‹ Le duc de Normandie et sa cour (912-1204)Chapitre 34 sur 45 · CHAPITRE PREMIER La Cour, Conseil privé du Duc · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER La Cour, Conseil privé du Duc

D'après les chroniqueurs normands, le Duc ne fait rien ou presque rien sans prendre l'avis des principes. On a vu que sous les premiers princes normands, jes grands chefs jouissaient d'une large indépendance et que Rollon et Guillaume Longue-Epée n'étaient à tout prendre que les premiers d'entre les Vikings. Dudon, tout en s'efforçant d'établir que les Ducs jouissaient d'un pouvoir absolu, nous montre cependant Rollon et ses successeurs toujours préoccupés de l'avis de leurs compagnons, et n'entreprenant rien sans sêtre, au préalable, assurés de leur assentiment.

Lorsque le souverain eut affermi son autorité, qu'il parla et qu'il agit en monarque absolu, le rôle de l'entourage, de prépondérant qu'il était, devint purement consultatif. Le Duc s'adressait à son Conseil dans les circonstances difficiles, ou lui donnait à conduire les affaires dont il ne pouvait pas s'occuper personnellement.

Il est impossible d'entrer dans le détail des questions que le Conseil avait à traiter; c'était la diversité même. Toutes les affaires qui intéressaient le gouvernement du Duché, le temporel des églises, l'administration des domaines du Duc, les rapports du prince avec ses barons^ étaient susceptibles de lui être déférées.

L'entourage du Duc paraît avoir eu, au x* et au commencement de l'xi' siècle, un rôle prépondérant, ainsi qu'on l'a vu plus haut, dans la transmission du pouvoir ducal. Son

influence ne fut pas moins grande en ce qui concernait le mariage des princes. Les unions des membres de la famille ducale étaient des actes de haute politique, et il était de toute nécessité qu'on ne les conclût pas à la légère. Guillaume Longue-Epée ne consentit au mariage de sa sœur avec le comte de Poitiers qu'après avoir pris le conseil de ses fidèles ', et Guillaume le Conquérant ne demanda la main de Malhilde qu'après avoir consulté sa Gour^

Par cuDseil de sa haruoie Prist une famé de haut lin En Flandres fille Balduin ^

Une autre fois, le Conseil des grands mit fin à l'union scandaleuse du Duc ; ne pouvant l'obliger à renvoyer sa maîtresse, il le força tout au moins à l'épouser.

Richart tint Gunnor lungenoenl Co dient tuit cumunement Ainz que espouser la voulsist Et ainz ke a famé la prist.

Mais par preiere del clergie Ki l'en ont meinte fez preie E par le cunseil de Barunz Ki meinte fez len uni semunz Ad Ricart Gunnor espusez*.

» Duclon, 192.

3 R. Wace, v. 9635 et ssq.

* Ibid., V. 5768 et ssq.

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