‹ Le duc de Persigny et les doctrines de l'empireChapitre 6 sur 54 · COLPORTAGE · texte numérisé non relu

COLPORTAGE

« Pour la première fois qu'elle est rattachée au ministère de l'intérieur, la commission permanente chargée de l'examen des livres destinés au colportage s'est réunie, sous la présidence de M. le directeur de la sûreté générale. M. le comte de Persignv, ministre de l'intérieur, assistait à la séance,

» Le ministre a commencé par déclarer qu'il venait témoigner, par sa présence, de l'importance qu'il attachait à une institution qui avait pour hut la moralisation et l'instruction du peuple.

« Le colportage, a-t-il dit, est la ])r('sse des classes » populaires et l'instrument avec Icijiiel ou peut (-gale-

' E\lr:iit de la Pairie. Jiilll.'t ÎSô;].

" iiK.'iit les corrompre on les moraliser, lîieii n'est donc 1) plus imporlanl, an point de vue des inU;réts politiques " et des intérêts religieux, que le choix des livres repan- » dus par ses innombiables agents. " M. le ministre a continué en appréciant le rôle et la situation sociale îles classes populaires vis-à-vis des gouvernements. Il a dit qu'il n'v avait de gouvernements stables, forts et conservateurs, dans l'acception la plus vraie de ce mot, que ceux en qui revivaient les sentiments, les instincts, les crovances et les enthousiasmes des masses. « Faire ac- " cepter l'autorité à ceux qui ont reçu de la Providence » le lot du travail et de la misère, et développer ainsi » dans leur cœur, par les plus nobles mobiles, le patrio- ') tisme du désintéressement et de la résignation , voilà » le problème à résoudre. »

» Rappelant l'exemple des Stuarts, il a inontré l'incompatibilité des dvnasties avec les nations dont elles ne représentaient plus l'esprit : « Si les Stuarts sont » tombés, a-t-il dit, c'est que la Réforme avait pénétré » toutes les couches de la société en Angleterre, et créé un » état social nouveau auquel ils ne correspondaient plus. » Les révolutions qui ont amené en France la chute des » anciennes monarchies sont la démonstration la plus » éclatante de cette grande vérité. I-a dvnastie napo- ») léonienne s'est fondée et s'est relevée, parce quelle » était l'expression la plus vraie et la plus glorieuse des » sentiments et des intérêts du peuple. Après avoir or- M ganisé, il y a cinquante ans, la Révolution française )' dans ce qu'elle avait de juste et de nécessaire , elle a •' vaincu le socialisme, il v a deux ans, en attirant à elle » toutes les populations égarées que la démagogie avait » enrôlées sous son drapeau. "

» M. de Persignv a ajouté (pie la satisfactioii tlonnée

aux intciéts moraux des classes populaires ëlait la meilleure garantie des classes riches. « Quand le peuple est » satisfait, a-t-il dit, et qu'il croit à la sollicitude et à » la justice du gouvernement, alors la société peut être » rassurée , car elle a pour la défendre les forces mêmes 1) qui servent aux révolutions. » Il a terminé en engageant la commission à ne pas perdre de vue le but de son institution, et à continuer tous ses efforts pour 1 instruction et la moralisation du peuple. »

RAPPORT

SUR l'administration du ministère de l'intérieur'.

Sire, lorsque, le 22 janvier 1852, Votre Majesté m'appela au ministère de l'intérieur, elle voulut avoir, à cause de la gravité des circonstances, moins un administrateur expérimenté qu'un homme dévoué depuis de longues années à sa personiu;, à son système politique , et dans lequel elle plaçait une entière confiance. Il importait alors, en effet, de communiquer à tous les fonctionnaires publics le sentiment de la force de la cause de Votre Majesté et la foi dans son avenir. Oserai-jc; le dire sans trop de présomption ? Je crois avoir justifié le choix de Votre Majesté par l'accomplissement de la mission qu'elle m'avait donnée de conciher, dans l'application du nouveau système de gouvernement, la fermeté avec la modération.

* Ce rapport eiiiJ)r,i5So 1 ndininlsiratioii do M. de Pei-si/jnv, du i2 janvier 18.j2 au 2.'} juin iS.'îV. — Il a élé inséré au Moniteur du fl't juin

P<1L1T1QIT1:.

ELKCTIONS.

J'ai eu pour lâche, au Jehiit même de mon administration, de mettre en vigueur la nouvelle loi électorale. La nomination des membres du Corps législatif et le renouvellement des conseils locaux m'ont donné l'occasion d'appli(|uer le premier, en matière d'élection, les principes que Votre Majesté a proclamés. Juscpi'ici, le pouvoir n'osait point avouer ouvertement ses candidats : désireux d'obtenir le concours des corps électiFs, c'est par des voies détournées qu'il s'efforçait d'arriver à son but, en se cachant derrière des coteries locales, en flattant des intérêts particuliers, en mettant obscurément au service de mesquines rancunes ou de prétentions illégitimes cette influence qui appartient toujours à l'autorité, mais qui ne s'exerce honorablement qu'au grand jour. Le gouvernement de Votre Majesté a tenu à honneur de répudier ces pratiques et de substituer le \ni\\ du pavs aux menées de l'intrigue. \ otre gouvernement a donc désigné lui-même aux électeurs les hommes qu'il croyait devoir préférer, mettant la nation en demeure de lui donner ou de lui refuser, dans la liberté de ses votes, une preuve incontestable de sa confiance. Il a provoqué ainsi siir lui-même, dans la personne de ses candidats, le jugement de la France. Le résultat de cet appel, ainsi que l'attestent les élections générales de 1852, confirmées ])ar toutes les élections partielles qui ont suivi , a été nue nouvelle et imposante manifestation de l'opinion publique.

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