‹ Le duc de Persigny et les doctrines de l'empireChapitre 1 sur 54 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

.l'avais préparé ce recueil pour répondre aux vœux de plusieurs de mes couipatriotes du Forez , r|ui sont les amis de M. le duc de Persigny ; et, dans leur pensée comme dans la mienne, il ne devait avoir qu'une destination locale.

M. Henri Pion, dont les conseils m'ont conduit à en élargir le cadre, a jugé avec raison f|ue IM. le duc de Persigny n'appartient pas exclusivement au département de la Loire, mais qu'il appartient, avant tout, à l'Empire dont il a été successivement le volontaire, le ministre, le publiciste, et dont il est, en ce moment, un des conseillers. Il a exprimé le désir d'éditer cel ouvrage, afin de lui donner la publicité étendue qui convient à son importance.

Les amis de l'Empire ne pourront que lui savoir gn* de son intelligente et patriotique initiative.

Paris, le 1.) aonl ISr).").

J. DELAROA.

Notre province, mes chers compatriotes, est comme une famille dont les membres sont solidaires, les intérêts dirigés vers le même but, et les affections confondues dans la même pensée, (^ette union, qui est son honneur, s'est manifestée en diverses circonstances ; elle n'a jamais eu plus d'éclat et de force que lorsqu'il s'est af;i de rendre bommage au caractère et à la vie ])ublique de M. le duc de Persignv. Toutes les occasions de témoigner vos sentiments à son égard, vous les avez saisies avec joie, non-seulement parce qu'il vous aime, mais aussi parce qu'il est l'ami de l'Empereur et un de ses serviteurs les plus fidèles. Entie les Forézieus illustres, il tient le premier rang, autant par sa position dans l'Etat que par les services qu'il a rendus à notre pays. Nous nous associons à ses aspirations, à ses pensées, à ses act€s ; c'est, pour ainsi dire, un patrimoine commun auquel chacun de nous sent qu'il a sa part d'intérêt et d'avenir. Aussi, chaque fois qu'il se rend daus sa « chère et noble province du Forez , >; les populations s'attachent-elles à ses pas, et ses moindres paroles sont-elles fidèlement recueillies, afin qu'aucune des traces de son passage ne soit perdue.

C'est pour ropoiidie à votre desir et pui* un pieux sentiment d amitié (pic M. le vicomte de Voupv, en 1860, S\. le comte de Cliarpin - F'euj^ferolles, en 18()3 , et M. BouUier, maire de la ville de Roanne, en 1864, ont publié le récit des visites de M. le duc de Persiffuv dans notre département.

A leur exemple, et pour compléter leur œuvre, j'ai voulu réunir non-seulement les divers discours prononcés par notre illustre compatriote, mais encore les principaux actes qui ont marqué son passajje aux affaires, plusieurs documents inédits ou peu conims, et des extiaits de son curieux ouvrajjc sur la destination des Pvramides.

8i l'idée de me char{;er de cette publication ne m'avait été sugj'jérée que par la reconnaissance toute naturelle (jue les bontés affectueuses de M. de Persignv inspirent à l'un des enfants les plus humbles du Forez, cette idée me j)araîtrait suffisamment justifiée. Mais j'ai été dirigé par une autre considération. En 1854, le lendemain de sa première retraite du ministère de l'intérieur, j'ai publié une biographie de M. de Persigny, avec des détails jusque-là ignorés et des documents particuliers qui n'étaient pas encore sortis du portefeuille de quelques amis intimes. Ce travail, en éclairant nettement le passé de l'homme d'Etat, contribua à révéler, chose rare pour ce temps, une existence politique sans suture. Les existences de ce genre méritent d'être rappelées souvent, ])our servir d'exemple. .J'ai donc j)ens(' (pi'il serait utile de reproduire mon ancien travail, et que sa place naturelle était en tète de la publication (|ue j'entreprends. Seulement, tout en v ajoutant de nouveaux renseignements, j'en ai retranché ceux qui ont cessé d'offrir de l'intérêt, et ]c le restreins aux faits qui peuvent donner

AH FOHKZ. 5

la mesure du caractère et de la loi |)<)liti([ae de M. le <luc de Persifjnv.

M. le duc de Persijjiiv a[)|)arheiit au Forez |>ar sa naissance et par sa famille '.

Après avoir tait ses études au collèjje de Limo(jes, il entra à l'école de Saumur , en sortit avec le premier numéro , et passa dans le 4* hussards. (Juelques années après, la perspective d'une lon;;ue paix ren,<;a{>ea à • piitter le service militaire; et il se trouvait à Paris, occupé de travaux littéraires, lorsque des affaires de Famille l'appelèrent en Allemagne. Ce voyage, entrepris dans lui but d'intérêt privé , devait exercer une grande influence sur son avenir. En allant a Augsbourg poui recueillir des papiers concernant un parent mort pendant l'émigration , il fit une de ces rencontres cliar-

' Le père de M. le duc de Persijjuv était i-ei't'vcur des Hnaiiocs ; il a|)partenait à une famille nohle et ancienne, urijjinaiie du Daupliiné, qui vint s'étaldir en Lyonnais , vers le connnencenicnt du dix-sepliènie sirrie, dans la terre et seijjneurie de Beaulieu, près dc' Lvon (aujourd'hui à M. le marquis de Cliaponav), par le mariaj'e de nolde Pierre Fiaiin, sei- ;;ueurde Beaulieu, avec Vsabeau de Cliiel, dame de Beaulieu et tle .Saint- Svuipliorien , liéritière de sa maison. On le» trouve dans des act<!s nomlireiix, depuis la |)remière moitié du ipiinzième siècle , avec toutes les qualifications justificatives d'une |iosition nobiliaire bien établie, et loinme seiyneurs de Beaure{jard, Saint-Michel, la Boche, Beaulieu, les Bovnauds , Dalmès, Levert , Persijjnv et du Bois, dans les paroisses de Vif, Grane, Morancé , Cremeaux, Souternon , Saint-Julien d'Oddes, Saint-Paul de Vezelin, Saint-Georges de Barolles, Bussy, en Dauphiné, Lyonnais et Forez. Après plusieurs «[énératioMS dans la terre de Beaulieu, la l'amille passa à huit ou dix lieues de là, en Forez, où elle fij;ur(! à difiV-rentes montres et revues du iian et de l'arrièrc-ban, surtout à la fin du dix-septième siècle. Il est constaté d.ius 1 ouvrajje intitulé Lc.t Jiefs du Fnrt'z iwant 17S9 , publié, en 1858, par Dassier de Yalenches, que le jjrand-père de M. de Persigny, en vendant une partie des fiefs dont nous venons de parler, et dont son père percevait les rentes noLJts on 1749, s(; réserva le manoir de Persigny , dans la paroisse de Crenieaux . d'où est venu son surnom.

«i AU FOREZ.

mantes qui dctourneiit si facilement un jeune homme de son chemin. Kendez-vous fut pris pour se revoir à Louisbourg, et il est inutile d'ajouter cjue M. de l'ersigny ne songeait pas à y manquer. Il se dirigeait donc sur cette; ville, lorsqu'en rencontrant sur la route une voiture ou se trouvait un jeune homme en costume de cadet, il vit son cocher agiter son chaj)eau en l'air en criant : Vive Napoléon ! Ce cri au milieu de l'Allemagne l'étonna , et il en demanda 1 explication. Le cocher lui apprit que ce jeune homme était un neveu de TEmpereur Napoléon, qui était élevé à l'école militaire.

L'exclamation du cocher allemand fut ime révélation pour M. de Persigny.

Eh quoi ! il existe donc encore des membres de la famille de lEmpeieur! La race de César n'est donc pas éteinte! Auguste vit; il peut reprendre la succession impériale! Si la mémoire de Napoléon est si vénérée parmi ces populations étrangères qui ont subi les ravages de la guerre, elle doit être chère au cœur de la Erance dont il a fait la première nation du monde! Le duc de Reichstadt n'est plus sans doute; mais la tradition naj)oléonienne n'est pas anéantie; elle peut être renouée par un autre Napoléon ! Il suffira de prononcer ce nom au peuple, de rappeler les grandes choses auxquelles il est impérissablement lié, de réveiller, à travers les campagnes, tous ces vieux soldats qui sommeillent sur leur oreiller de gloire, et qui, au premier signal, se lèveront comme un seul liomme pour rendre témoignage de leiu •empereur; et le joiir où le sentiment populaire pourra se manifester, ce jour-là la dynastie impériale sera rétablie! Telles sont les pensées qui s'emj>arèrent violemment de l'esprit de ^M. de Persigny et le subjuguèrent. Pendant le reste de la journée, il erra dans le jardin du

AU FOr.FZ. 7

|)al;iis, eu proie à ces nouvelles préoccupations. Et c^liosc extraordinaire! ce jeune homme, qui venait de faire ini lonj; voyage pour un i'endez-vous d'amour, dominé maintenant par une idée puissante, oubliait ce rendez-vous. Il passa la plus {jrande partie de la nuit sous im ar])re, dans une sorte d'extase, se représentant dans l'avenir un Napoléon <pii apparaissait au peuple el à l'armée, crovant voir les masses populaires qui défilaient devant un nouvel Empereui' eu poussant des acclamations. Et pendani cette hallucination , ou plutôt cette mystérieuse révélation , des larmes hriilantes inondaient son visage. Le lendemain , il quittait Louisbourg sans penser à l'objet qui l'v avait amené. Il avait hâte de rentrer en Fiance pour se dévouer à la réalisation de son rêve. Et (juel rêve! reconstruire im monde écroulé, ressusciter un passé qui ne semblait plus ap])artenir qu'à l'histoiie!

Dès ce moment , il étudia l'histoire impériale. La France et l'Empire, 1 autorité la plus forte à côté de la démocratie la plus Féconde, lui send)lèren( ])lus (pie jamais inséparables, et dans un (^lan tout chevaleresque il s'écria : « Je veux être le Loxola de l'Empire! » Comme l'action n'est que la logique de la pens('e, il se mit sérieusement à l'œuvre. " (Juand j'ai entrepris, — " a-t-il dit plus tard, — de servir la grande cause qui a » si heureusement triomphé pour le bonheur et la gloire " de la France, je ne me suis pas demandt' si |'arri^('- " rais par là à hi fortune ou à la misère, mais si l'idée » était bonne pour mon pa%s, parfaitement résolu, du » reste, ou à suj)porter la |)auvreté avec résignation, si » elle devait rester mon lot, ou à acce[)ler la lortiine avec » modestie, si elle devait m'ariiver un jour '. "

' Discours |)iiiii()n((' ,tii coinice .if;i icoJo il(; Ruantic, le ! ' ■' si-nli'inine

s AU FOREZ.

A cette éj>o(|ue , le duo de Keichstadt était mort, « em- " portant en apparence dans sa tombe toutes les tradi- 1) tions napolc'oniennes' ; » Louis-Napoléon n'était connu tpie pai- son héroïque conduite à Forli; le roi Joseph, héritier Ic'fjitime de l'Rmpereur, vivait à Londres avec le cahne, la sagesse et le désintéressement d'un ]>hilosoplie ancien. Le parti bonapartiste était peu de chose: c'était un culte j)lus qu'une idée; il tenait tout entier dans 1(3 salon de madame la comtesse Ueynaud de Saint- Jean-d'An{}ély. Suivant l'expression d'un bonapartiste, le {jouveinement de Louis-Philippe « riait au nez de ces gens-là. ') En un mot, le letour de l'Empire n'était pas même un rêve.

C'est à ce moment, où personne ne s'inquiète encore

de revendiquer Tliérita^je du jjrand capitaine, que ^L de

</ Persi{;nv fit paraître la Revue de l'Occident français ,

pour lornuder 1 idée impériale, et, s'il (';tait possible, la

restamcr jusipie dans sa forme {gouvernementale.

l^ne t<'lle tentative ressemblait à de la témérité, pres- (jue à de la lolie. Eu effet, cette initiative était d'autant plus remarquable cpielle était isolée; car, lorsqu'il fonda cette publication , il ajjissait sans autre mobile que ses convictions, sans autre force tpie sa foi, et n'avait encore de rapports avec aucun des l 'rinces de la famille impériale.

Cette Bcviic a pour ('pi}]raphe ces paroles de Napoh'ori : «J'ai dessouillé la JU'Volution , ennobli les peuples " et railermi les lois. »

Dans la pensée de l'auteur, c'est moins une publication littéraire <ju'uu manifeste politi(jiu'. Il n'écrit j)as, comme un ac^adémicifMi , pour occuper ses loisirs, mais

* Di.^coiuv! «le M. lie Poisijjiiv ;iu consr'il <;t''iii'i-.il de l.i I.niic, le 23 août

pour remplir consciencieusement un cUnoir; et l'on sent (pi'il préférerait tenir dans sa main tout autre moyen d'action qu'une plume. Il déhute j)ar celle déclaration qui n'est point, à coup sur, d'un homme de lettres de profession : « S'il nous était permis d'agir, nous n'aurions ;;arde de penser à la discussion puhlicpie. »

Dès les premières pages, il expose sa pensée en termes significatifs : « Il n'est pas en Europe un seul » homme instruit des affaires de son temps, (pii n'altende '' une complète rénovation de ce continent. Il semble w que la voix partie autrefois des régions orientales ') pour annoncer la venue d'un Messie proclame , à cette

V heure , la vaste synthèse politique vers laquelle nous i> avançons chaque; jour davantage. A nous donc l'idée " napoléonienne , suppliciée au rocher de Sainte-Hélène « dans la personne de son glorieux représentant! En 1) cette impériale idée résident la tradition tant cher- " chée du dix-huitième siècle, la vraie loi du monde

V moderne, et tout le symbole des nalionalitc's occiden- " taies... Le temps est venu d'annoncer par toute la " terre européenne cet évangile impérial qui n'a point " encore eu d'apostolat. Le temps est ^enu de rehîver le » vieux draj)eau de l'Empereur, non-seulement l'éten- " dard de Marengo et d'Austerlitz, mais celui de lîurgos " et de la MosUowa. L'Empereur, tout l'Empeheur' ! »

Chose digne de remarcjue ! M. de Persigny admire, sans doute, le génie militaire de rEmj)ereur; son cœur est ému par le souvenir de tant de batailles immortelles; mais il admire encore davantage le génie politique qui a créé des institutions plus étonnantes que ces batailles ; il .s'inspire avec enthousiasme de I Csprit et des idées qui

* L'Oi-cidentfianrnis, Paris, Paul Dnpmii. Piélace. [>. vili.

10 AU FOr, EZ.

ont préside' à l'or^jiniisatioii de lu société moderne. H examine successivement Napoléon relevant la religion humiliée, dont le rétablissement fut, dit-il, « une véri- » table conquête à l'intérieur, » fondant de grandes familles, créant des points de ralliement j)0|julaires, opérant la fusion des partis , organisant l'iustruction [)ubli(pie , consolidaut la propriété, encourageant l'agriculture, le commerce et l'industrie, (înfin, concevant et réalisant un code de lois admirable.

M. de Persigny termine par ces lignes ; « Il n\'a pas » d'autre tradition , en ce moment , pour la france et » tout l'Occident. Napoléon est une tradition plus féconde » que tous les comités parlementaires et toutes les écri- » tures constitutionnelles. En 1815, l'Empereur deuian- » dait vingi ans et deux millions d hommes pour refaire » l'Empire détruit par l'invasion. Aujourd'hui , il suffirait ') de deux ans et de nos quatre cent nulle hommes au » pied de paix. »

Il y a, dans ce petit volume, des théories élevées, des aperçus politiques et économiques qui ne manquent pas de profondeur. Des pages entières pourraient être citées, notamment sur la législation civile et l'économie politique, telles que les entendait l'Empereur.

La Revue de l'Occident français mettait en lumière le côté le moins connu et le plus durable de l'époque impériale. C'est une idée sociale, un dogme nouveau, une religion entière, dont les bonapartistes ne se doutaient pas. Ils savaient bien l'histoire des guerres de l'Empire ; ils étaient encore éblouis par le souvenir de ces carrousels gigantesques auxquels l'Europe avait assisté, les armes à la main ; mais nul d'entre eux n'avait songé à porter l'analvse dans toutes les parties de l'organisme impérial. On igimrait ([u'il pût convenir à nos besoins,

c'I <[U(' la sociéto actuelle ne réaliserait un pro^yrès sérieux c|u en 1 adoptant de nouveau.

M. de Persi^ny se posait en adversaire de la « logo- » maciiie politique et des bavardages parlementaires, » et il ajoutait : « Jamais 1 humanité n'a fait un pas que » par un homme, l'homme de l'œuvre actuelle, parce '» que, en ellet, il n'y a qu'un homme (pii puisse être le » représentant vrai , l'expression acti^ c il une phase hu- » manitaire. Pour empêcher, pour conserver comme » ])Our détruire, il se peut que des eflorts divers s'ein- » ploient avec avantage; mais, pour agir, pour créer, » l'unité est la première condition '. »

Ainsi, outre que VOccidetit français était, à proprement parler, une révélation , c'était aussi lui appel formel au rétablissement du régime impérial.

Faut-il le dire, les chefs du parti ne saisirent j)oint la portée de ce manifeste éloquent qui ouvrait sur l'objet de leur culte une perspective inconnue, et prétait à leur foi stérile un point d'appui. Il résvdte même d'une lettre de M. de Persignv qu'ils furent loin de l'encourager dans son entreprise.

Y,' Occident français ne parut qu'une fois, l^éanmoius, cette unique livraison suffit pour éveiller l'attention des princes exilés. Le roi Joseph voulut voir l'auteur. M. de Persigny se rendit à Denham-Place , près de Londres. A peine arrivé , il passa la nuit à composer un long mémoire sur les moyejis de reconstituer le parti impérial; puis il le discuta pendant plusieurs jours, et finit par convaincre Joseph, qui donna son assentiment aux idées et au plan proposés , et promit, en outre, une somm<' considérable destinée à leur réalisation. Mais le frère aînt'

' L'Occident f'ra lirai >; , ii. 75.

12 AIT l-OREZ.

(ie l'Empereur letiiM hicnlol s;i parole : la foi en sa propre cause avait tk-jà dëlailli. A ce propos, M. de Persiffny écrivit au secrétaire du Prince : « Je regrette ■' beaucoup de n'avoii- pu être complètement compris, ') Gela me parait un {;rand malheur ; mais (juelque " grand qu'il soit , il ne m'a pas arraché une seule » larme. »

Si la publication entreprise ])ar M. de Persigny excitait de médiocres sympathies dans le parti bonapartiste, il trouvait ailleurs des compensations dans « les jeunes >! dévouements qu'il inspirait. » J'en ai la preuve dans le passage suivant d'une lettre particulière: « J ai mandé » auprès de moi un de mes amis , afin de lui donner des " instructions pour une mission à remplir dans une des

» glandes villes de France C'est un jeune homme

" d'une noble lainillc, (pii aura une belle fortune, et ' d'un courage des j)lus audacieux. Jusqu'ici il n'était ■ ('onnu que par des duels brillants, le choix de ses ' chevaux et ses (pialités de sportsman. C'est à quoi il ' dépensait sa vie, (puuid j'ai montré un but à cette « âme ardente et lui ai donné une direction plus " élevée »

Du reste, sa foi en « l'idée napoléonienne » était si robuste qu'elle ne pouvait être abattue par aucun échec. " H faut me résigner à mes propres forces, — dit-il à un » de ses amis, — n'importe! ma volonté n'en sera pas ' ébranlée, car je ne sais pas d'obstacles de la j)art des " hommes «pii puissent briser mon courage et user ma '' foi. Quand on est indiflerent aux jouissances niaté- '» rielles et qu'on se moque de la vie sans gloire, on peut •' se dire plus fort (]ue le commim des hommes. Je con- " tinuerai mon œuvre d'a()Ostolat o.i je saurai trouver ie î> point d'appui dWrchimcde. »

m: 1 oiîEZ. i?,

Je n'ai pas dit poiirc|tu)i M. de Persifjny, inul(;ié son dévoilement actif à la intMiie cause, était si mal api^récié par les chefs dn paili bonapartiste. Il va Ini-niéme. dans une communication intime, en fournir la raison, en établissant la difféience (jui existe entre eux et lui . «Lorsque je ressentis l'inspiration d'une idée {;i{;an- » tesque, le hasard m avait jilacé tout à fait étran^jer à )) certaines personnes. Pour arriver juscpi'ii elles, je » n'avais, il est viai, qu'un pas à faire; mille ahoutis- M sauts se présentaient à moi. Mais |'ai répu^^né à fair(î '> la soumission de mes idées. Les chefs n'accepteni " jamais les hommes nouveaux tpi'à cette condition. Or, " mes idées n'étaient de nature à s'humilier devant pei- » sonne. Je ne suis pas membre du parti bonapartiste; «) je suis de la relifjion napoléonienne. Le principe de ') mon dévouement jï est pas seulement dynastique, il ') est religieux. Je ne pouvais donc pas m'enrôlei- sous le » drapeau d'un parti. Je n'ai jamais été lié aux Princes » Bonaparte que je ne connais point. Si je me dévoue à " eux, c est en vertu de ma foi. Ils ])ortent en eux, indé- )> pendamment de leurs qualités personnelles, un prin- " cipe dont ils ne sont pas maîtres, qui aura sks CONsi- )' QUENGES INÉVITABLES, quelles quc soicut leurs volon-

" tés Du reste, le dogme de ma foi est inconnu des

" bonapartistes, et il ne peut leur être sacrifié. Or, c'csl " ce qui aurait eu lieu, si je fusse arrivé à eux comme » un inconnu. Il fallait absolument que je fusse placé " dans une position indé|)endante. Je me sentais assez » fort pour, de cette position , leur faire accepter mes >• idées, et, une fois ce résultat obtenu, assez couscien- ') cieux pour obéir aveuglément au chef désigné. . . INIa » croyance est un tout complet, et les moyens d'exécu- " lion s'y lient tellement qu'il est difficile de les en S('-

12 AU l-'OREZ.

(I<^ rEmpereiir retiiii liicntot sa paiole : la foi en sa propre cause avait déjà défailli. A ce propos, M. de Persifjny écrivit au secrétaire du Prince : « Je regrette " beaucoup de n'avoir pu être complètement compris. '! Cela me parait un grand malheur ; mais quelque » grand qu'il soit , il ne ma pas arraché une seule « larme. »

Si la publication entreprise jiar M. de Persigny excitait de médiocres sympathies dans le parti bonapartiste, il trouvait ailleurs des compensations dans " les jeunes » dévouements qu'il inspirait. " J'en ai la preuve dans le passage suivant d'ime lettre particulière: « J ai mande* " auprès de moi un de mes amis, afin de lui donner des » instructions pour une mission à remplir dans xme des

» grandes villes de France C'est un jeune homme

" d'une noble famille, cpii aura une belle fortune, et ' d'un courage des plus audacieux. Jusqu'ici il n'était " connu que par des duels brillants, le choix de ses II chevaux et ses (jualités de sportsman. C'est à quoi il v dépensait sa vie, tpiand j'ai montré un but à cette " àme ardente et lui ai donné une direction |)lus » élevée »

Du reste, sa foi en « l'idée napoléonienne » était si robuste qu'elle ne pouvait être abattue par aucun échec. " Il faut me résigner à mes propres forces, — dit-il à un » de ses amis, — n'importe! ma volonté n'en sera pas " ébranlée, car je ne sais pas d'obstacles de la part des " hommes qui puissent briser mon courage et user ma " foi. Quand on (;st indilierent aux jouissances nu»l('- » rielles et qu'on se moque de la vie sans gloire, on pcnit 1 se dire plus fort que le commun des hommes. Je con- » tinuerai mon œuvre d'apostolat et je saurai trouver le !) point d'appui (VArchimède. »

AU 1 Ol'.EZ. 1:5

Je n'ai pas dit poui(|ii()i M. de Persi{^;iiy, mal(;ré son dévouement actif à la incnie cause, était si mal aj)préci(' par les chefs du })aili bonapartiste. Il va lui-même, dans une communication intime, en fournir la raison, en établissant la différence cpii existe entre eux et lui : «Lorsque je ressentis l'inspiration d'une idée f;i{;an- » tesque, le hasard m avait j)lacé tout ii fait étranjjer ;i » certaines personnes. Pour arriver ]usqu à elles, je » n'avais, il est viai , qu un j)as à faire; mille ahoutis- « sauts se présentaient à moi. Mais j'ai répu(^;né à faire » la soumission de mes idées. Les chefs n'accepteni " jamais les hommes nouveaux qu'à cette condition, (^r, " mes idées n'étaient de nature à s'humilier devant per- » sonne. Je ne suis pas mendjre du parti bonapartiste; « je suis de la relifjion napoléonienne. Le principe de » mon dévouement n est pas seulement dynastique, il 1) est religieux. Je ne pouvais donc pas m'enrôlei* sous le " drapeau d'un parti. Je n'ai jamais été lié aux Princes )) Bonaparte que je ne connais point. Si je me dévoue à " eux, c'est en vertu de ma foi. Ils portent en eux, indé- )» pendamment de leurs qualités personnelles, un prin- ') cipe dont ils ne sont pas maîtres, qui aura siis consk- " QUENCES INKVITABLES , qucîllcs que soient leurs volon-

» tés Du reste, le dogme de ma foi est inconnu des

» bonapartistes, et il ne peut leur être sacrifié. Or, c'(\sl " ce qui aurait eu lieu, si je fusse arrivé à eux comme " un inconnu. Il fallait absolument que je fusse place " dans une position indépendante. Je me sentais assez » fort pour, de cette position , leur faire accepter mes » idées, et, une fois ce résultat obtenu, assez conscien- )) cieux pour obéir aveuglément au chef désigné... Ma » croyance est un tout complet, et les moyens d'exécu- » tion s'y lient tellement qu'il est difficile de les en S('-

16 A u 1 or. i;z.

» Présent ciiins tous Jes lieux où il s a^fissait soil tl'ac- V tiver le complot, soit de fja^fiier des adhérents, la preuve " de son concours ressort île tous les documents; elle se ') rattache à la j)ieuve de la culpahilité de chacun des » conjurés, et il arrive que la tâche que l'accusation a >' dans ce moment à remplir à son éjjard est en (pielqiie » sorte terminée

» Plus tard la justice a été saisie d'une pièce trouvée M dans un habit de Porsignv, et écrite de sa main; elle " reiiferuK; le plan (|ue 1 on aurait suivi dans le cas où le !' mouvement aurait réussi — »

Cette pièce tend ii montrer que c'est .M. de Persigny, investi de la contianco du Pr'ince, qui correspondait avec les chefs secondaires; qu'il était le centre de l'unité d'action; en un mot, (pi'il avait été lame de l'entreprise préparée par ses soins et peut-être d'après ses plans.

M. de Persi(^;nv, qui avait été arrêté, parvint à s'échapper des mains de la gendarmerie. A peine lut-il en liberté qu'il regretta de ne pas partager le sort de son noble chef. Il voulut se constituer prisonnier : le Piince le lui fit défendre.

Son sé|our à Strasbourg ne pouvant se prolonger impunément, il gagna le grand-duché d<; IJade. Jjà, il fut traqué par la police locale, qui avait ordre de le livrer aux autorités françaises. Il erra plusieurs jours dans les montagnes de la Forêt- }^oire, par des chemins inconnus, à travers des pays dont il ignorait la langue, jusqu'à ce qu'il ap]>rit la grâce accordée à Louis- Napoléon.

Rassuré sur ce point, il partit poui- la Suisse, séjourna un mois environ à Arenemberg; puis reprenant la route de l'Allemagne, il passa en Angleterre.

M. de Persignv voulant justifier l'entreprise de Stras-

AU FORKZ. 17

Ixmij;, en publia un (•()ni|)l<' rendu ou ion lemaïquc los |)assu}]e.s : " Le prince Louis-Xapoleon (après rétablissement de la monarchie de juillet) comprit qu il n'y

• avait plus de patrie pour sa iamille, tant (jue la voix

V du peuple ne serait pas consultc'e. Déjà frappé de cette " coniniunauté d'intérêts, de yloire, de prospérité et de

revers qui exista entre le peuple français et la dynastie

• impériale, il le fut encore ))lus vivement de cette communauté nouvelle (jui ne lui assurait une patrie que

•' dans le triomphe de la cause populaire. Il se demanda " si, lui aussi, il n'avait pas de devoirs à remplir envers le peuple français; si, héritier du plus {^rand nom des ' temps modernes, il ne devait pas ftiire servir le prestige ' de ce nom à replacer la nation dans l'exercice de ses

• droits légitimes Si la France se montre satisfaite du

' régime actuel, si la paix intérieure se consolide sous la îi dvnastie d'Orléans, le prince Napoléon s'est trompé.

V Mais si le mécontentement des partis , si ces uiouve- ' ments partiels et répétés, précurseurs d'une révolution,

I continuent à éclater, on regrettera que le succès n'ait ' pas couronné l'entreprise d'un prince dont le noble •• caractère et le nom populaire assuraient à la France •' l'ordre, la gloire et la liberté '. »

Le plus grand mal qu'on puisse dire de cette tentative impérialiste, c'est qu'elle ne réussit pas. D'après des témoins honorables, que la différence d'opinion ne permet pas de suspecter, M. de Persigny a eu raison de dire : "Ce n'est ni un général, ni un aide de camp, ni un colo- » nel qui fit manquer cette expédition : c'est la fatalité ^ ! »

Il en est un peu de la foi à une idée comme de l'amour :

1 Relation lie Centreprisç du prince Nap()léon-Tjjm<: cl uiotijs qui l'ont déierminée. (Londres.)

2 Ibid.

l'homme qui eu a le cœur péuétre puise toujours ime éner(jie uouvelle dans l'insuccès même de ses entreprises. M. de Persignv a beau attribuer à la latalité la défaite de Strasbourg : il espère la vaincre à force de courage et de persévérance. Il écrit de Londres : « ... Je suis et » serai toujours le même : impavidum ferient ruinœ. " Lorsque le demi-dieu de notre siècle a été cloué, comme » Prométhée, sur un affreux rocher, pour a expier sa » gloire, de quoi pourrai-je uîe plaindre? La pensée de » son long supplice ne me quitte jamais, parce qu'elle me » donne la force de tout supporter. Quand j'ai commencé )i à vivre dans la foi de ce grand homme, je me suis j)ré- » paré à tout. Il n'y a pas de tourment, il n'y a pas de » douleur, de quelque genre que ce puisse être, qui » m'étonnera. Rien donc ne saurait ra'abattre. Tôt ou

» TAIiD, NOUS METTRONS LE PIED SUR LA TRACE DU GÉANT.»

Le parti bonapartiste, à Paris, qui aurait volontiers profité de la victoire, n'approuvait pas l'expédition, après qu'elle eut échoué. Je l'ai déjà dit , il adorait le passé plus qu'il ne croyait à l'avenir. Il se livrait à des récriminations amères jusqu'à l'injustice, surtout depuis que les débats judiciaires avaient révélé la coopération de ce jeune homme qu'il avait si froidement accueilli. M. de Persigny jouissait de toute la confiance du Prince; de plus, on le savait capable d'essayer indéfiniment, jusqu'à concurrence de sa vie, tous les moyens qui pourraient faire triompher la cause impériale. On s'entendit donc tout naturellement pour le perdre dans l'esprit de Louis-Napoléon. Des recherches furent faites sur sa famille; son nom fut contesté, son caractère abaissé, son désintéressement traité de calcul, son ambition mise au niveau de celle d'un intrigant. Un représentant du parti fut délégué auprès du

Prince pour lui exposer, en ce qui concernait JNI. de Persigny , le résultat de toutes les investigations auxcpielles s'était livré le zèle exagéré des bona])artistes. Le Prince écouta tranquillement ce singulier réquisitoire. « On ne ') me croit donc pas capable, — répondit-il, — d'appré- » cier un homme ! » Gomme le député insistait, en faisant observer qu'il serait, tout au moins, prudent de se tenir sur la réserve vis-à-vis de M. de Persigny, et de soumettre son dévouement à une sorte de quarantaine, le Prince ajouta simplement: « Mon cher, on n'éprouve )) pas ses amis ! »

M. de Persigny, avant eu connaissance de cette mission extraordinaire, versa des larmes! Le Prince, lui prenant la main en souriant, la mit dans celle de l'envoyé bonapartiste. En effet, comment aurait-il pu sacrifier à une réclamation équivoque un serviteur d'une fidélité déjà éprouvée , doué de l'esprit de suite et d'initiative, et qui, mieux que personne, avait compris la grandeur morale et l'avenir politique de l'idée napoléonienne?

L'expédition de Boulogne mit de nouveau en relief le caractère de M. de Persigny. A peine arrivés dans cette ville, les insurgés furent repoussés et dispersés. Le Prince, avec cinq de ses amis, se jeta dans un canot; la garde nationale fit feu ; l'un d'eux fut tué, un autre blessé, et l'embarcation chavira.

Le Prince et M. de Persigny, qui s'étaient mis à la nage, exposés pendant plusieurs minutes à une grêle de balles, furent bientôt arrêtés en mer et conduits au château de Boulogne, d'où quelques jours après Louis- Napoléon fut dirigé à Paris. Il y eut une scène touchante dans la cour de la prison , au moment où Son Altesse Im- [lériale montait en voiture. La cour de la prison était rem-

plie «le soldais; les prisonniers, vivemejit émus, étaienl aux fenêtres, lorsque, au milieu d'un silence pénible, la voix (le M. de Persigny se fit entendre : «Allez, Prince! " — s'écria-t-il , — ne craignez rien ! l'ombre de l'Em- V pereur vous protège. Vous triompherez de vos enne- » mis! » Au mois de juillet 1854, le prince Louis-Napoléon revenait comme Empereur à Boulogne; il visitait la prison ou il avait été dc'tonu, et arrivé dans la coui-, au milieu dune nombreuse assistance, il rappelait à rini]iératrire les paroles prophétiques de M. de Persignv, «Ml lui montrant la lénétre d'où elles avaient été projionc('es.

Vovons maintenant quelle fut l'attitude de M. de Persignydans le procès qui s'ouvrit devant la cour des Pairs.

L'organe du ministère public affirme « qu'il a pris à » ce complot une des parts les plus ardentes et les plus j) obstinément coupables. » Il faut le croire !

Est-ce à dire que M. de Persigny vise à s attribuer la (jloire de chef de parti et qu'il manifeste la velléité de se poser comme un homme important? Non. Et, sans vouloir repousser la responsabilité qui peul lui incomber, il répondra : « Je n'avais qu'à obéir. J'appartiens au )) Prince , je suis son soldat ; ]e lui ai obéi en tout ce ') qu'il m'a commandé. » Le chancelier insistant , il coupe court à toutes ses questions par ces mots: « .le » n'ai rien de plus à dire, j'ai apporté ma tète ici. »

En suivant la fortune du neveu de l'EmjM'reur, M. de Persigny était préparé à toutes les éventualités qui pourraient l'atteindre personnellement. Le président de la cour des Pairs lui avant accordé la paroh^ p(mr se défendre , il oublia son propre intérêt pour s'occuper exclusivement de la cause dont il s était fait le champion. Il ne voulut profiter de l'heure de liberté qui lui était

laissée que pour glorifier encore une fois publiquement, solennellement, l'idée à hupiclie il s'était dévoué corps et âme. Mais le chancelier rempécha de terminer sa défense.

M. de Persigny fut condamné à vingt ans de détention , et enfermé dans la citadelle de DouUens.

L'avenir est à ceux qui savent attendre dans la paix de leur conscience et la force de leurs idées. Je ne sais pas dr' plus noble conspiration contre l'adversité que la résignation du courage et le travail dans la confiance de l'avenir.

Pendant leur captivité , Louis-Napoléon et ses amis , toujours fermes dans leurs espérances , remplis de cette patience calme qui est souvent l'instinct d'une destinée meilleure, persuadés qu'ils ne s'étaient trompés que de date , se consolaient des rigueurs momentanées de la fortune par les plus sérieuses études. C'est du fond de cette retraite qu'est sorti le livre de M. de Persigny sur les Pyramides '.

Comme le titre l'indique, cet ouvrage a pour but de rechercher la véritable destination de ces monuments , et de prouver qu'ils ont été construits pour opposer une digue insurmontable aux irruptions du désert.

Pour arriver à la solution du j)roblème qu'il s'était posé, M. de Persigny a tour à tour invoqué l'histoire, la géographie , l'archéologie , la géométrie , la mécanique, l'aérostatique , la météorologie ; il a consulté tous les documents relatifs à l'Egypte, depuis Hérodote jusqu'à Champollion-Figeac ; il a pesé toutes les assertions ; il a

' De la destination et de l'utilité permanente des Pyramides d'Egypte et de Nubie contre les irruptions sablonneuses du désert, par M. Fialin de Persignv. Paris, chez Paulin. — Le lecteur trouvera plus loin de» extraits de ce travail.

discuté tous les faits ; il s'est livré h de hautes considérations tirées de la politique et de la religion ; enfin, il a présenté des preuves nif)iales et des preuves uuithémaraatiques du problème.

Avant de publier son livre, ^[. de Persignv l'avait adressé sous la forme d'un mémoire à l'Académie des sciences , qui avait nommé une commission de cinq membres pour l'examiner. En le [)résentant h la savante compagnie, M. Arago avait implicitement donné son approbation en ces termes : « Les Pyramides ont ') l'emplacement, les dimensions et l'orientation pour » représenter les aiguilles d'un barrage unique '. » (Vest lîi toute la thèse soutenue dans le livre.

M. de Persignv, qui était resté détenu jusqu'à la Révolution de 18iK, fut un des premiers à se réjouir de voir la nation, par l'établissement du suffrage universel, mise en possession du droit de se donner un gouvernement. Lui et ses amis jetèrent aussitôt en avant le nom de Napoléon. A peine ce nom fut-il prononcé, qu'il devint une espérance et un signe de ralliement. !M. de Persignv, soupçonné de provoquer des svmpathies en faveur de l'héritier de l'Empereur , fut arrêté par les ordres du gouvernement provisoire et enfermé ii la Conciergerie , où il se trouvait encore pendant les sanglantes journées de juin. Mais bientôt le 10 décembre réalisa le rêve qui avait occupé sa vie.

Depuis l'avènement du prince Louis-Napoléon à la Présidence de la République pisqu'à l'ouverture de l'Assemblée législative, M. de Persignv ne fut investi d'aucune fonction officielle. Il se contenta de rester l'ami et le conseiller intime du chef de l'Etat.

' Procès-verlmiix de l'Académie des sciences.

Aux (ilections gëiuhales de 1849, il fut nommé repiëseutant du peuple par les départements de la Loire et <lu Nord.

On sait <pi(;lle tut la participation active des fonctionnaires publics à 1 élection présidentielle. Choisis par le géuéral Cavaifjuac , ils soutinrent tout naturellement sa candidature. Mais , cette fois , l'opinion du paN s se trouva en désaccord éclatant avec les agents de l'administration.

Après l'installation du Prince Président, la première question qui se présenta fut donc celle de savoir si les fonctionnaires supérieurs des départements seraient ou révoqués, ou maintenus, ou bien déplacés. Un document particulier, publié plus loin, nous apprend comment M. de Persignv était d'avis qu'on la résolût. La politi(pie développée à ce sujet était tout à fait élémentaire ; sa simplicité en faisait l'habileté. Elle était doublement sage , en ce sens qu'elle était prudente et ne froissait personne. En outre, elle présentait un avantage moral dont on aurait dû tenir compte, c'était de dégager la situalion des fonctionnaires, en ôtant à leur conduite passée l'apparence d'une défection scandaleuse, et à leur dévouement pour le gouvernement nouveau l'apparence d'un concours équivoque.

^iais les amis du lendemain se préoccupaient de bien autre chose ! Le crédit de M. de Persigny les gênait; ils essayèrent de le ruiner à force de zèle et de calomnies. Ils ne pouvaient pas rendre suspect son attachement au Prince : ils prirent la ditfîculté de biais. On lui attribua des discours qu'il n'avait pas tenus, des opinions qui n'étaient pas les siennes. Il fut représenté comme un homme absolu, exclusif, extravagant même dans les desseins qu'on lui prétait , et qui mettait une persistance satanique à suggérer des folies.

Après avoir été débités dans les journaux et colportés ;i travers les couloirs de 1 Assemblée, ces pro])Os eurent les honneurs delà tribune. On se souvient des " passions » détestables » dénoncées par M. Odilon Barrot. M. (b; Persifjny aurait pu opposer ])Our sa délense les principes qu'il avait tou|ours professés; il s'était borné, un jour, au plus fort de la lutte, ii dire de ses adversaires: « Ils " me poursuivent? J'ai un bon moven d(; les réduire à "l'impuissance: c'est de les laisser faire! "Il avait raison. Néanmoins, le Prince Président, voulant ôler tout prétexte à une hostilité qui devenait excessive , envoya M. de Persi^jny en ambassade à Berlin, et ouvrit ainsi une nouvelle carrière à son activité.

Mais bientôt les partis allaient rendre nécessaire le coup d'Ktat du 2 décembre.

La lutte entre le Président et l'Assemblée était, en effet, flagrante , la (juerre civile près d'éclater, la conciliation désormais impossible : le coup d'Etat était légitime.

Parmi les conseillers de cette haute mesure qui devait mettre un terme à une situation aussi tendue, s'est trouve naturellement M. de Persigny. Ici, qu il me soit" j)ermis de noter lui fait qui éclaire d'une vive lumière le caractère de notre illustre comjiatriote ! Il avait été désigné pour remplir les fonctions de ministre de l'intérieur au moment du coup d'P^tat. Il s'était préparé à cette mission importante, et il avait dc'jii écrit el signe- la circulaire qui devait annoncer l'événement aux dé])artements, lorsqu'à la veille du 2 décembre, frappé d'une grave considération , il engagea le Prince Président à ne pas lui donner un rôle aussi en évidence dans la mesure projetée. Il lui représenta que, dans un acte si considérable qui avait pour objet le salut de la société en pciril, ses opinions impérialistes bien connues pouiraient en coui-

AU lOUEZ. :.-)

promettre la moralité, on lui imprimiint le caractère d'une entreprise de parli. Il lui paraissait plus politicpie àr choisir comme minisire du cou[) d'Iltat un lionune éfjaleraent dévoué et résolu, mais don! les affinités avec les classes moyennes et les relations amicales avec les représentants de tous les partis etaieni de nature ;i rassurer les intérêts effrayés, en maiirtenant a la mesure le caractère exclusivement social qui la justiliait. C'est ainsi que M. de Mornv lut a])pelé au rôle ('minent qu'il sul remplir avec tant de courajje et d'hahiletx''.

Quant à M. de l'ersi(;nv, il fut char{;é de snrveillei-, ;i la tête d'un piqu(;t d'infanterie, la ])rise de possession du ])alais lé.';islatir. Singulière coïncidence ! l'homme choisi pour cette mission était le même qui, plusieurs années auparavant , avait dcMioncé « l'imitilité de la trihune » , et avait dit : " S'il nous était ]Knnns d'agir, nous » n'aurions garde de penser à la discussion publique. » Il dut y avoir une satisfaction profonde dans le (!reur d'un homme d'action, tel que M. de Persignv , assistant, les bras croisés, à la clôture de ces séances vaines et agitées où il s'était contenté du rôle d'observateur.

Il était ministre de l'intérieur depuis le !22 janvier, lorsqu'on septembre 1852, le Prince Président entrej)ril, à travers la France du Midi, ce vovage triomphal on les populations l'accueillirent aux cris de Vive fEin/jereitr ! vivo Aapnlraii III! et il la suite duquel l'Empire liit proclamé.

Le 21 juin 185 4, M. de Persignv donna sa démission. Les actes de son administration , pendant son premier ministère, ont été résumés dans un rappoit considérable, ou il rend com])te à l'Empereur de l'usage qu'il a fait du pouvoir qui lui avait été confié. Ce documentcommenee ainsi : « Sire, lorsque, le 22 janvier 1852,

') Votre Majesté m'appela au ministère de l'intérieur, » elle voulut avoir, à cause de la gravité des circon- " stances, moins un administrateur expérimenté qu'un " homme dévoué depuis de longues années à sa personne, ' à son système politique, et dans lequel elle plaçait une > entière confiance. Il importait alors, en effet, de com- " muniquer à tous les fonctionnaires publics le sentiment

V de la force de la cause de Votre Majesté et la foi dans " son avenir. Oserai-je le dire sans trop de présomption? » Je crois avoir justifié son choix par l'accomplissement

V de la mission qu'elle m'avait donnée de concilier, dans 'I l'application du nouveau système de gouvernement, la " fermeté avec la modération. «

L'administration de M. de Persigny fut, en effet, modérée, conciliante, ferme, équitable. Dans mie circulaire en date du 5 mai 1852, il donnait aux préfets ces belles instructions : « N'oubliez jamais que la justice est » le premier besoin des populations, et (ju'elle seule peut » donner une véritable force à l'autorité. Ne perdez >' jamais de vue qu'une bonne administration est la meil- ■» leure politique. »

En ce qui concerne la presse, dans l'espace d'une année, du 10 juin 1853 au 10 juin 1854, trente-trois avertissements seulement frappèrent les journaux de Paris et des départements. Dans l'espace de quatorze mois, le ministère de la police générale en avait donné quatre-vingt-onze. M. de Persignv, ainsi qu'il le disait lui-même, voulait assurer à la société une protection efficace; mais il n'a demandé aucun .sacrifice à la pensée humaine. Ses dispositions libérales n ont pas changé. Dans son rapport du 10 décembre 1860, par le(]uel il demande à l'Empereur de prononcer la remise des avertissements qui ont atteint les joiunaux, M. de Persigny

dit : « Un certain nombre de l'euilles periodiqnes ont » reçu deux avertissements et se trouvent ainsi sous le )) coup de la suspension. En les dégageant de ce péril, le y gouvernement les replacera dans les conditions d'in- » dépendance qu'elles ont compromises, et cet oubli du " passé sera un nouveau ga^je donné à cette généreuse » j)olitique qui tend à la réconciliation et à l'union de w toutes les intelligences du j)ays. »

Lorsque M. de Persigny se retira du ministère en 18 54, l'Empereur lui adressa la lettre suivante :

* Saint-Cloud, le 22 juin 1834.

» Monsieur le ministre, je regrette vivement que votre ') santé vous oblige à me donner votre démission, et " je ne regrette pas moins que vous n'avez pas cru de- " voir accepter la position de ministre sans portefeuille; » car cette dernière combinaison ne m'aurait pas privé M des lumières et des conseils loyaux d'un lionime qui , » depuis vingt années, m'a donné tant de preuves de » dévouement. Comme témoignage de ma satisfaction " particulière, je vous nomme grand officier de la Légion » d'honneur, et j'espère que votre santé vous permettra » plus tard de me rendre de nouveaux services.

" Sur ce, je prie Dieu qu'il vous ait en sa sainte garde.

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