‹ Le duc de Nemours;Chapitre 27 sur 60 · Parents de la duchesse de Nemours · texte numérisé non relu

Parents de la duchesse de Nemours

Er.nestI"", duc régnant

de Saxe-Coboiirg

Fkruinand-Gkorges-Aikîustk Léopo général autiichieu roi des

LD I" Duchesse Belges DE Kent

KkNKST II Al.BKUT

marié à la

reine

Victoria

FeRIMNAM) AlOL'STE

épouse Marie épouse deHragance, Clémentine

devient roi d'Orléans de Portugal,

grand-père du roi actuel

Victoire Léopold duchesse colonel

de autrichien Nemours

Victoria

reine

d'Angleterre

LÉopoLb II C'« DE Flandre Charlottb

impératrice du Mexique

« Ce choix semblait désigné d'avance par le bonheur queTaînée des filles de Sa Majesté a trouvé dans son mariage avec un prince de la même maison, de cette maison illustre qui touche à tant de grandeurs par ses alliances et mérite tant de respects par ses vertus. La jeune princesse do Saxe, promise à M. le duc de Nemours, est distinguée par les qualités personnelles et par l'élévation de sentiments qui conviennent près du trône de France. Elle aura sa place naturelle auprès de cette famille auguste, si vraiment royale dans notre siècle, parce qu'elle réunit toutes les vertus privées à tous les sentiments nationaux. [Marques d'assentiment,)

« Le roi sait d'avance. Messieurs, avec quelle sympathie vous partagerez cette nouvelle satisfaction qu*il éprouve. Les fils qu'il a consacrés à la France pour la servir, sur nos flottes et dans nos armées, la servent aussi comme princes, comme soutiens et comme espérances de cette monarchie héréditaire et constitutionnelle que vous avez fondée pour garantir les droits et l'avenir de la patrie. Tout ce qui ajoute de nouveaux gages à cette grande institution est accueilli par vous. »

Le projet de loi, déposé à la suite de cette communication, stipulait une rente viagère de cinq cent mille francs pour le duc de Nemours, et un douaire de deux cent mille francs pour la princesse Victoire, si elle devenait veuve.

La Chambre nomme une commission pour examiner le projet, et le rapport est lu dans la séance du 15 février. Comme il s'agit d'une question politique, ou du moins considérée comme telle, et que la Chambre est très divisée, une certaine opposition se produit immédiatement ; l'impression du rapport est ordonnée, ainsi que la communication des pièces concernant le domaine privé du roi, puis la discussion est renvoyée au 20 février. Dans l'intervalle, les ennemis de la monarchie, ou simplement de Louis-Philippe, travaillent à organiser, parmi les députés,

la conspiration du silence, la leçon des rôis^ comme on le sait. Ils réussissent. Les orateurs déjà insç^ts renoncent à la parole au moment de la discussion. La presse, ou du moins une certaine presse, attaque vigoureusement, au contraire. Elle ne manque pas de rééditer les fadaises connues sur le prix que coûte la royauté, comme si le gouvernement le plus cher n'était pas celui de l'anonymat, dans lequel les traitements peuvent être systématiquement abaissés, mais où la multiplication de ceux qui les touchent, la dilapidation des deniers publics et la politique électorale grèvent plus lourdement un budget que ne le grèveraient, en pesant sur lui seul, toutes les listes civiles réunies des souverains de l'Europe.

Le jour de la discussion, un seul orateur, M. Couturier, parle contre la dotation. La discussion s'engage à côté, sur la vente faite au roi, par M. Laffite, de la forêt de Breteuil, en octobre 1830.

Un député, M. Taschereau, dépose sur le bureau une demande, signée de vingt membres, réclamant le scrutin secret sur la question de savoir si la Chambre entend passer à la discussion des articles. On demande l'appel nominal; le vote donne les résultats suivants : nombre des votants, quatre cent vingt-six; majorité absolue, deux cent quatorze ; pour le passage aux articles, deux cents ; contre, deux cent vingt-six. La Chambre n'adoptait pas le passage aux articles. Lorsque ce résultat fut proclamé, le Moniteur note : « Sensation prolongée. »

Une crise ministérielle est la moindre conséquence de cet échec du projet. Le plus grave, c'est qu'il y a un désaccord de plus entre la Chambre et le pouvoir exécutif; c'est que la sujétion de celui-ci apparaîta^ous, dans une question qui doit être réglée une fois pi toutes, et qui ne doit pas dépendre de la suite d'un règne,"^ mais de son début.

La Chambre se refusant à doter le duc de Nemours

et à constituer un douaire à la princesse, Tune et Tautre obligation tombaient à la charge du domaine privé de Louis-Philippe.

La reine, qui était à Bruxelles, fut amenée à correspondre à ce sujet avec Louis-Philippe, et la réponse que celui-ci lui adresse est doublement curieuse, et par le ton, et par les détails. Elle est datée du mardi gras, 3 mars 1840.

« Ma chère bonne amie, j'ai reçu au conseil ton petit mot par R..., qui m'a fait grand plaisir, quoique je désire bien vivement ton retour, mais avant tout ta santé^ et puis le mariage assuré,

« A présent, je prends ton gros paquet, et la lettre de Bussières sur TafiFaire du douaire et de la résidence royale. En vérité, vous avez tous la breltie, et vous oubliez ce que vous savez tous aussi bien que moi. Il est vraiment provoquant d'avoir à l'expliquer. Il faut d'abord dire à Bussières que je rejette toute augmentation du douaire, au delà de cinquante mille francs, comme stipulation du contrat ;.. . toute stipulation à cet égard est non seulement impossible, puisque la liste civile ne peut être ni obligée, ni saisie, mais elle serait illusoire, puisque tout est viager et qu'à ma mort tout tombe sous la main de l'État, tous les payements s'arrêtent, tous les revenus rentrent aux finances, rien n'est continué un seul jour...

« Ainsi, je n'ai plus à disposer de rien que sur le domaine privé, et là, d'abord, je ne trouve aucune résidence; il ne dépend pas plus de Chartres que de moi de rien stipuler pour les résidences royales, puisqu'il est sans aucun droit de succession ou d'hérédité domaniale.

« II. est donc clair que le douaire stipulé de la princesse ne peut être imputé que sur la portion de mon domaine privé afférente à Nemours. C'est sur cette base

que j'ai calculé. J*ai dû prévoir la possibilité d'une nombreuse famille, et j'ai trouvé qu'après ma mort et celle de ma sœur, qui permet que je compte mes enfants comme les siens, cinquante mille francs par an seront à peu près le huitième du revenu total... Il faut donc subir cette loi et s'en remettre à la Providence pour le reste...

« Je t'embrasse, ma bonne amie, et tous mes enfants ; et ne te presse pas de venir avant que rhume et affaires ne soient terminés. »

La reine était partie avec le duc d'Orléans, la princesse Clémentine et le duc de Nemours, le 25 février, pour Bruxelles, où leurs appartements avaient été préparés dans le palais du roi. Déjà la duchesse Victoire de Saxe- Cobourg se trouvait dans cette ville avec le duc régnant de Saxe-Cobourg et le prince héritier.

Les négociations relatives à la dot des époux se poursuivent au milieu des fêtes.

La jeune princesse avait fait sensation à Bruxelles, notamment dans un bal donné par le duc et la duchesse d'Arenberg; les journaux disaient :

« Chacun cherchait des yeux la jeune et belle princesse qu'attend une si brillante destinée... On ne se lassait pas de contempler sa taille noble et élégante et ses traits où respirent la douceur, l'amabihté et l'enjouement. M"' la princesse Victoire avait une robe de tulle blanc garnie de bouquets de roses. »

Le duc de Nemours et son frère avaient projeté de quitter Bruxelles le 2 mars, après le bal de la cour. Les instances de leur sœur les retiennent cependant quelques jours. D'ailleurs, le mariage est décidé.

La reine, dans une lettre à son mari, raconte le bal de la cour et fait allusion aux négociations, aux difficultés rencontrées, à la réduction de la dot primitivement promise à la princesse Victoire. Avec décision, elle écarte cet argument ; elle veut que Nemours épouse « cette bonne

et chère enfant». Il a dansé la deuxième contredanse avec la princesse Victoire, rapporte-t-elle.

« Et tout le reste du temps, lorsqu'elle ne dansait pas, il était derrière sa chaise à causer avec elle. Enfin les propositions rédigées par Conway partiront aujourd'hui. La dot est réduite à deux cent mille francs. N'importe, telle qu'elle est, il faut la prendre sans discuter. En outre, la princesse conservera tous ses droits à l'héritage de ses parents. Ils disent que sa part sera quarante mille livres de rente.

« Bussières*, Chartres et moi, nous te supplions qu'il ne s'élève aucune difficulté sur la proposition, qu'on fasse le contrat au plus vite, et pour en finir, si l'on veut le mariage. Si Victoire n'était pas si belle et si bonne, et si je ne sentais l'utilité du mariage pour Nemours, je ne sais ce que je te conseillerais; mais à présent, à tout prix, il faut en finir. Cette bonne et chère enfant sera un objet de douceur et de consolation pour nous. »

Quelques courts billets du duc de Nemours à sa fiancée permettent de voir avec quelle correction, un peu compassée, a débuté un amour qui devait devenir extrêmement profond et remplir toute la vie du prince.

Le premier billet est sans date :

« Princesse, je m'empresse de profiter de la permission que j'ai été heureux d'obtenir, pour exprimer à Votre Altesse les sentiments dont elle a bien voulu agréer l'hommage. »

Il lui annonce l'envoi prochain de notes « se rattachant au voyage qui vous* amènera au milieu de nous ».

Le 17 mars, en envoyant un nécessaire de broderie, il use de cette formule :

« Princesse, je vous prie d'agréer, toujours avec la

1. Le baron Edmond de Bussières, ministre de France à Dresde et négociateur du mariage.

même bonté, Thommagedes sentiments de reconnaissance, de dévouement et de profond respect

« Avec lesquels j'ai l'honneur d'être,

« Princesse,

« de Votre Altesse Sérénissime,

« le bien dévoué serviteur et cousin.

« Louis d'Orléans. »

Le 24 mars, il exprime ses remerciements pour le portrait que Winterhalter a rapporté de la princesse; il envoie à Bruxelles la partition des Huguenots et celle de la Sonnambula. Le 2 avril, il envoie un serre-papier; enfin, le 10 avril, son propre portrait :

« J'espère que vous voudrez bien, Princesse, accepter cet hommage de celui dont tous les efi'orts tendront à assurer votre bonheur, et que vous le garderez en souvenir de l'intention qui dicte cette ofi'rande. »

Le mariage fut fixé au lundi 27 avril.

Le 24, le duc Ferdinand de Saxe-Cobourg, son fils le pçince Auguste, avec la princesse Victoire, passent à huit heures du matin la frontière de France au hameau de Blanc-Misseron. Des troupes françaises forment la haie. M. de Saint- Aignan, préfet du Nord, le général Magnan, le général Durosnel, envoyé par le roi en qualité de chevalier d'honneur, reçoivent la princesse sous des tentes décorées de feuillages. Une heure après, la princesse Victoire fait son entrée à Valenciennes, escortée par la garde nationale achevai. Les édifices publics sont tendus de draperies et pavoises ; au centre de la place principale, une tente a été dressée. Trente jeunes filles habillées de blanc, « avec des écharpes bleu céleste en sautoir et des camélias blancs dans les cheveux», lui ofi'rent un cofi'ret en palissandre renfermant une pièce de batiste, des barbes et une gar-

niture de dentelle fabriquée dans le pays. A Cambrai, les jeunes filles offrent aussi une pièce de batiste et une robe de tulle brodé. Partout les populations se pressent sur le passage de la princesse, qui arrive au château de Compiëgne le jour même, à dix heures du soir. Les habitants ont spontanément illuminé toute la ville.

Le mariage est célébré le lendemain 27 avril, à neuf heures du soir, au palais de Saint-Cloud, en présence de tous les membres de la famille royale, à l'exception du duc d'Orléans et du duc d'Aumale, « absents pour le service du roi ».

Quelques promenades au château de Versailles et à Neuilly paraissent avoir été tout le voyage de noces des nouveaux époux. Le 30 avril, la famille royale était de retour aux Tuileries.

Une des personnes qui virent à ce moment la duchesse de Nemours a noté Timpression très vive que produisit Tapparition de la jeune femme dans les salons des Tuileries, le 1" mai.

« Quelques jours après ce mariage, il y eut aux Tuileries la réception du 1" mai, pour la fête du roi. J'y assistai. Ce fut ce soir-là, pour le plus grand nombre comme pour moi, la première apparition de la princesse. Son Altesse Royale accompagna notre auguste reine dans la longue et fatigante tournée des grands appartements, que faisait Sa Majesté les jours de réception, s'arrêtant devant chaque femme rangée, daignant adresser la parole à chacune.

(( La grande réputation de beauté de M"® la duchesse de Nemours avait précédé son arrivée en France ; cependant, contre l'ordinaire, les yeux furent encore surpris... Ce soir dul" mai, je m'en souviens. Son Altesse Royale portait une robe de tulle blanc semée d'argent, ornée, de chaque côté de la jupe, d'un montant de grosses roses avec leur feuillage, le cœur de chaque rose en émeraudes et diamants, des roses au corsage et à la coiffure, rehaus-

sée d'une couronne en émeraudes et diamants, le collier pareil. Cette toilette, à la fois magnifique et élégante, encadrait merveilleusement sa ravissante personnel »

Ce jugement est également celui que portera Cuvillier- Fleury. Une première fois, il écrit, le 10 mai 1840 :

« M™" la duchesse de Nemours est vraiment très jolie, mais elle manque un peu d'animation. » Mais, deux ans plus tard, racontant à sa femme qu'il a été lire une lettre à la duchesse de Nemours, il parle avec enthousiasme et sans restriction de cette « ravissante personne ».

Très peu de temps après leur mariage, le duc et la duchesse de Nemours accompagnent à Bruxelles la reine Marie- Amélie, appelée en Belgique par les couches de la reine des Belges, qui accouchait, le 7 juin 1840, d'une fille, la princesse Charlotte, celle qui devait être plus tard Timpératrice du Mexique. De là, vers le milieu de juillet, sur l'invitation de la reine Victoria, ils vont passer quinze jours en Angleterre. La reine a voulu que sa jeune cousine logeât au palais de Buckingham. Elle veut aussi que, par le nombre et l'éclat des fêtes, principalement des fêtes militaires données à Windsor, chacun connaisse, en France et ailleurs, l'amitié très vive qu'elle porte à ce jeune ménage princier. Ses attentions furent alors très remarquées'-'. Elles devaient se renouveler en une foule d'occasions, pendant toute la durée du long règne de la reine.

L'année suivante allait offrir au duc de Nemours l'occasion d'une nouvelle campagne et l'entraîner, pour la troisième fois, en Afrique.

Il était depuis quelques jours seulement de retour de

Page 1