‹ Le duc de Nemours;Chapitre 59 sur 60 · LES DERNIÈRES ANNÉES (1874 A · texte numérisé non relu

LES DERNIÈRES ANNÉES (1874 A

La condition que le duc de Nemours avait mise à son installation en France était maintenant accomplie : il était remis dans le droit commun. Il loue un petit hôtel, 15, rue de Berri^ Le maréchal deMac-Mahon, qui vient d'être élu chef du gouvernement le 24 mai, s'inscrit, le 1" juin, chez le duc de Nemours. Celui-ci, le 5 juin, se rend à la réception du maréchal. Il accepte une invitation à dîner à Versailles le 25, et il s y rend en grande tenue de général de division avec le comte d'Eu. Un mois plus tard, il prend part aux fêtes militaires et aux soirées qui sont données par le président de la République, à l'occasion du passage du shah de Perse. Son grade d'officier général dans l'armée française rend toute naturelle sa participation aux fêtes officielles, présidées par un maréchal de France, et auxquelles les chefs de l'armée sont conviés; le haut mérite militaire du maréchal de Mac-Mahon, sa bravoure, les services rendus au pays, ses qualités d'honneur et de loyauté, rendent ces relations agréables pour le duc de Nemours 2.

1. Plus tard (1878), il acheta l'hôtel portant le n* 19 de l'avenue du Bois-de-Boulogne, qu'il habita une dizaine d'années, et dont les salons virent passer, fréquemment, l'élite de la société parisienne.

2. La situation de prince français, possédant un grade militaire et vivant en France sous un gouvernement républicain, n'en était pas moins une situation délicate. Il fallait, pour résoudre certaines diffi-

Le prince assiste, en 1875, aux manœuvres du 18* corps, commandées par le général de Rochebouët, aux environs de Dax et de Mont-de-Marsan. On avait détaché près de lui, comme officier d'ordonnance, le comte Gicquel des Touches, et, par une attention délicate, le général de Rochebouët avait appelé à son état-major, pour la durée des manœuvres, le duc d'Alençon, capitaine d'artillerie en garnison à Tarbes.

C'est pendant ces manœuvres que le duc de Nemours reçut, à Mont-de-Marsan, la nouvelle de la naissance du premier fils du comte et de la comtesse d'Eu, qui, comme héritier en seconde ligne de la couronne impériale, reçut le titre de prince du Grand-Para. L'empereur don Pedro notifia, par lettre de forme officielle, la naissance de cet héritier de son trône au duc de Nemours, et celui-ci lui répondit en termes analogues ^

En 1876, le duc de Nemours suit encore les manœuvres, qui ont lieu aux environs de Dreux, IIP corps, commandé par le général Lebrun, contre le IV' corps, sous les ordres du général Deligny; en 1877, il est présent à la grande

cultes, à de certains moments, le tact supérieur dont le duc de Nemours était doué au plus haut degré. On ne lira pas sans intérêt la lettre suivante, écrite au duc d'Alençon, le 21 août 1872. Le président de la République était alors M. Thiers. Il avait fait inviter le duc d'Alençon, résidant alors à Villers-sur-Mer, à l'accompagner dans la visite d'un bâtiment de guerre à Trouville. Le duc de Nemours se garde de méconnaître les prérogatives de l'autorité ; il sait que la dignité n'a rien de commun avec l'impolitesse.

« Je suis très heureux, je l'avoue, écrit-il, que cette invitation, tout aimable qu'elle soit, n'ait pu être acceptée, et je suis d'avis que toute autre du même genre doit être déclinée.

« Personne plus que moi ne désire rendre au chef actuel de l'Etat et lui voir rendre par les miens ce qui lui est dû, et tu sais que j'ai toujours parlé et agi dans ce sens. Mais je pense en même temps que ce n'est pas la place des personnes de notre famille d'être auprès de lui quand il parait en public, ou agit comme chef d'Etat. Je pense que tu sens tout cela comme moi. »

1. Il en fut de même lors de la naissance des deux autres fils du comte d'Eu, en 1878 et 1881, bien que le dernier de ces princes fût né à Paris.

bataille fictive qui a lieu entre Montargis et Moret, non loin de Nemours, et oh le duc d'Alençon commande une batterie d'artillerie de la lO* division 'général Appert . Une ex|»érience qu'on tente dans ces manœuvres Tinté- | resse particulièrement : c'est fessai, sur le terrain, d'un nouveau règlement pour la cavalerie, en partie emprunté il Tannée autrichienne, et où il retrouve Tapplication des principes qu'il a préconisés dans sa jeunesse. En 1879, il est dans le Vexin, et l'un des régiments qui manœuvrent sous ses yeux est commandé par le duc de Chartres, (-etto même année, il assiste aux manœuvres du VII* corps, rommandées par le duc d'Aumale qui, voyant arriver sur le terrain son frère, vivant portrait de Henri IV, lui cria : '< Te voilà donc descendu de ton cheval de bronze?» Doux causes mirent fin à cette habitude qui réveillait elle/ le du(; de Nemours tant de souvenirs de gloire, de joun(»SHe et d'histoire : la démission du maréchal, et bientôt le passage dans la 2* section (réserve) du cadre de Tétat-inajor général de Tarmée. Sans doute, il aurait pu assister encore à une revue, mais point à cheval, point niôlé k Taction, à la vie, à Tâme des régiments en marche, et il disait : « Assister à la revue dans une tribune, non, jamais ! » Il tint parole. On ne le revit plus sur le terrain de manoMivros.

Dans la même année, — 1873, — où il reprenait sa place dans Tannée, le duc de Nemours avait été nommé président de la Société de secours aux blessés (Croix-Rouge).

« Tout le désignait à cette charge de dévouement : les sollicitudes du vainqueur de Constantine pour les cholériques, la générosité du prince exilé pour les victimes de la guerre en 1870. Et cependant son incomparable modestie s'effrayait du rang qu'il allait occuper à la tête de la Croix-Rouge française ^ »

i. Clarisse Bader, 8. A. H. le duc de Nemours.

L'allocution qu'il prononça à rassemblée générale du 27 décembre 1873 traduisait ces deux sentiments.

Il devait faire Téloge de son prédécesseur à la présidence de cette grande œuvre, le comte de Flavigny, et il le fit en traçant de cet homme de haute valeur et de bien un portrait qui, par plusieurs côtés, semblait être celui du prince lui-même ; on le remarqua notamment quand il dit :

« Dans la diplomatie, dans les conseils généraux, dans les assemblées législatives, il sut toujours, au dévouement pour les intérêts qui lui étaient confiés, allier une indépendance exempte de toute exagération, comme il convient à un homme d'un jugement droit, d'un caractère loyal et natiu'ellement conciliant. Dans les relations privées, cette constante aménité, qui rendait son commerce si agréable, lui gagna l'estime et l'affection de tous ceux qui l'approchaient. Simple et modeste, il n'aspira jamais aux distinctions que pour rendre des services : il n'avait d'autre ambition que d'être utile. Il eut, surtout dans les dernières années de sa vie, l'occasion de satisfaire amplement cette noble passion de l'homme de bien.

« C'est vous, Messieurs, qui la lui avez fournie en l'appelant, au printemps de 1870, à la présidence de votre société... »

Le prince définissait ensuite l'a double mission de la Croix-Rouge : « Relever les blessés dans les périls du combat, les soigner jusqu'à leur guérison, au milieu des dangers de l'hôpital, les rapatrier, les rendre à l'armée ou à leurs familles, tel est, pendant la guerre, le but de notre société. A cette noble tâche, vous n'avez pas failli un seul jour. Quand, aux malheurs de la guerre étrangère, eurent succédé les douleurs de la guerre civile, votre société, persécutée par ceux-là mêmes qu'elle voulait secourir, sut vaincre toutes les difficultés pour maintenir son œuvre...

« La fin (le la guerre n'a point fait cesser vos travaux. Revenus à des jours meilleurs, vous vous êtes imposé d'autres devoirs. Vous venez en aide à ceux des blessés que la guerre a privés de leurs ressources; vous perfectionnez les appareils des ambulances ; vous préparez pendant la paix tous les moyens de parer aux maux de la guerre, si, ce qu'à Dieu ne plaise, elle venait à éclater; et vous poursuivez ainsi, sans relâche, cette grande mission chrétienne qui honorera non seulement vos noms, mais votre époque.

« Messieurs, en présence de tant de bien accompU, résultat de vos éminents travaux, n'est-il pas juste que je sois effrayé de la grandeur de la tâche dont vous m'avez fait l'honneur de me charger, et de mon insuffisance à la remplir? Aussi, Messieurs, viens-je instamment vous demander de nouveau, non seulement votre bienveillant concours, mais les conseils de votre expérience. Vous m'accorderez cette assistance, Messieurs, je l'espère, et, puisque vous m'avez élevé à la présidence, vous m'aiderez maintenant à m'élever jusqu'à vous. »

Un des hommes qui ont vu de très près et suivi le rôle du duc de Nemours comme président de la Croix-Rouge, a résumé ses souvenirs et son jugement dans une note à laquelle nous empruntons ce passage * :

« Le prince savait les immenses services que la société de secours, pendant la guerre franco-allemande, comme pendant l'insurrection de Paris, avait rendus à l'humanité, sous le drapeau de la Convention de Genève ; il admirait profondément ce pacte international, dont il disait un jour : « C'est dans Tordre moral le progrès qui, peut-être, honorera le mieux notre siècle. » Il déféra aux vœux du conseil, et, le 27 décembre 1873, les

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