‹ Le duc de Persigny et les doctrines de l'empireChapitre 7 sur 54 · PRESSE · texte numérisé non relu

PRESSE

Le même esprit de franchise et de décision a dirigé l'administration , lorsqu'elle a eu à appliquer la loi qui

ré(jit actiiolleineiil la presse , et (jui sera considérée comme un des plus .'|rands services que le ffouvernement tle Votre Majesté ait rendus au pays. Sous l'empire de cette législation , toute opinion sérieuse et sincère peut se produire librement, à la condition de revêtir cette modération et cette mesure (pii ne sont pour la vérité elle-même cpi'nne force de plus. Mais il ne sera plus donné à la presse de reconstituer en face du pouvoir ce (gouvernement irresponsable et occulte cpii avait ses mots d'ordre trop fidèlement obéis, qui rendait possibles et enfantait, ix force de les prédire, les périls (pi'il voulait faire naitre, et qui, en éveillant les inquiétudes, en irritant la curiosité par d artificieuses alarmes et jusque par d'hv})ocrites conseils, savait faire de citoyens paisibles les dociles et involontaires instruments d'iMie pensée cpi'ils ne connaissaient j)as. Ainsi l'approclie de certains jours, le retour de certains anniversaires amenaient invariablement l'annonce d'imposantes démonstrations ; on propa^jeait l'ajjitation en feignant de la craindre et de la déplorer; on excitait les passions en prêchant la méfiance et la modération; et, quand l'esprit public avait été tenu (piei(pie temps en éveil , qu'une fermentation s'était produite et (pie de (graves appréhensions avaient été créées, au jour dit, quatre cent mille curieux entraînés dans le l)ié{je par une habile mise en scène, se répandaient dans les rues et faisaient eux-mêmes, sans s'en douter, la manifestation (|u'ils venaient voir. Alors l'alarme se réjiandait dans le pays ; les esprits les plus fermes ne pouvaient se défendre de certaines craintes ; les moins prévenus admettaient l'existence, au sein de la juition , de nudadies morales qui n'étaient (ju'artificielles , et, grâce à l'audace qu'une apparence d'ap|)ui donnait aux passions

anarchiques, des daii[;ers sérieux naissaient d'une menteuse fantasmagorie. Aujourd'liui, la presse ne peut plus déserter son rôle véritable pour se mettre au service des factions ; elle ne peut plus inoculer au pays l'esprit de désordre par la peur ou l'imposture ; et ainsi se trouve conjuré un grand péril , sans j)ourtant qu'aucune atteinte soit portée à la liberté des intelligences. En effet, je ne crains pas de le dire, si le gouvernement de Votre Majesté, si soigneux d'accueillir tout ce qui est noble, juste et utile, laissait en debors de son action quelque idée grande et féconde, il ne serait pas au pouvoir de la législation actuelle , pas plus que d'aucune autorité au monde, d'empêcher cette idée de se produire et de se faire jour ; et elle puiserait dans la modération même, imposée par la loi, un nouvel et irrésistible élément de succès. Le gouvernement de Votre Majesté a donc le droit de dire qu'en assurant à la société une protection efficace , il n'a demandé aucun sacrifice à la pensée humaine.

Si l'on considère l'attitude de la presse aujourd'hui, on est forcé de reconnaître qu'en aucun temps elle n'a eu un langage aussi sage , aussi modéré , aussi conforme à la dignité des écrivains. Jamais elle n'a montré des sentiments plus patriotiques.

Les avertissements ont toujours été en diminuant.

Du 1" mars 1852 au 10 juin 1853 (ministère de la police générale), quatre-vingt-onze avertissements ont été donnés aux journaux publiés à Paris et dans les départements; un de ces journaux (/e Corsaire) a été frappé de la suppression. Du 10 juin 1853 au 10 juin 1854 (ministère de l'intérieur), trente-trois avertissements seulement ont été donnés : un seul journal {l'Assemblée nationale) a été suspendu pendant deux mois.

Je dois faire observer <(iie le plus fjrand nombre de ces avertissements s'ap[)li(|aent à des journaux de départements , et ont été motivés par des polémiques se rattachant à des intérêts secondaires et à des questions personnelles ou locales.

Au point de vue de la répression judiciaire, les effots de la législation actuelle sur la presse sont encore plus remarquables. On se souvient du temps où les procès de presse avaient le privilège de surexciter l'opinion et d'absorber l'attention publique, en provoquant des scandales qu'ils avaient au contraire pour but de réprimer et de punir. Aujourd'hui, le régime des avertissements suffit ; je constate, comme un résultat digne d'attention, que, depuis plus d'un an, aucun procès de presse pour délit politique n'a été porté devant les tribunaux.

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