‹ Le duc de Persigny et les doctrines de l'empireChapitre 2 sur 54 · AP0LK0N · texte numérisé non relu

AP0LK0N

Depuis 1855, il a représenté deux fois la France à Londres. Pendant ses deux ambassades, il s'est efforcé de raffermir l'alliance anglaise, en calmant les alarmes, en dissipant les craintes, en détruisant les préjugés qui étaient de nature à la com])romettre. Il n'a manqué aucune occasion de démontrer l'intérêt réciproque de la

France et de l'AnjjIetorre à une alliance intime. Kt, à ce sujet, il s'est élevé à des considérations pleines de bon sens politique, dans les discours (pi'i! a prononcés, en janvier 1858, à la députation ({es autorités de la Cité de Londres, en août de la même année, devant le conseil général de la Loire, et, le 10 novembre 1800, au banquet annuel du Lord JNIaire.

Les discours de ^L de Persi(jnv ont le privilège d intéresser vivement l opinion publique, en Europe comme en France, non-seulement parce qu'ils contiennent la pensée de l'Empire, mais encore parce fpi'ils ont une sorte de ])ersonnalité ou lindf'pendance de lesprit et la fidélité respectueuse du serviteur prennent un caractère ori{;inal et chevaleresque. Les hommes d'Etat vulgaires, lorsqu'ils se trompent, s'attachent à dissimuler ou même à justifier leurs erreurs. Dans une grave circonstance, avant la guerre d'Italie, ^L de Persigny était allé jusqu'à faire des reproches à son {jouvernement et a lui donner des conseils qui ne pouvaient être écoutés. Plus tard, il n hésite pas à avouer ses torts, et il le.-» avoue publiquement, dans un langage (pii mérite d'étic cité comme un exemple de modestie et de lovante.

« J'arrive maintenant à un point déhcal.

" Après avoir résolu les deux{;randes (juestions qui trou- » Liaient la paix du monde, après avoir j^ris vuie j)art si » glorieuse aux affaires de notre temps et vu notre pays » occuper une place; si élevée dans les conseils de l'I'lu- » rope, nous ne devons pas nous étonner que de si » grandes choses n'aient pu s'acconq)lir sans crt-er, en » Europe, des inquiétudes et des méfiances. C'est un des » malheurs d(? la ,<;uerre de produire dans les esprits un » ébranlement (pii survit à la gueire ujéme. Mais pour » moi , Messieurs , profondément convaincu que la mis-

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' sion du nouvel Emj)ire est de réconcilier l'ancienne V France révolutionnaire ou conquérante avec toutes les » puissances , si nous avions rien fait qui nK'ritàt de

' nous faire perdre la confiance de l'Europe, je consi- >' dérerais comme bien chèrement acquise la gloire de ces

' dernières années. Un moment, je l'avoue, et quelque

• temps avant la guerre d'Italie, les apparences semblaient être si fort contre nous, que tout le premier, " comme saint Pierre reniant son maître, j'ai cru (pie ') mon gouvernement, dans lenivrement du succès, avait ') oublie le ])rogramme de Bordeaux, et je m'en affli- " geai profondément. Bientôt , éclairé sur l'état des " affaires, je rougissais d'avoir douté de la sagesse de » l'Empereur; mais je n'en étais pas moins affecté d'une » situatio)) qui nous donnait les apparences de l'agres-

" sion

» Je reprochais à mon gouverne-

" ment une attitude diplomatique qui lui avait donné » l'apparence des torts, (piand il avait, en réalité, les " mérites d'une grande et noble politique.

» Messieurs, qu'il me soit permis de le dire ici, l'Em- " pereur ne dédaigna pas de répondre à ces observations " d'un fidèle sujet, et, je m'empresse de l'avouer, sa » haute sagesse avait raison des conseils du serviteur.

» C'est qu'en effet, je l'ai bien compris depuis, faire " connaître publiquement l'obligation ou nous étions " placés, au lieu de se borner à appeler, malheureuse- » ment en vain ^. l'attention des cabinets sur la situation " de l'Italie , qui leur était du reste aussi parfaitement 'Connue qu'à nous-mêmes, c'était nous donner non )' plus l'apparence , mais la réalité même de l'agression » contre l'Autriche ; car du moment que l'Italie savait » sur quel puissant secours elle pouvait compter, il n'y

aO AU FOREZ.

» avait plus moyen de la contenir, et ce qui vous était » encore permis d'espérer, ce fpie l'Anfjleterre a espéré "jusqu'au dernier moment de la sapesse de l'Autriche, » il était impossible de l'attendre d'un peuj)le altc'ré de " haine et de vengeance. Ainsi ce silence qu'on rej)ro- » cliait à l'Empereur n'était déhnoiable qu'à lui, et sa » loyauté éclatait d'autant pUis grande qu elle était plus )' injustement et plus cruellement soupçonnée. »

Le P' lévrier 1858, ^I. de Persignv a été nommé membre du conseil |)rivé. Le choix de l'Empereur est expliqué dans le Moniteur du 12 du même mois en ces termes : « L'Empereur a fait entrer dans le conseil privé » les représentants les plus élevés de la religion, de l'ar- • niée, de l'administration, les présidents des grands " corps de l'Etat, enhn l'homme qui, par ses antécédents, » personnifie le dévouement ci la dynastie dans les jours " d'épreuves. »

M. de Persignv, appelé pour la seconde fois au ministère de l'intérieur, le 24 novembre 1860, a été remplacé le 23 juin 1863.

Le 9 septembre suivant, l'Empereur, voulant lui donner un témoignage de sa bienveillance pour les services qu'il a rendus à l'Etat et pour son dévouement à sa personne, lui a conféré le titre héréditaire de duc de Per-

Il ne m'appartient pas, et du reste je crois inutile d'apprécier les actes politicjues et les discours de M. le duc de Persignv. Le lecteur pourra les apprécier luimême. Mais (juels que soient son jugement et ses préoccupations, il ne pourra s'empêcher de reconnaître que partout et toujours, à Strasbourg, à Boulogne, comme dans les conseils de l'Elvsée, M. le duc de Persigny a poursuivi le rétablissement de l'Empire; qu'à cet égard

il a devancé pendant près do vinfjt ans l'opinion pulilique', et qu'il est la pcrsonnilication la plus chevaleresque du régime actuel.

Joseph DELAROA.

• M. Emile de Guaiiliu le .reconnaît en ces termes : « A une époque '1 où rien ne pouvait faire sou|>çonner rpie la Répuhlicpie ramènerait en » 1852 l'Empire par le même chemin qu'elle lui avait frayé en 1799, >• M. de Persignv, qui est né avec la vocation de prophète et d'apôtre, n a été le prophète de la nouvelle ère impériale. — Ne voyez-vous pas » que l'Empire est proche, qu'il est imminent et inévitable! venait-il 1) souvent crier, en 18'i-7, à nos oreilles incrédules. Il voyait alors ce que » ne voyaient pas nos yeux ; car ce qui nous paraissait invraisemblaljle s'est » acconq)li : l'Empire, deux fois défait, en 1814 et eu 1815, s'est refait ,- en 1852. .. (Presse, mai 1864.)

On lit dans une lettre du même puLliciste à M. le duc de Pcrsijjny : «... S'il est un homme en France (pii n'ait pas lu droit de tenir en sus- )i picion ceux qui voient trop loin et trop vite pour leur tenqis, ceux qui " devancent l'opinion, permettez-moi de vous le dire, c'est vous, qui '■avez devancé de si loin l'opinion, alors qu'indifférente, elle laissait » en 1840 condamner sans s'énionvuir le prince Louis par la cour des » Pairs (15 novembre 18G4.)

Kl

DE LEMPIRE

CIRCL LAIRE

DU COMITK DE LA RUE MONTMARTRE EN VUE DES ÉLECTIONS GÉNÉRALES A LASSEMBLÉE LEGISLATIVE'.

Paris, le 8 avril 1849.

Messieurs les Electeurs , penneltez-nous de vous rappeler les principes qui doivent nous guider dans les })rochaines élections.

Ces principes sont ceux qu'adopta l'Empereur Napoléon quand, parvenu au pouvoir, au milieu d'une société bouleversée par des partis acharnés les uns contre

1 Nous trouvons cette circulaire dans la Patrie du 10 aMil 18V9, et nous la reproduisons, parce rpicUe a été écrite par M. de Persi{jn\ , vice-président de ce coinitc électoral.

Z^ LE DUC DE rERSIO'Y.

les autres, il entreprit de les reconcilier, de les fondre dans un grand parti national , en appelant à lui tous les hommes de mérite, tous les honnêtes gens, à quelque drapeau qu'ils eussent appartenu. Ces principes, ce sont les mêmes que professe aujourd'hui le neveu de l'Empereur, et dont il poursuit l'application avec tant de sagesse et de fermeté.

Imitons le noble exemple du Président de la République. Bonapartistes de la veille, sovons les premiers à renoncer h ces distinctions qui ne servent qu'à perpétuer les haines et à exciter des méfiances funestes.

Il n'y a , d'ailleurs , que les partis faibles qui redoutent le contact des partis qu'ils ont combattus. Nous , forts des sympathies populaires , nous savons bien que si l'élu du peuple était menacé, des milliers d'hommes se lèveraient pour défendre leur ouvrage. Ne craignons donc pas de sacrifier à rint('rêt ])ublic le souvenir des griefs et des dissidences du passé, et associons-nous franchement h tous les éléments d'ordre de notre pays. Déjà, nous avons donné le premier exemple de cet esprit d'union et de conciliation j)ar l'adjonction de plusieurs d'entre nous au comité de la rue de Poitiers.

Mais, plus les véritables bonapartistes font appel à la concorde, plus les populations doivent mettre de scrupule ;i n'élire que des représentants fermement rc'Solus à soutenir le Président de la I{('pid)lique. La France accepte tous les honuues honorables, sages et intelligents des anciens j)artis; toutefois, elle a le droit de leur demander comment ils comprennent le sentiment national et ce qu'ils feront pour le satisfaire. Le pays a donc à choisir entre les candidats qui désirent le renversement de l'œuvre du 10 décembre et ceux qui en veulent l'affermissement.

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