RAPPORT DU JOURNAL OFFICIEL
SUR LA CÉRÉMONIE DU BAPTEME DU ROI DE ROME, ET SUR LA FÊTE QUI l’a ACCOMPAGNÉ. (V. p. 20.)
II JUIN l8ll.
Cette fête destinée à célébrer la naissance du roi de Rome, le jour même de la cérémonie de son baptême, fête qui, sur tous les points de l’empire et dans une si grande partie de l’Europe , a fait entendre à la fois les mêmes accens d’allégresse, a commencé à Paris le 8 juin. A quatre heüres , tous les spectacles, ouverts gratuitement, ont été remplis d’une foule immense, qui a saisi avec un empressement et une intelligence qui appartiennent bien au caractère français, toutes les allusions que le spectacle pouvait offrira la circonstance, et accueilli avec les plus vifs applaudissemens les productions nombreuses qu’elle avait fait naître. C’est en chantant et en répétant dans toutes les parties de la ville les refrains quelle venait d’entendre que cette multitude est sortie des théâtres , où son allégresse et son enthousiasme avaient si vivement éclaté.
A sept heures du soir, LL. MM. IL et le roi de Rome
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sont arrivés de Saint-Cloud au palais des Tuileries : un concours nombreux leur servait de cortège ; la cour du palais et la terrasse du jardin ont été à l’instant couvertes d’une foule de spectateurs, et les cris de Vive l’empereur! Vive r impératrice! Vive le roi de Home! ont retenti de toutes parts.
Le 9 à deux heures , tous les postes des lieux que devait traverser le cortège out été occupés par la garde impériale et les troupes de ligue formant la garnison de Paris : les Tuileries, la place de la Concorde, les boulevards, étaient garnis de spectateurs; un grand nombre d’édifices et de maisons particulières étaient revêtus de tapisseries, de feuillages, et offraient dans leur direction des emblèmes ingénieux.
« A cinq heures , les chasseurs de la garde formant la tête du cortège, se sont rais en mouvement : à cinq heures et demie le canon, qui depuis la veille se faisait entendre de distance en distance , a annoncé la sortie de LL. MM. du palais des Tuileries, précédées, accompagnées et sui> vies conformément au programme du cérémonial. Pour la première fois tous les regards ont pu se porter sur l’auguste enfant dont le nom royal allait être consacré sous les auspices de la religion. L’effet que sa vue a produit sur toutes les âmes est inexprimable : Vive le roi de Home! a été une acclamation non interrompue sur tous les lieux du passage. LL. MM. étalent saluées du même cri auquel leurs noms augustes se mêlaient dans toutes les bouches avec l’accent de l’amour, du respect et de la reconnaissance ; elles ont paru sensibles à ce double hommage qui u’en formait réellement qu’un seul, et elles ont daigné en donner les plus touchans témoignages à la foule répandue sur leur passage.
« Le Sénat était parti à quatre heures de son palais ; le Conseil d’État des Tuileries ; le Corps Législatif de son
palais; la Cour de cassation, la Cour des comptes, le conseil de l’ Université , précédant le grand-maître, du lieu ordinaire de leurs séances ; le corps municipal de Paris et les maires et députés des 4 q bonnes villes appelés à la fête de l’Hotel-de-Villc de Paris ; ces différens corps ont marché sous l’escorte qui leur avait été assignée.
« Il avait été construit , devant la principale porte de l’église de Notre-Dame, pour l’airivée et le départ du cortège, un portail en forme de tente, soutenu par des colonnes èt orné de draperies et de guirlandes ; l’intérieur de l’église était richement décoré.
« Les tribunes du chœur étaient occupées à droite par les princes étrangers, à gauche par le corps diplomatique, dans le pourtour par les femmes des ministres et des grands officiers, et par les maisons de la famille impériale.
(( Tous les cardinaux et les évêques étaient placés dans le sanctuaire.
« Dans le chœur, le Sénat et le Conseil d’État, ayant derrière eux les maires et députés des bonnes villes.
« Dans la partie supérieure de la nef étaient placés à droite et à gauche, selon leur rang, le Corps Législatif, la Cour de cassation , les grands officiers de la Légiond’Houneur, la Cour des comptes, le conseil de l’ünlversité, la Cour impériale, l’état-major de Paris ; le reste de la nef et les travées de la nef et du chœur étaient remplis par les personnes invitées.
« A cinq heures et demie , le clergé est entré processionnellement dans l’église et est allé occuper les places qui lui étaient destinées.
« Un peu avant sept heures, le cortège impérial est arrivé; LL. MM. ont été reçues à la porte de l’église par le cardinal grand -aumônier, qui leur a présenté
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l’eau bénite. Le cortège s’est avancé dans l’ordre suivant :
« Les huissiers,
« Les hérauts d’armes ,
« Le chef des hérauts d’armes ,
« Les pages ,
« Les aides des cérémonies ,
« Lés officiers d’ordonnance de service ,
« Les maîtres des cérémonies ,
« Les préfets du palais de service ,
« Les officiers de service près le roi de Borne ,
« Les écuyers de l’empereur de service ordinaire et extraordinaire,
« Les chambellans de service ordinaire et extraordinaire ,
« Les écuyers de jour ,
« Les chambellans de jour,
« Le premier écuyer ,
« Les grands-aigles de la Légion-d’Honneur ,
« Les grands-officiers de l’empire ,
^ « Les ministres ,
« Le grand-chambellan, le grand-écuyer et le grandmaître des cérémonies ,
« Les honneurs de l’enfant , savoir ;
« Le cierge , porté par S. A. M”' la princesse de Neufchâtel J
« Le chrémeau, porté par M“' la princesse Aldobraudini ;
« La salière, portée par M”* la comtesse de Beau veau ;
« Les honneurs des parrain et marraines , savoir :
« Le bassin, porté par M“* la duchesse d’Alberg;
« L’aiguière , portée par M“' la comtesse Vilain XIV;
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« La serviette, portée par M"‘* la duchesse de Dalmatie.
« Devant le roi de Rome, à droite, S. A. I. et R. Mgr le grand-duc de Würtzhourg, représentant S. M. l’empereur d’Autriche, parrain; à gauche S. A. 1. Madame, marraine; et S. M. la reine Hortcnse, représentant S. M la reine de Naples , marraine.
« Leroi de Rome porté par M“** la gouvernante, et revêtu d’un manteau d’un tissu d’argent, doublé d’hermine, ayant à droite et à gauche les deux sous-gouvernantes et sa nourrice; la queue du manteau de S. M. portée par M. le maréchal duc de Valmy.
« L’impératrice sous son dais , porté par des chanoines, la queue du manteau de S. M. portée par son premier écuyer ;
« La dame d’honneur et la dame d’atours, le chevalier d’honneur et le premier aumônier, à droite et à gauche du dais;
« Dendère le dais, S. A. I. M“* la princesse Pauline , la queue du manteau de S. A. portée par un oflBcier de sa maison ;
« Les dames du palais ;
« LL. AA. SS. le duc de Parme, archi-chancelier de l’empire ; le prince de Neufchâtel et de Wagram , viceconnétable; le prince de Bénévent, vice-grand-électeur;
« LL. AA. II. le prince Borghèse, duc de Guastalla, et le prince Eugène, vice-roi d’Italie, grand-duc héréditaire de Francfort ;
n LL. MM. le prince Joseph-Napoléon, roi d’Espagne, et le prince Jérôme-Napoléon, roi de Westphalie;
« L’empereur sous son dais , porté par des chanoines.
« A droite et à gauche du dais, les aides de camp de S. M. ;
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« Derrière le dais de S. M. le colonel-général de la garde de service, le grand-maréchal et le premier aumônier ;
« Les dame.s d’honneur des princesses;
« Les dames et offleiers de service près LL. AA. II.
« L’empereur et l’impératrice s’étant placés sur leurs prie-dieu , dans la partie supérieure de la nef, le roi de Rome à droite de l’empereur, les parrain et marraines à droite du roi de Rome , et les princes et princesses , les ministres, les grands-officiers et les grands-aigles, les dames et officiers ayant pris place autour de LL. MM. selon leur rang, le grand-aumônier a entonné le Veni Creator, après lequel S. Em. s’est rendue à l’entrée du chœur; M“' la gouvernante, avertie parle grand-maître des cérémonies, a conduit le roi de Rome à la grille du chœur, et S. Em. a fait la cérémonie des catéchumènes.
« Cette cérémonie achevée, et le grand-maître des cérémonies ayant pi’évenu LL. MM. , M. le cardinal a conduit l’enfant par les langes dans le chœur, et LL. MM. toujours entourées des princes et princesses , précédées et suivies de leurs grands-officiers et officiers, sont allées prendre place sur leur trône dans le chœur , pour la cérémonie du haptême ; le cortège occupait autour du trône les mêmes places qu’autour des prie-dieu. Après la cérémonie du Laptème , le grand-maître ayant fait une révérence à LL. MM. et au roi de Rome, M™' la gou-' veriiante a remis le roi de Rome entre les mains de l’impératrice ; M. Duverdier, chef des hérauts d’armes, s’est avancé au milieu du chœur et a crié trois fois F U>e le roi de Home! Ces cris répétés par tous les spectateurs se sont prolongés un très-long temps, pendant lequel l’impératrice debout tenait son enfant sur les bras ; l’empereur l’ayant pris dans les siens l’a élevé avec une émotion touchante qui a pénétré tous les cœurs du plus vif
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euthousiasme. L’orchestre composé des musiciens de la chapelle impériale et conduit par M. Lesueur, directeur de la musique de S. M. , a exécuté le Vivat.
« Après cette proclamatioli, M“' la gouvernante ayant repris l’enfant, a fait une révérence à l’empereur, et le roi de Rome , accompagné de son cortège , est sorti par la porte du sanctuaire pour se rendre à l’archevêché , d’où il est parti pour retourner aux Tuileries.
« Ensuite le grand-aumônier a entonné le Te Deum, qui a été exécuté par l’orchestre.
« Le Te Deum a été suivi du Domine salviun ^ après lequel S. £m. a donné la bénédiction épiscopale.
« LL. MM. , reconduites par S. Em. jusqu’à la porte de l’église avec le même cérémonial qu’à l’arrivée, ont recueilli de nouveau les témoignages universels de l’amour et de l’allégresse publics , et sont remontés en voiture pour se rendre avec leur cortège à la fête de l’Hôtelde-Ville.
« LL. MM. sont arrivées à huit heures ; le corps municipal a été les recevoir. M. le conseiller d’État préfet, comte Frochot, a eu l’honneur de les haranguer au nom de la ville de Paris , et les a conduits dans les appartemens qui leur étaient destinés après avoir traversé la salle du trône, où se trouvaient seulement les personnes de la suite de LL. MM. , les maires et députés des bonnes villes , et les magistrats de Paris. Les salles des Fastes , préparée pour le concert, et de Saint-Jean, disposée pour le banquet, étaient occupées par les personqes invitées.
H L’empei'eur a daigné recevoir dans son appartement quatre présentations ;
« Première présentation ; Les conseillers d’État préfets delà Seine et de police, le maître des requêtes chargé des travaux de Paris et du canal de l’Ourcq , les secrétai-
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res-généraux des deux préfectures, les sous-préfets du département, le conseil de préfecture, le directeur des contributions , le receveur-général du département , le médecin du département et des prisons , l’arcbitecte et les ingénieurs en chef, le conseil, les notaires, et les avoués de la préfecture.
« Seconde présentation : Les maires et adjoints , les membres du conseil municipal.
« Troisième présentation : Le conseil d’administration et la commission des hospices et secours , le directeur du Mont-de-Piété.
« Quatrième présentation : La chambre de commerce.
« Le grand-maréchal du palais ayant averti l’empereur qu’il était servi , S. M. a traversé de nouveau le salle du trône pour se rendre à l’appartement de l’impératrice, d’où LL. MM. sont allées prendre place au banquet dans l’ordre suivant :
« L’empereur ; à sa gauche l’impérati-ice , la reine de Hollande, la princesse Borghèse, le grand-duc de Wurtzbourg , le grand-duc de Francfort ; à sa droite Madame mère, le roi d’Espagne, le roi de Wcstphalie, le prince Borghèse, le prince vice-roi.
« La table était placée sui' une estrade ; les deux fauteuils de LL. MM. surmontés d’un dais ; les dames du palais et les personnes du cortège de LL. MM. étaient placées au bas de l’estrade en face de la table. Le service a été fait par les officiers de la maison de S. M. La décoration de la salle offrait les armes des 49 bonnes villes, Paris , Rome , Amsterdam placées les premières , les 46 autres par ordre alphabétique.
« Après le banquet, LL. MM. sont allées prendre place dans la salle du concert.
« Le conservatoire impérial a exécuté devant elles une cantate intitulée le Chant d’Ossian , et dont les paroles
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sont de M. Arnault et la musique de M. Méhul , tous deux membres de l’Institut.
(( Cette cantate a produit la plus vive sensation. M. Lays chantait la partie d’Ossiau : le chœur des Ombres héroïques j placé dans une tribune élevée , formait un contraste heureux avec la partie qui avait précédé : l’illusion était complète, l’effet dramatique , et cette belle composition , exécutée avec beaucoup d’ensemble , a réuni tous les suffrages.
n Après le concert , LL. MM. se sont rendues dans la salle du trône , où toutes les personnes Invitées se sont trouvées réunies et faisaient cercle 5 l’empereur a daigné la parcourir en s’adressant avec la plus touchante affabilité au plus grand nombre des personnes qui le composaient, et leur a laissé, en échange de leur hommage respectueux, le souvenir de ses paroles bienveillantes.
« Avant de se retirer , LL. MM. ont été invitées à passer dans le jardin factice qui avait été formé au-dessus de la cour de l’Hôtel-de-Villc : la décoration en était trèsélégante : au fond du jardin, le Tibre était figuré par d’abondantes eaux, dont le cours était disposé avec beaucoup d’art et répandait une douce fraîcheur.
« LL. MM. ont quitté THôtel-de-Ville vers onze heui’cs et demie ; après leur départ, le bal s’est ouvert dans la salle du trône j il a été très-brillant, très-animé, coupé à une heure par un magnifique souper, et il a continué long-temps après la naissance du jour.
« üne seconde partie de la fête avait été disposée à l’extérieur par le corps municipal. Dans la matinée du même jour, les mariages des jeunes filles pauvres dotées par la ville, et unies à des militaires, ont été célébrés dans chaque arrondissement municipal. Les réjouissances publiques ont consisté en jeux de toutes espèces, et distributions aux Champs-Elysées.
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« Les jeux ont commencé à deux heures au carré Marigny et au grand carré des Champs-Elysées. On y avait disposé sur divers points des théâtres de danseurs de corde et de voltigeurs , de sauteurs et de faiseurs de tours de force et d’adresse , d’escamoteurs , etc. , etc.
«A trois heures, les exercices d’équitation ont commencé , ainsi que ceux d’exercice et de voltige dans un cercle placé au milieu du grand carré ; un grand tournois, composé de six escadrilles de cinq chevaux chacun, de quatre hérauts d’armes, douze trompettes, un juge, quatre hérauts de banc, et six porte-bannières, a succédé aux exercices. Dans ce tournois , les coureurs ont exécuté le jeu de bague, la course à l’épée, au pistolet , le combat de la lance et celui au sabre. Le vainqueur a été promené en triomphe et aux acclamations d’une multitude innombrable de spectateurs.
« Les mâts de cocagne , les jeux de bague et les orchestres de danse occupaient le carré Marigny. Tous ces divertissemens ont duré jusqu’au feu d’artifîce.
« Ce feu a été tiré sur la place de la Concorde; il était divisé en trois actes et offrait dans chacun d’eux des décorations emblématiques et allégoriques très-ingénieusement disposées. Après l’explosion de la grande girande^ un ballon lumineux s’est élevé et s’est perdu dans les airs.
« L’illumination du palais des Tuileries , celle du Carrousel formant un nouvel ordre d’architecture en harmonie avec les deux galeries ; celle du jardin , des Champs- Elysées et de la place de la Concorde , étaient d’une trèsgrande richesse. Le palais du Corps-Législatif en offrait une dont la disposition était d’un effet neuf et d’uue extrême élégance dans son apparente simplicité. Tous les édifices publics étaient aussi décorés d’illuminations brillantes; beaucoup de maisons particulières avaient com-
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posé leur décoration d’emblèmes , de transparcns et de devises.
« A une heure du matin, l’immense population de cette capitale n’était pas encore retirée de ces lieux si beaux de leur nature , si riches des monumens qui j sont réunis, et rendus si brillans par le secours d’un art où il ne parait plus possible de rien imaginer. Le passage des voitures avait été sévèrement interdit : toutes les issues étaient ouvertes et faciles , la circulation était aisée, la foule était partout, et l’encombrement n’était nulle part ; aucun accident ficheux n’a troublé ce beau jour et la nuit paisible qui lui a succédé.