‹ Le duc de Nemours; avec un portrait en heliogravureChapitre 7 sur 62 · Le roi Louis XVIll était mort le 16 septembre · texte numérisé non relu

Le roi Louis XVIll était mort le 16 septembre

2. Contrôleur de la maison du duc d'Orléans, puis du roi Louis- Pliilippe.

« Mon mari, surpris de cette convocation, a voulu s'en assurer par lui-même. Il a été parler au piqneur qui lui a dit : « Monseigneur, j'ai l'ordre du roi de vous demander de venir demain, chez lui. à midi, à Saint-CIoud. » Mon mari a répondu qu'il se rendrait aux ordres du roi, et cette convocation a laissé un vaste champ à nos conjectures pendant toute la soirée.

« Le 21, mon mari est parti pour Saint-CIoud à onze heures un quart. Il en est revenu à midi trois quarts, et voici ce qu'il a écrit a son retour : « Le roi m'avant fait dire hier au soir de me trouver chez lui aujourd'hui à midi, je m'y suis rendu, et je suis arrivé au moment où on l'attendait déjà pour aller à la messe. Néanmoins on m'a fait entrer, et, des que le roi m'a vu, il m'a tendu la main en me disant :

« — Bonjour, bonjour, toujours bien aise de vous voir.

« — Je me rends, lui dis-je, aux ordres du roi, et j étais bien empressé de remercier Votre Majesté de toutes ses bontés pour nous, particulièrement de celle relative au goupillon| ;^ nous en sommes tous bien reconnaissante

« — Je l'ai fait de tout mon cœur, reprit le roi, et justement, à propos de cela, je voulais vous dire, et c'est pour cela que je vous ai envoyé chercher : je vous accorde le titre d'Altesse Royale.

« — Je suis bien reconnaissant de la bonté de Votre Majesté, et j'espère que c'est à nous tous que le roi daigne l'accorder.

« — Oh! c'est à vous tous. Ce n'est pas tout à fait conforme à nos anciens usages; mais, d'abord, je crois

1. Lavant-veille (19 septembre,, quand les prince, allèrent en céré l^T1' l eau *■«■ ™ ™*V* *« feu roi, le roi adonna |.

aumônier de présenter le goupillon à tous les princes sans di nctlo Bons Louis Mil, on ne le présentait qu'aux princes di s "de la Famille Royale», et pas aux princes du sin* rpi.it a

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que vous le désiriez, et je suis bien aise de le faire pour vous ; et puis, j'en conviens, je trouve que c'est plus analogue à l'état des choses ici, plus encore à celui de l'Europe. Je trouve que c'est mieux, cela doit être, et je le fais. Mais je veux encore vous dire : je désire que vous alliez jeudi à la cérémonie de Saint-Denis. Vous irez avec mon fils, il vous mènera. Mais, dans l'église, il sera le premier, il sera à ma place, et il aura un fauteuil, et chacun de vous une chaise à dos. Gela ne vous effarouche pas, n'est-ce pas?

« — Non, sire, parce que c'est M. le Dauphin, et je trouve même que cela doit être ainsi, parce qu'il est nécessairement l'héritier du trône, et qu'il ne dépend ni du roi, ni d'aucune chance légale, de rien interposer entre le trône et lui. Le roi ne peut plus lui faire que des cadets. J'en dirais autant du fils aîné de M. le Dauphin s'il avait des enfants, mais je m'arrêterais à la ligne directe. Les fils cadets des rois, ceux des Dauphins, ne sont plus que des collatéraux comme moi, appelés éventuellement à succéder à la couronne, mais exposés comme moi à voir des centaines d'autres collatéraux surgir entre le trône et eux.

« — Oh! je conçois très bien cela, reprit le roi, et la distinction est juste.

<( — Cependant, sire, Votre Majesté sait bien que le feu roi n'a jamais voulu admettre ce principe de parité entre les princes.

« — Eh non ! il avait un travers sur cela, des idées que je ne crois pas justes. Mais il faut convenir que votre position est délicate. Moi, je veux vous en parler comme un père. Vous savez que je vous aime ; je vous crois aussi loyal et aussi fidèle qu'on puisse l'être ; mais on s'est amusé à faire toutes sortes de rapports sur votre compte, et, quoique je n'y croie nullement, j'ai voulu vous mettre sur vos gardes.

« — Je remercie le roi de sa bonté et de la confiance

qu'il veut bien me témoigner; j'espère qu'il m'en trouvera toujours digne. Mais j'ai une grâce à lui demander, c'est que si ces rapports continuaient ou se renouvelaient, s'il en venait qui fissent impression sur l'esprit du roi, qu'il me fasse appeler, et j'éclaireirai tout en peu de mots et sans peine ; car, sire, le roi le sait et le roi me connaît depuis assez longtemps pour s'en être bien convaincu : je n'ai aucune ambition.

« — Ah! je le sais bien, j'en suis convaincu.

(( — Je suis pleinement satisfait de mon existence; je ne désire rien plus que de voir le trône de Votre Majesté se consolider de plus en plus par le bonheur de la France ; mais Votre Majesté n'ignore pas que j'ai beaucoup d'ennemis.

« — Je le sais bien.

« — Qu'ils sont occupés sans relâche à me harceler, à me poursuivre, à me calomnier.

« — Tout cela est très vrai, mais je sais ce que cela vaut, et je suis très satisfait de ce que vous me dites là. Je ferai ce que vous me demandez. Je vous enverrai chercher si on élève des nuages sur votre compte, et vous, de votre côté, si vous croyez avoir à vous plaindre, vous viendrez me trouver, et tout s'expliquera et s'arrangera facilement. Je sais bien qu'on vous a picoté, harcelé, et je l'ai dit souvent au feu roi : « Les coups d'épingle ne valent jamais rien. » Mais il avait des idées dans la tête dont on ne pouvait pas venir à bout.

« — Oui, repris-je, il rêvait toujours à sa division de famille royale et de princes du sang, qui n'est pas meilleure en pratique qu'en théorie, et il ne sentait pas qu'il n'était pas plus dans son intérêt que dans le nôtre de faire deux familles.

« — Cela ne vaut pas le diable, reprit-il vivement : il est très important pour vous et pour nous que nous soyons bien unis. Car, enfin, mon cher, écoutez donc, il faut bien

sentir votre position : elle est délicate, elle est importante. Au fait, il n'y a entre le trône et vous qu'un enfant de quatre ans, et c'est peu de chose, au moins, qu'un enfant de quatre ans.

« — J'espère bien qu'il vivra, et tout parait le rendre probable.

« — Soit, je le désire ; mais, en attendant, il nous importe, et il vous importe encore plus, que, dans le cas où il viendrait à manquer, vous et les vôtres puissiez recueillir la succession sans difficultés, sans embarras. Vous savez bien qu'il y a des gens qui révent de la branche d'Espagne. Je ne les crois pas nombreux ; mais prenez garde, il faut vous entendre avec nous pour étouffer cela. Mais je suis prêt à vous y assister de mon mieux. Je désire épargner à la France les déchirements que cela lui causerait ; ils me font frémir, et je désire que tout soit arrangé de manière que, si notre branche venait à manquer, la vôtre arrivât au trône tout naturellement et sans obstacle.

« — Je suis profondément touche des bontés du roi.

(( — Je vous dis sincèrement ma pensée, et il faudra que nous en parlions plus d'une fois. C'est sans doute encore plus votre affaire que la nôtre ; mais à nous, il nous importe aussi que la succession soit clairement établie.

« — Je serai bien heureux que le roi me permette de l'entretenir quelquefois de ce point important, dont, en effet, la malveillance /le mes ennemis veut faire une arme (outre moi et les miens. Mais il faut que le roi sache bien que leur premier pas dans cette carrière est de me séparer du roi et de mes aines, de me faire envisager par le public comme étant étranger au trône et hors de la succession,

« — Je sais bien que c'est là ce qu'ils rêvent, mais c'est absurde.

« — J'en suis persuadé, mais Votre Majesté m'avertissait elle-même d'y prendre garde.

« — Oh ! il faut y prendre garde, cela n'est pas douteux; mais il faut voua tenir avec nous, et le reste sera mon affaire. »

« Apres cela il me répéta de me présenter chez lui toutes les fois que je voudrais lui parler, et qu'il me recevrait toujours avec plaisir quand cela lui serait possible, et je me retirai. »

Les princes étaient confiés à l'Université, mais, avant tout, à leur précepteur, chargé de les conduire au collège, de les y surveiller, de les ramener au Palais-Royal, de faire réciter les leçons, de s'assurer si les devoirs étaient terminés et de donner les explications nécessaires. Ces précepteurs furent : pour le duc de Chartres. M. de Boismilon ; pour le duc de Nemours, M. Larnac; pour le prince de Joinville, M. Trognon; pour le duc d'Aumale, M. Cuvillier-Fleurv ; pour le duc de Montpensier, M. de La Tour. On les appelait, dans la famille du duc d'Orléans, « les autorités ». Et le mot disait bien ce qu'il voulait dire, non seulement en ce sens qu'ils avaient une autorité déléguée sur les jeunes princes, mais que leur liberté d'appréciation sur leurs élèves, leur liberté de méthode pour s'en faire écouter et obéir, leur droit de se plaindre et même leur indépendance d'humeur étaient aussi grands que possible.

Très différents de caractères et de tendances, ils eurent tons une influence appréciable sur le caractère et l'esprit des princes qui leur étaient confiés. L'un d'eux, M. Trognon, a rendu justice à cette attitude confiante d'un père et d'une mère, qui se montraient, d'ailleurs, d'une extrême vigilance pour seconder l'œuvre des précepteurs et pour la compléter ' .

1. Voir Vie de Marie-Amélie. 1 vol. in-8". Paris. Michel Lévy, 1871. \>. 169 et 170.

C'est en 1821 que M. Larnac, alors professeur à Avignon, fut désigné au duc d'Orléans par M. Xogent Saint- Laurens, et appelé à Paris. Pendant plusieurs années, il exerça presque sans partage ses fonctions d'éducateur. Puis les maîtres qu'on pourrait nommer « à côté » se multiplient; les heures du jeune prince sont partagées et disputées entre les enseignements les plus variés, et, en 1824, nous ne trouvons pas moins de cinq maîtres particuliers, en dehors de M. Larnac, attachés à l'éducation du duc de Nemours. Encore ne comptons-nous pas dans ce nombre l'abbé Dupanloup, qui fait le catéchisme.

« La journée commençait généralement à cinq heures du matin, raconte le prince de Joinville dans ses Vieux Souvenirs. Les aînés allaient au collège pour la classe, prenaient leur repas et leurs récréations avec les internes et revenaient après la classe du soir. Les non-collégiens et les filles passaient la journée en leçons. Le soir, élèves et précepteurs des deux sexes dînaient tous ensemble, puis allaient au salon, où il y avait toujours du monde, mes parents recevant tous les soirs. Le jeudi et le dimanche, jours de congé du collège, étaient particulièrement consacrés aux leçons de ce qu'on appelait arts d'agrément : dessin, musique, physique, équitation, escrime, bâton, danse, etc. Le dimanche. grands et petits dînaient à la grande table, et cette vie-là était réglée comme une pendule, hiver comme été. »

("est en 1824 que le prince entre, après son aîné, au collègo Henri IV, et M. Larnac l'y accompagne, comme M. de Boismilon accompagne le duc de Chartres ;.

Sur le régime, nécessairement un peu exceptionnel,

1. M. Larnac fut plus tard secrétaire des commandements de M. le duc de Nemours, et député sous la monarchie de juillet.

que suivaient ces collégiens de race royale, nous avons le témoignage du baron Haussmann.

« Pendant mon séjour au collège Henri IV, dit-il dans Mémoires, je nie trouvai, dès la quatrième, condisciple de M. le duc de Chartres. C'était un très bon élève, qui prenait souvent place dans les dix premiers, au banc d'honneur, où se formèrent nos sympathiques relations rouelles... Son frère, M. le duc de Nemours, entra, je crois, en sixième, pendant qu'il s'asseyait lui-même en quatrième. (M. Haussmann doit se tromper ici, car il y eut cinq années entre les deux entrées des deux frères au collège.) Ces princes étaient accompagnés de leurs précepteurs, MM. de Boismilon et Larnac, qui leur donnaient des répétitions dans une salle réservée, pendant l'intervalle des classes, quand les internes se tenaient dans leurs études. Ils dînaient avec nous à midi, mais avec un couvert à part, de vaisselle plate, pour eux et leurs précepteurs, tout en haut de la table, dont notre maître d'études occupait le bout, ayant a sa droite et à sa gauche les deux précepteurs. Les princes prenaient place à cote de ceux-ci. Je venais après M. le duc de Chartres... Nous l'appelions de Chartres tout court, mais sans tutoiement. 0

On aurait cependant une idée bien incomplète de l'éducation du duc de Nemours et de ses frères, si on ne connaissait la part qu'y prit le duc d'Orléans. Elle fut active. Il est bien vrai, comme le dit M. Trognon dans la Vie de Marie-Amélie, que le duc « ne s'occupait guère des détails de l'éducation »; mais il en suivait le progrès avec une attention minutieuse dont lap reuve est restée. Il conférait peu avec les maîtres, il ne jugeait pas par lui-même la valeur de ce qu'ils nommaient une bonne ou une mauvaise copie. Les multiples obligations de son rang l'en empêchaient. Mais chaque soir, et pour chacun de ses fils, un cahier lui était présenté où se trouvaient les

notes (le travail et de conduite données par les précepteurs, notes plus ou moins développées, d'une franchise absolue, d'où la flatterie est complètement absente, où Ton rencontre même, çà et là, des appréciations qui semblent dépourvues de justice ou de justesse. On verra ce que nous voulons dire à propos, notamment, des fêtes, des réceptions du Palais-Royal, des distractions, et l'on peut écrire ici des « devoirs mondains » auxquels il était difficile que les jeunes princes ne prissent aucune part, sujet de regret pour M. Larnac, sujet de controverse écrite entre lui et le duc d'Orléans. Car celui-ci, chaque jour, annotait à son tour les notes du précepteur, félicitait, réprimandait, tantôt plaisamment, tantôt avec gravité, chacun de ses fils, et il lui arrivait de résoudre les objections que le maître, sous forme de mauvaise note donnée à l'enfant, adressait au père lui-même. Le duc d'Orléans apportait, à cette leçon de morale quotidienne, une application, une bonne humeur, une forme classique, une ténacité tranquille qui sont des traits de son caractère.

Pour qu'on en puisse juger, nousciterons quelquespages de deux cahiers qui ont échappé aux révolutions et autres causes de destruction.

Le premier, dont l'étiquette encore intacte, collée sur le cartonnage, indique l'origine : « Au coq honoré, rue du Coq-Saint-Honoré, n° 7, à Paris, chez Alph. Giroux », porte comme titre, sur la première page : « Journal du travail et de la conduite de M. le duc de Nemours, commencé le jeudi 22 janvier 1824. »

Chaque jour, une première note, de l'écriture fine de M. Larnac, dit ce qu'a été le travail; et une seconde parle du caractère et de l'humeur de l'enfant. Presque chaque jour, a la suite de ces notes, dont la longueur est très variable, le duc d'Orléans répond de sa forte écriture appuyée et soignée. Quelquefois c'est un simple mono-

gramme, le plus souvent ce sont quatre ou cinq lignes; il y a çà et là des pages entières de réflexions et de conseils.

Au moment où commence le cahier, le duc de Nemours a un peu plus de neuf ans, étant né le 25 octobre 1814. Il n'est pas encore entré au collège et travaille uniquement avec son précepteur et les professeurs du dehors.

Notes de M. Larnac. — Observation préliminaire :

Le travail est quelquefois rendu difficile par un peu de lenteur ou trop de mouvement. Des progrès ont été obtenus surtout dans l'étude du grec et de l'arithmétique.

Le caractère offre quelques habitudes que l'on combat, principalement : 1° un ton impérieux à l'égard de son jeune frère ; 2° une pente à cacher une partie de la vérité et à employer le raisonnement dans ce dessein ; 3° une disposition à dénaturer tous les noms; 4° une habitude de mouvement qui conduit à la brusquerie dans les manières et à la légèreté dans les propos. Des améliorations ont été sensibles depuis que la mesure des notes a été annoncée.

Le 27 janvier :

Traçait du matin. — Leçon d'anglais, assez bien; le reste, bien.

Du soir. — Très lent, presque nul; un peu mieux à la fin.

Caractère. — Bien en général ; peu de complaisance envers son frère.

Y> février 1824 :

Caractère. — Beaucoup d'indocilité et d'impertinences pendant la leçon d'anglais. Il a été privé de dessert. La note de Monseigneur lui a été lue (le duc d'Orléans avait mis, le jour précédent, en marge : « ïhat english must go on ; il ne l'a pas d'abord comprise, et, comme je l'ai menacé de déclarer son ignorance, il s'est montré empressé de la traduire. Mais, après l'avoir entendue, au lieu d'exprimer le désir d'avancer dans l'anglais, il a dit que ce n'était pas sa faute, conclusion qui lui est extrêmement familière ; c'est la mienne, c'est celle de tout autre que lui ; ce senre d'impertinence est devenu très fréquent.

Le duc d'Orléans a simplement mis en marge : « Je lui en parlerai. »

Notes de M. Lamac. — 21 février 1824 :

Caractère. — Il est malheureux que la douceur et la complaisance dont le duc de Nemours a souvent fait preuve, et qui lui ont attiré les éloges de son papa, soient gâtées par la malheureuse habitude de se livrer à des expressions ou ridicules, ou inconsidérées, ou impertinentes. Il est rare que, lorsqu'il fait quelque chose de mal, il ne rende ses torts, d'abord très légers, beaucoup plus difficiles à réparer en ajoutant des paroles qui les aggravent.

Observation du duc d'Orléans. — Pvthagore disait qu'un homme sage tourne sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler. Le but de cet excellent précepte est de nous empêcher de prononcer les paroles que nous sommes faciles d'avoir lâchées, lorsqu'il n'est plus possible de les rattraper. Nemours, qui est naturellement lent à se décider, à répondre quand on lui adresse la parole, et qui même souvent ne parvient pas à ouvrir la bouche quand il devrait le faire, devrait sentir qu'il est plus blâmable qu'un autre quand il tombe dans l'excès contraire. Je l'engage donc à pratiquer le précepte de Pythagore, toutes les fois qu'un de ces messieurs l'avertit qu'il vient d'avoir un tort.

Notes de M. Lamac. — 26 février 1824 :

Caractère. — Le duc de Nemours a besoin de mettre une plus juste mesure d'activité danssesmanieres.il lui arrive quelquefois de rester les bras croisés, tandis que l'on cherche les livres ou cahiers qui lui sont nécessaires.

Observation du duc d Orléans. — Quand on refuse l'assistance qu'on devrait s'empresser d'offrir, on se met dans le cas d'éprouver ensuite le refus de celle dont on a besoin à son tour, et il sera bien fait de faire sentir â Nemours qu'à son âge surtout il a plus besoin de l'assistance des autres que les autres n'ont besoin de la sienne. Je me souviens d'avoir vu un petit bonhomme qui ne voulait pas remercier des services qu'on lui rendait. Pour

châtier cette ingratitude, on imagina de lui supprimer, le lendemain, tous les services pour lesquels il n'aurait pas remercié la veille : c'est-à-dire que, le lendemain. — il se plaignit qu'il gelait, — on lui dit :

« Eh bien ! si tu as froid, fais du feu.

« — Il n'y a pas de bois, répliqua-t-il.

« — Va en chercher.

« — Mais je suis trop petit pour le porter, je ne le peux pas.

« — Eh bien! obtiens qu'on te l'apporte. ;>

Le petit monsieur fut obligé de se mettre à genoux pour obtenir du bois et du feu. Le besoin du déjeuner se fit sentir : il s'écria : « Je meurs de faim. » On lui répondit qu'il fit lui-même son déjeuner, qu'il mit le couvert. qu'il mit de l'eau dans les carafes, enfin qu'il se rendit a lui-même tous les services dont il avait besoin. Cela ne fut pas long, et ce petit cours pratique ne tarda pas à corriger ce petit impertinent de sa paresse et de son ingratitude. J'espère que Nemours ne m'obligera pas de lui en faire faire un semblable ; mais, s'il ne s'en soucie pas, qu'il devienne obligeant, poli ; qu'il sente le prix des soins qu'on lui donne et des services qu'on veut bien lui rendre ; car, s'il ne prend pas ce parti de bonne grâce et comme un bon enfant, il nous forcera de le mettre au régime du petit impertinent, et il s'en repentira lestement...

Notes de M. Larnae. — 15 avril 1824 :

Travail. — Au matin : catéchisme, bien: leçon d'anglais, trop lent'. Le duc de Nemours se laisse dire, dans l'explication, les mots les plus usuels et qu'il sait parfaitement... Le duc de >"e-

1. Pour donner une idée de la fréquence relative des leçons autres que celles de latin, de français, de grec, etc., nous noterons, dans les jours voisins de la date à laquelle nous sommes arrivés, des leçons d'allemand les 29. 31 mars. 2. 5. 7. 9 avril: de catéchisme, les 2S mars, 1, 4, 7, 9 avril: d'anglais, les 27 et 30 mars. 1. 3. 6 avril.

mours a besoin de se livrer aux exercices qui fortifient, mais il est bientôt hors de lui quand il s'y livre sans modération. Ce matin, après avoir couru outre mesure, il est allé se rouler sur un gazon humide.

16 avril 1N2A :

Je mettrai ici une observation étrangère, mais dont je ne trouverais peut-être pas l'occasion d'entretenir Monseigneur. Ce soir, j'ai fait demander un cheval pour accompagner les princes dans leurs promenades du matin ; il nous a été répondu qu'un ordre était nécessaire. Je crois devoir en informer Monseigneur.

Observation du duc d'Orléans. — Tout cela était un malentendu d'écurie, qui, je crois, n'arrivera plus. Mais il était en effet nécessaire que j'en fusse informé, et, si cela se renouvelait, je prie M. Larnac de mêle dire...

« En tout, Nemours ne sait pas assez se dompter et prendre sur lui. Il manque de cette force d'âme qui apprend à faire ce qui coûte à entreprendre. Je l'ai chargé, l'autre soir, d'aller offrir à M. de Staël de faire une partie de billard avec moi; il est devenu rouge et m'a dit : « Je ne peux pas. » Il s'est bientôt convaincu qu'il le pouvait, et, une fois qu'il a eu dompté sa timidité en parlant à M. de Staël, cela ne lui a plus rien coûté. »

A la date du 6 mai 1824, le cahier mentionne que M. de Boismilon, précepteur du duc de Chartres, a fait les premières démarches pour l'entrée du duc de Nemours au collège Henri IV. Le jeune prince doit suivre, comme simple auditeur pendant trois mois, la classe de septième.

Noies de M. Larnac. — Vendredi 14 mai :

Le début au collège a été bon. Le duc de Nemours n'a pas éprouvé trop d'embarras. Il a été placé de manière à dépendre le moins possible des changements qu'amène le concours. M. Auvray1, en le recommandant à ses nouveaux condisciples, l'a présenté comme un simple auditeur, cette année, ne devant concourir que l'année prochaine.

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