L'amiral Hernoux
LE DUC DE NExMOURS 161
amené une discussion extrêmement aigre entre lui et moi, mais où je n'ai pas pu lui faire comprendre que, s'il tenait à porter le souvenir de sa conduite en Juillet, d'autres pouvaient être désireux de porter sur leurs poitrines un signe qui marquât qu'ils ont porté les armes sur les champs de bataille d'Afrique, où il y a bien autant de danger qu'à la réunion des journalistes, au National^ le 29 juillet. Le reste du conseil, et Bernard en tète, ont lâché pied, et je me suis trouvé seul avec Mole et Montalivet. Ergo^ nous avons eu le dessous. »
Le duc de Nemours quittait en effet Constantine, avec la dernière colonne de l'armée, après avoir assisté, la veillei à une cérémonie dans laquelle les principaux chefs arabes de la région prêtèrent serment de fidélité au roi. Deux autres colonnes étaient parties le 20 et le 20. Il commandait l'arrière-garde au retour, comme, à Taller, il avait commandé l'avant-garde, et il laissait dans la ville une garnison de deux mille cinq cents hommes.
A la sortie de Constantine par Bab-el-Djedid, le caïd Hammouda vint présenter aux princes une lettre écrite au nom des notables et des chefs, et adressée au roi. Puis la colonne se mit en route au milieu des acclamations.
Pendant la marche du premier jour, le choléra frappa soixante soldats; le lendemain, vingt-cinq; le surlendemain, dix.
« On voyait à chaque instant, dit le prince de Joinville, les soldats jeter leurs armes et se tordre dans d'affreuses convulsions. Mon frère, qui commandait Farrière-garde, n'était occupé qu'à faire ramasser ces malheureux et à les faire attacher sur des cacolets. On les versait ensuite dans les voitures du convoi, déjà encombrées, où ils mouraient comme des mouches, et, sitôt morts, les occupants de chaque voiture réunissaient leurs efforts pour les jeter par-dessus bord. Chaque matin, au départ du convoi, c'était une ligne de cadavres qui marquait
la place occupée pendant la nuit par les voitures. » Le duc de Nemours, « admirable de sollicitude compatissante et d'activé fermeté^ », aidait lui-même à relever les malheureux qui tombaient au milieu des rangs. Et le prince de Joinville n'oublie qu'une chose, c'est de dire que lui-môme l'imitait. Cette charité des princes empêchait la peur d'affoler les esprits.
Heureusement les Arabes n'inquiétaient plus nos colonnes. Le retour à la côte s'opéra à travers un pays déjà pacifié, et sans qu'on eût à tirer un seul coup de fusil. L'armée fut dissoute, le lendemain de l'arrivée à Nechmeya, et le duc de Nemours, quittant son commandement, adressa à la brigade qu'il avait commandée l'ordre du jour suivant :
« Nechmeya, 2 novembre 1837.
« Au moment de quitter la première brigade, le maréchal (le camp éprouve le besoin d'exprimer aux troupes qui la composent combien il a été satisfait de leur conduite pendant la campagne. Vous aviez l'honneur de la France et de l'armée à soutenir; par votre patience dans les fatigues et les privations, par votre courage dans les combats, vous avez eu la gloire d'ajouter un beau fait d'armes à ceux qu'elle comptait déjà.
« Quant à moi, je suis heureux et fier de m'ôtre trouvé à votre tête dans une aussi belle campagne. Je ressens un vif regret d'être obligé de vous quitter aussitôt, mais je garderai toujours le souvenir des troupes qui ont composé la première brigade ; puissent-elles aussi se rappeler leur maréchal de camp.
Le maréchal de camp commandant la première brigade de Varmée,
« Louis d'Orléans. »