‹ Le duc de Nemours;Chapitre 26 sur 60 · DE 1838 A · texte numérisé non relu

DE 1838 A

Pendant les six premiers mois de Tannée 1838, le duc de Nemours est constamment occupé, comme son frère le duc d'Orléans, à diriger des manœuvres, à passer des revues, à visiter des camps.

Au mois de juin, il part de Dieppe pour assister au couronnement de la reine Victoria. Le vent et la marée l'ont empêché d'aborder à Brighton; il débarque, à huit heures et demie du soir, à Shoreham ; à son arrivée, il est acclamé par la foule qui l'accompagne jusqu'à l'hôtel d'Albion.

Deux jours plus tard, le 22, il se rend à Londres à l'hôtel Grillion, avec le général Colbert, le général Boyer et une suite qui a pris place dans trois voitures à quatre chevaux. Reçu par le comte Sébastiani, ambassadeur de France, il se rend au palais de Buckingham, où il a une audience de la reine. Après le dîner chez l'ambassadeur, il assiste au concert de la reine.

Le 25, il reçoit, à l'hôtel Grillion, le corps diplomatique et les ambassadeurs extraordinaires venus pour le couronnement. Le 2 juillet, en uniforme de lieutenant général et portant la grand'croix de la Légion d'honneur, il assiste au bal donné dans le palais de Buckingham, et qui dépasse en splendeur toutes les fêtes que Londres a vues depuis George IV. Quand le bal est ouvert, à onze heures.

il figure dans le premier quadrille, donnant la main à la reine Victoria, tandis que le prince George de Cambridge donne la main à Son Altesse la princesse de Hohenlohe. Les jours suivants, de grandes réceptions ou des fêtes militaires sont organisées en son honneur.

Le maréchal Soult, ambassadeur extraordinaire, est, de son côté, acclamé par le peuple anglais et comblé d'égards par la cour d'Angleterre. Il suffît de parcourir les journaux de Tépoquo pour se rendre compte de la grande et utile impression produite chez nos voisins par le voyage du duc de Nemours et du maréchal. La jeunesse du premier lui permettait de véritables tours de force et d'endurance mondaine, et c'est ainsi qu'on le vit, le 11 juillet, après avoir quitté le bal de la comtesse de Cadogan à trois heures du matin, se rendre à son hôtel, changer de vêtements et repartir aussitôt en voiture à quatre chevaux pour New-Market, d'où il ne rentra que le soir à dix heures.

Le jeudi 19 juillet, il était de retour à Neuilly.

Quelques jours plus tard, il retournait dans une province qui le connaissait etTaimait, à Lunéville, pour prendre le commandement du camp de cavalerie. Une chaleureuse réception lui était faite par les autorités et les officiers, et la cour de Nancy envoyait une députation, composée du procureur général et de six conseillers, pour présenter ses hommages au prince et assurer, en sa personne, le roi des sentiments de reconnaissance et de dévouement de la cour.

Le dimanche 2 septembre, le duc de Nemours ofi*re un grand bal aux habitants de Lunéville. Deux mille personnes se pressent dans les salons du château. Le duc d'Aumale assiste à la fête. Les deux jeunes princes dansent jusqu'au matin, puis, en sortant du bal, ils montent à cheval, et le duc de Nemours va commander au champ de mars une division de cuirassiers. Les se-

maines suivantes sont remplies par la préparation de^ manœuvres et par les manœuvres qui ont lieu sur le plateau entre Varangéville et Haraucourt. A ce moment, on annonce l'arrivée du duc d'Orléans. Le duc de Nemours se porte au-devant de lui, le rencontre à Metz et l'amène à Lunéville, oii a lieu un carrousel dont il a préparé la surprise à son frère aîné. On a choisi, pour l'emplacement de la lice, la grande cour qui s'étend entre le pavillon du château et les jardins plantés par Léopold et par Stanislas, et qu'on nomme, à Lunéville, « les bosquets ». Les princes sont accueillis avec enthousiasme par la foule énorme qui s'y presse. Une lettre adressée au Moniteur^ après avoir raconté cette fête, ajoute :

(( Pendant les quatre jours de la présence de M^** le duc d'Orléans notre ville avait pris une singulière splendeur ; toutes les villes et les campagnes voisines y avaient versé leurs habitants. La population s'en trouvait doublée; les auberges ne pouvaient suffire aux étrangers, et presque tous les citoyens avaient des hôtes nombreux. Ainsi se sont succédé et entremêlés la réception du prince royal à la porte de la cité, sous un arc de triomphe de feuillage et au bruit du canon, le bal splendide que lui ont offert les généraux et les officiers du camp, les revues et les exercices militaires, le bal donné par la ville le dimanche, sous les arbres séculaires du bosquet, et cette magnifique illumination qui a été si admirée.

« Le prince, qui s'est montré vivement touché de tant d'empressement et d'hommages, nous en a bien récompensés par son accueil affable et ses bonnes grâces, par ses paroles si vives, si naturelles, et qui vont si bien au cœur. Aussi l'avons-nous accompagné de tous nos vœux lorsqu'il nous a quittés mercredi matin.

« M*''le duc de Nemours, que nous avons été si heureux de posséder près de deux mois et demi, va nous quitter aussi : le camp se dissout, et le prince part samedi... »

En revenant de Lniiéville et avant de regagner Paris, le duc de Nemours s'arrête à Nancy; il y passe en revue les deux régiments qui composent la garnison : 7" léger et 2* carabiniers. Au moment où le défilé allait commencer, le préfet de la Meurthe, le maire de Nancy, les adjoints, le colonel et plusieurs officiers de la garde nationale s'avancent sur le terrain de manœuvres pour complimenter le prince, et on voit avec émotion celui-ci remercier et entretenir ({uelque temps le général Drouot, un vétéran de TEmpire, qui s'est fait transporter jusquelà pour saluer aussi le fils du roi, coniinuatenr de rœuvre militaire qui ne doit pas s'interrompre et gardien du pays qui demeure.

Au commencement du mois de décembre 1838, les journaux parlent de la santé gravement compromise de la duchesse de Wurtemberg, qui est malade à Pise. Quelques jours plus tard, de très mauvaises nouvelles étant parvenues à la famille royale, le duc de Nemours quitte Paris le 15 décembre et arrive, le 22, près de sa sœur, qu'il trouve établie au palais du grand-duc. Sa première impression ne fut pas trop défavorable. Son affection voulut d'abord s'illusionner : il aimait tendrement sa sœur, nature enthousiaste et tendre, et elle était si jeune! Il eut un chagrin violent quand il s'aperçut, bien vite, hélas ! qu'elle était perdue, et quand les médecins, consultés par lui, déclarèrent qu'il ne fallait garder aucun espoir. Dans son affection même et dans son profond sentiment chrétien, il trouva le courage de prévenir sa sœur qu'elle allait mourir'.

Le duc de Nemours avait également prévenu son frère aîné, afin qu'il avertît la reine.

Le duc d'Orléans répondit le 6 janvier 1839. La prin-

1. EUe était accouchée le 30 juiUet, à Neuilly, d'un prince, le duc Philippe de Wurtemberg.

cesse était déjà morte. Mais il Tignorait et ne parlait que d'inquiétude. La lenteur des communications n'avait pas encore permis à la nouvelle de parvenir à Paris.

« Dimanche, 6 janvier 1839.

(( Mon bon, cher et excellent ami, quelle aflFreuse journée! Malade comme je suis de la secousse que j'ai reçue, je ne l'oublierai de ma vie! En dix minutes, recevoir la nouvelle de la glorieuse affaire du Mexique, et de la bonne et belle conduite de ce brave Joinville, et ta terrible lettre du l*"" janvier à dix heures trois quarts ! Juge de l'état de cette malheureuse reine! Chacun de nous en oubliait sa propre douleur pour ne songer qu'à la pauvre reine. Pour moi, qui étais condamné à lire ce terrible papier, j'ai été obligé de m'asseoir et je me suis presque trouvé mal. Mais qu'est-ce que cela auprès de ce que tu as dû souffrir, mon cher ami, et comme tu t'es admirablement conduit ! Comme nous en sommes tous émus et reconnaissants! J'espère du moins que, dans les déchirantes circonstances que tu auras traversées avant que cette lettre ne te parvienne, tu auras disposé de moi et de tout ce que je possède, comme de toi-même, pour ce que tu pourrais croire être le bien et le soulagement (le cette malheureuse Marie. Et Alexandre, et son pauvre fils ! Je me mettrais en morceaux pour eux ! Quelque sentiment de joie fraternelle et de fierté bien justifiée que me fasse éprouver la victoire du Mexique et la part glorieuse que Joinville y a prise, je n'ai pas la force de t'en parler. Je voudrais tout te dire et je ne puis rien t'exprimer. Adieu! où es-tu maintenant? que s'est-il passé? je n'ose ici me le demander ni presque le savoir.

'( Adieu, adieu, mon cœur est avec toi.

La jeune princesse était morte le 2 janvier à huit heures du soir. Dans ses lettres du 2 et du 3 janvier, adressées à son frère aine, le duc de Nemours fait le récit heure par heure, de la mort chrétienne de sa sœur. Il écrit le 2 janvier :

« Marie, remise de sa grande faiblesse du matin, a communié avec l'expression, le recueillement, la figure et surtout les yeux d*ime sainte. Rumigny * et autres, qui étaient entrés en ce moment dans la chambre, en ont été pénétrés. »

Le lendemain, il raconte :

« Au moment oii elle sentit qu'il n y avait plus de remède, elle s'écria :

« — Maman ! mes parents, mes frères, mes sœurs, M"'' Malet, mes amis!... Alexandre, fais-toi catholique, je te le demande... Mon Dieu! mon Dieu! pardonnezmoij j'ai bien péché ! Voyez le pouvoir de la religion... Voyez la force que cela donne!... Nemours, vois-le pour toi, profites-en, dis-le à Chartres... Dis-le-lui bien. Mon Dieu!... Nemours, dis à maman que je Taime bien, que je suis bien contente qu'elle ne voie pas cela... dis-le-lui bien. »

Puis elle revint sur les mêmes sujets, pria Alexandre de se faire catholique. Je m'écriai alors, involontairement :

« — Et le petit ? »

Elle reprit :

« — Le petit aussi; fais-le. Alexandre; fais-toi catholique, jure-le-moi, élève toujours ton fils dans cette religion. Toi et ton fils catholiques, jure-le-moi ? »

« Vers sept heures et demie, les souffrances augmentèrent, elle souffrait horriblement. Cependant elle se contint; elle fut jusqu'au bout admirable de courage, de

1. Le comte de Rumigny, ambassadeur du roi à la cour de Sardaigne.

force, de résignation, de véritable piété, de sainteté. Sa parole était inspirée, céleste. Elle a donné un bien grand exemple. Vers septheureset demie, quoiqu'elle souflFrît toujours beaucoup, elle a cherché à détacher la chaîne qu'elle portait au cou, en disant à Alexandre de la porter toujours. A huit heures cinq minutes la respiration a cessé... Ainsi s'est éteint cet ange qui nous a donné à tous un si grand exemple. Rien au monde ne pourra donner une idée de ce qu'était cette scène qui était une inspiration du Ciel. Je suis brisé. Malheureuse reine ! »

Cette malheureuse reine était aussi une chrétienne. A peine connut-elle .la mort de sa fille et le dévouement de son fils, qu'elle écrivait à celui-ci, le 8 janvier 1839 :

« Que Dieu te bénisse pour la tendresse et le soin que tu as eus pour le cher ange que nous pleurons, pour le courage que tu as eu de lui dire la vérité sur son état. Je sens tout ce que cela a dû te coûter; mais tu as rendu le plus grand service possible à ta pauvre sœur. Quelle belle mort! quelle consolation pour nos cœurs! quel exemple pour nous tous ! »

Le duc de Wurtemberg et son fils quittèrent Pise avant le duc de Nemours, qui demeura pour assister à la cérémonie religieuse à la cathédrale ; le corps de la princesse Marie traversa la France au milieu des témoignages du deuil public, et fut inhumé à Dreux le 27 janvier.

En apprenant la mort de la princesse, la Chambre avait suspendu la séance et s'était rendue près du roi. Celui-ci ne fut prévenu que quelques instants à l'avance. Toute la famille royale, entourant le roi, entra dans la salle du trône. Le président Dupin, saisi d'émotion, dit seulement :

« Sire, voici la Chambre. »

Le roi répondit quelques mots ; la reine pleurait.

La révolution, qui ne connaît pas la pitié et ne s'arrête que quand elle a peur, continuait d'exciter le peuple.

I4E DUC DE NEMOtJRS i1^

Le 12 mai, de nouveaux troubles éclatent dans Paris. Les émeutiers enlèvent les portes du Châtelet, de Tliôtel de ville, de la pointe Saint-Eustache ; ils élèvent des barricades dans les rues Saint-Denis, Saint-Martin, Montorgueil. On pille des boutiques d'armuriers; il y a des coups de fusil tirés dans les rues. Les désordres no cessent qu'à onze heures du soir. Dès le lendemain matin, trois des fils de Louis-Philippe, les ducs d'Orléans et de Nemours et le prince de Joinville, accompagnés des généraux Marbot, de Flahaut et Boyer, montent à cheval et parcourent, en passant en revue les troupes rencontrées au passage, la rue de Rivoli, la rue de Castiglione, la place Vendôme, la rue de la Paix, les boulevards jusqu'à la Bastille, et reviennent par les quais. Avant de rentrer aux Tuileries, ils vont visiter le colonel du 53* régiment de ligne, blessé la veille dans la rue Saint-Denis.

A la fin du mois, la nouvelle se répand que le duc de Nemours se rend en Afrique. On se demande pour quelle raison il y va, et on cherche le secret du voyage. Le prince ne se rendait pas en Afrique, mais il y avait bien un secret. Il allait en Portugal, afin de rencontrer la princesse Victoire, fille du prince Ferdinand de Saxe- Cobourg, qu'on disait charmante, et que phisieurs de ses parents, notamment la reine des Belges, voulaient lui faire épouser.

Le prince de Joinville devait accompagner son frère jusqu'à la Méditerranée et le quitter alors pour aller remplir les fonctions de chef d'état-major de l'amiral Lalande.

Les princes partent le 27 mai, sont le 29 à Lyon et descendent le Rhône jusqu'à Avignon. Le 30, ils se séparent à Nîmes. Le prince de Joinville prend le chemin de Toulon ; son frère se dirige vers Celte, s'embarque sur le Crocodile et, suivant les côtes d'Espagne, arrive

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le li juin à Cadix, et dix jours plus tard à Lisbonne. A son entrée dans le Tage, le navire de guerre français est salué par des salves d'artillerie, et le duc reçoit les compliments du duc de Terceira, accompagné d'un aide de camp, qui le conduisent au château de Belem où l'attend le roi Fernando. Ensemble ils vont saluer la reine au palais des Necessidades.

Le lendemain de son arrivée, il reçoit le ministre de France baron de Varennes, qui lui présente le corps diplomatique. Le 23, dans un grand dîner, au même palais, le duc de Nemours voit, pour la première fois, la princesse Victoire. Celle-ci était la troisième enfant du prince Ferdinand de Saxe-Cobourg, général autrichien et frère du duc régnant. Le frère aîné de la princesse avait épousé la reine de Portugal, dona Maria de Bragance, et était devenu roi du Portugal; — c'est le grandpère du roi actuel.

La reine Marie-Amélie désirait vivement le mariage du duc de Nemours avec la princesse Victoire. Dans une lettre adressée à Gibraltar et datée du 30 mai, elle fait prudemment allusion à Tentrevue qui se prépare :

« Je te dirai que pour le jeune homme auquel tu f intéresses,., il doit tout faire pour rencontrer la jeune personne, que ce sera une occasion unique et naturelle de la voir, et que le père même désire cette rencontre.,,, ia te prie de faire savoir au jeune homme d y réfléchir. »

Nouvelle allusion dans une lettre datée du 5 juin, et adressée à Cadix :

« Les hôtes du roi Léopold (le roi des Belges) sont partis dimanche dernier de Bruxelles pour Londres. Le prince n'est pas encore bien décidé s'il mènera sa fille à Lisbonne. »

Elle ajoute, quelques jours plus tard, dans une lettre ou elle annonce que le voyage est décidé :

« En attendant, elle a eu le plus grand succès à Londres,

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et j'ai vu une charmante lettre qu'elle a écrite à Louise. » De son côté, la reine des Belges, qui avait préparé le mariage de son frère avec la princesse Victoire, écrivait de Laeken une lettre où, prétendant ne pas vouloir faire réloge de la jeune princesse, elle ne fait cependant pas autre chose.

« Laeken, 6 juin 1839.

'< ^on cher ami, je n'ai rien de nouveau à te mander, et je ne pourrais que me répéter en te faisant à nouveau une description de Victoire. Tu la verras d'ailleurs, j'espère, bientôt, et j'aime mieux ne pas prévenir ton jugement.

« Je te dirai seulement qu'elle m'a fait une très favorable impression, et que, dans l'examen très sévère que je lui ai fait subir pendant le séjour qu'elle a fait près de nous, je n'ai rien remarqué que de satisfaisant. Elle me paraît avoir un bien aimable et charmant caractère ; elle est très vraie, très naturelle, très simple, sans exigences, sans prétention, sans affectation d'aucun genre, d'une humeur douce, égale, heureuse, enjouée.

« Je crois qu'elle a les qualités qui peuvent te rendre heureux et celles qui inspirent de l'attachement. Je me suis beaucoup attaché à elle pendant le peu de jours qu'elle a passés à Laeken, et je ne saurais te dire combien, sa première timidité une fois passée, elle a été simplement, naturellement attentive, aimable et affectueuse pour moi. Elle est très ignorante du monde, mais sans fausse honte et sans gaucherie. Je crois qu'elle se formerait vite. Elle a du tact, de l'intelligence et le désir de faire plaisir à ceux qu'elle aime. Son extérieur m'a beaucoup plu ; mais je ne voudrais pas que tu crusses, d'après ma description, à une trop grande beauté; ton attente pourrait être déçue. Il y a, dans toute sa personne, un grand charme de candeur, de fraîcheur et de jeunesse, mais elle est plus agréable que belle, elle n'a rien au premier abord de frap-

pant et d'éblouissant; plus on la voit, plus, ce me semble, elle plaît : ce qu'elle a de vraiment charmant, ce sont les yeux et surtout le regard. »

Le 7 juillet, le même navire de guerre qui avait amené à Lisbonne le duc de Nemours, le Crocodile, commandant Simon, portait le prince à i^ayonne. Le duc de Nemours se faisait débarquer dans sa région préférée. Il saisissait l'occasion de la revoir. 11 assiste, à Biarritz, à une partie de pelote, et revient lentement par ces belles conti;ées : Pau, la vallée d'Ossau, Bagnères-de-Luchon, Bagnèresde-Bigorre, Tarbes.

Il arrive à Paris à temps pour inaugurer, avec son frère aîné, le 4 août, le chemin de fer de Paris à Versailles. Puis il part pour commander le camp de Fontainebleau.

(( La droite du camp, disent les journaux, est près d'Arbonne; sa gauche est appuyée à Saint-Martin, où est le quartier général. Les régiments sont campés par bataillons sur une seule ligne.

« La bibliothèque du camp, composée d'ouvrages de choix pris au château de Fontainebleau, est placée sur la ligne des tentes des officiers supérieurs. Derrière le camp, à environ quatre-vingts mètres, se trouve la ligne des baraques en planches où sont établis des marchands, des cafés, dos restaurants particuliers à tout prix ; les voitures peuvent circuler en avant et en arrière de ces baraques. Enfin, le camp est adossé, dans toute sa longueur, à un })ois charmant que traverse, à une petite distance, un ruisseau pouvant au besoin donner de l'eau à la troupe. »

Chaque jour, le commandant du camp assiste à la njanœuvre. Chaque soir, il reçoit les généraux et les chefs des corps; tous les mercredis, il reçoit les officiers de tout grade. Il y a des fôtes aussi; on organise des chasses à courre ou à tir. La troupe des Variétés donne deux représentations par semaine au quartier général, et plus de huit cents personnes, officiers, sous-officiers et soldats,

sont invitées chaque fois par le duc de Nemours. Près du lieutenant général, on voit un jeune capitaine, déjà très populaire, hardi, charmant, plein d'esprit, un prince tout français. Le duc d'Aumale est capitaine au 4* régiment d'infanterie légère. Le soir même de son arrivée, le 8 septembre, il a donné un dîner, dans la salle commune, à tous les capitaines du régiment, au lieutenant, au souslieutenant et au sergent-major de sa compagnie. M. Cuvillier-Fleury, son ancien précepteur, y assiste ; au dessert, il porte un toast :

« Le duc d'Aumale, dit-il, complète au milieu de vous, dans cette austère école d'honneur, de modération, de patriotisme et de courage, l'éducation libérale et française à laquelle le roi m'a permis de présider douze ans, et pour laquelle un jour vos exemples auront plus fait que mes leçons. Je vous propose de boire à Tunion durable de Tarmée avec les intérêts et les sentiments du pays. »

Il y a au camp près de onze mille hommes. On se prépare avec entrain aux grandes revues finales. Le roi, la reine, avec les généraux Atthalin, de Laborde, le colonel Dumas, arrivent à Fontainebleau le 27 septembre. Le 29, qui est un dimanche, la revue des troupes est passée par le roi, qui peut féliciter vivement et justement le duc de Nemours, et qui préside le soir, au château, un dîner de cent cinquante couverts. Le 2 octobre, nouvelles manœuvres devant le roi, la reine, la duchesse d'Orléans, arrivée le 30 .septembre, et dont le mari vient de partir pour l'Afrique. Le 8 octobre enfin, plus de cinq cents officiers se rassemblent autour du duc de Nemours et lui font leurs adieux. Le prince leur adresse une allocution, commande une dernière fois les troupes qui défilent, et, le lendemain, le camp de Fontainebleau est levé. Le duc de Nemours y avait séjourné près de deux mois.

Le projet de mariage, ébauché Tannée précédente, allait aboutir. Au commencement do 18i0, il était com-

muniqué aux Chambres. Du même coup, la question de dotation allait être soulevée. Elle était délicate et n'était pas entière : on l'avait préjugée en 1831. La liste civile de Louis-Philippe, que le projet Laffitte fixait à dix-huit millions, avait été réduite, sous le ministère Casimir Perler, à douze millions. De plus, le principe de l'apanage avait été écarté, et les dotations éventuelles subordonnées à la condition que le domaine du roi ne suffît pas à doter les princes selon leur rang. N'était-ce pas la porte ouverte à toutes les insinuations et à des polémiques où la dignité de la couronne et celle de la Chambre se trouveraient ensemble compromises? On le vit de nouveau en 1840. La discussion commença le 25 janvier. M. Thiers, président du Conseil, s'exprima ainsi :

« Messieurs, nous venons, au nom du roi, vous communiquer un événement heureux pour la famille royale, et qui intéresse l'État. Un projet de mariage est arrêté entre Son Altesse Royale M. le duc de Nemours et Son Altesse M"*" la princesse Victoire-Auguste-Antoinette, fille de Son Altesse M. le duc Ferdinand-Georges-Auguste de Saxe- Cobourg-Gotha, sœur du roi de Portugal et nièce de Son Altesse Royale le duc régnant, de Sa Majesté le roi des Belges et de Son Altesse Royale M™^ la duchesse de Kent, mère de la reine d'Angleterre ^

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