‹ Le duc de Nemours; avec un portrait en heliogravureChapitre 8 sur 62 · Proviseur du collège Henri IV · texte numérisé non relu

Proviseur du collège Henri IV

Le 22 juin, la note du collège pour l'attention est assez bien. Le duc d'Orléans observe :

« Assez n'est jamais assez quand assez s'applique à bien. Bien n'est réellement bien que quand il est au superlatif. J'espère que Nemours entendra cela et s'en pénétrera.

« 2 juillet. — Il est nécessaire que Nemours secoue en toute chose sa disposition à l'apathie, et je crois que cette disposition contribue, plus encore que sa timidité, à lui fermer la bouche lorsqu'il devrait parler. »

Cette timidité de l'enfant s'affirme en toute occasion, aussi bien que la volonté de son père de l'en corriger. En juillet 1824, les jeunes princes se trouvant au château d'Eu, le duc d'Orléans désigne le petit duc de Nemours, le timide, pour recevoir la duchesse de Berrv, qui doit s'arrêter à Eu. Voici ce qui eut lieu :

« Eu, le 31 juillet 1824.

« Mon cher papa, je voudrais bien que vous vinssiez, pour pouvoir ne pas parler. Je vous embrasse de tout mon cœur. Je ferai tous mes efforts.

« Nemours. »

« Je rouvre ma lettre pour vous parler de la visite de la duchesse de Berry. Je suis descendu au-devant d'elle ; elle m'a embrassé et elle ne m'a pas parlé; en conséquence je ne lui ai rien dit. Je l'ai conduite jusqu'à son appartement. »

Au mois d'octobre 182i, le duc de Nemours entre en première division de sixième, avec le même professeur que l'année précédente. Mais il suit difficilement; il est un des plus jeunes de sa classe; il ne réussit pas à terminer tous ses devoirs, surchargé qu'il est par les leçons particulières d'anglais, d'allemand, de dessin, de danse

d'équitation. Dès le 18 décembre, il redescend en septième et devient alors un bon élève, beaucoup mieux noté par son professeur et même parle sévère M. Larnac.

Le 29 décembre, il est le premier. « Le voilà sûr d'être de la Saint-Charlemagne », dit le cahier, où l'on peut lire, quelques pages plus loin : « C'est une justice à lui rendre que, depuis qu'il est en septième, il marche tout à fait bien. »

Le premier cahier finit à la date du 23 janvier 1825. Le second commence le 24 février 1827. Il y a donc deux années qui manquent, pendant lesquelles le duc de Nemours a terminé sa septième, fait sa sixième et est entré en cinquième. Cette dernière classe est très nombreuse. Elle compte plus de soixante-dix élèves.

Dès le 29 février, le duc de Nemours est le premier. Les notes du professeur, M. Maugeret, sont généralement bonnes. Celles de M. Larnac continuent d'être impitoyables. Il arrive même qu'elles visent le duc d'Orléans, qu'elles critiquent certains points du plan d'éducation que le prince a cru devoir adopter pour ses fils.

Les places du duc de Nemours ayant été moins bonnes vers le mois de juin, M. Larnac se plaint vivement des distractions trop nombreuses qui diminuent le temps que l'enfant peut donner au travail. Il s'en prend aux fêtes, aux diners, aux promenades et même à l'équitation, pour laquelle le jeune prince est passionné. Il fait remarquer, avec humeur, que « le dimanche est le jour de Franconi ». Le célèbre écuyer donnait, en effet, des leçons au duc de Nemours, qui montait aussi avec le comte d'Aure, et les deux professeurs n'avaient qu'à se louer de leur élève, adroit, agile et ardent.

Les humanités sont donc jalouses et le déclarent.

Le duc d'Orléans ne répond qu'à une troisième attaque indirecte du précepteur, qui déplore « le partage continuel d'idées » où vit le duc de Nemours.

<( J'avoue, écrit le prince, que je ne crois pas à cette dernière cause de l'affaiblissement de la puissance intellectuelle, et je crois de même que, l'enfance devant être le prélude de la vie, il ne faut ni se renfermer dans une seule étude, ni croire qu'une éducation bien conduite ne doive pas être un partage continuel d'idées. Je chercherai l'occasion d'en causer avec M. Larnac, avec qui il m'importe d'être toujours d'accord sur le système général de l'éducation de mes fils. »

Le lendemain. 30 octobre, M, Larnac insiste. Il écrit sur le cahier une vraie dissertation, qu'il termine par cette pointe :

... Aujourd'hui, composition en version grecque. Le duc de Nemours a fait une composition absurde. La grande table d'hier n'y serait-elle pour rien?

A quoi le duc d'Orléans réplique enfin :

« Je ne le crois pas. Il n'entre point dans mes idées que ce soit en renfermant les enfants qu'on donne de l'intensité à leur application, quoique j'admette que de trop fréquentes et trop grandes distractions leur soient préjudiciables. Il y a un milieu à toutes choses, et c'est ce milieu entre la renfermerie et la dissipation qui donne aux élèves le goût du travail, et aux instituteurs le moyen de l'exploiter. Je ne crois point au succès par un travail forcé. Au reste, nous ne sommes ni dans le cas de nous plaindre que le travail de nos enfants soit forcé, ni qu'ils soient livrés à la dissipation. Ce que je désire, c'est que nous ne nous exagérions pas plus les inconvénients attachés à notre genre de vie dans le monde, que nous ne nous dissimulions les avantages qui en résultent. Voyons les choses telles qu'elles sont, sans découragement et sans illusions d'aucun genre. Je regrette que la répétition de ce soir m'ait empêché de causer avec M. Larnac, comme je le voulais. La réception de demain

o, LE DUC DE NEMOURS

m'en empêchera encore, et j'en suis bien fâché. Ce sera pour jeudi, et nous nous entendrons mieux en un quart d'heure de communication verbale que par dix pages de communication écrite, et il faut nous entendre, car sans cela l'éducation marcherait mal. Or, ce que nous voulons tous les deux, c'est qu'elle aille bien, et avec cette volonté ce sera facile, cela est même immanquable. »

Le sévère M. Larnac ne se plaignit plus, je suppose, au duc d'Orléans. Mais, s'il ne fut pas convaincu, — il y en a des preuves, - il dut être, j'imagine, quelque peu consolé par les succès de fin d'année remportés en quatrième par son élève, et qu'il connut avant la lecture du palmarès.

J'ai appris, écrit-il dans le cahier, à la date du 27 juillet 1827, nue le duc de Nemours aurait le second prix de version grecque, le troisième accessit de thème, le cinquième accessit de version latine, et enfin un accessit, j'ignore lequel, en histoire.

Enfin le cahier s'achève sur ces lignes, datées de janvier 1828 :

Le duc de Nemours a joui aujourd'hui des honneurs de la Saint-Charlemagne.

Ces citations ne pouvaient avoir de sens que groupées. Elles ont donné plus d'une touche très sûre et très nette au portrait que nous commençons à tracer du duc de Nemours. Mais elles nous ont conduit un peu loin, et il faut revenir en arrière et parler d'événements ou d'incidents qui n'ont point été consignés dans les notes de M. Larnac ou dans les observations du duc d'Orléans.

Nous avons dit comment, a peine monté sur le trône, Charles X avait donné à son cousin des preuves d'une sympathie qui datait de fort loin, en lui accordant, le 21 septembre 1824-, le titre d'Altesse Royale. Deux ans

plus tard, et avant déjà nommé le duc de Chartres colonel du ieï hussards, il nomme le duc de Nemours, qui n a encore que douze ans, colonel du 1er régiment de chasseurs, et ce régiment porte désormais le nom de Chasseurs de Nemours. La nomination est du 17 novembre. Dès le lendemain, le jeune colonel, en uniforme allait avec son pore, sa mère et son frère aîné, remercier le roi; mais il ne passa pas tout de suite en revue son régiment. On attendit l'année suivante. Alors, comme le 1" chasseurs panait pour Lunéville et traversait le département de la Seine, ordre lui fut donné de s'arrêter Il avait été passé en revue, le 20 octobre, à Versailles par Charles X. Il le fut par le duc d'Orléans et ses fils âmes le lendemain, au bois de Boulogne, dans ce qu'on appelait alors le carré d'Armenonville. A onze heures du matin, le régiment se mit en bataille. Presque aussitôt, le duc d Orléans parut à cheval, accompagné des ducs de Chartres et de Xemours. Les autres enfants du prince suivaient, dans une calèche découverte, avec leur mère et M1" d'Orléans.

« La pluie, dit le Moniteur, avait cessé depuis une demiheure, et le mauvais temps de la matinée n'avait pas empêché un grand nombre de personnes d'accourir pour voir cette cérémonie militaire.

« Son Altesse Royale le duc de Nemours, le sabre à la main, s'est placé au centre et face au régiment, à gauche du lieutenant général comte Coutard, qui a fait ouvrir un ban et a dit :

« — De par le roi, officiers supérieurs, officiers, sousoifaciers, brigadiers et chasseurs, vous reconnaîtrez Son Altesse Royale M. le duc de Nemours, ici présent, pour votre colonel, et vous lui obéirez en tout ce qu'il vous commandera pour le bien du service de Sa Majesté et pour l'exécution des règlements militaires. »

« Le jeune duc s'est fait remarquer par sa grâce, autant

que par son adresse à saluer du sabre et à monter achevai ; et la première parole qu'il a adressée à M. le colonel de Lamalle, commandant le régiment, a été de lui demander la remise des punitions pour faute de simple discipline.

■ W le duc d'Orléans, suivi des deux colonels, a passé la revue du corps et a fait faire le maniement et l'exercice de la lance.

« Après avoir défilé au pas et au trot, le régiment s'est mis en marche. Mais une vaste tente avait été dressée dans le magnifique parc de Neuiily. où tous les sous-officiers ont été réunis à diner.

« Le prince, sa famille et son cortège s'y sont rendus à pied; au moment où ils ont paru, ces braves se sont levés spontanément et les ont salués du cri de : Vive le roi!

« Mgr le duc d'Orléans a porté la santé de Sa Majesté ; Le «ointe Coutard, celle de Mgr le duc d'Orléans ; le colonel de Lamalle, celleduducde Nemours, etle duc de Nemours, celle de son régiment. Ces différentes santés ont été couvertes de vivats unanimes1.

« Le soir, à six heures, le prince a donné, dans son château de Neuiily, un diner au corps entier des officiers, et les mêmes santés ont été portées et accueillies par les mêmes acclamations. »

Le dur de Nemours n'exerçait pas encore son commandement, mais on pense bien qu'il n'attendit pas pour en connaître certaines charges. Les soldats en détresse faisaient appel • a son bon cœur ». Et l'on cite le cas d'un brigadier qui, avant obtenu un congé, prétendit n'avoir pas d'argent pour faire le voyage, et entre les mains duquel le jeune prince vida toute sa bourse, en regrettant de se trouver « à la fin du mois ».

I. Cette scène de la réception des sous-officiers des chasseurs de Nemours vient d'être représentée par un peintre de talent. M. lîreham, dont Le tableau est destiné à orner la salle des fêtes «le l'hôtel de ville de Neuiily.

Cet enfant île treize ans. ce colonel de chasseurs, n'avait pas encore fait sa première communion. La raison n'en peut être cherchée dans l'indifférence des parents : la piété de la duchesse d'Orléans est connue, de même que l'esprit de mesure et de convenance en toute chose du duc d'Orléans. Elle est ailleurs : dans le préjugé janséniste dont la plupart des catholiques de cette époque étaient imbus. Le duc de Nemours avait près de quatorze ans quand il reçut la communion des mains de l'abbé Guillon. qui avait continué l'œuvre de l'abbé Dupanloup, en l'église paroissiale de Xeuillv, le 5 juin 1828, en présence du due, de la duchesse et de MIle d'Orléans, du duc de Chartres., du prince de Joinville, des princesses Louise et Marie.

La vie publique va commencer pour lui. et il est encore l'adolescent timide, qui redoute, malgré la plus jolie mine du monde et la plusfière, de paraître en public, et quia peur de toutes les occasions qui l'obligent à parler; il est encore le collégien, qui obtient, le 18 août, le second prix d'histoire et qui offre, pour cadeau de fête, à son père. « une tète dessinée d'après la bosse », tandis que le prince de Joinville offrait au duc d'Orléans une carte de géographie, et la princese Louise l'épisode d'Ugolin, traduit en français, en anglais et en allemand. Une lettre de lui. adressée à sa mère, le montre au naturel :

« Chère maman, j'ai reçu hier votre lettre de Tarare, et j'ai appris avec grand plaisir que jusqu'ici le voyage avait été heureux. J'ai été hier chez Mme la Dauphine avec le général Baudrand,car je n'avais pas pu y aller jeudi dernier. Au moment où j'arrivais, on allait passera Yrpres, et Mme la Dauphine était montée chez le roi. J'y montai. Quand je fus dans la galerie de Diane, je vis. dans le lointain, tous les appartements qui étaient ouverts, un nombreux cortège. On avertit M"1* la Dauphine que j'étais venu; elle me vit et me demanda m j<- roulais voir le roi, et, sans attendre aucune réponse, elle médit de courir et

se mit à courir avec moi. La course me parut un peu longue, car il y avait longtemps que je n'avais couru, ei ma maladie m'avait raidi les jambes. Je rejoignis le roi clans le salon bleu, après avoir couru depuis la galerie de Diane. (Je ne vis pas M. le Dauphin.) Un instant après, Mmc la Dauphine me demanda si je viendrais à la Saint- Charles? Je lui dis que j'étais aux ordres du roi, et alors elle me dit de venir chez elle avant neuf heures et demie, et qu'elle me mènerait chez le roi. Après cela, elle reprit sa marche. Je m'en retournai, et j'arpentai au pas le plus allongé possible toutes ces grandes salles, et je retrouvai le général Baudrand dans la galerie de Diane. Cette visite dura à peu près trois minutes, en voilà exactement le récit. J'espère que le reste de votre voyage aura été aussi heureux que jusqu'à Tarare.

« Je vous embrasse de tout mon cœur.

« Nemours. »

Déjà, cependant, la politique le guettait. Elle commençait par disposer de lui et par le compromettre sans son aveu.

On trouve, dans le journal de Cuvillier-Fleury, à la date du 14 juillet 1829, cette note sibylline :

« M. de Rumigny m'a longuement parlé des affaires de la Grèce. Le duc de Nemours roi ; vœu de Charles X ; négociations ; M. de Rumigny triche ; offre de plusieurs maréchaux ; envoyés grecs payés par le duc d'Orléans. puis par M. de Villèle. Influence anglaise. Avortement de l'affaire ; on vient de la renouer à propos du dernier protocole, mais inutilement. »

On d(;couvrira, sans doute, peu de dépêches officielles sur ce point d'histoire. Cependant il résulte de lettres et documents authentiques trouvés dans les papiers de Louis-Philippe, que, dès le début de 1825 il fut ques-

tion de faire élire le duc de Nemours au trône de Grèce.

Ces documents prouvent la grande activité du « Comité philanthropique » philheilène constitué à Paris et destiné à venir en aide aux Grecs dans leur lutte contre l'oppression des Turcs. Ce comité nombreux fournissait aux Grecs, outre >\e> subsides en argent, dos armes, des munitions, des approvisionnements de toutes sortes. Il comprenait parmi ses membres d'importants personnages, et le duc d'Orléans, pendant plusieurs années, disposa en sa faveur de sommes considérables '.. Des officiers français, en relations avec ce comité, formèrent en Grèce des corps francs et organisèrent les troupes : entre autres le colonel Fabvier. le colonel Bourbaki, père du général, Grec d'origine, ayant adopté la France pour patrie et servi dans ses armées pendant plus de vingt ans, et le général Roche, qui était, en Grèce, le délégué spécial du comité français, chargé de la distribution des secours.

Au début, tout au moins, il semble qu'on ait agi en dehors du ministère Yillèle. C'est pour contrecarrer l'influence anglaise que les agents du comité, et particulièrement le général Roche, mirent en avant le nom du duc de Nemours, tandis que l'Angleterre essayait de faire triompher la candidature du prince Léopold de Saxe-Cobourg- Gotha, le même qui devint plus tard roi des Belges. Le duc d'Orléans était tenu, presque jour par jour, au courant de ce qui se passait en Grèce, par la correspondance qu'entretenaient les émissaires avec son aide de camp, le colonel de Rumigny. Pour plus de sécurité, les personnes mises en cause, dans cette volumineuse correspondance, ne sont pas désignées par leur nom, mais seulement par

i. Parmi les membres du comité philanthropique se trouvaient : MM. le comte d'Harcourt. Gérard, de Tracy, de Lametb, de Rumigny, D' Bailly.

M. de Lameth était vice-président de ce comité.

des numéros. Sans connaître toutes les clefs, nous savons cependant que le duc d'Orléans était d'abord le n° 30, et le duc de Nemours, le n° 29.

Une lettre du 11 mai 1825, écrite de Nauplie au comte de Rumigny par Georges Vitali, — ce dernier était, avec son frère Spiro et avec Axiottès, un des plus actifs agents de nationalité grecque servant d'intermédiaires au comité français, — rapporte un certain nombre de conversations après dîner, de bruits, de prévisions, tout à fait dans le ton d'un rapport de police, et conclut : « ... Nous considérons notre affaire comme jugée et gagnée, au moins si nous nous rapportons aux dispositions des nouveaux députés, qui doivent former l'assemblée générale au mois de septembre prochain, en faveur de la proclamation du 29. »

Nouvelle lettre du même au même, le 25 mai :

« Une commission a été nommée par le Corps législatif pour présenter un projet de constitution monarchique. Il est convenu que le 52 y sera appelé pour discuter les intérêts du 29. Aussitôt qu'on aura arrêté le projet de constitution, le Corps législatif se réunira en assemblée générale pour faire la proclamation... Immédiatement après, ... une députation de cinq membres partira pour chez vous. Aussi, prenez vos mesures pour qu'ils soient bien reçus là où ils arriveront. »

Mais bientôt les obstacles apparaissent et se précisent. Les Grecs ne se sentent point assurés de l'accueil qui sera fait à leur projet, même par les princes qu'ils mettent en cause. Ils voudraient recevoir l'assurance de la bouche du duc d'Orléans que la proclamation du duc de Nemours sera ratifiée par « le 35 » (probablement Charles X ?). Ils se demandent même si cette nomination sera agréée par le duc d'Orléans. Et ils risquent une démarche auprès de M. de Rigny, qui suivait sur place les affaires de Grèce, au nom de la France. Une lettre du 23 juin, écrite

encore par Vitali, raconte une visite faite par les agents grecs du comité philhellène à l'amiral français, arrivé « avec sa frégate et nue goélette ». La conversation a eu lieu à bord. L'amiral, informé des projets ai îles espérances des agents grecs, « a observe qu'il ne pouvait pas, pour le moment, prendre couleur, attendu que son gouvernement ne lui a donné aucun ordre sur cette affaire1 ».

Les Grecs semblent néanmoins décidés à passer outre et à faire la nomination, au risque d'un désavœu, soit de la France, soit de l'Angleterre. Les députés que le gouvernement grec a envoyés, dans toutes les parties du pays, pour demander à leurs mandants l'autorisation de proclamer le duc de Nemours, sont de retour. « D'après les votes qu'ils ont apportés, la Grèce et les iles expriment leur volonté bien formelle pour le prince; il n'y a contre que les Hydriotes 2. »

Pour mettre fin à ces incertitudes, G. Vitali est envoyé en France, et il écrit à M. de Rumigny, le 10 octobre, une lettre datée de la rade de Toulon. Son séjour est de peu de durée. Il recommence à écrire, de Xauplie, le 3 décembre. Et cette fois il dit :

« M. de Rigny est bien porté pour notre affaire ; il prend un très grand intérêt pour sa réussite. »

Erreur certaine d'un partisan, qui ne doit pas posséder parfaitement le français ou l'art de la diplomatie, car l'amiral, qui parait s'être toujours prononcé dans un sens

1. La même communication est faite, le 21 juillet, par les mêmes agents, — ce qui semble étonnant, — à l'amiral anglais Hamilton. Celui-ci, interrogé également à bord, déclare qu'il s'opposera à la nomination d'un prince français: que les Grecs devaient s'adresser d'abord au roi de la Grande-Bretagne et ne rien faire avant que celui-ci eut refusé de s'occuper de la question. Si les Grecs nomment un prince français, lui, Hamilton, il mettra la main sur tous les bâtiments de guerre grecs, et empêchera qu'on ne débarque l'argent de l'emprunt, qui est à bord d'un brick anglais, sur la rade de Nauplie.

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