embrasse, de ses deux bras vivement jetés autour du cou, le comte de Paris, puis le duc de Nemours, puis moi, nous serrant fortement. Après un mot de bon accueil : « Vous me voyez là, dit-il souriant et comme plaisantant, je n'ai pas mangé depuis quinze jours. » Il a forcé à s'asseoir, sur une chaise placée contre son lit, le comte de Paris qui résistait par discrétion, et il lui tient la main tout le temps. Il a montré des sièges au duc de Nemours et à moi. plus en arrière. Je suis contre le pied du lit, juste en face de lui. Pendant les quelques minutes qu'il nous garde, il passe tout en revue avec son affectueuse amabilité et sa présence d'esprit habituelle. Il parle au comte de Paris de sa femme et de ses enfants, des dangers que le duc de Chartres vient de courir sur la mer Caspienne ; à mon père, il demande des nouvelles de mes sœurs. Il dit qu'il a été sensible à l'envoi d'un tableau (pie
ma sœur Blanche a peint pour lui il y a quelque temps, et dont il fait l'éloge. A moi : « Et votre artillerie?» Je lui réponds : « Le roi sait qu'on m'en a arraché. — Pauvre France ! » répliqua-t-il.
>« Mon père et le comte de Paris lui disent combien on prie pour lui en France, et quel espoir ils ont que les prières seront exaucées. « Ce n'est pas pour moi. répond-il, c'est pour la France qu'il faut prier. » Il met lui-même fin à l'entretien, remercie cordialement de la visite, et, de nouveau, se soulevant, nous presse chacun successivement et vigoureusement dans ses bras. Il tient un bon moment la tète du comte de Paris sur sa poitrine, et a cette vue les larmes me montent aux yeux. 0 âme royale et chrétienne ! A mon père il dit : « Nous, nous sommes de vieux amis, n'est-ce pas? » A moi. en me serrant : « Mon cher ami. » Je réponds par une forte étreinte, en balbutiant je ne sais quoi de mon absolu dévouement, puis je lui baise la main, et me retire à mon tour, remué jusqu'au fond de l'âme.
« Nous retrouvons MIL" la comtesse de Chambord au,/ salon. Elle nous fait encore asseoir un moment, puis nous congédie.
« Peu après, déjeuner M. le comte de Chambord avait chargé hier M. de Raimcourt d'insister pour que nous l'acceptassions, ce qui a été fait, après une longue résistance du comte de Paris, dont eela choquait la délicatesse). L'ordre des places est celui de la table habituelle de Mgr le comte de Chambord : le comte de Paris au milieu, ayant mon père à sa droite et moi a sa gauche ; le reste de la table réparti entre la maison et les invités. Ensuite, attente dans le jardin avec ces messieurs, et retour à Vienne par le train qui quitte Xeustadi à deux heures cinquante-cinq. Nous étions, l'ayant vu si actif d'esprit et si énergique de corps, pleins d'espoir pour sa guérison. »
Le duc de Nemours écrivait de son côté à la princesse
Blanche, le 8 juillet, une lettre où nous trouvons le passage suivant :
« ... Nous revînmes ici toujours bien douloureusement anxieux, mais du moins bien reconnaissants et touchés Ao la manière dont il nous avait été permis d'accomplir ce devoir de famille, et de la chaleureuse cordialité de l'accueil qui nous a été fait. Un tel accueil, dans un tel moment, est empreint d'une grandeur qui ne peut manquer de pénétrer profondément. »
Los princes étaient rentrés en France. La maladie avait fait de tels progrès qu'on n'attendait plus que d'un miracle le salut de l'auguste malade. Le duc de Xemours écrivait de Saint-Gerrnain-en-Lave, le 23 août, au duc d'Alençon. alors aux environs d'Innsbruck :
« Les cruelles angoisses dans lesquelles nous vivons rendent d'autant plus précieuses tes nouvelles : tout espoir humain est perdu. Mais continuons à prier, la miséricorde de Dieu étant infinie, ainsi que sa puissance... Nous nous tenons, comme nous le devons, prêts à effectuer le départ à chaque moment. Mon grand neveu a, en vue de cette triste éventualité, prolongé son séjour à Paris.
« ... Un télégramme a été envoyé pour dire que la discrétion seule le tenait éloigné, lui et les siens. Il a été répondu qu'il ne fallait pas venir [avec les meilleures formes maintenant. » Le lendemain, le comte de Chambord mourait
Aussitôt le comte de Paris et le duc d'Orléans son fils, le duc de Nemours, le prince de Joinville, les ducs d'Aumale et d'Alençon, partent pour Vienne; ils assistent à la cérémonie funèbre de Froshdorf, mais ils ne vont pas à Goritz.
Au mois d'octobre 1883, le corps de la duchesse de Nemours, qui avait été inhumé dans la chapelle nouvellement reconstruite et agrandie de Weybridge, fut placé
dans le tombeau que venait d'achever le sculpteur Chapu.
Le duc de Nemours et le due d'Alençon assistèrent naturellement à cette douloureuse cérémonie1.
Il faut conseiller aux Français qui visitent Londres de faire un pèlerinage a cette chapelle de Weybridge et a ces tombeaux d'une partie des princes de France. La contrée, c'est la belle campagne des environs de Londres, des grand- arbres en bouquets ou formant des lignes autour de pàtur.' 3 très verts. Peu de culture de blé : de l'herbe, des arbre- et îles troupeaux, un aspect de parc immense et toujours frais quand il n'est pas trempe de pluie. Les abords immédiat- de Weybridge sont cependant plus sauvages et d'une composition moins voulue. De tous cotés s'élèvent des bois que domine la dentelle des pins. El. parmi les feuillages, quelques cottages, des villas au toit rose. Après avoir quitté la station, on tourne a droite, et bientôt, au bord de la route, et au milieu d'un jardin, on aperçoit une petite chapelle catholique.
1. L'inscription placée sur le tombeau île la duchesse rie Nemours est ainsi cornue :
HIC JACE1
TOT LDCTUOSIS DOHOS ALP.EI.IANE.NS1S
ADDITA FUHER1BUS