‹ Le duc de ReichstadtChapitre 18 sur 50 · DUC · texte numérisé non relu

DUC

vieux guerrier eh même temps qu’elle moissonnait le prince à l’aurore de son existence.

Le soir, à cinq heures , j’étais sur la place de Joseph; une foule nombreuse se prenait dans les avenues : le peuple se mêlait aux troupes qni devaient escorter le convoi , et traversait avec empressement les intervalles entre les pelotons des hussards de Saxe- Cobourg et de Würtemberg. Le magnifique piédestal de la statue équestre , que la piété de l’empereur régnant a élevée à la mémoire de Joseph II, avait offert au peuple un moyen de voir plus facilement le funèbre convoi. Sur les vastes degrés du monument , sur les élégantes bornes de granit poli qui l’environnent, la multitude formait un groupe admirable : cette pyramide animée était couronnée par de jeunes enfans , dont les têtes fraîches et naïves contrastaient avec la sévérité des hgures de bronze qui décorent les bas-reliefs o»i ils s’étaient placés. Dominant cette scène imposante, la statue du fils de Marie-Thérèse étendait son bras colossal comme pour protéger le peuple, et semblait présider à ces grandes funérailles.

Un grand nombre de jeunes orphelins portant des torches ouvraient la marche : le clergé sortait en procession de l’église des Augustins : le régiment de Wasa boixlait la haie et formait l’escorte. Le cortège se mit en mouvement. Fermé et recouvert d’une large croix de drap d’argent , le cercueil fut déposé dans une voiture de forme antique, recouverte de maroquin rouge et ornée d’une broderie de clous dorés. Conduits en main par des valets de pied aux livrées d’Autriche, six magnifiques chevaux blancs.

DE REICHSTADT. ayS

richement caparaçonnés, traînaient ce char hinèbre que précédait une autre grande voiture de parade, où se trouvaient les ecclésiastiques spécialement chargés des funérailles. Les ofi&ciers du prince, sa maison , les équipages de la cour suivaient le convoi. A la porte de l’église sépulcrale les religieux gardiens du tombeau des empereurs reçurent le corps qui fut porté dans le chœur, où l’accompagnèrent le roi, la reine de Hongrie, la famille impériale et les dignitaires de la cour. Après les absoutes, il fut descendu dans les souterrains. M. le comte de Czernin , remplissant les fonctions de grand maître de la cour, ayant constaté devant les assistans la présence des restes mortels du duc de Reichstadt , fit fermer le cercueil, pour la dernière fois, de deux clefs, dont l’une fut remise par le comte aux religieux, l’autre dut être déposée au trésor impérial.

Avant les funérailles , les officiers du prince avaient porté le vase qui contenait les entrailles dans les caveaux de l’antique basilique de Saint-Etienne, un des monumens les plus solennels du moyen âge. Le cœur, renfermé dans une coupe d’argent, fut déposé dans l’église des Augustins, près du tombeau de Léopold II, du vaillant et illustre maréchal Daun, non loin de ce beau mausolée de Marie-Christine, touchante et sublime conception du génie de Canova, et peut-être le chef-d’œuvre de son immortel ciseau.

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