‹ Le duc de Nemours;Chapitre 42 sur 60 · be D'" de Mussy est mort en · texte numérisé non relu

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boitait beaucoup, ayant eu, dans sa première jeunesse, une jambe brisée par un biscaien, àTrafalgar. Passé ensuite de la marine dans Tarmée de terre, il avait fait les guerres de TEmpire. Aide de camp du maréchal Davout pendant la campagne de Russie, laissé pour mort un jour dansla neige, il n'avait dû son salut qu'à la couleur de sa pelisse d'aide de camp, qui fut remarquée par un camarade ; il en avait été quitte pour le nez gelé. Parmi les intimes, figuraient encore les familles du comte de Montalivet, ancien ministre et ancien intendant de la liste civile de Louis-Philippe ; du marquis d'Harcourt ; du général baron de Berthois, ancien aide de camp du roi; du comte d'Haussonville ; de M. Edouard Bocher. Et Ton ne saurait énumérer, à côté de ces noms, tous les autres visiteurs ou amis qui passaient : diplomates, hommes politiques, littérateurs, comme MM. Guizot, Thiers, de Rémusat, le duc de Broglie, le prince Albert de Broglie, Sylvain Dumon, Hébert, le marquis de Lasteyrie, Montalembert, le comte.de Pontois, le marquis de Rumigny, Estancelin, le baron Fain dont le père avait été secrétaire du Premier Consul, Scribe, le général Trézel, etc.

Les jeunes princes, en grandissant, écoutaient avidement la conversation de tous ces hommes qui avaient servi la France et qui l'honoraient par leurs talents.

La France! Elle était le thème journalier, la préoccupation constante de la colonie de Claremont. Apprendre la France à ces jeunes intelligences, à ces jeunes cœurs qui se formaient loin d'elle, était le souci quotidien, le but de nombreux efforts et de nombreux dévouements. Le duc de Nemours interrogeait fréquemment ses fils sur l'histoire et la géographie de leur pays. Il fallait posséder imperturbablement la liste des chefs-lieux et des souspréfectures, énoncer rapidement une date célèbre, raconter un fait saillant de l'histoire, expliquer.la généalogie de la maison royale de France. Il n'était pas jusqu'au

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plan de Paris, la ville lointaine et chère, dont il fallût rendre compte.

Le soir, après le dîner, au salon, quand la reine et les princesses faisaient de la tapisserie ou de la broderie autour d'une des tables, que les personnes de la suite lisaient les journaux dans une autre partie du salon, la reine faisait placer, sur la table qui réunissait les enfants, des ouvrages illustrés tirés de sa bibliothèque, et qui parlaient encore de la France. Paysages, monuments, portraits de grands hommes, scènes historiques, hauts faits mihtaires ou maritimes, défilaient ainsi devant ces petits exilés, éclairaient, développaient, vivifiaient en eux les enseignements de la journée, et, avidement contemplés, laissaient d'inefi'açables traces.

L'influence de la reine Marie-Amélie se faisait partout sentir. Fils, belles-filles, petits-enfants, personnes de Tentourage, serviteurs, étaient lobjet de sa sollicitude. Elle régnait encore sur un nombre de Français infiniment restreint, mais de la même manière qu'aux Tuileries. Son maintien était à lui seul un exemple et une leçon. Dignité, qui n'exclut pas la grâce, suprême distinction, affabilité parfaite, bonté, autorité naturelle, tout cela désignait la reine. Un seul mot dit par elle, d'un ton sérieux et ferme, à un enfant, était de plus d'effet que les réprimandes ou les punitions infligées par d'autres. Elle était pieuse aimablement. Tel vieux général des campagnes d'Afrique est doucement ramené par elle à la pratique religieuse, et vient en pleurant s'approcher de la sainte table, dans la chapelle de Claremont. Quand ses petits-enfants grandissent, elle choisit une heure libre pour les appeler chez elle et, là, ils entendent des paroles, des conseils, des récits qu'ils n'oublieront jamais. Ceux qui l'ont vue communier, prier, ou qui l'ont seulement entendue parler d^ quelque sujet grave, en ont gardé une impression reli\ gieuse. Ils parlaient tous de « la sainte reine ». ^'j

Chaque année, elle faisait prêcher deux retraites, d'une semaine chacune, par des prêtres français tels que le P. Gratry, le P. Gonin,'le P. Hermann, le P. Reculou, et en dernier lieu le P. Didon, tout jeune alors. L'une de ces retraites avait lieu avant Pâques, l'autre avant Noël. Marie-Amélie assistait aux vêpres dans la chapelle catholique de Kingston, située à quelque distance de Claremont et isolée au milieu d'un jardin. Elle se plaçait dans là tribune de droite, qui est de plain-pied avec le chœur. Cette chapelle de Kingston peut être appelée la chapelle des mariages et des premières communions^, tandis que celle de Weybridge est la chapelle funèbre de l'exil.

Le duc de Nemours avait une vie très occupée, lisait beaucoup, entretenait une correspondance considérable. Il était levé de bonne heure et voyait ses enfants le matin, au moment où, descendant de leur salle d'étude, ils venaient, vers sept heures trois quarts, prendre un premier déjeuner chez leur mère; il donnait ensuite des ordres concernant la maison de la reine : les généraux de service lui en soumettaient certains détails. Alors avait lieu la promenade des enfants dont nous avons parlé.

Au retour, il se rendait chez la reine, qui avait entendu la messe à huit heures, lui apportait le journal anglais du matin, généralement le Times^ résumait pour elle les nouvelles importantes ou lui en faisait la lecture. Pendant les vacances, ses enfants l'accompagnaient dans cette visite matinale. C'est ainsi qu'un jour de septembre 1855 ils purent entendre l'exclamation de joie et de fierté de la reine, quand celle-ci apprit que nos troupes avaient pris d'assaut la tour Malakoff , et que le coup décisif porto àSébastopol l'avait été par l'armée française, et non par les alliés de la France. A midi le duc de Nemours prési-

1. Le duc de Chartres s'y est marié en 1863, le comte de Paris en 1864 ; le duc d'Alençon et la duchesse de Chartres y avaient fait leur première communion en 1856.

(lait le déjeuner, en face de la reine. Quand ses fils ne montaient pas à cheval, il laissait à leur mère la joie de promener elle-même ses trois ♦enfants dans les belles allées du parc. II fallait être rentré à deux heures pour Tétude. A quatre heures, une courte récréation réunissait les enfants près de leur mère. Le duc de Nemours y faisait une apparition. Le dîner était à sept heures. Tous les enfants y assistaient et n y parlaient guère qu'à demivoix. Ils écoutaient la conversation, recueillaient les anecdotes sur le passé, les appréciations sur les nouvelles du jour, sur les questions politiques, et s'égayaient aux spirituelles saillies du prince de Joinville, ou, le dimanche, aux récits du duc d'Aumale.

Celui-ci habitait Twickenham, comme nous Tavons dit. Il venait à Claremont, avec sa famille, pour la messe du dimanche qui avait lieu à onze heures. Son mail anglais à quatre chevaux, qu'il menait lui-même, amenait la duchesse d'Aumale, le prince de Condé, et, plus tard, le petit duc de Guise, né en 1854, la mère de la duchesse d'Aumale, la princesse de Salerne \ la dame de la duchesse d'Aumale, comtesse de Coëffier, et quelque ami venu de France. Le prince restait pour déjeuner, passait l'aprèsmidi, dînait à Claremont et repartait après le dîner-.

Claremont fut toujours une colonie toute française en terre anglaise. Sauf le personnel de service anglais attaché au château lui-même, on peut dire que tout y était français. Ce fut aussi, jusqu'en 1858, une colonie fermée. Les rapports avec le dehors étaient rares. La vie y était

i. Née. archiduchesse d'Autriche, fille de l'empereur François, sœur de rimpératrice Marie-Louise.

2. En d857, la comtesse de Coëffier amena ses deux nièces, M'^" de Cllnchamp. L'une entra en religion et est aujourd'hui ursuline; l'autre resta près de sa tante et la remplaça quand la santé de celle-ci eut faibli; elle resta successivement prés de la duchesse d'Aumale, puis de la princesse de Salerne, et enfin du duc d'Aumale. Elle habite aujourd'hui aux environs de Chantilly.

sévèrement ordonnée, et pour cause. Le duc de Nemours n'y prétendait à aucun luxe princier. Dans le début, il faisait ses courses en fiacre, quelquefois seulement en voiture de remise. Pour ne pas trop dépenser à l'hôtel, pendant ses séjours à Londres, la reine avait loué un pied-à-terre très modeste dans Northumberland Street, et c'est là, par exemple, que descendirent, un soir de 1855, le duc et la duchesse de Nemours et leurs enfants, le duc et la duchesse d'Aumale et leur fils le prince de Condé, pour assister à une représentation des Horaces et voir jouer Kachel. C'est seulement à la fin de cette année 1853 que la reine remit à son fils aîné une somme qu'elle avait mise de côté, afin qu'il pfit acheter une voiture.

Beaucoup plus tard, quand les jeunes princes commencèrent à entrer dans l'adolescence, quand le comte de Paris et- le duc de Chartres — en 1858 — s'établirent à Claremont après la mort de leur mère, la pensée vint de prendre part aux chasses à courre du voisinage. Ce sport est très populaire en Angleterre. C'était, pour les jeunes princes, un complément d'éducation. On chassa tantôt avec l'équipage de cerf du comté de Surrey(5î^rm/ stag hoiinds), tantôt avec un petit équipage de lièvre, qu'avaient monté à Claremont le prince de Joinville et le duc de Nemours, auquel s'associa bientôt le duc d'Aumale. Les chasses des chiens de lièvres de Claremont (C/aré^mo/i/ harriers) rendirent vite les princes populaires dans tous les environs. La campagne anglaise ne présente pas de forets, comme celle de la France, mais des bois de peu d'étendue et surtout des prés et des champs séparés par des haies, des fossés, des barrières. Cette campagne ainsi coupée d'obstacles, fait de Ll chasse à courre anglaise, — notamment quand un cerf, pris dans un parc et lâché devant les chiens, vous la fait parcourir au grand galop, en ligne droite, pendant plusieurs heures, — un mâle exercice, qui ne va pas sans quelques risques, et qui exige de

Tadresse et de la hardiesse. Les chutes et les accidents y sont" fréquents. Plus d'un sportsman anglais y a laissé sa vie. Il exige de bons cavaliers et d'excellents chevaux. Un dicton anglais, semi-sérieux, semi-plaisant, le qualifie : « Le sport des rois, le roi des sports, la vraie image de la guerre avec tout son excitement et cinq pour cent seulement de ses dangers. » Les jours de chasse, la tendresse de la reine s'alarmait, et pas toujours à tort. Le comte de Paris s'y cassa une jambe, le duc de Nemours un poignet. Le prince de Joinville, dont le cheval fit panache à une barre fixe, tomba sur la tête et échappa de surprenante façon aux conséquences de ce grave accident.

Mais, dans les premières années de rexil,la vie àClaremont fut plus sévère, plus monotone, plus fermée. Le duc de Nemours, étant Thomme très maître de soi que nous avons dit, l'acceptait aisément. Des pensées supérieures le dirigeaient et l'occupaient, et notamment celle de ses responsabilités politiques, comme aîné de la famille et conseiller de la reine.

Il n'est pas étonnant qu'un prince de cette droiture, et si naturellement porté au respect de tout principe d'autorité, ait été, dès le début de l'exil, un des partisans les plus déterminés et les plus agissants de la « fusion ». On a dit, non sans raison, que le duc de Nemours était, en politique, légitimiste. Lui-même se disait tel volontiers. Il l'était par sentiment et par raison, par la connaissance qu'il avait du droit monarchique et par la haute estime que lui inspiraient les qualités du comte de Chambord. Cette tendance d'esprit vers la réunion des deux branches de sa famille, cette idée légitimiste s'alliait, chez lui, à un très grand respect envers son père, le roi Louis-Philippe, et à la volonté très ferme d'agir d'accord avec les princes ses frères, autant qu'il lui serait possible de le faire. En de très rares circonstances, il se sépara d'eux. Mais ce furent plutôt des nuances que des différences

d'attitude. 11 ne faudrait pas croire, d'ailleurs, que le sentiment du duc de Nemours ne fût point partage dans sa famille. La reine Marie-Amélie disait vers la fin de sa vie, au duc d'Alençon : « Mon enfant, j*ai occupé deux situations, la première et la seconde; crois-moi, il n'y en a qu'une de bonne : la seconde. » Elle avait dit plus tôt, et quelques années seulement après la révolution de 1848, à son fils le duc de Nemours, pendant un séjour qu'elle faisait au bord de la mer à Saint-Leonard's on sea *:

« Souviens-toi que je veux qu'on écrive sur mon tombeau : Ci-gît Marie-Amélie de Bourbon, duchesse d'Orléans. — Mais, chère Majesté, vous ne pouvez pas effacer l'histoire ! »

La reine, levant les bras au ciel, avait répondu : « Hélas ! pour mon malheur, reine des Français. » Plusieurs années auparavant, et pendant qu'elle était sur le trône, n'avait-elle pas déjà dit plusieurs fois, en parlant de la couronne qu'elle portait : « C'est une couronne d'épines. » Cela ne l'empêchait pas d'aimer tendrement et d'admirer son mari. Elle savait sans doute mieux que personne que, s'il avait pu prévoir la chute de Charles X, il n'y avait pas aidé.

Il n'est donc pas étonnant qu'au point de vue de l'attitude à garder, des paroles à prononcer, des principes politiques eux-mêmes, il y eut, malgré l'affection qui les unissait, une divergence assez fréquente, et qui fut quelquefois assez profonde, entre le duc de Nemours et sa belle-sœur la duchesse d'Orléans. Le prince de Joinville, le duc d'Aumale, penseront souvent comme leur frère aîné, chacun avec la nuance de son tempérament propre. Tous s'efforceront de préparer cette fusion qui doit donner une si grande force à la politique monarchique. La duchesse d'Orléans refusera de les suivre et croira en cela sauvegarder les droits de son fils. Elle se considère, sans le dire, comme une véritable régente; elle croit

que son fils le comte de Paris est le représentant d'une sorte de compromis entre Tidée de monarchie et celle de révolution. Elle ne cherche pas à faire ou à faciliter la fusion avec la branche aînée ; elle se considérerait plutôt comme une antagoniste nécessaire de la légitimité. Elle est aussi tenace dans ses idées que pouvait Tètre le comte de Chambord sur la question du drapeau. Elle est fortifiée dans son erreur maternelle et dans ses illusions par certains orléanistes, qui avaient pris la part la plus active à la révolution de 1830, peut-être par des personnes de sou entourage intime. Son opposition contribuera à Téchec de la fusion, car ses beaux-frères, notamment le duc de Nemours, voulant toujours éviter un éclat public, et éviter une rupture avec les hommes du parti libéral, n'oseront, ne pourront jamais s'en rapporter aveuglément à M. le comte de Chambord, qui, de son côté, se tiendra sur une telle réserve que toute discussion sera impossible avec lui. Il n'est peut-être pas téméraire de définir de la façon suivante l'attitude des principaux représentants du parti monarchique : 1° intransigeance complète de la duchesse d'Orléans, attachée au principe révolutionnaire de la monarchie de Juillet; 2° refus opiniâtre du comte de Chambord d'examiner, avec les princes, comment la monarchie légitime pourrait se concilier un parti qui était une force, le prince se réservant toujours de trouver, lui seul, les moyens qui pourraient faire accepter par tous une restauration ; 3° désir certain de la reine et du duc de Nemours d'arriver à une entente par l'abandon, des deux côtés, de certaines idées, en vue d'établir en France une monarchie tempérée.

Le récit des négociations, dont nous parlerons dans un chapitre spécial, l'attestera hautement : la fusion des deux branches de la maison de Bourbon fut le but principal des eff*orts du duc de Nemours pendant Texil. Celui-ci ne tarda pas à être aggravé par la spoliation.

prédite dès le commencement de la République et ordonnée par l'Empire naissant.

« Tous les projets de confiscation, dit M. Imbert de Saint-Amand, avaient été repoussés par les membres du gouvernement provisoire et par leurs successeurs. La liquidation de la liste civile s'était opérée dans les conditions les plus honnêtes et les plus régulières. M. Jules Favre avait en vain demandé que les biens composant le domaine privé du roi Louis-Philippe fissent retour à l'État. L'Assemblée constituante, par un décret du 25 octobre 1848, avait ordonné la restitution à la famille de toutes ses propriétés mobilières ou immobilières. Les arrérages du douaire de la duchesse d'Orléans lui avaient été exactement payés. Enfin, un administrateur d'une haute intelligence et d'un dévouement absolu, M. Edouard Bocher, avait aidé la famille royale à reconstituer sa fortune.

« Quand le prince Louis-Napoléon nomma, après le coup d'État, un ministère dans lequel figuraient plusieurs orléanistes, les exilés de Claremont ne se doutaient pas de la mesure qui les menaçait. 11 est juste, d'ailleurs, d'ajouter qu'elle fut adoptée contrairement à l'opinion de la plupart des ministres et entraîna la démission de quatre d'entre eux : MM. de Morny, Achille Fould, Rouher et Magne. »

Les deux décrets du 22 janvier 1852, causes de ces démissions, parurent dans le Moniteiir du 23. Le premier portait :

« Les membres de la famille d'Orléans, leurs époux, épouses et leurs descendants ne pourront posséder aucuns meubles ou immeubles en France... »

L'article 2 déclarait que la vente des biens serait effectuée « dans le délai d'un an ».

Le second décret ordonnait que les biens meubles et immeubles, qui avaient été l'objet de la donation faite

le 7 août 1830, par Louis-Philippe, à ses enfants, seraient « restitués à TÉtat ». Il était précédé de considérants que riiistorien que nous venons de citer résume ainsi : <( D'après l'ancien droit public de la France, maintenu par le décret du 21 septembre 1790 et par la loi du

8 novembre 1814, tous les biens qui appartenaient aux princes lors de leur avènement au trône étaient de plein droit et à l'instant même réunis au domaine de la couronne. Cette règle avait été appliquée sous les règnes de Louis XVIII et de Charles X, et reproduite dans la loi du 15 janvier 1825. Aucun acte législatif ne l'avait révoquée, le 9 août 1830, quand Louis-Philippe accepta la couronne. On ajoutait que la donation universelle sous réserve d'usufruit, consentie par Louis-Philippe au profit de ses enfants, à l'exclusion de l'aîné de ses fils, le 7 août 1830, le jour même où la royauté lui avait été déférée, et avant son acceptation qui eut lieu le

9 du même mois, avait eu uniquement pour but d'empêcher la réunion au domaine de l'État des biens considérables possédés par le prince appelé au trône. »

Nous connaissons ces formules. Quand les révolutions, c'est-à-dire ceux qui les font, prennent largement le bien d'autrui, on qualifie la mesure de restitution ou de retour à l'État. Les meilleures raisons ne sont pas écoutées. Il y en avait, ici, plusieurs à faire valoir. Le premier décret mettant en vente, malgré les propriétaires incontestés, les biens meubles et immeubles qu'ils possèdent en France ne se justifie évidemment que par des considérations d'où le droit est absent. Le deuxième reposait sur une interprétation erronée d'une loi de la monarchie, qu'il était d'ailleurs assez singulier de voir iYivoquer par un potivoir nouveau, peu respectueux de tant d'autres lois et du principe des régimes précédents. Berryer, en 18 18, avait déjà indiqué les exécuteurs testamentaires de Louis-Philippe, Dupin, le duc de Montmorency,

le comte de Montalivet, Laplagne-Barris et Scribe, dans une protestation adressée au prince-président; enfin les plus illustres avocats du barreau de Paris, dans un mémoire signé Vatimesnil, Berryer, Odilon Barrot, Dufaure, Paillet, développèrent, en 1852, les arguments suivants, qui sont autant de solides raisons :

1** La donation du 7 août 1830 était « un contrat librement consenti, à une époque où son auteur n'était enchaîné, quant à la disposition de ses biens, par aucun lien de notre droit public. Jusqu'au jour où il a accepté le pacte irrévocable qui s'est formé entre lui et la Chambre des députés, le prince, comme propriétaire, n'était assujetti, ainsi que tous les citoyens français, qu'aux règles du droit commun. Il est monté sur le trône sur la foi de la validité de l'acte qu'il avait pu faire, à son gré, en faveur de ses enfants. L'événement qui l'en a fait descendre, et qui en a éloigné sa famille, en fondant la république, justifie toutes les prévisions de la donation. Loin de chercher dans les circonstances présentes une occasion d'annuler un tel acte, la justice, la bonne foi, la dignité nationale doivent l'entourer d'un respect plus sévère;... la confiscation est rayée de nos codes, elle ne doit plus y reparaître * ».

2° Lors même que la donation n'eût pas été faite, les biens visés par le second décret du 22 janvier 1852 appartiendraient légitimement aux enfants du duc d'Orléans, par droit d'héritage. Il ne s'agit pas, en efi*et, des biens apanagers, d'origine royale, appartenant au duc d'Orléans. Ceux-là ont été réunis au domaine de l'État par l'avènement du duc d'Orléans au trône ; abstraction faite de.toirte tradition, le prince, devenu roi, ne pouvait les conserver. 11 s'agit des biens privés du duc d'Orléans, de ceux qui lui venaient de sa mère, fille du duc de Pen-

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