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LE DUC
' SOMMAZHE BU CHAFIR.E FHEMIEB.
Napoléon. — L’empire en 1810. — Mariage de Marie-Louise. — Incendie chez le prince de Schwarzenberg. — Pi'évision remarquable d’un homme d’Etat. — Naissance du Roi de Rome. — Discours du Sénat. — Le baptême. — Ouverture du Corps-Législatif. — Campagne de Russie. — Portrait du Roi de Rome.
— Désastres de la retraite. — Napoléon à Paris. — Marie-Louise régente. — Lutzen. — Bautzen. — Dresde. — Leipzick. — Hanau. — Remontrances du Corps-Législatif. — Garde nationale.
— Adieux de Napoléon. — 11 confie Marie-Louise et le Roi de Rome h la garde nationale de Paris. — Les armées alliées passent le Rhin. — Activité de Napoléon. — Sesvictoires îi Cfaampaubert, Montereau. — Les alliés sous les murs de Paris. — Départ de Marie-Louise et du Roi de Rome pour Rambouillet. — Départ pour Blois. — Capitulation de Paris. — Le Sénat prononce la déchéance de Napoléon et de son fils. — Abdication de Napoléon. — Traité de Fontainebleau.
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LE DUC
DE REIGHSTADT.
CmüIPItülBIg IPIRISmilISlBo
Depuis qu’au tliadème impérial deFrance Napoléon, avait joint la couronne de fer d’Italie, trois campagnes mémorables l’avaient vu triompher successivement dans les capitales de l’Autriche et de la Prusse. Les victoires d’Ulm et d’Austerlitz, d’Iéna et de Friedland, d’Eckmühl et de Wagram , dictèrent les traités de Presboiirg, de Tilsitt et de Vienne. L’Autriche et la Prusse furent contraintes de subir, en frémissant, la mutilation fie leurs territoires et la
DB CBICUSTADT.
(laiitemeiil à l’instinct des peuples la vérité d’un terrible avenir.
Un rapide incendie dévore tout à coup l’édifice brillant , mais fragile , où le prince de Schwarzenberg avait réuni autour des nouveaux époux tout ce que l’Autriche et l’Europe avaient d’illustre, tout ce que la France avait de puissant. A la musique joyeuse des danses succèdent sans intervalle les cris de l’effroi , de la douleur et du désespoir, A peine arrachée aux flammes, une femme s’y précipite de nouveau..... C’est une mère elle cherche sa fille parmi les nombreuses victimes...^ L’édifice s’écroule Pauline de
Schwarzenberg n’est plus: jeune, aimable, belle, elle est enlevée à la tendresse de son noble époux, de sa jeune famille, de cette fille chérie pour qui elle s’était sacrifiée, en voulant la soustraire à un péril qu’elle ne courait plus.
On crut retrouver ces sinistres augures dont une terrible catastrophe avait épouvanté l’hymen de Marie-Antoinette : on sembla pressentir l’incendie plus terrible encore qui, embrasant le monde, éclaterait entre la France et l’Autriche Napoléon et
Schwarzenberg devaient se rencontrer, mais désormais ailleurs que dans des fêtes.
Cependant cette impression passagère s’effaça bientôt au milieu de ce grand mouvement de prospérité et de puissance. Comment croire en effet à des catastrophes ? A l’aspect de tant de force, quelle lutte avait-on à craindre? quel ennemi devait-on redouter? D’ailleurs, que pouvait ambitionner Napoléon?
que lui restait-il à demander à la fortune? Ou
voulut croire à sa modération. . -
LE DUC
Six mois s’étaient écoulés depuis cette époque ; un homme d’État, d’une haute réputation européenne, écrivait à l’empereur d’Autriche : « Je me suis rendu « à Paris pour observer Napoléon , pour examiner si « son mariage avec Marie-Louise était le terme de « son ambition , ou si ce n’est qu’un nouveau point « de départ pour de nouvelles et gigantesques entre- « prises, qu’un point d’appui pour bouleverser l’Eu- « rope. C’est dans cette dernière hypothèse qu’après « de longues observations j’ai rencontré la réalité. « Napoléon aspire évidemment à la monarchie uni- « verselle. Il va d’abord attaquer la B ussie; engageant « ses années dans des contrées si vastes et si loin- « taines, il les expose à une destruction presque iné- « vitable. S’il est vainqueur, l’année suivante vous « ménagerez la paix à l’Europe; s’il est vaincu, dans « deux ans , vous la dicterez à Paris. » Dans ces remarquables dépêches, on put lire alors l’avenir, comme depuis je crus y lire le passé.
Mais de telles prévisions n’appartiennent pas au vulgaire : la France et l’Europe continuèrent de croire à la constante étoile de Napoléon, à la solidité de son vaste empire; et c’est au milieu de cette conviction générale qu’en i 8 ii , le 20 mars, époque si mémorable dans la vie de ce conquérant , naquit le roi de Rome.
I,es- couches de Marie-Louise furent très-pénibles ; on eût dit que cet enfant répugnait à entrer dans un inonde où il n’allait paraître un instant que pour y livrer ses jeunes destinées à tous les caprices de la fortune.
Il était huit heures du matin : cent un coups de
DE nmCHSTADT.
canon annonçaient avec fracas à la capitale qu’un héritier venait de naître au dominateur de l’Europe; de nombreux courriers partaient dans toutes les di--’ rections pour annoncer ce grand événement à toutes les villes de l’Empire, à toutes les cours étrangères. Avec une rapidité jusqu’alors sans exemple, quatrejours après la naissance du roi de Rome , M. de Tettenbom, aide de camp du prince de Schwarzenberg,. arrivait à Vienne en porter la nouvelle à l’empereur.
Napoléon, dans l’exaltation de sa joie, s’empressa de montrer son fils aux princes de sa famille, aux ministres des puissances, aux grands dignitaii'es de la couronne, aux corps de l’État, admis à lui présenter leurs hommages.
Dans cette occasion solennelle, le Sénat ne négligea pas de renouveler l’assurance si souvent répétée de sa fidélité inébranlable à Napoléon , et son président put croire à la vérité des prédictions qu’il adressait au prince dans les phrases suivantes :
« Vos peuples saluent, pai‘ d’unanimes acclamar « tions, ce nouvel astre qui vient de se lever sur l’ho- « rizon de la France, et dont le premier rayon dis- « sipe jusqu’aux dernières ombres des ténèbres de « l’avenir. La Providence , Sire , qui a si visiblement « conduit vos hautes, destinées, en nous donnant ce a premier-né de l’empire, veut apprendre au monde « qu’il naîtra de vous une race de héros non moins « durable que la gloire de votre nom et les institu-
« tions de votre génie
Permettez, Sire, que, dans ce jour, le « Sénat confonde aussi ses sentimens les plus cbei's
LE DUC
« avec les premiers de ses devoirs, et que noirs ne « séparions point notre tendresse respectueuse pour « le fils du grand Napoléon d’avec les saintes obli- « gâtions qui nous attachent à l’héritier de la nionar- « chie; de même que, dans l’hommage que nous « venons présenter à Votre Majesté, nous ne séparons « pas l’humble offrande de notre amour pour votre a personne sacrée d’avec le tribut de notre profond « respect et de notre inébranlable fidélité. »
Ni Napoléon, ni aucun des grands personnages alors réunis dans cette mémorable circonstance, ni le Sénat lui-méme ne pouvaient prévoir que, trois ans exactement après un discours si flatteur, ce même Sénat devait promulguer un acte par lequel il décréterait Napoléon déchu du trône, le droit d’hérédité aboli dans sa famille, le peuple français et l’armée déliés envers lui de leurs sermens de fidélité.
Mais le berceau du roi île Rome n’est pas le seul qui proteste contre de tels actes, en les opposant aux adulations de semblables discours.
Tout parut se réunir pour célébrer ce grand événement. L’Europe envoyait ses félicitations et ses ambassadeurs; de tous les points de l’empire arrivaient d’obséquieuses adresses, accouraient de nombreuses députations; des jeux publics, des illuiuinations, des fêtes brillantes éblouissaient la multitude. Les spectacles retentissaient d’allusions ingénieuses ; deslyres, qui plus tard se sont consacrées à célébrer les douceurs de la souveraineté populaire, entouraient alors de leurs accords barmonicux le berceau du jeune roi, et promettaient au peuple la durée du bonheur qu’il devait à Napoléon.
C’est au milieu de cette scène animée et brillante qu’eut lieu , avec l’éclat le plus solennel, la cérémonie du baptême. Une multitude, où se trouvaient réunis des babitans des points les plus éloignés de l’empire, se pressait dans les avenues de l’église métropolitaine , pour contempler les traits du jeune prince que , pour la première fois, on présentait à ses hommages et à sa curiosité.
L’empereur d’Autriche se fit représenter, dans cette cérémonie, par le grand-duc de Würtzbourg. 11 était parrain de cet enfant, qui bientôt devait venir passer, dans l’intimité de son affection, les courts instans de son existence brisée.
L’Europe, harassée de vingt ans de guerres et de malheurs, s’était véritablement réjouie de la naissance du fils de Napoléon, croyant trouver enfin dans cet événement le terme de ses longues fatigues : elle aspirait à se reposer dans ses revers autant que la France en éprouvait le besoin dans ses triomphes.
Huit jours après le baptême du roi de Rome, Napoléon fit l’ouverture delà session du Corps Législatif. Au milieu de tant d’espérances, d’avenir, de sécurité et de bonheur, cette séance offrait un grand intérêt. Toutes les attentions étaient éveillées; sans douteon allait entendre Napoléon déclarer que, désormais confiant sa gloire, non plus aux chances sanglantes des batailles, mais aux triomphes plus doux et plus utiles d’une administration éclairée, encourageant l’agriculture, l’industrie, le commerce , les lettres et les arts, il voulait, en donnant la paix au monde, consolider l’édifice immense élevé de ses mains, et
LE DUC
qu’il, n’aspirait qu’à conserver à l’héritier qui venait de lui naître.
Dans un discoui-s d’apparat, c’est en ces termes qu’il proclama la naissance de son fds :
« La paix conclue avec l’empereur d’Autriche a été « depuis cimentée par l’heureuse alliance que j’ai U contractée. La naissance du roi de Rome a rempli « mes vœux et satisfait l’avenir de mes peuples. »
Il parlait de la paix!... et déjà l’on eût dit que des éclairs sillonnaient cet horizon qu’on avait cru pur et si tranquille.
a Je ne veux rien qui ne soit dans les traités quo « j’ai conclus , disait-il , je ne sacrifierai jamais le sang « de mes peuples pour des intérêts qui ne sont pas « immédiatement ceux de mon empire. Je me flatte K que la paix du continent ne sera pas troublée. »
Et, en parlant de la réunion à la France du Valais, des bouches de l’Ems, du Wéser et de l’Elbe, de Rome et de la Hollande, la hauteur despotique de son langage était loin de cette modération qui peut seule assurer les bienfaits de la paix.
Iæ nom de roi de Rome était une conséquence de la .spoliation du chef de l’Église, de ce pontife qui naguère avait cru devoir consacrer le diadème du conquéi’ant. Voici en quels termes Napoléon expliquait l’acte de violence sur lequel il avait fondé le titre de son fils :
cc fvcs affaires de la religion ont été trop souvent « inélées et sacrifiées aux intérêts d’un État de troi- « sième ordre. Si la moitié de l’Europe s’est séparée n de l’Eglise de Rome, on peut l’attrihiuîr spécialo- « ment à la contradiction qui n’a cessé d’exister enlrc
CK REICHSÏADT.
« les vérités et les principes de la religion qui sont « tout pour l’univers, et des prétentions qui ne re- « gardaient qu’un très-petit coin de l’Italie. J’ai mis a fin à ce scandale pour toujours. J’ai réuni Rome a à l’empire. J’ai accordé des palais aux papes à Rome « et à Paris : s’ils ont à cœur les intérêts de la religion , « ils voudront séjourner au centre des affaires de « la chrétienté. C’est ainsi que saint Pierre préféra « Rome au séjour même de la Terre-Sainte. »
Il était difficile que la puissance, abusant de la force , poussât plus loin l’amertume de l’ironie, (^e langage ne le cédait qu’à l’orgueil des expre.ssions dont il se servait pour indiquer la révolution qu’il venait de faire subir à la Hollande.
a La Hollande a été réunie à l’empire; elle n’en est « qu’une émanation : sans elle l’empire ne serait pas « complet. »
Et, sous un tel prétexte, l’indépendance d’un peuple illustre et courageux était détruite; son nom était effacé de la carte d’Europe.
a Lorsque l’Angleterre sera épuisée, disait-il en « terminant, qu’elle aura ressenti les maux qu’avec « tant de cruauté elle verse depuis vingt ans sur le « continent, que la moitié de ses familles sera cou- « verte du voile funèbre , un coup de tonnerre mettra « fin aux affaires de la péninsule , aux destins de ses « armées, et vengera l’Europe et l’Asie en terminant U cette guerre punique. »
li’oracle se vérifia bientôt, mais dans un sens opposé aux prévisions de celui qui le faisait entendre.
En disposant avec cette haiiteur de la desliiiée des
LE DUC
peuples, Napoléon créait pour lui le danger des guerres nationales. La résistance désespérée de l’Espagne aurait dû cependant lui apprendre suffisamment ce que peut réveiller d’énergie, dans une nation, le sentiment de son indépendance et de sa dignité outragées. Ce pays avait donné à l’Europe le signal de son émancipation, en lui enseignant que la puissance d’un conquérant se b»’ise contre la volonté inflexible d’im peuple décidé à ne pas subir ses lois.
La spoliation du grand-duc d’Oldenbourg, les exigences despotiques du système continental, avaient exaspéré les Russes : voulant les plier à ses volontés, entraîné par l’espoir de nouveaux triomphes dans leur capitale , Napoléon leur déclara la guerre. Ainsi, loin de chercher à consolider l’édifice de sa puissance, il voulut er^ agrandir encore les colossales proportions. Sous ses ordres une armée nombreuse se met en mouvement : aux troupes françaises et italiennes se joignent les nombreux contingens de Naples, de l’Allemagne, de la Suisse, de la Pologne : l’Autriche et la Prusse marchent comme auxiliaires de leurancicn ennemi; un million d’habitans des contrées les plus riches de l’Europe abandonnent leurs fortunés pays, pour aller envahir de lointains déserts.
Cette funeste entreprise épouvanta plusieurs hommes pratiques, plusieurs guerriers connus par leurhabileté et leur expérience; mais le vulgaire, que séduit toujours ce qui a l’apparence de la grandeur, accueillait avec autant de confiance que d’avidité toutes les illusions d’un prochain triomphe ; on ne se contentait pas de soumettre d’avance les deux ca.-
DE REICirSTADT.
pttalescle l’empire russe, l’imagination pénétrait déjà en Asie, il n’était question que d’immenses préparatifs pour une expédition dans l’Inde, où l’on devait porter un coup mortel à la puissance de l’Angleterre. Telle était la conviction générale du génie de Napoléon, telle était l’habitude que l’on avait de ses victoires, que s’il eût succombé avant la retraite , nul doute qu’on n’et'it imputé à sa seule disparition le terme de nos constans succès, et tousles revers qui signalèrent la fin de cette terrible campagne.
Avant de rejoindre son armée , Napoléon conduisit Marie-Louise jusqu’à Dresde, où sa famille vint la joindre. Il se vit avec orgueil entouré d’un cortège de souverains qui pour la dernière fois venaient saluer sa fortune.
Il partit Déjà , dès le passage du Niémen et de
la Wilia, s’étaient révélés tous les inconvéniens , tous les dangers d’une expédition gigantesque , dans de vastes contrées absolument dépourvues de ressources. La difficulté des transports et des subsistances , la mauvaise organisation des hôpitaux, le besoin , les fatigues de ces marches forcées et continuelles , avaient fait éprouver à l’armée d’immenses pertes, avant même qu’elle eût combattu.
Napoléon entrevoyait déjà de sinistres présages , et pendant qu’entraîné par son destin , il allait au loin briser son sceptre, il pouvait opposer au spectacle des maux qui l’entouraient les souvenirs de la félicité dont il eût pu continuer à jouir avec gloire , si lui-même ne se fût empressé de la troubler. Ses pensées le reportaient vei's Marie-Ijouise, vers ce jeune enfant, objet de toutes les espérances d’un
LE DUC
avenir si vaste, et que son ambition s’efforçait d’atfrandir encore.
Le 5 septembre , il était sur les bords de la Moskowa, faisant ses dispositions pour la bataille de Borodino, donnant ses ordres pour cette grande lutte qui devait commencer le lendemain au point du jour. Il était environné des chefs de son armée qui recevaient de lui leurs instructions; tout à coup arrive au camp le comte deBausset, préfet de son palais, envoyé de Paris par Marie-Louise pour lui remettre le portrait du roi de Rome. A cette nouvelle, tous les préparatifs sont suspendus; dans l’impatience de sa joie, il ordonne qu’on déballe ce portrait sur-le-champ, et qu’on le place dans sa tente sans différer.
Dans ce tableau , peint par Gérard avec un admirable talent, le jeune prince était représenté à demi couché dans son berceau; un sceptre et le globe du monde lui servaient de hochet. Napoléon contempla avec transport les traits de son fils. Il appela luimême les officiers de sa maison et les généraux qui attendaient ses ordres, pour leur faire partager la satisfaction dont son cœur était rempli.
« Messieurs , leur dit-il , si mon fik avait quinze ans, croyez qu’il serait ici au milieu de tant de braves, autrement qu’en peinture. »
Un moment après il ajouta ; « Ce portrait est vraiment admirable, j’en suis enchanté. »
Il voulut qu’on le plaçât en dehors de sa tente, sur une chaise, afin que tous les officiers et les soldats de sa garde pussent le contempler et y puiser, dit-U , de nouveaux motifs , de nouvelles inspira-
DE REICUSTADT. 3l
lions de courage pour la grande affaire qui devait avoir lieu le lendemain.
Ce portrait resta ainsi exposé toute la journée aux
regards empressés des soldats Depuis il hit placé
au Kremlin dans la chambre qu'occupait Napoléon.
Il n’est pas dans les bornes que je me suis prescrites de retracer les détails de cette bataille de la Moskowa , la plus sanglante des temps modenies et à la fois la moins décisive ; de raconter cet incendie prodigieux auquel un patriotisme exalté livra l’antique capitale de la Russie, poOr ne laisser entre les mains du conquérant ni les ressources que cette immense ville eût pu fournir à son armée , ni le gage d’un traité que désormais la vengeance ne pouvait plus accepter. Je ne reproduirai pas le lugubre tableau de cette désastreuse retraite dans laquelle, au milieu de ses plaines dévastées et désertes , le génie protecteur de la Russie sembla vouloir punir de ses mortels frimas la destruction de la ville sacrée.
Napoléon arriva seul à Paris , et ses soldats, restes de cette armée immense , semblables à des fantômes décharnés, vinrent épouvanter de leur aspect les frontières de la France, en tombant par milliers victimes d’une épidémie, funeste résultat de leurs affreux besoins, de leurs excessives fatigues, de leurs longues et cruelles souffrances.
Les revers de Napoléon donnèrent à l’Europe le signal de l’indépendance. Préparés , par la société secrète du Tugendbund, à rompre leurs fers, les peuples d’Allemagne frémissaient d’impatience et proclamaient la guerre avant que leui-s souverains songeassent à la déclarer. La défection du général
LE ÜUC
prussien Yorck , contre les intentions positives de son maître, fut le symptôme le plus évident de ce soulèvement général, et put apprendre à'Napoléon que des alliés qu’il ne devait qu’à la contrainte allaient l’abandonner , parce qu’ils ne croyaient plus à sa force invincible. Mais, se raidissant contre la fortune avec une incroyable activité, il organisa de nouveaux et vastes moyens de guerre. Repoussant toute pensée de paix avant que la victoire eût effacé les désastres de Moscou, il n’hésita pas à porter un défi solennel à l’Europe, en déclarant publiquement qu’il ne changeait rien aux conditions de paix précisées par lui avant la campagne de 1812.
Avant de se mettre à la tête de son armée , il fit reconnaître régente du royaume l’impératrice Marie- Louise ; soit qu’il espérât que l’intervention directe de cette princesse, dans le gouvernement de la France , pourrait influer d’une manière avantageuse sur les déterminations ultérieures de l’empereur son père; soit que le souvenir récent de l’audacieuse conspiration du général Mallet , qui n’avait échoué que fortuitement , lui eût fait sentir la nécessité de ne pas laisser son destin à la merci d’individus ou de corps, dont les adulations et les sermens garantissaient peu le zèle ou la fidélité.
Suppléant par son active volonté à ce qu’il y avait d’incomplet dans ses ressources, il conduisit luimême ces nouveaux et nombreux bataillons dans les plaines d’Allemagne. Au milieu de l’affreux carnage qui signala les deux batailles de Lutzen et de Bautzen, nos jeunes soldats, avec un courage intrépide, cueillirent de sanglans, mais stériles lauriers. La mort
moissonnait dans les rangs, les guerriers les plus braves ; ses coups ne respectaient plus les généraux qui possédaient au plus haut point la confiance et l’affection même de leur maître.
Les négociations eurent pour lui des résultats moins favorables encore que les batailles. Après l’offre inutilement acceptée de sa médiation, l’Autriche accéda à la coalition européenne contre l’empereur des Français, dont les succès à Dresde furent rapidement effacés par les revers de ses lieutenans à Culm, à Gros-Beeren sur le Katzbach, à Deunewitz. Les trois sanglantes journées de Leipzick virent la défection de toutes les troupes allemandes et la chute de la dictature européenne de Napoléon.
Dans sa retraite, Hanau livra à sa vengeance les Bavarois, assez audacieux pour tenter de l’arrêter dans sa marche, trop inférieui’s en nombre pour pouvoir y réussir.
Pour la seconde fois , il rentrait à Paris, si souvent témoin de ses triomphes, avec l’impopularité qui s’attache aux revers. Aux acclamations ordinaires de la multitude avaient succédé une inquiétude profonde, un sombre mécontentement. Le Corps-Législatif, jusqu’alors instrument muet de ses volontés souveraines , rompit son habituel silence , pour lui faire entendre tout à coup les accens inaccoutumés de la vérité. Il repoussa avec indignation ces tardifs avertissemens , et il prononça la prorogation d’une assemblée qu’il traita de rebelle. Mais lui-même s’étonnait d’étre contraint à reculer devantses propres résolutions;, il signalait malgré lui la chute de son pouvoir, en rompant les fers du chef de l’Église, en
rendant Ferdinand à cette Espagne dont l’énergie morale n’avait pas craint de lutter, avec une constance inébranlable, contre la force qui avait courbé l’Europe; cette Espagne qui, secondée par les Anglais, sous les ordres de Wellington, envabdssait à son tour les frontières de la France.
Néanmoins , avec son infatigable activité , Napoléon s’occupa dès lors nuit et jour à organiser les moyens d’une défense désespérée. Tout ce qui était possible, tout ce qui à peine paraissait croyable, était réalisé par sa volonté , son caractère et ses talens ; mais il n’était plus secondé par l’enthousiasme d’un peuple accablé de fatigues, de sacrifices, et ne trouvant plus à se dédommager de ses maux par le prestige de ses victoires.
La nécessité de pourvoir à des moyens de maintenir l’ordre intérieur, alors qu’il appelait à l’armée jusqu’au dernier des soldats, la pensée d’imposer à l’ennemi par l’appareil d’un armement considérable, peut-être aussi l’espoir de décider le peuple, par la confiance qu’il lui témoignerait, à une résistance nationale contre l’invasion étrangère , toutes ces considérations le déterminèrent à créer et armer, dans les villes de l’empire, une nombreuse garde nationale, composée de tous les hommes qui, par leur existence et leur fortune, étaient les défenseurs naturels, les soutiens intéressés de la tranquillité publique.
Au moment de rejoindre son armée, il convoqua solennellement, dans son palais, les officiers nombreux de la garde nationale de Paris. S’avançant au milieu d’eux, leur présentant Marie-Louise et son fils
qu’il conduisait par la main : « Je pars avec confiance, leur dit-il; jeremetsàla garde nationale la défense de Paris; je lui laisse ce que j’ai de plus cher, l’impératrice et mon fils. » Ces paroles , prononcées avec une émotion que rendait plus significative la connai.ssance du caractère inflexible de Napoléon, les larmes de Marie-Louise, les grâces naïves et l’innocente indifférence du jeune prince qui souriait à cet appareil militaire, sans savoir à quel point étaient compromises ses destinées, et ce tableau, toujours si frappant, de la puissance menacée par la fortune, produisirent dans tous les cœurs une impression profonde.... Il partit.
Le ai décembre i8i3, d’immenses armées passaient le Rhin.
Dix -huit mois s’étaient écoulés depuis que ce fleuve avait vu Napoléon , entouré d’une escorte de rois, conduire ses innombrables phalanges pour envahir des déserts à six cents lieues de ses rives ; actuellement c’étaient tous les rois, tous les peuples de l’Europe, excités par la vengeance, unis par la nécessité, qui à leur tour envahissaient la France, pour mettre enfin un terme à une insultante oppression trop long-temps subie.
A leurs forces colossales pouvant à peine opposer soixante-dix mille soldats. Napoléon, au milieu des obstacles, sembla grandir de talent et retrouver toutes les premières inspirations de son génie. Communiquant à ses troupes une valeur intrépide, une constance infatigable, il les multipliait par le mouvement. Partout on le rencontrait : prompt comme la foudre, il frappait là où l’on se croyait le plus loin
de ses coups. Ses victoires rapides à Champ-Aubert, à Naugis, à Montereau, étonnèrent les alliés et les firent hésiter dans leur marche. Mais ses succès même le conduisaient plus siireraent à sa perte; chaque combat laissait dans son armée des vides qui ne se remplissaient plus; ses officiers les plus braves tombaient chaque jour sous le fer ennemi. Enorgueilli des avantages qu’il devait à ses talens, il repoussait avec hauteur les propositions de paix que les alliés le pressaient d’accepter, et, sur les bords de l’abîme, il menaçait encore l’Europe de ses fureurs. L’inflexibilité de son ambition et de son caractère, dans le succès, avait créé son vaste empire; dans les revers, elle devait le renverser de fond en comble. Napoléon pouvait succomber, il ne pouvait pas se soumettre.
Schwarzenberg arrive sous les murs de Paris; la consternation s’empare du gouvernement; le conseil de régence s’assemble; on délibère si Marie-Louise et le roi de Rome doivent s’éloigner. Cette question fut long-temps et vivement discutée; ceux qui tenaient à défendre la cause impériale avec énergie soutenaient que la présence de l’impératrice et de son fils dans la capitale pourraient imposer plus de ménagemens à l’armée autrichienne, et devaient inspirer une courageuse confiance aux troupes et aux habitans de Paris, que le départ du gouvernement épouvanterait et déciderait à se rendre sans défense. Un avis contraire fut soutenu avec autant de vivacité, mais avec beaucoup moins d’évidence ; Joseph détermina le conseil indécis et partagé, en montrant une lettre de Napoléon , à la vérité d’une date assez
ancienne, et dans laquelle se trouvait l’instruction suivante :
« Si par suite des événemens de la guerre , les corn* « muuications étaient interrompues, je désire que la « personne de l’impératrice et de mon fils ne soient « pas exposées. »
Dès lors le départ fut résolu.... Le ag mars , Marie- Louise quitta les Tuileries pour se rendre à Rambouillet, château royal destiné à être témoin d’autres infortunes. Lorsqu’on voulut conduire le jeune prince vers sa mère qui l’attendait pour partir, il opposa tout à CQUp une résistance inaccoutumée; il versa des larmes ; il poussa des cris ; ses petites mains se prirent aux draperies de son appartement, a Je ne veux pas quitter le palais! » s’écriait-il. M. de Canisi, écuyer de service, fut obligé d’aider M™® de Monte^uiou à le pôrter jusque dans sa voiture. On eût dit qu’il s’était révélé dans le jeune enfant un instinct de répugnance pour ce voyage convoi de sa mort politique.
Les habitans de là capitale remarquèrent avec une surpriseiiuquiète, dans le Carrousel, cet encombrement inattendu de voitures, de chevaux, de gens de service en mouvement, de femmes éplorées qui faisaient entendre des sanglots, des cris, des adieux. On s’attroupait de toutes parts, quand, à neuf heures du matin, on vitse métire en marche 'cette longue file de chariots, de fourgons chargés de ^ cartons des archives, de meubles précieux:, des caissons. du; tré-^ sor, de l’argenterie, des joyaux, des diamans de la couronne; ces voitures de parade parmi lesquelles; on distinguait celles du sacre; ces équipages noua.»»
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LE DLC
breiix où l’on apercevait la jeune impératrice , l’eiifant-roi les yeux baignés de larmes , les membres de la régence, les ministres, tous montrant dans leurs physionomies attristées l’empreinte des soucis, de la douleur et de la consternation. Douze cents hommes de la garde formaient l’escorte: c’étaient, dans un moment si critique, autant de braves qu’on enlevait, disait-on, à la défense déjà trop faible de la ville attaquée.
Âu milieu des sombres regards de la multitude , d’un silence inquiet qu’interrompaient par intervalles les questions de la curiosité et les murmures du mécontentement, le triste cortège défilait, avec embarras et lenteur, comme la pompe funèbre du gouvernement impérial.
La nécessité imprévue et subite d’un tel départ révélait toute la grandeur, toute l’imminence du danger qui menaçait la capitale, et le découragement des Parisiens fut d’autant plus complet que jusque alors, par la publication des bulletins, rédigés avec plus d’art que de vérité, le gouvernement était parvenu à les tromper sur les succès et la marche des armées alliées.
A Rambouillet, au milieu des anxiétés d’une cour effrayée de l’orage qui devait l’anéantir, et cependant entourée des costumes brilians et des formes cérémonieuses de l’étiquette, 'Marie -Louise attendait avec impatience des nouvelles sur les événemens de la capitale. L’ex-roi d’Espagne Joseph avait promis de lui dépécher des courriers pour l’en instruire; mais lui-même, sans doute épouvanté de l’infériorité numérique des troupes françaises dans leur lutte
contre les années de l’Europe, avait abandonné Paris au moment où la ville se trouvait dans l’alternative de se sauver par une capitulation, ou d’être détruite de fond en comble par les assaillans dont les batteries envoyaient leurs projectiles dans plusieurs faubourgs populeux. Joseph arriva rapidement, le soir même, à Rambouillet, et, sur l’exposé qu’il présenta de la situation des choses, Marie- Louise et la régence se décidèrent à se rendre à Blois en toute hâte.
Cependant, après une défense meurtrière, glorieuse, désespérée, l’armée française capitulait sous les murs de Paris. Les souverains , à la tète de leurs nombreuses phalanges, faisaient leur entrée dans cette capitale, au milieu d’un peuple immense qui, avec de grandes acclamations, demandait que l’antique famille de ses rois vînt réconcilier la France avec l’Europe.
Un homme célèbre dans les mouvemens de la politique , aussi habile à s’emparer des événemens que prompt à se séparer, dans leur mauvaise fortune, des causes qu’il a servies, le prince de Bénévent, convoquait dans ces circonstances critiques un corps qui devait à Napoléon toute son existence. Moins occupé de conserver les constitutions de l’empire que les avantages personnels de ses memlu'es , reprochant à Napoléon des excès dont il avait été le conseil, l’adulateur ou le complice, le sénat conservateur prononça sa déchéance, l’exclusion de son fils, et s’arrogea le droit d’appeler Louis XVIII au trône, en lui imposant une constitution, à laquelle était annexée la disposition essentielle que chacun des séna-
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teurs, et ses héritiers, conserveraient à perpétuité le rang, les honneurs et les émolumens dont jusque alors ils n’avaient eu que Tusufruit.
L’indignation de tous les partis, aussi bien que la dignité du roi, repoussa et flétrit cet acte illégal d’ingratitude" et d’égoïsme.
Dans quel ordre d’idées en effet, dans quelles circonstances de notre organisation sociale, ce corps puisait-il les droits exorbitans qu’il s’arrogeait tout à coup? Dans le système de la légitimité royale, qu’était le Sénat devant la monarchie, pour lui imposer des conditions? dans les doctrines de la souveraineté populaire, qu’était le Sénat devant le peuple, pour oser interpréter ses volontés? Dans l’ordre impérial, d’où il tirait son origine, qu’était le Sénat devant l’empereur? Avait-il reçu la mission de défendre ou de renverser son trône? Et en supposant même que le chef de l’État, ayant réellement et volontairement foulé aux pieds les constitutions de la France, pût devenir justiciable d’un tel corps; que, sans être ni appelé ni entendu devant ses juges, une condamnation équitable eût pu l’atteindre, d’après quel code politique ou criminel, le Sénat, chargé de conserver les constitutions de l’empire , sous prétexte d’en venger quelque disposition méconnue, les violait-il dans leur essence même, en détruisant l’hérédité, de la couronne, si souvent jurée, en prononçant la déchéance, la condamnation d’un enfant dont l’innocence était rendue responsable, était punie des torts imputés à son père ?
Du reste, c’était, à son épée que Napoléon devait son trône, et non à des sénateurs, qui n’étaient rien
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que par lui. Quand la fortune venait de renverser l’empire, il ne pouvait exister de Sénat; dès lors de simples citoyens n’avaient pas même un prétexte de s’immiscer entre le peuple et l’héritier de ses rois.
Plus véritablement redoutable que le Sénat à la cause de Napoléon , l’Europe avait enfin brisé l’épée du conquérant. Malgré son génie incontestable, malgré la valeur et le dévouement des guerriers qui l’entouraient encore, contraint de céder, il voulait du moins faire passer à son fils le sceptre qui s’échappait de ses mains; mais l’Europe et la France avaient prononcé, et Napoléon signa une abdication pure et simple ainsi conçue ;
O Les puissances alliées ayant proclamé que l’empereur Napoléon était le seul obstacle au rétablissement de la paix en Europe , il déclare qu’il renonce pour lui et ses héritiers au trône de France et d’Italie; parce qu’il n’est aucun sacrifice , même celui de la vie, qu’il ne soit prêt à faire aux intérêts de la France. »
Cet acte, remis par Napoléon à Caulaincourt son ministre des relations extérieures et aux maréchaux Ney et Macdonald, fut porté par eux aux souverains alliés ; il donna lieu au traité de Fontainebleau , qui assurait à l’empereur abdiquant, son titre et la souveraineté de l’île d’Elbe. Le sort de Marie-Louise et de son fils était réglé par l’article 5 de ce traité :
a Les duchés de Parme, de Plaisance et de Guastalla appartiendront, en toute propriété et souveraineté , à S. M. l’impératrice Marie-Louise ; ils passeront à son fils et à sa descendance , en ligne directe ; le prince son fils prendra dès ce moment le titre de prince de Parme , de Plaisance et Guastalla. »
sorainAms du chafithe ix.
Régence à Rlois. — I^e conseil vent contraindre Marie-Louise à se rendre à Orléans. — Arrivée du comte Scliouvalow. — L’empereur d’Aulriclie b Rambouillet. — Visite de l’empereur Alexandre et du roi de Prusse. — Marie-Louise et son fils quittent la France. — Le ïyrol. — Arrivée à Schœnbrünn. — Empressement des babitans de Vienne pour le jeune prince et pour sa mère. — Entrée de l’empereur d’Autriche a Vienne. — La reine de Naples. — Le congrès. — Solennités européennes. — Vie retirée de Marie-Louise. — Le prince de Ligne. — Entreprise de Napoléon. — Ses lettres h Marie-Louise. — Fausseté de l’existence d’un complot pour enlever le roi de Rome. — Préparatifs de guerre. — Marche triomphale de Napoléon à Paris. — Champ de Mai. — Bataille de Ligny. — De Waterloo. — Seconde abdication. — Napoléon II. — Départ de Napoléon pour l’Angleterre. — Sainte-Hélène. — Gouvernement provisoire. — Plénipotentiaires. — Insinuation de Fouché. — L’armée passe la Loire. — Louis XVIII à Paris.
(QiuüipiniiBie 33» .
Pendant que s’agitaient ainsi leurs destinées, le jeune prince et Marie-Louise étaient à Blois , entourés de la régence expirante. Iæs conseils se succédaient avec plus d’exactitude que de résultats; et, du reste, qu’eussent pu désormais les plus savantes discussions, les délibérations les mieux conduites, les plus éclairées, les actes les plus habiles, alors que tout se décidait par la force irrésistible des armes; alors que la valeur française , que le caractère , le génie et l’épée de Napoléon ne suffisaient plus pour contenir le torrent armé qui entraînait l’empire? Comme dans toutes les crises politiques , où une volonté inflexible peut seule obtenir une salutaire influence, les conseils, par leurs discussions méthodiques, toujours en arrière de la marche rapide des événemens, signalaient de plus en plus leur impuissance absolue. Une proclamation qui parut le 7 avril fut le seul acte pu-
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blic qui constate l’existence politique de la régence à Blois; elle prouvait du moins qu’au milieu des dangers qui l’entouraient, Marie-Louise avait défendu jusqu’au dernier moment la couronne de son époux et de son fils.
« Français, disait-elle, les événemens de la guerre « ont mis la capitale au pouvoir de l’étranger.
a L’empereur, accouru pour la défendre, est à la « tête de ses armées, si souvent victorieuses; elles « sont en présence de l’ennemi, sous les murs de « Paris.
« C’est de la résidence que j’ai choisie , et des mi- « nistres de l’empereur qu’émaneront les seuls ordres « que vous puissiez reconnaître.
a Toute ville au pouvoir de l’ennemi cesse d’être a libre ; toute direction qui en émane est le langage « de l’étranger, ou celui qu’il convient à ses vues « hostiles de propager.
a Vous serez fidèles à vos sermens; vous écouterez « la voix d’une princesse qui fut remise à votre bonne a foi, qui fait sa gloire d’être Française et d’être « associée au souverain que vous avez librement « choisi.
a Mon fils était moins sûr de vos cœurs au temps « de nos prospérités. Ses droits et sa personne sont « sous votre sauve-garde. »
Cette proclamation ne fut point connue à Paris, où quelques exemplaires à peine circulèrent clandestinement. Il était du reste difficile qu’elle pût produire l’effet que s’était proposé Marie-Louise : elle annonçait que la capitale était au pouvoir des étrangers, et depuis long-temps la France était habituée
à subir toutes les révolutions que subissait, ou que lui imposait la capitale. Les partisans du pouvoir impérial voyaient le symptôme le plus évident de sa chute complète dans l’impuissanca de Napoléon pour défendre Paris; le peuple, harassé d’impôts, de conscriptions et de guerres , tournait ses regards vers cette famille dont l’infortune avait été le signal de tous les malheurs qui avaient écrasé la France.
Le lendemain du jour où cette proclamation fut publiée, Joseph, Jérôme et Cambacérès voulurent déterminer Marie-Louise à quitter Blois sur-le-champ avec eux, pour aller établir son fils et la régence audelà de la Loire. Cette princesse se refusa positivement à les suivre, et, sur leur violente insistance, elle fit appeler M. de Bausset, préfet du palais.
« M. de Bausset, lui dit-elle, parmi les officiers de « la maison de l’empereur qui sont ici, vous êtes ma « plus ancienne connaissance, puisqu’elle date de U Braunau, au moment de mon mariage.... Je compte « sur votre dévouement, et je vais vous dire ce qui « se passe ici... Mes deux beaux-frères et l’archi-
« chancelier sont là dans ce salon. Ils viennent
« de me dire qu’il fallait quitter Blois à l’instant, et « que , si je n’y consentais pas de bonne grâce , ils me a feraient porter malgré moi dans ma voiture avec « mon fils.
— a Oserais-je demander à Votre Majesté quelle « est sa volonté personnelle ? » dit M. de Bausset.
— « Je veux rester ici et y attendre les nouvelles « de l’empereur. »
M. de Bausset se hâta d’aller avertir de ce qui se passait le général Caffarelli , aide de camp de Napo-
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léon , chargé du commandement militaire du palais, et les officiers de la garde, qui tous, dans l’indignation de la violence qu’on voulait faire à Marie-Louise, s’empressèrent de mettre fin à cette scène étrange, en déclarant hautement qu’ils s’opposeraient à toute tentative qui pourrait être faite pour contraindre l’impératrice à quitter Blois contre sa volonté.
Peu de momens après, arrivait le comte Schouvalow, aide de camp général de l’empereur Alexandre; il avait reçu des souverains alliés la mission de protéger la sûreté de Marie-Louise et de son fils. Le haron de Saint-Aignan était envoyé avec de semblables instructions par le gouvernement provisoire. Dès l’arrivée de l’officier de l’empereur de Russie, les membres de la régence se hâtèrent de solliciter de lui des passe-ports, et de se disperser dès qu’ils les eurent obtenus; ils sentirent que leur rôle était terminé.
Après avoir adressé deux lettres, l’une à l’empereur son père, l’autre à Napoléon qu’elle voulait rejoindre à Fontainebleau, et qu’elle ne devait plus revoir, Marie-Louise se rendit avec son fils à Rambouillet. L’empereur d’Autriche , accompagné de son ministre le prince de Metternich, vint bientôt y retrouver sa fille. A la nouvelle de l’arrivée de son père, elle courut à sa rencontre; elle le reçut à la dernière marche du palais , et , au moment où il descendait de sa voiture , elle prit son fils avec vivacité des mains de M“' de Montesquiou, et se précipitant vers l’empereur, elle déposa dans ses bras le jeune prince , comme pour le confier à sa tendresse, à sa protection. Profondément touché, l’empereur
serrait contre son cœur et sa fille et l’innocent enfant qui lui souriait , et qui seul n’était pas ému de cette scène d’émotion générale , dont il était le principal intérêt.
Après les instans accordés aux épanchemens si naturels d’une mutuelle affection, l’empereur annonça à sa fille qu’elle partirait pour Vienne, et qu’elle y séjournerait jusqu’à l’époque où le congrès, qui devait s’ouvrir dans cette ville, aurait réglé tout ce qui était relatif à la prise de possession des duchés de Parme, Plaisance et Guastalla, qui lui étaient assignés par le traité de Fontainebleau.
Dans cette première entrevue , Marie-Louise demanda à son père d’être désormais son guide.
« J’ai tout fait, lui dit-^lle, pour remplir mes de- « voire d’épouse et de mère; je ne voulais pas quitter « Paris , et j’étais prête à courir toutes les chances de « la capitale et de l’empire. Le conseil de régence « m’a forcée à me rendre sur les bords de la Loire. «La victoire est demeurée aux alliés; mon rôle est «fini; je suis restée votre fille; je saurai remplir « tous mes devoirs de mère. »
L’empereur Alexandre et te roi de Prusse vinrent successivement à Rambouillet visiter Marie-Louise, et lui témoigner, par leur empressement et leurs égards, tout l’intérêt que leur inspirait sa destinée. Ils voulurent voir le jeune prince; ils adnàirèrent sa beauté, ses grâces naïves, et pressèrent dans leurs bras cet enfant, illustre jouet de la fortune et de la politique.
Le a5 avril Marie-Louise partait de Rambouillet.... IvC a mai elle passait le Rhin. L’enfant quittait , pour
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ne plus la revoir, cette France qui, trois ans auparavant, avait entouré son berceau de tant d’acclamations, et avait salué sa naissance comme l’auror<’ï d’un vaste avenir.
Le général Kinski, les comtes de Wrbna et de Tosi se trouvaient aux bords du Rhin, chargés par l’empereur de recevoir sa fille et de l’escorter jusqu’à Schœnbrünn.
En arrivant sur la terre d’Allemagne, Marie-Louise et son fils furent entourés d’hommages, d’honneurs, d’acclamations. Les souverains des pays qu’ils traversaient les envoyaient complimenter par les grands officiers de leurs couronnes. Partout les populations se pressaient sur leur passage : on eût dit une fête générale, où l’on célébrait, comme un bonheur public , le retour de cette archiduchesse d’Autriche.
Mais nulle part les transports qu’excita leur présence n’éclatèrent avec plus d’enthousiasme que dans le Tyrol. Les peuples courageux de ces montagnes , donnés malgré eux à la Bavière par le traité de Presbourg , avaient conservé pour le souverain de l’Autriche et pour son gouvernement paternel une fidélité d’affection que rien n’était parvenu à ébranler. Toujours cherchant à reconquérir leur ancien maître, on les avait vus, en 1809, prendre les armes à la voix de leur prince chéri, l’archiduc Jean. Par le sort des batailles, ahondonnés à leurs seules forces, ils luttèrent avec un courage inébranlable contre les armées réunies de la France et de la Bavière , et ils ne succombèrent qu’après avoir écrasé les ennemis sous leurs ruines. Les exploits de quelques uns de leurs intrépides chefs renouvelèrent les
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prodiges de la valeur antique, et par le caractère d’un religieux dévouement, ils rappelaient le souvenir des luttes terribles des guerriers vendéens contre les armées de la république. Hofer, dont l’héroïque mémoire est l’honneur de ces contrées, livré à un jugement militaire , paya de sa vie ses généreux efforts : il tomba comme il avait vécu , religieux et brave; il bénit ses compagnons d’armes, en leur annonçant que le Tyrol retournerait un jour à ses anciens princes; sans émotion il regarda les apprêts de sa mort et les larmes qui entouraient son supplice. Forcés de le frapper pour obéir à un ordre cruel , du moins les soldats français rendirent hommage à sa vaillance : eux-mêmes voulurent porter son cercueil dans des funérailles qu’honorèrent xme pompe militaire, et surtout le deuil profond de la patrie.
Ces braves montagnards , oubliant l’oppression de Napoléon, à l’aspect de l’archiduchesse d’Autriche, se livraient à la joie de voir au milieu d’eux la fille et le petit-fils d’un souverain si chéri et si regretté ; ils témoignaient par leurs transports le bonheur que leur faisait éprouver l’espoir d’un prochain retour au sceptre paternel.
A Innspruck , la foule se précipita au-devant des illustres voyageurs , pour traîner leur voiture , avec un tel empressement , que de graves accidens attristèrent le souvenir de cette belle journée. Aux qualités du caractère allemand, les Tyroliens joignent toute la vivacité de l'imagination italienne : dans cette circonstance, ils se montraient ingénieux à mtütiplier les moyens de témoigner l’enthousiasme
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qu’ils ressentaient. Le soir, avec ces costumes si pittoresques, ces coiffures couvertes de plumes et de fleurs, un peuple immense entourait le palais de Marie-Louise, et des chœurs innombrables faisaient retentir l’air de ces chants nationaux dont l’accent guttural a un caractère étrange , mais séduisant , auquel l’écho des montagnes semble prêter un nouveau charme , surtout dans le calme des belles nuits d’été.
Rien n’avait été changé dans le palais d’Innspruck depuis la domination de la Bavière : Marie-Louise s’y trouva environnée des souvenirs de sa famille. Parmi les tableaux qui consacraient les faits mémorables des différens souverains de l’Autriche, on remarquait la noble Marie-Thérèse, présidant le premier chapitre de l’institution héroïque qui porte son nom ; de cet ordre qui , décerné à la valeur par la valeur même , n’a jamais été sollicité par l’intrigue ni flétri par la faveur. A côté de cette grande impératrice , était représenté Joseph II , encore dans l’enfance. Marie-Louise fut frappée de la ressemblance de son fils avec le fils de Marie-Thérèse , et , M. de Bausset ayant élevé l’enfant à la hauteur du tableau, la similitude parut parfaite.
A Saltzbourg, Marie-Louise fut accueillie avec une grâce bienveillante par cette famille royale de Bavière , dont deux princesses devaient être un jour comme une providence bienfaisante pour son fils.
Pendant ce long voyage, l’enfant, confié aux soins particuliers de M“' de Montesquiou , prenait part, avec la joie de son âge, à tous les objets nouveaux qui venaient frapper ses regards , qui venaient
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éveiller sa jeune imagination. Seul des voyageurs , il jouissait du présent, sans se douter qu’il y eût un avenir, sans songer à un passé dont il ne pouvait apprécier la perte. Le seul regret qu’il manifestait parfois était celui de sa séparation d’avec les jeunes compagnons qu’on avait donnés aux jeux de son enfance ; il disait alors en soupirant :
O Je vois bien que je ne suis plus roi; je n’ai plus de pages. »
A la frontière d’Autriche, Marie-Louise fut reçue par le prince de Trautmannsdorf, grand écuyer de l’empereur, et, à quelques postes de Schœnbrünn, vint au-devant d’elle, avec un aimable et bienveillant empressement, l’impératrice d’Autriche , si remarquable par sa beauté , les grâces de son esprit , le charme céleste de son caractère, digne fille de l’archiduchesse Beatrix, dernier rejeton de l’illustre maison d’Este , qui protégea les lettres , et fut célébrée par une lyre immortelle.
La famille impériale et la cour attendaient la princesse et son fils sur le péristyle du palais de Schœnbrünn. A son arrivée , elle fut accueillie par les témoignages les plus touchans de l’intérêt de tant d’êtres si chers , entourée des soins et des embrassemens de ses jeunes sœurs , et l’archiduc Charles prodigua ses caresses au fils du guerrier, à qui ses talens et sa valeur avaient si souvent disputé la victoire.
Dès ce moment, Marie-Louise fixa sa résidence à Schœnbrünn. Ce château impérial, terminé par Marie-Thérèse, est situé sur la rive droite de la Wien, à une derai-lieue de la capitale. Il est remarquable par l’ensemble majestueux de son architecture , qu’à une
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certaine distance on croirait couronnée par lu Gloriette, édifice élégant, composé d’arcades, de colonnes et de trophées, placé sur les hauteurs boisées qui terminent la perspective. La noble et grande ordonnance des jardins, les marbres et les monumens qui les décorent, la beauté de la végétation , l’abondance et la limpidité des eaux , la richesse des serres, l’ingénieuse disposition des ménageries rendent ce séjour digne de sa destination. Dans l’immense parc attenant, on aperçoit sur les collines, à travers les arbres des forêts, de nombreux troupeaux de sangliers, de cerfs, de chevreuils se croiser dans tous les sens. A toutes les heures, l’hospitalité paternelle de l’empereur d’Autriche ouvre au public ses jardins et son palais. Les avenues , les cours sont continuellement traversées par une multitude d’équipages, de toute sorte, qui transportent rapidement la population dans les charmantes maisons de campagne qui entourent Schœnbrünn, et dont la réunion forme les élégans villages d’Hietzing, de Meidling, du Grünberg. Là, pendant la belle saison, dans de nombreux établissemens publics , se succèdent les jeux, les fêtes, les illuminations. Partout on entend retentir les airs de walse, et une musique harmonieuse exécutée avec l’ensemble et la précision allemande. Ce mouvement, cette activité d’une nombreuse population, riche ou du moins aisée, donnent à Schœnbrünn un caractère animé qui ajoute à la beauté de cette habitation et au charme du site. r-
Tel est le séjour que, lorsqu’il dicta des lois à l’Autriche, occupa Napoléon pendant quelques in-
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slans; tel est le séjour où son fils devait passer et terminer sa courte carrière.
Marie-Ix>uise y employait ses instans à cidtiver les arts qu’elle aimait, à étudier les langues, celle surtout du pays qu’elle était destinée à gouverner. Elle consacrait ordinairement ses matinées à l’éducation de son fils; elle en partageait les soins avec sa gouvernante , M*"^ de Montesquieu.
Dès les premiers inomens de leur arrivée, les habitans devienne témoignèrent le plus grand empre.ssement, et pour leur archiduchesse, qu’ils se félicitaient d’avoir recouvi'ée, et pour le fils de celui qui, deux fois occupant leur capitale, leur avait fait sentir tout le poids de ses victoires. On se rendait en foule dans les jardins de Schœnbrünn, où Marie- Louise et son fils se promenaient chaque jour. On les suivait, on les contemplait, mais avec ce calme respectueux , avec cette décence qui laissaient à cet empressement tout le prix d’un hommage, et ne lui donnaient jamais le fâcheux caractère d’une importune curiosité.
Telles sont, du reste, dans toutes les circonstances, les moeurs des habitans de Vienne. Nul peuple ne pousse plus loin le goût des spectacles, des jeux, des fêtes, des amusemens; nul ne s’y livre avec une satisfaction plus évidente; mais nulle' part la joie n'a une expression aussi décente et aussi douce. Une dignité naturelle semble présider à toutes les actions des Autrichiens.
Outre les seiitimens que faisaient naître dans les âmes honnêtes les illustres exemples de l’instabilité des grandeurs humaines, la présence de la fille et du
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petit-fils de l’empereur réveillait dans les cœurs autrichiens un intérêt bien plus puissant. Leur histoire était un monument du dévouement absolu du souverain aux intérêts de son empire; chez lui, les tendres affections du père de famille étaient sacrifiées sans hésiter aux devoirs du père du peuple.
Ce souverain, si digne de la reconnaissance et de la constante affection que lui témoignent ses sujets, fit son entrée à Vienne le i5 juin. Pour la première fois, il rentrait dans sa capitale, triomphant de celui dont les victoires avaient si souvent ébranlé son empire. Une immense population se pressait autour de l’arc de triomphe qu’on lui avait dressé à la porte de Carinthie, dans les avenues de l’antique basilique où il allait remercier le Dieu des armées, et dans les cours du palais impérial, où il reçut les hommages de tous les grands et de tous les corps de l’empire. Mais quels que fussent les transports qu’excita son triomphe, ils ne pouvaient effacer le touchant souvenir de l’empressement filial qui l’accueillit dans ses terribles revers. Ici c’était un peuple qui saluait la victoire, alors c’étaient des enfans qui venaient consoler par leur amour l’infortune de leur père.
Dès son arrivée à Vienne, l’empereur s’empressa de prodiguer à sa fille les soins les plus touchans de son cœur paternel. Dans les épanchemens de leurs réunions intimes, il lui promettait l’appui de toute sa tendresse; il lui répétait l’assurance que désormais il serait le tuteur et le père du jeune Napoléon. Au milieu des objets de ses affections premières, entouré des plus doux témoignages de leur vif intérêt, des consolations d’un père adoré, Marie-Louise, pour
compensation à ses revers , retrouva tout le bonheur, tout le charme de l’existence de famille.
A cette même époque, arriva dans ces lieux une autre illustre victime du bouleversement des empires, une fille de Marie -Thérèse, aïeule de Marie- Louise , la reine Caroline. Chassée de Naples par les Français, réfugiée chez les Turcs pour échapper à la protection des Anglais en Sicile, elle venait à Vienne réclamer que, dans la reconstruction de l’édifice européen , ses droits ne fussent ni méconnus ni sacrifiés. Ses malheurs n’avaient pas amolli son courage, mais ils avaient disposé son âme à sympathiser à d’autres infortunes. Précipitée du trône de Naples par Napoléon, elle retrouvait dans l’épouse et le fils de son persécuteur ses propres enfans : elle leur témoigna l’intérêt le plus tendre. Il y avait une p.arité dans la situation de ces deux archiduchesses d’Autriche, ramenées par le malheur dans le palais de leurs ancêtres. Cette circonstance sembla établir entre elles une intimité de relations et de confiance. Trop franche pour cacher son inimitié contre Napoléon, mais ennemie généreuse, elle reconnaissait ses hautes qualités, en détestant l’abus qu’il en avait fait. Jusqu’à son dernier jour, elle combla le jeune prince des témoignages de son affection maternelle. La couronne qu’elle venait réclamer devait tomber bientôt du front de l’usurpateur; mais elle ne devait plus reposer sur ses cheveux blancs : peu de mois après son arrivée en Autriche, une mort -imprévue et subite vint mettre un terme aux espéiances et au.x tourinens de sa vie agitée.
Lin congrès général allait s’ouvrir à Vienne. Im