‹ Le duc de Nemours;Chapitre 54 sur 60 · Par la duchesse d'Orléans · texte numérisé non relu

Par la duchesse d'Orléans

2. La duchesse d'Orléans avait fait prier le duc de Nemours qui traversait l'Allemagne, au retour de Frohsdorf, de ne pa» aller la voir.

ilÙ LE DUC DE NEMOURS

Quelques jours plus tard, la reine écrivait encore :

(( Pour ma part j'ai confiance qu'on a fait une bonne chose pour la France, et que, si le pauvre père vivait, il t'aurait approuvé. »

Le ton est différent, quand elle s'adresse à la duchesse d'Orléans. On peut voir dans, ces lignes du 17 décembre 1853, et dans les lettres qui suivent, quelle gravité avait pris le désaccord politique, au sujet des visites de Frohsdorf et de Vienne, entre la duchesse d'Orléans et les autres membres de sa famille.

« Comme vous ne me dites rien, dans votre lettre, sur l'événement qui vient de se passer à Vienne, je pense que vous préférez garder le silence sur ce sujet ; je me conformerai à vos désirs, et j'en ferai autant de mon côté. Je respecte vos sentiments ; vous connaissez depuis longtemps les miens à cet égard, j'espère seulement que rien n'altérera cette commune affection si douce pour mon cceur; quant kjmoi, je vous aimerai toujours autant que je vous aime. »

Lettre de la reine au duc de Nemours :

« SéviUe, 21 janvier 1854.

« Je suis fort contente de ce que tu me mandés de l'opinion du père de B... C'est un ami sage et prudent, qui veut notre bien et notre honneur. Je crois, comme lui, qu'il faut laisser éclater toute l'humeur d'Hélène sur nous pour éviter qu'elle fasse un acte public qui serait très fâcheux. J'ai reçu une n'ouvelle lettre d'elle, fort tendre pour moi, et me disant que, malgré cette différence d'opinion qui rompait l'union de la famille qui avait toujours existé avant entre nous, elle conservait toujours la même affection pour ses frères, quelle qu'ait été leur conduite, si opposée aux précédents glorieux du père, avec quelques expressions que je ne laisserai pas passer dans ma réponse, en

lui ajoutant que je ne lui parlerai plus de ce sujet, et que je laisse au temps à juger la conduite des deux côtés. J'ai reçu une lettre enthousiaste de Salvandy, pour lequel je t'envoie ma réponse, ainsi que pour Duchâtel, lequel m'a écrit aussi dans le même sens ; — d'ailleurs, toutes les lettres que j'ai reçues de Paris ne me parlent que du bon effet qu'a produit la démarche ^ »

Les événements qui survinrent alors en Europe, et notamment la guerre engagée en Orient par la France, détournèrent pour un temps l'attention des questions de politique intérieure. Il n'y eut pas de nouvelles réunions entre les princes des deux branches de la maison royale, en 1854 et 1855. Des communications échangées à l'occasion d'événements de famille maintinrent les bons rapports 2.

Le 17 décembre 1854, de Frohsdorf, le comte de Chambord écrivait au duc de Nemours :

« Frohsdorf, le 17 décembre 1854.

« Mon cher cousin,

« 11 y a un an que j'ai eu le plaisir de vous voir à Frohsdorf. J'avais espéré qu'une occasion se présen-

1. Ce dissentiment politique ne jeta qu'une ombre passagère sur les relations, empreintes de la plus sincère affection, <iui existaient entre la duchesse d'Orléans et la famille de son mari. Les tentatives de fusion dont nous parlons se sont produites il y a plus de deux tiers de siècle ; elles appartiennent donc à l'histoire, et il est permis de regretter que la duchesse d'Orléans ait eu une idée trop étroite de son devoir politique envers ses fds mineurs, et qu'elle ait craint de « lier leur avenir », quand, au contraire, il eût fallu le lier. Ce fut une erreur dans laquelle, si elle avait vécu, elle n'eût certainement pas persévéré. Cette femme de tant d'intelligence et d'un si ferme courage, cette mère qui fit preuve d'une si admirable sollicitude dans l'éducation qu'elle donna à ses fils, eût assurément compris le devoir patriotique qui s'imposa plus tard au comte de Paris

2. 15 janvier 1854, de Prague, réponse du comte de Chambord à la

terait do nous rencontrer de nouveau. J'en aurais été charmé sous tous les rapports ; mais, vous le -savez, les circonstances ne Font pas permis. Cependant la position devient de jour en jour plus grave, et, par conséquent, raccord plus nécessaire. Je ne doute pas que vous ne suiviez, comme moi, avec une anxiété douloureuse, toutes les phases d'une lutte aussi vaillamment soutenue qu'elle a été, dès Torigine, imprudemment engagée. Notre brave armée est là, ce qu'elle est toujours et partout, ce que, plus heureux que moi, vous l'avez vue en particulier sur cette terre d'Afrique, dernier et noble héritage légué à la France par la monarchie. Mais, malgré la gloire nouvelle dont nos soldats couvrent nos armes et dont je suis fier, je no puis songer, sans une tristesse profonde, à tant de victimes héroïques, moissonnées sous un ciel lointain, à tant de sang français répandu pour des intérêts qui ne sont vraiment pas ceux de la France.

« Au milieu des grands événements qui s'accomplissent, et ne prévoyant pas quand il nous sera donné de nous revoir, je. crois utile de vous envoyer M. Chapot, l'un des anciens secrétaires de l'Assemblée législative, en qui j'ai toute confiance et qui la mérite à tous égards. C'est lui qui vous remettra ma lettre. Je le charge de vous expliquer de vive voix mes pensées et mes désirs. Je m'en réfère pleinement à ce qu'il vous dira en mon nom, et vous pouvez en toute sincérité me transmettre également par lui vos réponses aux communications qu'il vous fera de ma part.

(( Je sais que vous êtes constamment, ainsi que vos frères, dans les mêmes dispositions, et que je puis tou-

lettre du duc de Nemours, qui lui faisait part de la naissance d'un fils du duc d'Aumale (le duc de Guise, mort en 1872).

Le 16 avril 1854, de Prague, réponse du comte de Chambord à la lettre de condoléances du duc de Nemours, au sujet de l'assassinat du duc de Parme. Lettre de la duchesse de Parme au duc de Nemours, pour lui faire part, ainsi qu'à sa famille, de la mort de son mari.

jours compter sur vous et sur eux, comme je me plais à

vous répéter ici que vous et eux pouvez toujours compter

sur moi.

« Je vous prie de leur faire bien mes amitiés, d'offrir

mes hommages affectueux à ma tante, et de recevoir

vous-même, mon cher cousin, la nouvelle assurance de

ma sincère affection.

« Henri. »

Le duc de Nemours répondit :

« Claremont, le 24 décembre 18o4.

(( Mon cousin,

« J*ai reçu la lettre que vous m'avez fait remettre par M. Chapot. 11 possède, me dites-vous, toute votre confiance, et je sais que nul n'en est plus digne; aussi l'ai-je écouté avec un profond intérêt, et lui ai-je parlé sans réserve ^

« Votre cœur bat, ainsi que les nôtres, nous n'en doutons pas, au vent des glorieux exploits de nos soldats. Comme nous, vous les admirez du fond môme de l'exil, dans leurs travaux et leurs succès, dans leurs douleurs que vous ressentez profondément. Chacun de leurs pas est suivi avec une palpitante émotion, et l'intérêt de la lutte qu'ils soutiennent si héroïquement domine en ce moment toute autre pensée.

« Les événements, en prenant chaque jour plus de gravité, nous commandent aussi une réserve d'autant plus grande. Déjà vous l'aviez ainsi senti, et nous apprécions bien comme vous les motifs sérieux qui ont dû faire ajourner toute nouvelle rencontre.

1. Le principal sujet de la conversation de l'envoyé du comte de Chambord fut l'utilité d'établir le plus possible de rapports entre les partis. En vue de faciliter ce rapprochement, il offrait aux princes des détails sur Torganisation du parti légitimiste.

<« (Quelque regret, du reste, que nous ayons de cette nécessité, nos sentiments ne sauraient en recevoir aucune atteinte. Ils sont toujours ceux dont j'ai été heureux de vous j)orter l'expression Tan passé, au nom de mes frères comme au mien.

« Je suis encore ici chargé par ma mère de vous exprimer tout ce qu'elle sent pour vous de tendre affection, et mes frères me prient de vous témoigner combien ils sont sensibles aux paroles affectueuses que vous m'adressez pour eux.

(( Moi-même, je saisis avec empressement cette occasion, mon cousin, pour vous offrir l'expression de tous les sentiments qu'a pour vous

« Votre bien affectionné cousin. »

Nous avons raconté ailleurs que la reine, éprouvée par le climat de TAngleterrc et obligée de passer l'hiver en Italie, avait été dangereusement malade, d'abord à Cornigliano, puis à la villa Serra, à Nervi, dans l'automne de 1855.

Le 2 décembre, le comte de Chambord écrivait une lettre très cordiale au duc de Nemours, installé avec sa mère à la villa Serra. La lettre, envoyée par le duc de Lévis, portait comme suscription : « A Monsieur Reille, ou, en son absence, à l'aide de camp de service auprès de Son Altesse Royale le duc de Nemours, à Nervi, près Gônes, royaume de Sardaigne* ».

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