‹ Le duc de ReichstadtChapitre 19 sur 50 · SOMMAIRE DO CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

SOMMAIRE DO CHAPITRE IX

Le chevalier de Prokesch k Rome. — Visite k Laetitia. — Anec> dote de l’enfance de Napoléon. — Bénédiction donnée au moment de la mort. — Lettre d’un ami du prince. — Visite à Schœnbrünn. — La chambre de Napoléon. — Enceinte réservée dans les jardins de Schœnbrünn. — Lettre de Marie-Louise. — Appartement du prince k Vienne — Ses livres. — Remarques sur l’ouvrage de M. de Norvins. — Portrait de Napoléon par Gérard. — Ossian. — Le trésor impérial et le berceau du roi de Rome. — Tombeaux de la famille impériale.

(cmiUPitüiBæ

« Je n’eus pas la consolation d’arriver à Vienne assez à temps pour dire au prince un dernier adieu, me raconta M. de Prokesch ; je partais de Rome à

l’instant même où il expirait ! Quelles que fussent

les tristes nouvelles que j’avais reçues, je ne pouvais croire à la possibilité si prochaine d’une perte aussi cruelle

« La mission dont j’étais chargé à Rome m’avait mis en relation avec le prince Gabrielli , homme dis* tingué qui représentait son gouvernement dans la discussion des affaires militaires. J’eus occasion de rencontrer chez lui la princesse Gabrielli , sa bellesœur, fille du prince de Canino : c’est une femme aimable et spirituelle , dont la conversation m’intéressa. Elle me demanda avec empressement des détails sur le duc de Reichstadt, et elle écouta ce que je lui en racontai avec la plus grande attention.

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Quelques jours après, on me demanda si je ne me sentirais pas d’éloignement pour aller visiter la mère de Napoléon. Je répondis que je me rendrais volontiers chez elle; qu’on aurait une bien fausse idée de mon gouvernement si l’on supposait que , dans une telle démarche d’un agent de sa confiance, il apercevrait un autre motif que le désir de porter des consolations à l’âge avancé d’une mère, réclamant des nouvelles d’un être qui devait rester cher à son cœur.

« Le ai juillet, veille démon départ, je me rendis chez f.ætitia. A travers son âge et ses cruelles infirmités, elle a conservé de la dignité dans sa contenance. Depuis sa chute, elle ne peut pas quitter son canapé; elle me fit placer à côté d’elle : son émotion et ses larmes me touchèrent; elle me parlait du jeune duc avec le sentiment du danger qui menaçait prochainement ses jours; elle-même avait l’air mourant. Cependant les détails que je lui donnai sur le prince firent diversion à sa douleur par l’intérêt qu’elle y attacha ; elle se ranimait insensiblement en s’informant avec soin de ses penchans et de ses qualités, en recueillant chacune de mes réponses. Je lui dis que, d’après mes observations, le prince, doué de la rare faculté d’approfondir les questions les plus délicates, manquait néanmoins habituellement de promptitude dans ses conceptions.

a En cela, répondit-elle, il ressemble à ce que fut « son père dans ses premières années : aussi , au dé- « but de ses études. Napoléon fut celui de mes « enfans qui me donna le moins d’espérances ; il « 1 resta long-temps avant d’avoir quelque succès; mais

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« quand plus tard, pour la première fois, il obtint « une bonne attestation de ses maîtres, il me l’ap- « porta avec empressement; après me l’avoir mon- « trée , il la posa sur une chaise , et s’assit dessus avec

« la fierté d’un triomphateur »

a Après avoir prolongé cet entretien , je pris congé de Lætitia. Elle me remercia des consolations que je lui avais apportées; et, s’attendrissant à mes adieux, ses mains s’étendirent vers moi pour me chercher; elle a perdu la vue. « Depuis notre séparation à Blois, « me dit-elle, je n’ai plus revu le fils de Napoléon. « Mon âge, sa cruelle maladie, nous mettent égale- « ment tous deux au bord de la tombe.... Je ne le ver- « rai plus!.... Vous allez le rejoindre.... Je n’ai personne « à qui je puisse confier ma bénédiction maternelle , « que je voudrais cependant lui donner avant de mou- « rir.... laissez-moi la déposer sur votre tête....» Au moment même où cette scène avait lieu à Rome, commençait la dernière agonie du prince qui devait expirer dans quelques heures !

« C’est en route que j’appris ce triste événement. D’après les regrets qu’a laissés le duc de Reichstadt, vous comprenez quelle dut être la douleur de ceux qui lui furent particulièrement attachés! Pour vous donner une idée de nobles sentimens exprimés dans votre langue avec la véritable éloquence du cœur, lisez la lettre que m’a écrite de Naples le jeune Hongrois dont il avait désiré faire son ami :

« Naples, 14 juillet 18â4.

« Vous aurez le bonheur de voir encore l’inlé-

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« ressaut jeune homme qui touche déjà au terme de

« sa trop rapide carrière Vous recevrez ses

« adieux!... Il doit se sentir quitter la vie en exilé, « cherchant autour de lui quelqu’un habitué à com- « prendre sa langue, pour lui adresser ses derniers a regrets!.... Peut-être vous est-il réservé de les re- « cueillir.... J’envie votre sort sans espérer de pouvoir « le partager....

a Malheureuse victime ! de tant de grandeurs « n’hériter que la mort !... Mais peut-être est-elle « un bien pour lui... Pourquoi le plaindre? Sa des- « tinée n’offrait que peu de chances de bonheur; « et, dans les alternatives que laissait entrevoir son « avenir, la mort se présentait souvent comme le « cas préférable... La gloire, une gloire sans tache ^ « eût été soumise à tant de conditions sévères, « difficiles à réunir! ses devoirs eussent été nom- « breux, souvent opposés , peut-être incompatibles... tf Une gloire incomplète eût été un malheur pour « lui, et la médiocrité un crime !

« Mais l’on ne peut se défendre d’un profond sen- « timent de douleur en le voyant disparaître avant « d’avoir été connu, en voyant s’éteindre à son « aurore cette lumière si brillante !... La malveillance, « toujours active et trop puissante, capable même « de flétrir les plus nobles souvenirs, aura plus « d’empire encore sur un avenir qu’une mort préma- « turée aura prévenu. L’histoire n’en fera pas jus- « tice ; un enfant de vingt ans n’a droit qu’à peu de « lignes sur ses pages ; elle ne tient compte que des « souvenirs, et non des espérances! Cette courte « existence sera bientôt oubliée, ignorée un jour, et

« pourtant il semblait annoncer d’autres destinées !

« Je ne me permets pas d’exprimer les regrets, « plus personnels, que me laissent une amitié et une « confiance que le hasard avait fait tomber snr moi, « que je désirais justifier, et qui formait déjà un « des charmes de ma vie... S’il en est temps encore, « veuillez lui rappeler un dévouement qui lui fut « connu : ce souvenir ne saurait troubler ses der- « niers momens ; peut-être même éprouve-t-il maintt tenant plus que jamais ce besoin , toujours si vif « en lui, d’un intérêt sincère!

a J’ose vous prier aussi. Monsieur le chevalier, « de vouloir bien me faire parvenir de Vienne quel- « ques détails sur ce douloureux objet. Personne « mieux que vous ne peut apprécier ce désir de ma « part : je ne crois pas abuser de votre bonté en le « réclamant en cette occasion, qui vous assurera « toute ma reconnaissance. »

Peu de jours après la mort du prince , j’allai , avec le général Hartmann, visiter les lieux qu’il avait habités. Nous entrâmes dans le grand pavillon de gauche du château de Schœnbrünn. Trois vastes pièces, somptueusement • décorées de dorures, de tentures de l’Inde, de laques delà Chine, formaient l’appartement qu’occupait le duc de Reichstadt, et se trouvent contiguës à ces salies d’apparat, si remarquables par les peintures qui représentent les fêtes et les cérémonies de la cour au temps de Marie- Thérèse et de Joseph II. Les portraits de l’empereur François de Lorraine, de Joseph, de Léopold, de l’empereur régnant peint dans son enfance auprès de sa mère, décorent la salle de réception, dans

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laquelle on remarque aussi une statue en marbre de la Prudence.

La chambre du prince était ornée d’un ameublement de soie verte, simple, mais élégant. «Voilà, « me dit le général Hartmann, le canapé sur lequel « le duc de Reichsladt a si long-temps lutté contre « la mort, soutenu par son courage , sa jeunesse, et «quelquefois l’espérance! Voilà le balcon où, dans « ses derniers jours, il allait chercher l’air, qui « semblait échapper à sa poitrine épuisée. Pendant « long-temps, il n’a jamais voulu consentir à reposer « ailleurs que sur un lit de camp ; plus tard , la vio- « lence seule de son mal le contraignit à accepter « une couche plus commode et plus convenable à « son état de souffrance. C’est là le lieu où sommeilla « Napoléon; c’est dans ce lit que vient d’expirer son « fils... Ayant passé une partie de ma vie sur les « champs de bataille, j’ai eu sous mes yeux le spec- « tacle habituel de la mort : jamais je n’ai vu mourir « un soldat avec plus de courage que ce jeune « prince, alors qu’abandonnant les illusions de l’es- « pérance, il me parlait avec calme et sang-froid « des approches de son dernier moment. »

Nous avions auprès de nous un ancien serviteur de la famille impériale; c’est lui qui nous avait ouvert les portes de cet appartement abandonné. Son attitude exprimait une profonde tristesse : « En « voyant sortir d’ici les restes d’un prince qui nous « traitait avec tant de bonté, j’ai ressenti, nous dil- « il , la plus grande douleur que j’eusse éprouvée « depuis le jour où Napoléon vainqueur entra à « Schrenbi ünii , et m’ordonna de le conduire dans

« l’appartement même qu’occupait alors l’cmj'Kîreur « mou maître. C’est ici qiieje le guidai ; c’est moi qui « naguère fermai les portes de ce même apparte- « ment, où je demeurai seul quand sortit le convoi « funèbre du duc de Reichstadt ! »

Nous nous rendîmes ensuite dans un jardin réservé et solitaire, caché dans les beaux ombrages de Schœnbrünn. Là, dans un pavillon retiré, dont le plafond e.st décoré d’une aigle atix ailes étendues, on transportait le duc de Reichstadt. Sa vue reposait sur un boulingrin de gazon, d’une fraîcheur remarquable, orné de touffes de fleurs, et au milieu lies arbres qui l’environnaient, entouré d’une enceinte intérieure de sapins gigantesques. L’archiduchesse Sophie, qui chérissait cette retraite, l’avait laissée aux désirs du jeune mahade.

« Le public de Vienne le cherchait avec inquiétude dans les jardins de Schœnbrünn, disait le comte Hartmann; mais, cédant à nos observations, on évitait de troubler sa solitude et cette dernière satisfaction de son existence. Autant qu’il était en sou pouvoir, il cherchait à se dérober à tous les

regards : « Je suis si faible me disait-il souvent ;

« faites, je vous en conjure, qu’on ne puisse pas me « voir dans ma misère ! »

« Ici, Marie-Louise seule passait ses journées à lui prodiguer d’inutiles soins : trop sûre du malheur inévitable qui devait bientôt l’atteindre, elle maîtrisait sa douleur devant son fils; mais souvent elle se rapprochait de moi, et nous nous éloignions quelques instans, afin qu’elle pût donner un libre cours à ses larmes.

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<c Depuis son départ, elle m’a adressé une lettre , où elle me remercie d’une manière touchante de l’affection que j’avais pour son fils. Elle me parla de sa santé altérée : « Je compte, dit-elle, chacun de a mes jours qui s’écoule; c’est un intervalle de « moins qui me sépare d’un être si cher... Je souffre ! « mais comment songer à se plaindre quand on vient « d’être témoin de si cruelles souffrances, supportées « avec tant de calme, avec tant de résignation?... »

Le logement du prince à Vienne était spacieux , mais simple. Auparavant, il avait été occupé, à différens intervalles, par le grand chancelier d’État de l’empire germanique, par l’archiduc Rodolphe, et passagèrement par le roi de Saxe. La salle d’attente est ornée de tapisseries représentant des marches militaires de Charles VI, en Espagne, et la salle de réception de tentures des Gobelins représentant des sujets mythologiques, d’après les tableaux de Jules Romain. Présent de Louis XV, ces tapisseries sont encadrées de riches bordures parsemées de fleurs de lis, de LL entrelacées et d’écussons aux armes de France; elles étaient couvertes en partie par les belles cartes encyprotypes de Brué, dédiées au comte d’Artois, et par la carte non moins remarquable de l’empire d’Autriche, deMœller etPilsach. Plusieure instrumens de météorologie, de John Hahnackzyck, étaient appendus aux embrasures des croisées. Les ameublemens, d’une extrême simplicité, consistaient en bureaux, en tables à écrire, et tmis armoires de livres : l’iinc renfermait les

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œuvres des grands poètes et des historiens célèbres de l’Allemagne, ainsi que plusieurs beaux ouvrages de la littérature italienne; les deux autres étaient entièrement consacrées aux auteiu’s modernes qui ont écrit sur l’histoire de nos jours, principalement de Napoléon : là je vis réunis les écrits de Bignon, d’Arnault, de Jouy, de Norvins, de Bourienne, de Las-Cases, d’O’Méara, les divers journaux des sciences militaires, les travaux de Ségur, de Jomini, de Vaudoncourt.

a Vous voyez par vous-même, me dit le capitaine Foresti, combien peu on cherchait à cacher à ce prince l’histoire de son père. Dès l’âge de quinze ans, il a reçu, par les soins du comte de Dietrichstein , toutes les publications qui ont paru sur cet inépuisable sujet. Il les a méditées , comparées, analysées, et jugées habituellement avec une saine critique. »

Je pus m’en convaincre moi-mérae : ayant désiré consulter l’ouvrage de M. de Noi-vûns pour la rédaction de cet écrit , je pris le dernier volume ; il était couvert de notes marginales, de rectifications, et fortement souligné dans deux endroits remarquables. Dans l’un, il est question des premiers symptômes de la maladie de Napoléon pendant ses dernières campagnes ; l’autre est relatif aux adieux de Duroc expirant, à la demande qu’il adresse à Napoléon de ne pas abandonner sa fille. Aucune note n’indique quelle a été la pensée du prince. En i83o, la fille de Duroc avait cessé d’exister; et, sur la proposition de M. le dauphin, le roi Charles X fit passer sa pension , qui devait s’éteindre

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avec elle, à sa mère, à la veuve du grand maréchal du palais impérial... tant ces princes, qu’on accuse si faussement d’avoir sans cesse menacé toutes les existences, créées par la révolution, se montraient généreux envers ceux qui furent si peu justes à leur égard !

Dans la chambre du duc de lleichstadt, en face de son bureau et au-dessus de son lit , on voyait un beau portrait de Napoléon, en uniforme de sa garde, (iette tète, digne du talent de Gérard, est peinte dans un champ ovale, et se rapporte à la dernière époque de l’empire : l’expression de sa physionomie a quelque chose de triste, de soucieux, de profondément sévère. Un grand corps de bibliothèque, surmonté du buste de l’empereur François, un pied d’ébène sur lequel reposaient différentes armes, la représentation en relief du château ducal de Sala, habité par Marie-Louise; tels étaient les objets les plus apparens de cette chambre.

Sur le bureau étaient encore restés les derniers écrits, les derniers travaux graphiques, les livres de prédilection du duc de Reichstadt. J’examinai ces diverses indications de ses dernières pensées : là, parmi plusieurs ouvrages, je remarquai V Histoire du grand Condé , la Guerre des Anglais en Espagne et en Portugal, par Jones. « Voici ses lectures de choix, me dit M. de Foresti : les Aphorismes de Montécuculli, dont le regard perçant lui plaisait; les Instructions de Frédéric, les mouvemens stratégiques de cette époque s’opérant avec des troupes moins nombi •euses que de nos jours, lui paraissaient plus intéressans à étudier, parce qu’on peut en saisir plus

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facilement l’ensemble et la pensée. Aussi a-t-il beaucoup travaillé sur la guerre de sept ans. »

Je remarquai sur cette table les Chants d'Ossian, traduits en vers français par M. Baour de Lormian : « C’est, me dit M. de Foresti, un livre de poésie que sur sa fin le prince avait pris en affection ; chaque jour il en apprenait quelques fragmens. D’après son penchant peu poétique, j’ai soupçonné qu’il avait été dirigé dans cette circonstance par l’espèce de culte que rendait son père au génie du barde gallique. Du reste, il n’a appris volontairement d’autres vers que des passages de la Jérusalem délivrée, son poème de prédilection. »

Dans le salon on voyait une pendule fort simple; elle était ornée de deux aigles contemplant le feu sacré, et d’un bas-relief qui représente l’aigle de Jupiter, enivré de nectar, s’endormant sur les genoux d’Hébé. Par un singulier concours de circonstances, me dit-on, cette pendule a cessé son mouvement le 22 juillet , à l’heure même où le prince a fini d’exister.

Les fenêtres de l’appartement donnent sur la grande cour d’honneur du château, en face des corps-de-garde. «Voilà, me dit M. de Foresti, le plus grand obstacle à l’attention du prince dans son enfance : cet appareil militaire, ces canons, ces parades, cette musique, la seule qui lui plaisait, le détournaient à chaque instant des leçons auxquelles nous nous efforcions , quelquefois vainement , de le captiver. »

Une circonstance nous conduisit au Trésor impérial. Afin de préparer des moyens de secours publics,

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en cas d’invasion du choléra dans les États de Parme, Marie-Louise avait fait vendre la glace ornée de vermeil et la toilette d’or qu’à l’époque de son mariage lui avait offertes la ville de Paris; alors elle envoya à son fils le magnifique berceau de vermeil , autre hommage de la capitale. Chef-d’œuvre des talens réunis de Priidhon, Rognet, Thomire et Odiot, ce berceau a la forme d’un vaisseau entouré de figures allégoriques, et couvert de riches ornemens. Au milieu de rayons de gloire brillent des NN, initiales d’un nom qui ne devait pas arriver jusqu’à la tombe. La Victoire, les ailes déployées, étendant ses bras comme pour protéger le sommeil de l’enfant, tenait au-dessus de son front une double couronne de lauriers et d’étoiles. Mais la victoire ne protégea pas le sommeil du roi de Rome , et la déesse inconstante laissa tomber le diadème que lui avait confié celui qui pensait l’avoir fixée sans retour !

Quand le duc de Reichstadt reçut ce monument de son existence passée, le prince de Metternich lui demanda quelle destination il voulait lui donner.

« Nul ne rentre dans son berceau quand il l’a « quitté, dit le duc en souriant. Jusqu’ici c’est l’u- « nique monument de mon histoire, je tiens à le « conserver. »

Il eut alors la noble pensée d’en faire don au Trésor impérial, précieux dépôt, où , à la riche magnificence des diamans et des pierreries de la couronne, est jointe une multitude d’objets de la plus grande valeur, sous le rapport de la matière, de l’art, et surtout de l’importance historique; où, parmi les chefsd’œuvre du ciseau des Michel-Ange et des Cellini,

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j’ai remarqué, avec un vif intérêt, Je talisman de cristal, constellé au signe du lion, auquel l’âme ambitieuse du grand Wallenstein pensait qu’était attachée sa destinée , comme Napoléon croyait à son étoile.

Là, le berceau du roi de Rome n’est pas comme un souvenir isolé : près du panneau vitré, où sont renfermés la couronne, l’épée, le sceptre et les vêtemens impériaux de Charlemagne, tout éclatans d’or et de pierreries , étonnans, pour cette époque, par la richesse et la beauté du travail, on voit la couronne, le sceptre, le glaive, le manteau royal et les insignes qui servirent au couronnement de Napoléon comme roi d’Italie. Fabriqués à la hâte, ces derniers objets ne sont que de métal doré , orné de pierreries fausses, comme si, par un amer sarcasme, le destin eût voulu dès lors indiquer que le faux éclat de ces ornemens de théâtre aurait assez de durée pour une royauté éphémère.

Ainsi une même enceinte réunit les insignes de ces deux monarques guerriers et législateurs , dont l’un fonda , l’autre détruisit le trône germanique ; dont les empires , si semblables par leur étendue , furent si différons par leur durée. Dix siècles ont passé entre ces deux grands hommes, et l’espace étroit qui sépare aujourd’hui leurs diadèmes est mesuré par le cimeterre de Tamerlan.

« Ma tombe et mon berceau seront bien rappro- « chés l’un de l’autre ! » disait le prince dans ses derniers jours. Quelques pas, en effet, nous conduisirent à l’église sépulcrale. Un religieux nous ouvrit les portes d’airain des caveaux funèbres. IA sont

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rangés les cercueils de cuivre qui contiennent les cendres impériales, autour du vaste monument de François I" et de Marie-Thérèse.... Entourée de Vertus qui pleurent en considérant des couronnes, la figure de bronze de la grande impératrice semble dominer cette scène de tombeaux : là dorment à ses pieds les grandeurs humaines et les illustres infortunes....

Le cercueil du duc de Reiclistadt était encore resté dans le vestibule de cette lugubre enceinte : placé au centre, sur une estrade, il contrastait par l’éclat du velours, des ornemens d’or et de la croix d’argent qui le recouvraient, avec l’aspect sombre et uniforme des tristes objets dont il était entouré. Le général Hartmann ne revit pas sans une profonde émotion ces restes silencieux d’une existence naguère si active. Il m’indiqua la place que l’empereur avait désignée pour le prince, qui reposera parmi ses enfans, auprès des êtres qui lui furent le plus chers. Le cercueil n’était pas encore recouvert de son enveloppe de cuivre. Comme toutes les autres, elle doit être ornée d’une grande croix tréflée. Au-dessous, on grave l’inscription suivante :

ÆTERNÆ . MEMOKIÆ .

JOS . CAR . FRANCISCI . DÜCIS . REICHSTAUIENSIS . NAPOEF.ONIS . GALE . IMPERATORIS .

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