‹ Le duc de Nemours;Chapitre 36 sur 60 · Cet homme était Polonais · texte numérisé non relu

Cet homme était Polonais

les casernes et dans les hôpitaux, la soupe était faite suivant rentière capacité des marmites, pour subvenir aux besoins des troupes de la banlieue. Le temps était très doux, avec du vent et des ondées.

« Pendant que Paris était ainsi le théâtre de graves désordres, qui tenaient tous les esprits dans une stupéfiante inquiétude, la Chambre des députés avait entendu la lecture d'une proposition signée de cinquante-deux députés pour mettre le ministère en accusation.

« L'opposition avait cru pouvoir, au moyen de ce ridicule expédient, sortir de Timpasse oîi elle s'était engagée avec une aussi coupable imprudence. Suivant le règlement, cette proposition fut renvoyée aux bureaux pour qu'ils examinassent si la lecture devait en être autorisée, et la Chambre reprit la discussion sur le projet de loi relatif à la banque de Bordeaux, que quelques orateurs défendirent et attaquèrent avec autant de sérieux que de persistance, au miheu de l'inattention et de la préoccupation générales. La Chambre des pairs tenait aussi une séance pendant ce même temps. Dans la soirée, plusieurs ministres, MM. Guizot, Duchâtel, Dumon, de Montebello, vinrent à l'état-major de la garde nationale, où le ministre de la Guerre, général Trézel, le général Sébastiani, commandant la V^ division militaire, et moi, étions en permanence, depuis l'appel des troupes. Le préfet de police, Gabriel Delessert, vint nous y rejoindre. Il confirma le fait du rétablissement momentané de la tranquillité. Questionné par nous sur la portée qu'il pouvait assigner à ces troubles, il ne se prononça pas. Les renseignements, nous dit-il, lui annonçaient que les comités des sociétés secrètes étaient réunis pour délibérer sur la question de savoir s'il fallait livrer ou non la bataille ; aucune décision n'était encore prise ; mais, comme il le craignait depuis longtemps, les dispositions de la classe ouvrière étaient extrêmement mauvaises.

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« On se sépara vers deux heures du matin, après avoir donné les ordres pour le lendemain. Déjà on avait mandé la garnison de Fontainebleau, composée d'un bataillon d'infanterie et du 11" dragons, ainsi que le ô'' lanciers en garnison à Rambouillet, et expédié Tordre à la 16* division militaire (Lille) d'envoyer plusieurs bataillons par le chemin de fer*.

« La brigade de cuirassiers de Versailles, le 3" dragons de Saint-Germain devaient se trouver à huit heures du matin aux Champs-Elysées. Les troupes déjà réunies dans Paris furent convoquées pour sept heures du matin, prêtes à marcher dans les quartiers; Tordre 'fut donné de rappeler deux bataillons par légion (sauf dans la 12% à cause des dispositions de la veille). La banlieue devait occuper les barrières. Chacun se retira, dans Tattente d\m conflit à coups de fusil pour le lendemain. »

« Mardi, 23 février.

« Le reste de la nuit avait été calme; mais, dès le matin, des symptômes de rassemblements ayant paru dans un grand nombre de quartiers, Tordre fut expédié avant huit heures aux troupes de venir occuper leurs positions. Les généraux Sébastiani et Jacqueminot vinrent, vers neuf heures, rendre compte au roi. Ils retournèrent ensuite à Tétat-major de la garde nationale, où je les suivis peu après. Cependant le rappel battait depuis sept heures du matin; les tambours n'étaient pas attaqués comme dans les précédentes émeutes, mais les gardes nationaux répondaient lentement et en fort petit nombre à cette convocation. Vers dix heures, environ cent cinquante cavaliers de la garde nationale à cheval se trou-

1. Ces troupes ne pouvaient arriver que le jeudi 24. Elles arrivèrent en effet, sauf celles de la 16* division, qui furent arrêtées avant Paris par la rupture des communications sur le chemin de fer du Nord.

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vaieiit réunis sur la place du Carrousel, animés du meilleur esprit, arrivant ainsi les premiers au poste où les appelait le devoir, auquel jusqu'au bout ils restèrent fidèles et qu'ils accomplirent avec courage et dévouement au delà des limites qui leur étaient rigoureusement imposées.

« Le comte de Montalivet, leur colonel, en digne chef d'un tel corps, monta à cheval, quoique goutteux, et partit à leur tète au milieu d'un grain affreux, pour parcourir les boulevards. Mais déjà la foule augmentait beaucoup, et les manifestations réformistes et antiministérielles continuaient. Un assez grand nombre de patrouilles de cavalerie avaient été envoyées dans diverses directions. La place des Victoires* se trouvant trop faiblement occupée à cause de la non-réunion de la garde nationale et en raison de la proximité de la Banque, le général Huguet y fut envoyé avec deux bataillons. Dans la vue d'avoir un officier commandant sur la rive gauche de la Seine, le général Renault (do bonne volonté) avait été désigné pour commander la zone de la place du Panthéon.

« Sur ces entrefaites, vers onze heures du matin, M. Pinel, secrétaire général de la Préfecture de police, vint dire que les chefs des sociétés secrètes étaient assemblés chez Flocon, rédacteur du journal la Béforme^ pour tenir conseil sur les événements. Je proposai de les faire arrêter.

« M. Pinel, s'appuyant de Tavis du préfet de police, insista pour que cette arrestation n'eût pas lieu, tant qu'ils n'auraient commis aucun acte passible de condamnation. Tant de fois, en effet, de pareilles arrestations n'avaient abouti qu'à une déception pour le gouvernement. Mais le temps marchait, et avec lui l'émeute augmentait d'intensité et gagnait du terrain.

« Des barricades s'élevaient sur un grand nombre de points. Ces barricades étaient défendues, et les insurgés

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