H. F. XVI
M de par la volonté royale, ou s'il se bornait seulement à faire « de simples prières. Le roi dit : « Je veux et je prie qu'il soit (( ainsi fait ». Et alors, le chapitre acquiesçante la volonté « royale, reçut Gautier et le proclama archevêque »'.
Le Roi Jean eut recours aux pires violences pour forcer la résistance du chapitre de la Cathédrale de Séez. L'évêque Lisiard étant mort, le doyen du chapitre envoya plusieurs chanoines annoncer l'événement à l'Archevêque de Rouen et au Duc. Celui-ci se rendit en personne à Séez et envoya deux de ses officiers au Chapitre pour l'inviter à nommer comme évêque le doyen de Lisieux. Le chapitre refusa de se conformer à l'ordre reçu. Alors, les officiers du Duc saisirent le Trésor de l'Eglise et le déposèrent dans l'abbaye de Saint-Martin ; ils enlevèrent tous les meubles des chanoines,chassèrent ceux-ci de leurs demeures, et emmenèrent au loin ou jetèrent en prison leurs proches parents. Ensuite, accompagnés du maire de la ville, ils pénétrèrent en plein chapitre et déclarèrent aux chanoines qu'ils ne mangeraient ni ne boiraient tant qu'ils ne se seraient pas conformés aux ordres du Duc \ Mais les temps étaient changés. Un pape énergique, Innocent III, présidait aux destinées de l'Eglise, et d'autre part la puissance du Duc de Normandie était déjà fortement ébranlée. Le chapitre résista. Il mit le diocèse en interdit et en appela au Pape des violences qu'il avait subies. Il élut ensuite comme évêque Sylvestre, archidiacre de Séez. Jean refusa de reconnaître le nouvel élu. Innocent III, qui avait soutenu le chapitre dans sa lutte contre le souverain, fit de véhéments reproches au Roi Jean (23 mars 1202) au sujet de sa conduite vis-à-vis des Eglises de ses domaines et notamment de l'Église de Séez \ Plus d'un an après, le Pape ordonna à l'Archevêque de Rouen de mettre la pro-
« G. Chr. iDsIr., 26 et 27.
» Innocentii Ilf. Epistolae, apud Migae, Patrol. T. 214, col. 1040.
' Lettre d'IoDoceot III au duc Jean, dansMigoe.T. 214, coi, 1175.
vince tout entière en interdit si le Duc Jean continuait à refuser de recevoir l'évêque de Séez '.
Gomme leurs prédécesseurs également, les Plantagenets continuèrent à exercer les droits de régale à la mort des évêques et des abbés. Après la mort deRotrou, Archevêque de Rouen ^, Henri II « prit les régales dans sa main et les (' mit sous séquestre. Lorsque Gauthier de Goutances, qui <( était Tun de ses familiers, fut élu archevêque, le Roi les lui « rendit », mais les jurés interrogés sur ce point, ne purent dire « s'il l'avait fait pour l'amour de l'archevêque qui était « un de ses amis, ou conformément au droit, ou par quel- « qu'autre raison* ». En 1184, l'abbaye de Montivilliers était dans la main du Duc *, et en 1 1 98, il en était de même de l'évêché d'Avr^nches^
Grâce au soin tout spécial avec lequel ils veillèrent au recrutement du haut clergé de la province, les Ducs vécurent avec lui en parfaite communion d'idées. En 1119, le pape Galixte étant venu tenir un Concile à Reims, Henri Beauclerc autorisa ses prélats à s'y rendre; mais il leur défendit de porter, devant cette assemblée, des accusations contre leurs collègues. « Je rendrai, leur dit-il, pleine et entière « justice dans ma terre à tout plaignant. Je paie chaque an- « née à l'Eglise romaine toutes les rentes constituées par mes « ancêtres; je garde également tous les privilèges établis « dans les temps anciens. Allez donc, saluez de ma part le « Seigneur Pape. Ecoutez uniquement les commandements « apostoliques ; mais gardez-vous bien d'apporter dans mon « royaume des mesures qui ne pourraient être que superu flues "^ ». Au même Goncile de Reims, Louis le Gros
» Migne, T. 215, col. 69.
2 25 Dov. 1183.
3 G. Chr. Instr., col. 26, 27.
* Grand Rôle de 1184, M. A. N. XVI, 109, col. 2. 5 Grand Rôle de 1198, Ibid., XVI, 28 col. 2. « 0. V. IV, 372, 373.
Valin. 6
ayant porté contre le Duc de Normandie de violentes accusations, l'Archevêque de Rouen, ses évoques suflVagants et les abbés de la province se levèrent pour défendre leur souverain *.
Lorsqu'on étudiera l'organisation de la Cour du Duc, on verra plus complètement l'importance du rôle que jouèrent les évêques dans les conseils du souverain et dans le gouvernement et l'administration de la Normandie. Ce que nous pouvons dire pour le moment, c'est que ce rôle fut considérable.
Le conflit qui éclata en H 96 entre le Roi Richard et l'Archevêque de Rouen, Gautier de Goutances, au sujet de la main mise par le Roi sur le manoir d'Andely, qui était du domaine des archevêques, ne fut qu'un épisode qui n'altéra pas les bonnes relations existant entre le souverain et les prélats, L'Archevêque avait mis la province tout entière en interdit; mais les sufifragants paraissent être demeurés neutres dans la querelle. D'ailleurs, les hostilités ne furent pas de longue durée. En échange du manoir d'Andely utilisé pour la construction du Château-Gaillard, le Duc, par une charte du 1*'" octobre 1196', fit donation à l'Archevêque de biens d'une importance considérable, les moulins de Rouen et les domaines de Louviers et de Dieppe, deux villes en échange d'un simple manoir.
Ni les Plantagenets, ni leurs conseillers ne permirent à la Papauté de se mêler des affaires du Duché. Défense formelle était faite aux fonctionnaires des marches de laisser pénétrer les légats du Pape sur le sol normand. En 1192, pendant que Richard était à la Croisade, le Pape Célestin envoya en Normandie deux légats a latere, les cardinaux Octavien, évoque d'Ostie, et Jourdain, abbé de Neuve-Fosse, pour apaiser le débat qui s'était élevé entre Gautier de Cou-
« Ibid., 378.
2 G. Cbr. iDstr., col, 26.
lances et un certain nombre d'autres hauts personnages. Sur l'ordre du Sénéchal de Normandie, Guillaume Fils-Raoul, lorsque les légats se présentèrent devant Gisors, les chevaliers qui gardaient le château et les bourgeois fermèrent les portes de la ville et refusèrent de recevoir les envoyés du Pape en disant u que leur seigneur, le Roi d'Angleterre, n'était <( pas encore de retour de son expédition ; qu'alors qu'il par- « tait pour la Terre Sainte, au moment de prendre la croix, ". il avait placé toutes ses terres en deçà et au delà de la mer « sous la protection de Dieu, de l'Eglise romaine et du Sei- « gneur Pape, et qu'il avait interdit de recevoir un légat du « Pape sur sa terre ». Les cardinaux eurent beau dire qu'ils venaient portant des paroles de paix, les chevaliers et les bourgeois persistèrent dans leur attitude. Bien plus, ils les forcèrent à se sauver en les menaçant de glaives et de bâtons. Les légats s'enfuirent; mais en quittant la Normandie, TEvêque d'Ostie excommunia le Sénéchal et jeta l'interdit sur la province. Après quelques négociations, le Pape rapporta la sentence prononcée et défendit à ses légats d'entrer en Normandie*.
La fidélité des évêques envers leur souverain légitime survécut même à la conquête. Bien que les seigneurs laïques eussent prêté l'hommage à Philippe-Auguste, les prélats se refusaient encore à le faire, tant étaient puissants les liens qui les rattachaient à la dynastie des Plantagenets. Les évêques demandèrent conseil à Innocent IIL En mars 1202, le Pape avait écrit à l'Archevêque de Rouen une lettre dans laquelle il l'invitait à user des censures ecclésiastiques toutes appellations écartées^ pour forcer les sujets traîtres au Duc de Normandie à rentrer dans le devoir '^ Mais, en 1205, la situation n'était plus la môme; le Roi de France était partout triomphant, Jean au contraire avait été rejeté de l'autre
« Ben. de Peterbor., H, F. XVII, 54J.
.2 Migne, Patrol., T. 214. col. 984.
côlé delà mer. Innocent III se trouvait en présence du fait accompli. Il ne voulait pas sanctionner Téviction brutale dont le Plantagenet avait été la victime; il craignait d'autre part de mécontenter le tout-puissant Roi de France. Il écrivit aux évêques de Normandie une lettre qui est un chefd'œuvre de prudence, pour ne rien dire de plus. « Nous ne « savons rien, leur dit-il, du droit et de la coutume de votre « province. Nous ignorons les causes, les circonstances et (' la suite des événements dont vous nous parlez. Nous ne « pouvons donc donner une réponse certaine à une question « dont nous ne connaissons pas les termes. Tout ce que nous « pouvons vous dire, à vous qui êtes plus que nous en état « devons rendre compte de la situation, c'est d'agir avec (( prudence, et de faire ce qui doit êlre fait selon la loi de « Dieu et la Coutume >> *. Après cela, les évêques de la Province n'avaient plus qu'un seul parti à prendre. Les derniers des sujets du Plantagenet, ils se soumirent au Roi de France.
Nous avons exposé dans le détail les relations des Ducs avec la Papauté d'une part et le haut clergé de la province de l'autre. Tous les faits qui ont été rapportés concourent à démontrer que les Ducs surent jusqu'au bout conserver la haute main sur l'Eglise normande. Théoriquement, les évêques et les abbés devaient être élus par les chapitres. En réalité, l'élection n'était pas libre et le choix des assemblées se portait presque toujours sur le candidat imposé par le souverain. En face de la Papauté menaçante, Guillaume le Conquérant, Henri P"", les Plantagenets surent maintenir intacts les droits du pouvoir temporel. Ils furent d'ailleurs, on l'a vu, admirablement soutenus par le Haut Clergé de la province qui savait qu'il avait tout à attendre d'une politique d'entente avec le souverain. On a vu aussi que l'union du Duc et de son clergé survécut même à la conquête
« Ibid., T. 215, col. 564.
et que les derniers liens ne furent rompus que lorsque les prélats se furent bien reftdu compte que tout espoir de restaurer la dynastie de Rollon devait être définitivement abandonné.
B. L'Avouerie des Abbayes. — D'après l'opinion courante, le Duc de Normandie aurait eu la garde de presque toutes les abbayes de la province'. Brussel qui a très probablement produit le premier cette affirmation, dit a que « nul seigneur particulier n'avait droit d'y prétendre, pas (( même quand il se serait trouvé que c'était lui ou ses pré- « décesseurs qui avaient doté le monastère ; à moins qu'ils <( n'obtinssent pour cela des lettres du Duc ^ ». Il reconnaît toutefois que, sous les premiers Ducs, il n'en était pas de même et que certains seigneurs tinrent en leurs mains les monastères qu'ils avaient fondés. Nous avons de sérieuses raisons de croire que ce qui paraissait être l'exception au savant feudisle, doit au contraire être considéré comme la règle, et que les Ducs n'exercèrent le droit de garde que sur les abbayes fondées ou restaurées par eux.
11 n'entre pas dans notre pensée de faire le relevé des établissements dont la création émana de la magnificence des Ducs, et de donner, en parallèle, la liste de ceux qui provinrent de l'initiative privée. Tout ce que nous pouvons dire, c'est que le nombre des abbayes fondées par les particuliers était considérable. Rien que dans le diocèse de Bayeux les abbayes de Fontenay, de Troarn, de Longues, du Val-Dieu, d'Aulnay, du Val-Richer, d'Ardennes, de Barberie rentraient dans cette dernière catégorie, alors que seules les trois abbayes de Gerisy, de Saint-Etienne et de la Trinité de Gaen avaient dû leur existence à la volonté des Ducs. Chaque seigneur de quelqu'importance voulait, lui aussi, avoir, à l'imitation du souverain, son oratoire privilégié
1 Luchaire, Manuel, 286.
• 2 Brussel, Vsage des fiefs, II, 810.
à l'abri duquel il viendrait reposer un jour, el ses religieux qui prieraient pour son âme, celles de ses ancêtres et celles de ses descendants'. Les barons de Bellême fondèrent ainsi les abbayes de Lonlay % de Saint-Martin de Séez^ d'Aiménesches*, de Saint- Léonard", de Saint-André en Gouiïern % de Saint-Martin de Troarn ''; les comtes d'Eu, les abbayes d'Eu', de Saint-Pierre-sur-Dives', du Tréport'", de Foucarmont"; les comtes de Tancarville, l'abbaye de Saint- Georges de Boscherville'^ et le prieuré de Sainte-Barbe en Auge*'; Onfroy de Vieilles, les abbayes de Saint-Léger et de Saint-Pierre de Préaux *\ Plusieurs de ces monastères acquirent un haut degré de puissance comme Saint-Georges de Boscherville et Saint-Martin de Troarn.
Il n'apparaît pas qu'une charte des Ducs ait conféré aux fondateurs, sur l'établissement qu'ils avaient créé, des droits quelconques. Ces droits leur appartenaient en vertu du fait même de la fondation, de même que le droit de présentera la cure d'une église appartenait au seigneur qui avait bâti
' Ego... Guilleiinus Brillismensis provinciae prinripaluin gereas...'ia Beali3sim<B Dei Geoitricis Mar:ae honorera... quoddam moiiasteriura sub nomioe Abbaliae, in ior.o, qui dicelur Longiledum de propriis fucullatibus construximus, et in eo Abbalem et sub eo monachos qui pro nobis et pro noslrisantecessoribus, nocte ac die, in divinis obsequiis excubantes, supernam cienaenliam exorarent, posuimus... Charte de fond de l'Abbaye de Lonlay, N. P. 424.
2 V. noie précédente.
3 1070, G. Chr. Instr. col. loi, 132.
* lUlO, Ibid., col. 736.
» Xl« s. .M. A. N. XV, 196 col. i.
• 1130, G. Chr., col. 744, A.
■ 1022, Ihid., 416. A.
8 Coraraencemenl de l'XI» s. Ibid., 293, E.
» 1046, Ibid., 729, A.
>" 1053, Ibid., 2U, D.
>< 113(1, Ibid., 304, C.
<2 1050, restaurée en l\li, Ibid., 267, E, el268, A.
•ï RadiilfuR Camerarius de Tanquarvjlla, filius Willelmi Camerarii (Raoul II) omnibus,... salutem. Noverit uoi^-ersitas vestra quod Rabelius avus meus qui terapore primi Henrici régis Anf^liae el Johannis Lexoviensis episco,)i el Willelmi camerarii |)alris, sui assensu et concessione eorura, constituil canonicos regulares in ecclesia panctœ Barbante de Escaiulelh... Ar. Calvados, H. F. de St» Barbe en Auge.
i* G. Chr. 853, B.
l'église. L'établissement religieux était en quelque sorte la propriété de celui qui l'avait fondé. Il avait une vie propre et indépendante, mais il était l'abbaye ou le prieuré du seigneur qui l'avait créé et doté. Guillaume I" de Tancarville, qui avait restauré l'abbaye de Saint-Georges de Boscherville fondée par son père Raoul ?', s'exprime ainsi dans l'une de ses chartes : « Sachez que j'ai donné à mon abbaye « de Saint-Georges dans laquelle, par la grâce de Dieu, « j'ai placé des moines pour le service du Très-Haut, mon « église d'Abbetot' «.Raoul II annonce qu'il a donné au même lieu l'église d'Etables, en perpétuelle aumône, le jour où l'assemblée des moines le reçut à la procession comme avoiié^. Le comte de Meulan ne parle jamais de Saint-Léger de Préaux sans la nommer « mon abbaye^ ». Vers la fin du xifsiècle, Jean I", comte de Ponthieu,descendantdes barons de Bellême, déclara spontanément abandonner l'abbaye de Troarn en la main, garde et protection de Henri II, ce qui suppose bien évidemment qu'il avait auparavant ce même monastère sous sa tutelle personnelle* ».
Le baron qui était l'avoué d'une abbaye avait, comme nous venons de le voir, la garde et la protection de l'établissement religieux. A ce titre, il devait défendre ses intérêts en justice. Nous voyons, en effet, par une charte que Guillaume Talvas, comte dePonthieu, se présenta devant le Duc Henri Beauclerc tenant sa Cour à Falaise pour défendre contre Roger de Gratepanche les droits des moines de Troarn sur les marais av^oisinant leur abbaye ^
1 Willelmus camerarius de Tancarvllla, Rabello Hliosiio,... salutera. Sciatis me dédisse el concessise abbatie mee Saticti Georgii in qua per Dei graliam monachos posui ad servilium Dei, ecclesiara meam de Abetot... Ar. S. lof. H. F. de S' Georges de Boscherville.
2 Raduifus camerarius de Tancarviila.., Sciant... quod ego Radulfus camerarius dedi et concessi abbatiae Sancti Georgii de Baukerviila, ecciesiam de Stabulis in perpetuam elemosinam in illa die qua convenlus ejusdem abbatie me recepit tanquam advocalus ad processionem. ]bid. même fonds.
3 Cart. de Préaux, eh. 347, f» 115, V. P. jusl. V. ♦ Cari, de Troarn, f 17, V. P. just.XXXlI.
B Ar. Calvados, F. de Troarn, V. P. just., VII.
L'avoué présidait aussi les plaids. Vers H33, le même Talvas remplit ces fonctions et tient la Cour de l'abbé du monastère de Troarn'. Certains barons exerçaient même des droits régaliens vis-à-vis de l'établissement soumis à leur tutelle. Quelque temps avant 1195, Robert de la Haie établit par un requenoissant, devant la Cour du Duc, qu'il était en posseosion du droit de donner son assentiment à l'élection de l'abbé de la Sainte-Trinité de Lessaj^ Un baron dont nous ignorons le nom osa contester à Richard Gœur-de- Lion l'avouerie de l'abbaye de Bonport récemment édifiée par ce prince. Sur un requenoissant, la Cour, par arrêt de février 1198, adjugea cette avouerie au Duc'.
Loin d'être le monopole des Ducs, la garde des abbayes était donc la conséquence de la fondation. Elle faisait partie du patrimoine du fondateur et passait ensuite aux descendants de celui-ci. Mais il n'apparaît pas que l'avouerie ait donné à ceux qui la détenaient d'autres bénéfices que l'honneur qui en résultait et que les prières des religieux*. Les charges étaient, par contre, considérables, car outre la dotation primitive sans laquelle l'établissement ne pouvait voir le jour, il appartenait à l'avoué de se montrer généreux envers l'abbaye qui l'accueillait comme protecteur.
Section II. — Le commandement militaire.
Le Duc rassemble, lorsqu'il le juge nécessaire, l'armée normande. C'est ce qu'on appelle « cne)\ bannir, assem-
« Cari, de Troarn, f» 35 v», V. P. just. VIII.
2 Robertus de Haia reddit corapotura de 50 lib. de rémanente promissi sui pro habenda recognitione de ponendo assensu suo in electione Abbatis de Exaquio. Grand Rôle de 1195. M. A. N, XV, 85 col. 1.
3 Rirardus elc... volumus vos scire quod advocatio nobis adjudicata fuit per recognilionemincuria nostra... Charte p. l'Abbaye de Bonport, 28 fév. H98, N. P. 896.
♦... Hec aunl que avus meus Rabellus nichil sibi in eis retinens prêter defensionem et tutelam, ecclesie Sancti Martini et Sancte Barbare donavit... Charte déjà citée, p. 87, n. t3.
bler Vost » \ En même leoips, il fait semondre individuellement par ses courriers [veredarUy les seigneurs qui doivent le service d'est.
L'armée se compose, au moins dans les derniers temps, de trois parties : les chevaliers, les communes, les routiers ou mercenaires.
Les chevaliers. — D'après une enquête contenue dans le Livre rouge de l'Échiquier d'Angleterre', nous savons que les tenants en chef devaient au Duc le service de sept cent soixante-treize chevaliers. Le chiffre réel des chevaliers que le Duc pouvait réunir sous sa bannière était un peu supérieur, car un certain nombre de seigneurs, dont quelques-uns très considérables, comme l'Archevêque de Rouen, l'évêque d'Évreux, le comte d'Eu et le sire d'Estouleville n'avaient pas comparu à l'enquête, et ledénombrementnenous fait pas connaître le service dont ils étaient tenus*.
Ce chiffre de plus de huit cents chevaliers paraîtra sans doute peu considérable pour une province aussi étendue et aussi riche que la Normandie. Mais il faut se rappeler que les armées du Moyen âge étaient peu nombreuses. MM. Pollock et Maitland estiment que l'Angleterre ne fournissait guère plus de 5.000 chevaliers au roi ^ On voudra bien se souvenir aussi qu'à la bataille de Bouvines, Philippe-Auguste n'eut que 500 chevaliers à opposer à l'armée allemande^
Les tenants en chef étaient personnellement sommés de se rendre à l'ost du Duc et d'y amener le nombre de chevaliers dont ils étaient redevables.
1 Mult furent tosl les osz criées
Tost banies, tost asemblées.
Benoît de S'«-More, V. 29373 etSt.
* Henricus rex Alencionem venit, missisque veredariis, phalanges lotius Normanniae ad pugnam congregavit. 0. V. IV, 323.
i L.R. de S., 11,625.
* Ibib., 644.