La Presse, 21 février
courtisans une étiquette incompatible avec les mœurs plus que républicaines d aujourd'hui ? A-t-on le droit, parce Ton porte fort bien Tuniforme, d'imposer à des invités pacifiques une sévérité de costume, une solennité de parures dont les habitudes laborieuses et bourgeoises font un ridicule douloureux ? »
M. Legouvé a laissé, dans Soixante ans de souvenirs^ une esquisse de Tun de ces bals. Il raconte que son drame en cinq actes et en vers, intitulé Giierrerooii la trahison^ n'eut, au Théâtre-Français, en 1844, qu'un médiocre » succès. « La pièce me fit honneur, dit-il, mais ne fit pas d'argent. Elle me valut pourtant une faveur précieuse : Tamitié de Scribe, qui voulut assister à la répétition et qui resta très partisan de Touvrage ; puis deux distinctions : d'abord la croix, et ensuite une invitation de bal. A ce moment, le duc de Nemours donnait, au pavillon de Marsan, des bals très brillants. Les invitations étaient fort recherchées; on n'y était admis qu'en habit à la française, culotte de Casimir blanc, bas de soie blancs, et l'épée au côté. On me fit dire du château que le prince avait été frappé de mon drame, et qu'il m'adresserait volontiers une invitation s'il était sûr que j 'accepterais. J'acceptai. Dès que l'huissier annonça mon nom, le duc vint à moi, ce qui ne laissa pas de me troubler un peu : je n'avais jamais parlé à un prince du sang; mais mon embarras dispanit bientôt quand je vis le sien. La timidité est une grâce chez les personnes de haut rang, quand elle est accompagnée de courtoisie et de bienveillance ; telle était celle du duc de Nemours. Les paroles ne lui venaient pas facilement, mais sa physionomie et ses gestes disaient si aimablement ce que sa bouche ne disait pas, qu'au bout de quelques instants nous causions comme deux jeunes gens du même âge. Ce qui me gênait davantage, c'étaient mes jambes. En 1845, les mollets ne figuraient pas dans le monde. Mes diables de bas de soie blancs me troublaient
beaucoup. Il me semblait que j'étais décolleté par en bas. Puis Tamour-propre s'en mêlait; tout le monde me regardait aux jambes. On avait peur des observations moqueuses. Heureusement les jeunes princes vinrent à notre secours. Ils étaient tous quatre pleins d'élégance et de grâce, mais leurs tibias s'allongeaient en fuseaux si minces et si grêles, qu'on eut dit qu'ils les avaient commandés exprès pour nous mettre à notre aise... Vers onze heures, le roi vint. Lui seul portait un pantalon. Il se mit à regarder les groupes de danseurs, son chapeau posé sur son abdomen comme sur une petite proéminence, dans une attitude de bonhomie railleuse, jetant de côté et d'autre un œil si malin, si gai, si gouailleur que je devinai ce que M. Thiers m'a confirmé depuis. Le roi Louis-Philip[e, me disait-il, était le conteur le plus spirituel, et le plus grand moqueur de tout son royaume. »
Au-dessus des salons où l'on danse et où l'on fait de la musique, habite à présent la duchesse d'Orléans, et le contraste est frappant entre son deuil et les fêtes qui se donnent sous ses pieds. Elle-même le remarque et le dira dans une lettre du 24 novembre 1845 :
« La vie parisienne a repris son cours. Les bals, les concerts, les représentations dramatiques se succèdent aux Tuileries. Quant à moi, je vis tranquille dans ma cellule, et, quand j'entends la musique au-dessous de moi, chez Nemours, je sens qu'au milieu de ma douleur et de ma solitude Dieu m'a donné la bonne part, et que, séparée de celui que je pleure amèrement, je vis plus avec lui dans la communauté de la prière et de l'esprit que si nous étions tous deux dans le tourbillon du monde.
« Ce sont d'heureux moments dans lesquels j'éprouve la paix du ciel, mais ils ne durent pas, et l'amertume de la vie vient toujours m'y arracher. »
La « fonction » ne pouvait laisser plus longtemps à Paris le fils aîné du roi. Peu de temps après avoir pré-
sidé un banquet que lui offrait le commerce de Paris, dans la grande salle de la Bourse, le duc de Nemours reçoit le duc Decazes, les délégués du conseil municipal de Bordeaux, et leur promet de s'arrêter dans leur ville, au cours d'un voyage qu'il doit entreprendre dans le midi.
En attendant, il part pour T Angleterre, chargé d'une mission diplomatique auprès de la reine Victoria, qui Ta invité, ainsi que la duchesse de Nemours, à passer une quinzaine de jours au palais de Buckingham. Le ministère est un peu inquiet, et l'on pourrait dire politiquement jaloux. La reine Victoria est venue à Eu ; elle a reçu, à l'automne de 1844-, le roi Louis-Philippe qui est allé, en Angleterre, la remercier et affirmer de nouveau l'entente cordiale avec le Royaume-Uni. Et voici que l'on apprend que la reine a le projet de faire visite au roi de Prusse. Comment cet acte sera-t-il interprété ? L'opinion, si nerveuse en ces temps lointains, ne va-t-elle pas croire, ne va-t-on pas dire, en tous cas, que l'amitié de l'Angleterre s'est déjà détournée de la France? Il faudrait prévenir le mauvais eget que la nouvelle va produire. Et le moyen, n'est-ce pas d'obtenir que la reine d'Anffleterre promette de faire une nouvelle visite au roi des Français?
Telle est la négociation délicate dont le duc do Nemours est chargé, et dont on peut suivre les débuts, les reculs, les progrès, jusqu'au dénouement, dans les lettres quotidiennes que le prince adresse à la reine Marie- Amélie.
« Buckingham Palace, 6 juin 1S45.
« Chère Majesté,
« La reine ne m'a pas, jusqu'à présent, ouvert la bouche sur ses voyages en projet. J'ai saisi Toccasion où elle me parlait de sa maison de campagne de l'île de Wight, pour lui rappeler la facilité des visites à faire,
par elle ou par le roi, dans les châteaux placés au bord de la mer ; je suis parti de là pour lui rappeler, conformément aux instructions du roi, tout le plaisir que le roi avait eu de la visite reçue par lui à Eu, et faite par lui à Windsor. J'ai répété à la reine combien le roi désirait qu'il pût y avoir une entrevue annuelle entre lui et la reine, en appuyant cela de toutes les considérations que le roi m'avait développées ; j'ai parlé du désir que le roi aurait de venir ici avec vous et ma tante, lorsque la reine l'aurait mise en mesure de lui rendre une autre visite. A tout cela, phrases polies, sourires gracieux, paraphrases de ce que je venais de dire, mais aucune parole qui pût engager, laisser entrevoir une époque ou indiquer un pro-^ jet... Il me paraît y avoir un parti pris d'éviter la conversation sur le sujet des voyages, afin de conserver une entière liberté d'action pour le voyage de cette année, ou pour tous autres. Je continuerai toutefois à chercher une occasion de pousser sur ce sujet la conversation plus à fond, et je ne quitterai pas Londres sans avoir communiqué, à la reine ou à Albert, ce que le roi désire que je leur fasse connaître à cet égard. Je suis, du reste, complètement confirmé, par ce que je vois, dans l'opinion que la reine est parfaitement décidée à faire le voyage d'Allemagne sans celui de France...
« Tel est, chère Majesté, l'état peu satisfaisant de la mission dont je suis chargé, et que je vous prie de faire connaître au roi... »
« Buckingham Palace, 7 juin 1845.
« Deux mots seulement, chère Majesté, pour vous donner des nouvelles du bal. Je n'ai jamais vu plus belle fête, ni qui eût plus grand air, ni surtout qui fût aussi comme il faut... Victoire était charmante; son costume et sa coiff'ure lui allaient à ravir... M"* de Finguerlin
portait aussi à merveille le sien... Aucune tenue ne ressemblait à ces deux-là, et cela avait un cachet français admirable ^ »
« Buckingham Palace, 8 juin.
« Chère Majesté,
« Je continue à vous adresser mes dépêches diplomatiques pour que vous ayez la bonté de les mettre sous les yeux du roi... Hier, pendant le dîner, la reine m'a annoncé son projet de voyage à Cobourg. Je lui ai aussitôt demandé si elle ne passerait pas par la France, en allant ou en revenant. » (Suit le récit du dialogue qui continue entre le duc de Nemours proposant une visite k Paris, puis à Compiègne, puis à Eu, et la reine, qui n'entend faire qu'un « voyage de famille » à Cobourg.) « Comme la reine allait encore dire non à cette proposition, j'ai cru devoir couper court en lui disant : « Ne prenez au moins pas d'enga- « gement négatif, sur un voyage qu'on peut toujours exé- « cuter au dernier moment. »
Le prince expose ensuite à la reine, sans plus de succès apparent, « l'utilité politique » d'une nouvelle visite en France, les dispositions favorables de l'opinion publique, la susceptibilité de cette opinion, le grand intérêt qu'il y aurait, pour les deux peuples, à « adoucir le frottement sur tant de points de contact ».
« Windsor, H juin.
« Chère Majesté,
« J'ai à vous signaler une nouvelle phase de la négociation... Hier, Albert m'a abordé en me disant que la reine lui avait parlé du désir du roi de lavoir cette année,
1. Bal en costume Louis XV, donné par la reine d'Angleterre à Buckingham Palace, le 6 juin 1845. Le duc de Nemours y portait un costume reproduisant l'uniforme de colonel du régiment d'infanterie française « Colonel général » sous Louis XV. « Je n'ai porté, dit-il, avec mon costume, ni cocarde ni décoration. Les princes anglais portaient Tordre de la Jarretière. »
et que tous deux ils regrettaient bien que cela ne fût pas possible, « non pour aucun motif politique », mais « par manque de temps ». (Le prince Albert, au cours de la conversation, rejette toute idée de visite à Paris ou à Compiègne, et laisse entendre qu'il serait moins difficile de faire une seconde visite à Eu. « C'est précisément, réplique le duc de Nemours, une des propositions que j'ai faites, une simple visite d'amitié, dépourvue de tout caractère officiel et n'entraînant pas des charges trop considérables. » Ce dernier argument, habilement indiqué, ne manque pas de produire son eff'et et détruit Tune au moins des raisons qui faisaient écarter une seconde visite en France aussi rapprochée de la première.) « A peine assis, au dîner, la reine m'a dit qu'Albert lui avait rendu compte de notre conversation, et j'ai aussitôt parlé du bonheur qu'aurait le roi, si la reine me chargeait de lui porter quelques paroles contenant l'espoir d'une visite à Eu et quelque indication sur l'époque probable où elle pourrait avoir lieu. » La reine répond simplement que ce ne pouvait être qu'avant son voyage en Allemagne.
« Windsor, 13 juin.
« Hier, la reine m'a abordé en me disant : ^( Je me suis « trompée en vous parlant du mois d'août pour notre visite « à Eu. Si nous la faisons, ce ne pourra être qu'au mois (( de septembre. » Cela se passait encore dans le parc. » (Deux conditions étaient demandées : que le roi gardât tout à fait secrète la nouvelle de ce projet, et que la réception eût lieu avec le moins de cérémonie possible, « pour conserver le caractère de ce que, d'après les paroles du roi, j'ai qualifié de Friendkj call, qualification qui a été adoptée par eux... ») « L'ensemble du dialogue m'a paru impliquer une intention véritable de réaliser le projet mentionné. La reine n'a pas manqué, pendant cet entre-
tien et plus tard, de parler plusieurs fois du grand plaisir qu'elle avait eu à voir le roi, soit à Eu, soit à Windsor, et elle Ta fait avec la plus grande amabilité. »
La cause était gagnée. La visite de la reine et du prince Albert eut lieu, en effet, au commencement de septembre 1845.
Quelques semaines après son retour d'Angleterre, le duc de Nemours partait avec la duchesse de Nemours, par le chemin de fer d'Orléans, pour le voyage annoncé dans le midi.
Chacun de ces voyages offi(îiels, en Bretagne, dans le sud-est, dans le midi, ou ailleurs, était très soigneusement préparé et longtemps à l'avance. Chaque ministère, — Intérieur, Finances, Guerre, Commerce, — faisait prendre les renseignements les plus circonstanciés sur les fonctionnaires, le maire, le conseil -municipal, le clergé des communes que Ton devait traverser; sur les garnisons des villes et les états de service des officiers que les princes pourraient rencontrer ; sur les forteresses, les monuments, les hospices, les ressources du pays, et même les demandes probables qui seraient adressées aux princes.
On a conservé le livre, — car c'en est un, — admirablement calligraphié, oii se trouvent résumés les renseignements recueillis pour le voyage de 1845 dans le midi.
Voici, par exemple, les notes concernant un officier général :
« Le maréchal de camp Simon Lorie, commandant le département des Hautes-Pyrénées, à Tarbes, âgé de soixante ans.
« Entré au service dans la marine en 1802, a servi ensuite comme soldat et sous-officier dans l'infanterie, à Texpédition de Saint-Domingue. Attaché à l'état-major de M. le maréchal Girardon, 1814 et 1815. Nommé colonel le 5 avril 1814, deux jours après la déchéance de lempereur ; la confirmation de ce grade fut refusée sous la
RestauratioD, malgré ses instantes réclamations; il a été rappelé à l'activité comme colonel en août 1830, et, par décision royale du 3 avril 1831, a été reconnu dans ce grade à dater du 5 avril 1814.
(( M. Simon Lorie a commandé, comme colonel, la place de Nantes et le département de la Loire-Inférieure, de 1831 à 1837.
(( Réformé sans traitement pour opinion politique en 1820. Maréchal de camp du 11 novembre 1837. Commande le département des Hautes-Pyrénées depuis le 4 avril 18i2; a fait dix campagnes; officier de la Légion d'honneur le d6 mai 1834. »
Les détails ne sont pas moins minutieux sur les maires des moindres villages. Ainsi, le prince est prévenu qu'il rencontrera sur sa route, dans le département de la Creuse, les deux villages suivants : Azeralles et le relais des Gentes : « La commune d'Azeralles fait la limite de Tlndre et de la Creuse. Le maire est un jeune homme peu instruit et qui laissera à son sous-préfet l'honneur de haranguer Leurs Altesses Royales.
« Le maire de la Souterraine, en tête du conseil municipal, attendra, à l'arc de triomphe que la ville fait élever, Leurs Altesses Royales, qu'il complimentera. C'est un homme modeste, de mœurs simples, dévoué au roi et à son auguste dynastie ; il ne manquera pas de glisser dans son discours quelques paroles en faveur de son église, le seul monument historique que possède la Creuse. »
Pour Guéret, les notes portent sur : le conseil municipal ; le président des assises; le président du tribunal; le ministère public : « D'une capacité très ordinaire, ce magistrat (procureur du roi) a conservé, pour les traditions de l'empire, des souvenirs qu'il ne déguise peut-être pas assez; les deux substituts très dévoués et très capables »; la garde nationale ; le coUège de Guéret ; le curé, « qui, par sa tolérance en matière religieuse et son attachement
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à nos institutions, a su se concilier Testime et Taffection de tous ses paroissiens », etc.
L'itinéraire du voyage est ainsi fixe officiellement : Vierzon par Orléans ; Châteauroux par Issoudun ; Guéret par Argenton; Saint-Léonard par Bourgaueuf ; Limoges; Uzerche; Tulle par Pompadour; Périgueux par Brives; Libourne; Bordeaux, séjour du 5 au 13 aofit; Mont-de- Marsan parBazas; Bayonne parDax; Saint- Jean-Pied-de- Port par Hasparrent et Saint-Palais ; Pau par Mauléon et Oloron; Tarbes; excursions dans les montagnes du 25 août au 3 septembre ; à cette date, départ de Bagnères-de- Bigorre pour Bordeaux.
Ce qui n'était pas dit dans cet itinéraire officiel, c'était que les princes avaient le projet, très arrêté, et môme concerté, de franchir la frontière et de passer en Espagne où leur séjour ne devait pas être sans influence sur ce qu'on a appelé « la question des mariages espagnols ».
Le mode de locomotion adopté fut le chemin de fer jusqu'à Orléans. A partir de cette ville, les princes voyagent dans une berline attelée de quatre chevaux de poste, et précédée, à quelque distance, par un piqueur en livrée. A la suite de la berline, viennent deux voitures de poste, où prennent place la dame d'honneur, le général aide de camp, les officiers d'ordonnance, le secrétaire des commandements et le contrôleur de la maison du prince ; enfin, un énorme fourgon, également à quatre chevaux, suivait avec les domestiques et les bagages.
Le voyage se poursuit heureusement. Quelques épisodes, d'un pittoresque rural plus ou moins ingénu, interrompent la série des réceptions dans les villes. Quelquesunes de celles-ci sont cependant très brillantes, comme celle qui fut faite aux princes à Bordeaux, le 5 août. Le duc d'Aumale a rejoint son frère et sa belle-sœur. Les deux princes font leur entrée à cheval, la duchesse de
Nemours en voiture ; une foule immense acclame les princes. A la tète du grand pont de Bordeaux, ils sont harangués par M. Dufour-Dubergier ; puis les réceptions ont lieu à Thôtel de ville, où on a préparé de magnifiques appartements. Le maire dit au duc de Nemours :
« Honneur à vous, prince, que la Providence a placé sur les marches du trône et qu'elle a doué d'un jugement si précoce et si sûr, pour diriger les pas du royal enfant destiné à régner un jour sur nous. »
Quelques jours après, on fait visiter au duc de Nemours la Teste et le bassin d'Arcachon. En ce temps lointain, il n y avait aucune villa sur les bords du bassin, ni aucune habitation de plaisance. On ny trouvait qu'une petite chapelle dédiée à la vierge, dans la forêt. Le duc et la duchesse de Nemours s'y rendent en pèlerinage. Plus de cent cinquante embarcations, toutes chargées de monde, se pressaient autour de celle qui portait les princes. Quand la flottille toucha la rive, la duchesse de Nemours, qui descendit la première, posa le pied sur un tapis que les bûcherons avaient composé avec des fleurs d'immortelles, des feuilles de chênes et d'arbousiers.
Le 3 septembre, au matin, par Biarritz et Saint-Jeande-Luz, le duc et la duchesse de Nemours et le duc d'Aumale gagnent enfin la frontière espagnole. Ils la franchissent à une heure de l'après-midi, et entrent à Irun, où ils sont reçus par le duc de San Carlos, grandchambellan de la reine Isabelle; M. de Arena, introducteur des ambassadeurs ; le comte Bresson-, ambassadeur de France; le lieutenant général Zancs del Valle, envoyé extraordinaire de la reine, et qui est venu jusqu'à Bayonne au-devant d'eux.
Le 3 au soir, après avoir été partout fêtés sur leur passage, les princes sont à ïolosa, où les autorités civiles et militaires de la province leur font une fort belle réception. Il y a (( danses nationales et mythologiques » sur
un théâtre élevé en plein air et un splendide repas offert par la province.
Le 4 septembre^ dans Taprès-midi, entrée à Pampelune. La reine Isabelle avait envoyé au-devant de ses Ilotes le capitaine général, avec une escorte de cavalerie et deux voitures. C'est une fête comme on n'en voit que dans ces pays méridionaux, où le public n'est pas seulement spectateur, mais acteur, dans les fêtes. Rien n y manque : ni canon delà citadelle, ni carillon des églises, ni coups de pistolet, ni boîtes à mitrailles, ni arrêt du cortège sous la porte Taconrieras, avec compliments de Ualcade et première aubade des fifres ot des tambourins. Quand les voitures de gala s'ébranlent, c'est toute la ville qui s'avance avec elles jusqu'à la place du palais royal. Toutes les maisons sont pavoisées. Au moment où les princes descendent de voiture, les musiques de plusieurs régiments jouent: Vive Henri IV! « La reine Isabelle s'est avancée vers M. le duc de Nemours, vers M""*" la duchesse de Nemours et vers M. le duc d'Aumale, qui l'ont embrassée successivement avec effusion, ainsi que la reine mère et l'infante. »
Les princçs se rendent ensuite à leur hôtel, dont la garde est confiée au régiment des mineurs ; ils y reçoivent la visite des princesses espagnoles, qu'ils reconduisent jusqu'à leur voiture : « M. le duc de Nemours tenant la reine par la main ; M. le duc d'Aumale, la reine mère et l'infante. » Le soir, la reine Isabelle donne un dîner de cinquante couverts, après lequel « une quarantaine déjeunes gens et de jeunes filles d'Aoïez de cette province, vêtues en robe blanche avec transparent rouge au bas, ont exécuté, sous les fenêtres de la reine, une comparse à l'instar de celle que dansaient autrefois les jeunes gens d'Aoïez qui conduisaient à Pampelune leurs dulcinées. Ces danses consistent en diverses scènes et figures; tantôt ce sont des sauts sous des arceaux de verdure, et une montagne
formée par la troupe des danseurs qui montent l'un sur l'autre ; tantôt ce sont des poses gracieuses et pleines de souplesse. La musique de rigueur se compose du fifre et du tambourin. »
Le lendemain, il y a corrida de toros et feu d'artifice.
Le 6, les douze mille hommes de troupes réunis dans cette ville, dont la garnison normale n'est que de trois mille, sont passés en revue sur les glacis extérieurs. Lorsque les princes français ont parcouru les lignes, ils se placent près de la porte de France, sur la route de Tolosa, en haut des glacis, et la petite armée, commandée par le général Pavia, défile devant eux.
En souvenir de son séjour à Pampelune, la reine Isabelle voulut remettre aux ducs de Nemours et d'Aumale deux épées et deux sabres; les poignées des épées étaient d'or massif, et les armes de France et d'Espagne étaient gravées sur les lames.
C'était peut-être là une allusion à de prochains événements. Car, l'année suivante, et malgré Topposition très vive de l'Angleterre, qui avait un « candidat », la jeune reine Isabelle épousait un Bourbon d'Espagne, son cousin, don François d'Assise, et sa sœur, l'infante Louisa Fernanda, épousait le duc de Montpensier.
Le 23 septembre, le duc et la duchesse de Nemours sont rentrés à Eu. Pendant leur absence, la famille royale y a reçu, de la reine Victoria, cette seconde visite qu'ils avaient préparée; et, à cette occasion, on a inauguré la galerie Victoria, où se trouvaient rassemblés les tableaux représentant le voyage de la reine à Eu, en 1843, et le voyage de Louis-Philippe à Windsor, en 1844^
A la fin de l'amiée 1845, se place une anecdote tout
1. Cette galerie se composait de trente tableaux de Allaux, Winterhalter, Gosse, Dauzat, Isabey, Bellangé, etc. Ces tableaux sont aujourd'hui à Belmont-House, près de Londres, propriété de M«' le duc d'Alencon.
intime et ignorée, et qui montre bien la bonté véritable de Louis-Philippe. Un message du roi ayant été mal compris par le duc de Nemours, celui-ci s'était mis à table avant son père. Louis-Philippe survient, s'irrite de ce qu'il croit ôtre un manque d'égards de son fils, et reprend celuici tout haut et très vivement. Mais h peine est-il sorti de la salle à manger qu'il regrette la scène qu'il vient de faire et la peine qu'il a causée au duc de Nemours, et il écrit aussitôt cette lettre touchante dont l'enveloppe porte, avec le monogramme du roi, cette suscription : « A mon bien-aimé fils, le duc de Nemours, aux Tuileries, pressée. »
« Sur la table de la bibliothèque de Saint-Gloud, mardi 25 septembre 1845.
« Mon bien cher ami, et bien bon enfant, je suis désolé que tout le monde ait entendu l'accès d'impatience que j'ai éprouvé en te trouvant à table, et j'étais pressé de te le témoigner, et de te témoigner à toi, mon bon et fidèle fils, combien j'apprécie non seulement tes sentiments, mais toute ta manière d'être avec moi. Je voulais t'embrasser et te le dire en sortant de table, mais je t'ai manqué. Je le fais par écrit et en toute hâte, et avec un vif regret de ne l'avoir pas fait devant ceux qui avaient entendu ce que je voudrais qu'ils eussent ignoré. Je t'embrasse dumeilleur de mon çœur^ »
Dans l'hiver de 1846,1e 16 février, un troisième enfant naît au duc de Nemours, la princesse Marguerite- Adélaïde-Marie. La duchesse de Nemours se remet rapide-
1. Cette lettre dut être prise avec beaucoup d'autres papiers en 1848, lors du pillage des Tuileries. Elle tomba par hasard entre les mains de Jules Janin. Celui-ci, deux ans plus tard, la restitua au duc de Nemours et lui écrivit à cette occasion : « 11 septembre 1850. — Monseigneur, je dépose humblement aux mains de Votre Altesse Royale cette lettre précieuse que j'ai gardée trop longtemps et que j'aurais voulu ne vous rendre qu'à mon dernier jour... »
ment, et, quelques semaines plus tard, elle accompagnait Louis-Philippe dans cette excursion en forêt qui faillit coûter la vie au roi. Le 16 avril, en effet, le roi, qui était à Fontainebleau et avait été faire une promenade dans la forêt, rentrait dans la ville avec la reine. M"" d'Orléans, la duchesse de Nemours, le prince et la princesse de Salerne et le comte de Montalivet, lorsqu'un ancien garde de la forêt, congédié, tira sur la voiture. Les franges du char à bancs furent coupées par les balles, mais personne ne fut atteint. L'assassin se nommait Lecomte. M. Imbert de Saint-Amand raconte ainsi l'attentat :
^ Derrière un mur du parc réservé se trouvait un homme en blouse, la tête à demi cachée dans un mouchoir et tenant en main un fusil. Le fusil, doublement chargé, était braqué à une hauteur calculée sur le chapiteau du mur. Quand le char à bancs passa, l'individu tira sur Louis-Philippe. Le coup partit à douze pas de distance, et la charge, composée dé deux balles de calibre, alla se perdre dans les franges du char à bancs, au-dessus de la tête du roi. La bourre de l'arme tomba sur les genoux de la reine ; un second coup partit et n'atteignit personne. Le roi, sans sourciller, dit :
« Ce n'est rien, c'est la fin de la chasse K »
Ce fut une des plus dangereuses des tentatives d'assassinat auxquelles échappa Louis-Philippe.
Le soir, la ville fut illuminée; le lendemain, les députés des deux Chambres se rendirent en masse auprès du roi, de la reine, des princes et princesses de la famille royale, réunis dans la salle du trône, et le président delà Chambre des députés, M. Sauzet, put dire :
(( Toutes les opinions, tous les rangs se pressent à l'envi, pour saluer votre miraculeuse conservation. . . Dieu a étendu visiblement sa main sur votre personne... »
1. MaHe-Amélie et V apogée du règne de Louis-Philippe^ p. 205-206.
El le roi repondait :
« J'aiiïie à espérer, avec vous, que la divine Providence contiûifera à veiller sur nous. »
Le prioce Albert, mari de la reine Victoria, écrivait le 19 ^vnl'.de Windsor Castle :
• « Mon cher Nemours, il faut que je vous écrive pour vous témoigner toute Thorreur que nous ressentons pour Taffreux événement qui vient de se passera Fontainebleau. La main du Seigneur a encore veillé sur le cher roi d'une manière bien remarquable ; mais, malgré la reconnaissance que vous devez éprouver, un événement semblable laisse toujours un sentiment désagréable que je puis aisément comprendre, et duquel je vous plains tous. Nous avions espéré que l'époque de ces attentats était passée pour toujours, et voilà que ce cas se produit encore.
« Je n'ose, en ce moment, vous entretenir de nos affaires, aussi je vous dis adieu. Dites mille choses de ma part à Victoire, qui a dû être bien effrayée aussi.
« Je suis, comme toujours, votre dévoué cousin et
ami.
« Albert. »
On ne peut s'empêcher de se rappeler ces lignes de Victor Hugo au sujet de Louis-Phihppe, dans les Misérables : « Simple, calme et fort, ayant toutes les formes de Tintrépidité personnelle, tâté huit fois parle régicide, et toujours souriant ; brave comme un grenadier, courageux comme un penseur ; déguisant sa volonté en influence, afin d'être obéi plutôt comme intelligence que comme roi. »
L'attentat n'a pas réussi, pas plus que les autres. Mais l'idée qui arme ces misérables ne réussit que trop dans le pays et né subit pas d'arrêt. Elle se répand, elle emportera cette monarchie à la fondation de laquelle elle
n'a pas été étrangère et qui la gêne à présent; elle s'appelle Tesprit de révolte K
En attendant, l'industrie se développe merveilleusement, la mécanique progresse, les intérêts matériels sont florissants.
A quelques jours de distance, — 7 et 14 juin, — le duc de Nemours inaugure la ligne du chemin de fer de Paris à Sceaux et le chemin de fer du Nord (ligne de Lille à Bruxelles) . Le duc de Montpensier a accompagné son frère à Lille. A six heures et demie, sous une tente « de rétendue de la place Vendôme, divisée en trois parties par deux rangées de vingt colonnes, dix-sept cents convives sont réunis ». Le président de la Compagnie M. de Rothschild porte le toast au roi :
« Les vœux que nous ne cessons de faire pour le roi empruntent aux circonstances qui nous réunissent un caractère plus vif, plus solennel, au moment de Fouverture de cette grande voie de communication qui va resserrer les liens de la France, de la Belgique, deTAUemagne, de r Angleterre, et assurer l'échange mutuel de leurs pensées et des produits de leur sol.
« On se sent pénétré d'un profond sentiment de reconnaissance et d'admiration pour le génie de ce roi qui a conduit la France vers la conquête féconde et durable de l'industrie et de la paix.
« La France, toujours passionnée pour des idées généreuses, la France, qui aime les grandes entreprises, a suivi avec enthousiasme la haute impulsion qui lui était donnée.
« Que la Providence veille sur les jours précieux du roi ; qu'elle le conserve longtemps au milieu de son auguste famille pour la gloire et le bonheur du peuple français ;
1. Le prince de JoinviUe a dit de la monarchie de JuiUet : «Née d'une émeute, une émeute la renversait. »
qu'elle veille sur cette noble reine, modèle de toutes les vertus ; qu'elle protège ces princes qui viennent glorifier, par leur auguste présence, les solennités industrielles et populaires, de même que, dans toutes circonstances, ils ont signalé leur bravoure et leur dévouement à la patrie.
« Au roi !
« A la reine !
« Aux princes ! »
Le duc de Nemours, en répondant à ce toast, termine ainsi :
« Ce présent qui me charme, cet avenir qui me sourit viennent me dicter. Messieurs, le toast le plus digne de vous être proposé et d'être offert à nos hùtes : à cette ville qui est à la fois un des boulevards et des ornements de la France [Mouvement (T enthousiasme prolongé^ dit le Moniteur) ; à cette ville qui a su s'associer à tous les triomphes de la paix, comme à tous les triomphes de la guerre ; à la ville de Lille et au chemin de fer désormais uni à ses heureuses destinées ! »
De Lille, les princes se rendent à Bruxelles, où a lieu l'inauguration de la partie belge de cette même ligne de chemin de fer. Puis, le duc et la duchesse de Nemours, emmenant avec eux leurs enfants, comte d'Eu, duc d'Alençon, princesse Marguerite, vont passer les mois de juillet et d'août dans ces Pyrénées qu'ils affectionnent. De Luz où la famille est installée, le duc de Nemours se rend presque chaque jour aux eaux de Barèges ; il fait de grandes courses à cheval, ou des ascensions qui ravissent en lui l'homme d'action et le peintre. Il chasse Tours à Cauterets; il fait l'ascension du pic de Viscos le 27 juillet, couche à Gavarnie le 28, tue un isard le lendemainà la brèche de Roland, y dort dans un sac, et, à l'aube, le 30, entreprend d'escalader le mont Perdu. Un peu plus tard, c'est le mont Vierge, c'est le pic du Cylindre, c'est le Vignemale qu'il escaladera, et ce seront là de viriles
préparations aux manœuvres qu'il ira, en septembre, commander à Luné ville.
Au début de 1847, le 11 janvier, il assiste, avec ses frères, à Touverture de la session des Chambres, et le Journal des Débats peut noter : « Jamais peut-être, depuis la révolution de Juillet, le roi n'avait été, dans des temps ordinaires, l'objet d'une démonstration plus expressive. C'est que jamais la majorité qui soutient le trône, et qui veut franchement la dynastie, n'avait paru plus ferme et plus unanime. »
On écrivait cela, on le croyait, on venait de le noter, et il n'y avait que « ferme » qui fût de trop.
A l'automne, une dernière fois, le duc de Nemours prend le commandement du camp de Compiègne, où il dirige les manœuvres, avec ce goût et cette science des choses militaires qu'il a déjà montrés si souvent. On le voit à cheval pendant sept ou huit heures chaque jour. Comme d'ordinaire encore, le roi vient avec la famille royale présider les fêtes et passer les revues qui terminent cette période d'instruction et d'entraînement des troupes. Le 27 septembre, le duc de Nemours fait ses adieux aux officiers. 11 ne se doute pas que ce sont des adieux définitifs qu'il prononce. Il se sépare en même temps de son frère le duc d'Aumale, qui vient d'être nommé gouverneur général de l'Algérie. Le jeune gouverneur projette de donnera Alger des fêtes splendides. L'armée, la population indigène et française lui font un accueil enthousiaste quand il arrive, le 5 octobre, sur le Labrador.
L'entrée à Alger est triomphale. Moins de trois mois plus tard, le duc d'Aumale devait recevoir la soumission d'Abd-el-Kader, et clore ainsi une période de l'histoire d'Algérie (23 décembre) ^
1. A peine le prince avait il pris possession de son gouvernement qu'il apprenait la mort de son second fils, le duc de Guise, né à Saint-
L'absence du duc d'Aumale, celle du prince de Joinville, qui avait quitté Paris le 7 octobre 1847 pour faire une croisière dans la Méditerranée, diminueront la force de conseil et d'action de la Tamille royale, au moment tout prochain des journées de février. Et le duc d'Orléans n'est plus là, lui qui avait pour principe, en cas d'émeute, « d'aller droit sur elle ».
Le 28 décembre, le roi préside encore à l'ouverture des Chambres. Le duc de Nemours est à sa droite, ainsi que le duc de Montpensier ; le prince de Joinville est à gauche.
« Le roi Louis-Philippe ignorait encore la reddition d'Abd-el-Kader quand, le mardi 28 décembre, il ouvrit la dernière session de son règne. Il fut précédé de quelques instants, au Palais-Bourbon, par la reine, le comte de Paris, les duchesses d'Orléans, de Nemours, de Montpensier, le duc Auguste de Saxe-Cobourg-Gotha et la duchesse (princesse Clémentine d'Orléans). Quand Marie-Amélie apparut, tenant à la main le comte de Paris, toute l'assemblée se leva, et des acclamations chaleureuses retentirent. »
Le roi porte l'uniforme de la garde nationale, il monte les degrés de l'estrade. Toute l'assemblée est debout, et les cris de : « Vive le roi ! » retentissent de toutes parts. Le souverain, après avoir salué l'assemblée, dit aux pairs et aux députés de s'asseoir. Puis, assis lui-même et le chapeau sur la tête, il prononce son discours :
« Plus j'avance dans la vie, dit-il, plus je consacre au service de la France tout ce que Dieu m'a donné et me conserve encore de forces... Maintenons fermement, selon la charte, l'ordre social et toutes ses conditions, etc. »
L'adresse en réponse, lue aux Tuileries, quelques jours
Cloud, le 11 septembre 1841, et que le duc de Nemours avait tenu sur les fonts baptismaux aux lieu et place du prince de Salerne.
plus tard, par M. Sauzet, président de la Chambre, parlait de la monarchie de Juillet comme d'un édifice « chaque jour plus affermi » ; il demandait au roi de compter sur l'appui de là Chambre ; il assurait que les « passions ennemies » et les « entraînements aveugles » tomberaient bientôt « devant la raison publique éclairée par nos libres discussions, par la manifestation de toutes les opinions légitimes » ; il affirmait, comme une chose de foi, que, « dans une monarchie constitutionnelle, l'union des grands pouvoirs de l'État surmonte tous les obstacles ».
Les mots ne trompaient pas les témoins avisés. Et la reine, six mois plus tôt, avait écrit au duc de Nemours, alors aux eaux de Barèges :
« Je ne te parle pas de politique, j'en ai l'horreur et je voudrais pouvoir boucher mes yeux et mes oreilles, pour» ne pas voir et entendre tant de choses qui répugnent à mes sentiments et aux principes dans lesquels j'ai été élevée. »
La monarchie de Juillet allait être renversée. Le rôle du duc de Nemours dans les journées de février 1848 a été raconté par lui-même, avec une précision de mémoire, une dignité, une pénétration politique qui font trop d'honneur au prince pour que nous ne citions pas de larges extraits de cet important document jusqu'à présent inédit. Il est bien tel que l'a dit M. Thureau-Dangin, quand il résume ainsi son jugement sur le duc de Nemours :
« Loyal, courageux, admirablement désintéressé, ce prince devait se montrer, dans les journées tragiques, plus que jamais digne du bel éloge que faisait de lui le duc d'Orléans : « Mon frère, c'est le devoir personnifié. »
« Mais d'une timidité fière et triste, se sachant peu populaire auprès du public qui le connaissait mal..., ayant plus de réflexion que d'initiative..., plus habitué par son père à obéir qu'à commander,... il était homme à faire
modestement tout son devoir, en s'efFaçant autant que possible, non à se mettre en avant pour suppléer à l'insuffisance des autres, ni à s'emparer spontanément d'un rôle qui ne serait pas strictement le sien. »
Oui, assurément, la conduite du prince, pendant ces jours d'émeute, fut courageuse, et, pas un moment, sa maîtrise de soi ni son dévouement ne faiblirent. Il n'est pas douteux qu'il ait fait tout ce qu'il crut devoir et pouvoir faire. Mais on peut regretter Fillusion qui fut la sienne, et cette hésitation à prendre un commandement qu'à défaut des hommes les événements lui offraient. C'est un fait remarquable, émouvant, mais non pas admirable, que trois fois en moins de cinquante ans la monarchie a refusé de se défendre contre ses ennemis de l'intérieur, et que Louis XVI, Charles X et Louis-Philippe ont laissé, sans résistance sérieuse, abattre le trône à l'ombre duquel s'abritait pourtant et voulait vivre le meilleur du peuple de France.
Quelques jours avant cette révolution, le 31 décembre 1847, mourait Madame Adélaïde, sœur du roi et son premier conseiller.