‹ Le duc de ReichstadtChapitre 43 sur 50 · LE CAPITAINE JOSEPH STANDEISKI · texte numérisé non relu

LE CAPITAINE JOSEPH STANDEISKI

Joseph Standeiski, capitaine, né en 1792, à Brux en Bohême , fils d’un capitaine autrichien tué sur le champ de bataille à Pignerol dans la campagne de 1 799 , fut admis , en 1 802 , à l’académie militaire impériale et royale à Wiener- Neustadt. Son éducation militaire étant achevée , il entra , le I®* mai 1809, comme enseigne dans le régiment d’infanterie de bgne Froon , actuellement prince Emile de Hesse , et fit avec ce régiment les campagnes de 1809, i 8 i 5 , i8i4

et i8i5. Âu comnienceineut de la campagne de i8i3 , il fut nomme sous-licutenant j le 26 août i8i3, il fut légèrement blessé d'un coup d’épée au bras droit, dans la bataille de Dresde , à l'assaut de la redoute élevée à la barrière de Dippoldiswalde , et, le avril i8i4) il fut blessé d’un coup de feu à la tête dans l’affaire de "Voreppe près de Grenoble j il y commandait une compagnie comme sous-lieutenant, et il eut le bonheur, par sa courageuse conduite dans cette journée devant l’ennemi , de mériter la satisfaction de S. M. l’empereur , énoncée dans un ordre du jour de l’armée. A son retour de la campagne de 1 8 1 5 , il resta eu garnison à Prague dans un bataillon de grenadiers.

En 1823, le capitaine Standeiski , alors premier lieutenant, fut placé au département militaire du commandement général en Bohême, où il resta employé dans cette nouvelle attribution jusqu’en i83o, sous les deux commandans généraux comte Giulay et prince Alois Lichtenstein. Il eut l’avantage d’accompagner ces deux commandans généraux dans plusieurs tournées d’inspection, et, par ce moyen, l’occasion d’étendre ses connaissances militaires et de mériter la satisfaction de ses chefs sous tous les rapports. II fut promu au mois de novembre i83o, par S. M. l’empereur, au grade de capitaine , avec la distinction si honorable d’être appelé à Vienne pour entrer en fonctions auprès de S. A. le duc de Reichstadt. Il y arriva au mois de décembre i83o.

Le i4 juin i83i , le capitaine Standeiski commença son service auprès du prince et fut transféré avec lui dans le régiment d’infanterie prince Wasa. Depuis ce temps , il resta attaché au duc de Reichstag , et l’assista dans toutes ses fonctions militaires.

NOTES DIVERSES

NOTES DIVERSES

NOTE

sva l’incendie qui teuhina les fêtes du mariage

DE NAPOLÉON AVEC MARIE-LOUISE. ( p. 21 . )

« C’était le a juillet : le prince de Schwarzenberg avait voulu célébrer par une fête brillante les noces de l’impératrice Marie-Lonise. Le goût et le luxe rivalisèrent pour en préparer la magnificence. Dans le jardin du palais qu'il habitait, le prince avait fait construire une salle assez vaste pour l’imposante réunion quelle devait recevoir , et décorée avec la splendeur qu’exigeait le rang des convives. Cette enceinte , construite en bois , était intérieurement recouverte de draperies élégantes et de tissus légers de différentes couleurs. D’un côté, sur une estrade , étaient disposés les sièges pour l'assemblée j de l’autre s’ouvrait ime vaste porte j sa magnifique décoration semblait inviter à entrer dans la salle , éclairée par une illumination éblouissante qui se propageait dant le jardin.

NOTES

« Onze heures venaient de sonner. Entouré de personnages les plus distingués , Napoléon , au milieu de l'assemblée , regardait la danse : Marie-Louise, avec ses dames , était assise a côté de l’estrade , s’entretenant avec le prince de Schwarzenberg qui se tenait auprès d’elle. Dans une galerie qui servait de communication , entre la salle et le palais, la gaze légère qui recouvrait les murs prit feu tout à coup. Aussitôt un officier de la garde , qui s’en aperçut , saisit l’étoffe allumée et s’efforça de l’arracher: mais la flamme, s’élevant au plafond , s’élança le long de la corniche et s’empara presque simultanément de la salle entière. Les musiciens , qui occupaient une tribune à la demi-hauteur de l’enceinte , ne s’aperçurent pas plus tôt de l’incendie, qu’ils se hâtèrent d’ouvrir la porte derrière eux , afin de se sauver. Le ciel était chargé d’un orage 5 le vent s’engouffra avec violence dans le frêle édifice, qui , en quelques instans , fut entièrement embrasé. Il est impossible de décrire la confusion de cette terrible scène. Le prince de Schwarzenberg se hâta de rejoindre Napoléon, autour de qui se pressaient les officiers de la garde , l’épée à la main 5 car , au premier moment , l’idée d’une trahison avait frappé leur esprit ; ils semblaient s’attendre à l’explosion de je ne sais quel complot infernal. « Je U connais la construction de ma salle, dit le prince, elle est « perdue : mais les issues sont en assez grand nombre pour « que personne n’ait de risque à courir. Sire , je vous couvri- « rai de mon corps. « Il se plaça à côté de Napoléon , qui , san.s aucun indice de crainte, conduisit Marie-Louise hors de la salle et du jardin , et l’accompagna jusqu’à la route de Saint- Cloud. Il revint immédiatement au lieu de l'incendie.

« Le prince de Schwarzenberg, de retour avant lui, avait trouvé déjà l’édifice à moitié consumé , et ses yeux furent frappés de l’affreux spectacle des victimes. Rassuré sur le sort de ses enfans, qu’il savait rentrés dans le palais, son regard inquiet cherchait leur mère : on l’apportait évanouie , mais du moins épargnée par les flammes. Il rencontre son frère éperdu. Il apprend de lui qu’il ne peut retrouver la princesse Pauline , ni recueillir sur elle aucun indice. On

DIVERSES

ignorait encore que , victime de son ht-roïsine maternel, pour sauver son enfant , elle avait affronté et trouvé la mort dans l’incendie. On cherchait,... on attendait,... 6n se berçait de vaines espérances. Ce ne fut que quelques heures après qu’on acquit enfin une horrible certitude. . . . Ainsi , par une affreuse catastrophe , une femme d’un esprit élevé et d’un noble cœur était soudainement ravie à sa famille qui l’adorait, à un époux dont elle était le bonheur , à neuf enfans aimables , tandis qu’un dixième était alors dans son sein maternel. Le destin semblait l’avoir marquée pour ce jour ; ce n’était que malgré elle , et pour condescendre aux instances de son beau-frère , qu’elle avait consenti à contremander ses ordres déjà donnés pour son départ, et à prolonger son séjour jusqu’après cette fête.

<x Dès les premiers momens de l’incendie , elle s’était hâtée d’arracher à la danse sa seconde fille , comme elle nommée Pauline : la première , Eléonore , était déjà soustraite au danger. Elle la conduisit rapidement vers les degrés de l’entrée où, au milieu des flammes, la foule se pressait dans un désordre effroyable. Après s’être arrêtée quelques momens par prudence, elle atteignit enfin l’escalier qui conduisait dans le jardin. Un instant de plus, elle était sauvée. Tout à coup, par sa chute, une poutre sépara la mère de sa fille, et l’escalier s’écroula sons le poids de ceux qui s’efforcaient de fuir. L’effroi , la confusion , le péril , les cris des malheureux qui tombaient , la flamme qui roulait ses vagues, comme une mer orageuse roule ses flots , une fumée étouffante , le concours de toutes ces horreurs auxquelles aucune réflexion n’aurait su résister , étourdirent à ce qu’il paraît l’héroïque princesse. Sans doute elle ne conserva plus alors que son instinct de mère ; elle sentit seulement que sa fille n’était plus à ses côtés. A cette effroyable découverte , son âme dut tressaillir de terreur pour une existence si chère Elle s’é-

lança de nouveau dans la salle.... Le lendemain on la retrouva

à l’autre extrémité Un lustre tombé du plafond avait dû

l’écraser sous son poids et la soustraire à d’affreuses douleurs ; cette hypothèse avait presque quelque chose de consolant.

NOTES

Oa la reconnut à une chaîne d’or qu’elle portait autour de son cou , et à laquelle était attaché un cœur de cristal , où elle conservait les cheveux de ses enfans.

« Au début de l'incendie , l’époux de l’infortunée princesse conversait avec l’impératrice. Dès les premiers cris du péril , il court au milieu des groupes des danseurs , se dispersant déjà comme les éclats d’une pierre qui se brise; il rencontre la vice-reine d’Italie , à qui il indique une petite porte , par laquelle elle et le prince Eugène s’échappent de la salle , dont le feu et la fumée se disputaient déjà la possession. Il la parcourt et la traverse vainement dans tous les sens; il ne parvient pas à apercevoir la princesse Pauline; il descend l’escalier qui le conduit au jardin ; là il interroge tous ceux qu’il rencontre ; les uns disent l’avoir vue , d’autres assurent quelle est liors de la salle; la voici ! s’écrie tout à coup une voix : il accourt, et rencontre une femme d’une ressemblance frappante avec la princesse. Une telle erreur dans un tel moment le pénètre d’un immense effroi ; son cœur, qui a déjà parcouru toute l’échelle de la torture d’un funeste pressentiment , se sent embrasé d’un feu dévorant par la conviction soudaine de sa perte. Il court de nouveau vers la salle; l’escalier venait de s’écrouler, la foule se débat pêlemêle dans les cendres et les débris enflammés : on dérobe à ses yeux sa fille à demi-brûlée ; on emporte la princesse sa belle-sœur , les cheveux épars ; dans cette presse épouvantable, elle avait perdu tous les diamans de sa coiffure. Ses yeux se fixent, à la lueur horrible de lincendic, sur une figure gémissante dont les vêtemens ont brûlé sur son corps , un diadème d’or ardent s’est enfoncé dans le front de l’infortunée : c’est la princesse de la Leyen. Un officier suédois qui venait de l’enlever de la salle, encore tout saisi d’étonnement et d’horreur, assure avoir vu marcher une femme au milieu des flânâmes. Eperdu, le prince s’élance vers l’entrée, il s’efforce de monter sur les débris embrasés ; tout à coup le plancher s’écroule avec un fracas affreux ; la fumée et la flamme en

sortent comme d’une vaste -fournaise Tout est perdu »

J’ai traduit cette narration des mémoires du maréchal

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prince de Schwarzenberg , par le chevalier de Prokesch. Quoiqu’il me fût difficile de donner ainsi une idée de son style, c’est cependant une indication de la manière de sentir et de peindre de celui qui fut si avant dans l’intimité du duc de Reichstadt. D’ailleurs ce récit a été rédigé sous l’inspiratiou directe du prince Joseph de Schwarzenberg et de tous les membres de cette illustre fa^nille qui furent témoins de cette affreuse catastrophe.

La jeune princesse Pauline fut long temps dans un état qui donnait les plus grandes craintes pour sa vie.... On lui cachait la mort de .sa mèrej mais inquiète de son absence, elle interrogeait son père avec angoisse, épiant sur sa physionomie les traces d’une douleur qu’il s’efforcait de lui dérober. Elle guérit alors. Depuis , mariée au prince de Schoenburg, des circonstances malheureuses rouvrirent ses blessures mal cicatrisées , et p lusieurs années après le terrible incendie elle en fut encoie victime.

NOTE

SUR tES POÉSIES REIATIVES AU DUC DF. REICUSTADT. {V . p. 24.)

Jamais événement ne lut chanté par tant de poètes que la naissance du roi de Rome. Le Moniteur, après avoir cité les vers, les stances et les noms de plus de quatre-vingts auteurs, s’excuse de n’en avoir fait connaître que la moindre partie. Au milieu de ce torrent d’éloges et de ces brillantes prédictionsquine se sont pas vérifiées, une seule voix, et c’était celle d’une femme , fit entendre les mots austères de devoirs à accomplir; elle signala la fragilité du pouvoir humain devant la seule puissance réelle et impérissable. M“® Dufresnoy disait, dans les vers qu’elle adressait au prince nouveau-né :

I,e Dieu qui, sur ta tête, a placé la couronne.

Qui mit le sceptre dans tes mains ,

NOTES

Et de sa grâce t'enrironne.

N’est pas uu de ces dieux rêvés par les liumains. De sa puissance sans seconde Tout l’univers vient t’avertir.

D’un mot il a créé le monde ,

V'un mot il peut l’anéantir.

Au peuple qu’il soumet k ton obéissance.

Roi chrétien, fais chérir sa loi.

Ce fut dans cette circonstance que, pour la première fois, se révéla au public le talent de M. Casimir Delarigne., alors élève de rhétorique au lycée Napoléon. Voici les stances de ce jeune poète (adressées à Marie-Louise) qui furent citées dans le journal officiel ;

Tu parus, aussitôt les peuples de la France Entourèrent ton char de leurs concerts joyeux ; Devant toi marchait l’espérance ;

Et ce jour k jamais heureux ,

D’un jour plus doux encore nous donna l’a.ssurance. Jeune immortelle , il nait de ton sein généreux Ce fils que ta présence annonçait k l’empire;

Un doux transport déjk se mêle k tes douleurs ,

Et sur ces traits soufTrans, où la beauté respire ,

Le souris maternel brille au milieu des pleurs.

Telle, dans sa course légère.

Dissipant un brouillard obscur.

Du jour l’aimable messagère Apparaît sur son char d'azur.

A la terre qui .se réveille ,

La déesse de sa corbeille Prodiguant les trésors divers.

Par ses pleurs et par son sourire Annonce le dieu dont l’empire Va s’étendre sur l’univers.

DIVERSES

Reçois, royal enfant, les vœux de la patrie;

Qu’un laurier paternel ombrage ton berceau !

Que la gloire et les arts, embellissant ta vie,

Consacrent b jamais le rëgne le plus beau !

Enfant chéri du ciel, attendu par la terre.

Promis k la postérité ,

Puisses-tu, sous les yeux de ton auguste père,

Croître pour l'immortalité!

Et vous, peuples heureux de ces heureux rivages,

O vous , dont sa naissance a comblé tous les vœux ,

Goûtez un bonheur sans nuages ,

Qui doit s’étendre un jour à nos derniers neveux !

Bannissez la crainte importune;

Par un vent favorable en son cours entraîné.

Le vaisseau de l’État, de gloire environné.

Porte César et sa fortune.

La mort du duc de Reiclistadt est certainement un sujet plus poétique encore que la naissance du roi de Rome ; et cependant jusqu’à présent il a donné lieu à un bien moindre nombre de productions. Parmi celles qui sont arrivées jusqu’à moi, j’ai remarqué l’ode de M. HugOj elle renferme de grandes pensées et de belles images ; mais le talent de ce poète me fait regretter qu’il ne conserve pas toujours la pureté de sa première manière , comme dans la strophe suivante :

Tous deux sont morts Seigneur, votre droite est terrible ;

Vous avez commencé par le maître invincible ,

Par l’homme triomphant;

Puis vous avez enfin complété l’ossuaire;

Dix ans vous ont suffi pour filer le suaire Du père et de l’enfant!

Gloire, jeunesse, orgueil , biens que la tombe emporte ; L’homme voudrait laisser quelque chose k la porte;

Mais la mort lui dit : Non !

Chaque élément retourne où tout doit redescendre :

L’air reprend la fumée , et la terre la cendre;

L’oubli reprend le nom.

NOTES

Pendant que , sur les bords du Danube , je rédigeais cette Notice , un poète, ami de ma jeunesse et compagnon de mes premières études , chantait bien loin de moi j et cependant nos pensées semblaient se confondre sur un même sujet. Je reproduis ici l’ode de M. Alexandre Guiraud, comme un noble et bel ouvrage ; me félicitant de retrouver , dans cette association de nos travaux, un souvenir de notre amitié et de notre ancienne fraternité littéraire.

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