‹ Le duc de RichelieuChapitre 1 sur 23 · Le duc de Richelieu · texte numérisé non relu

Le duc de Richelieu

Armand-Emmanuel-Sophie-Septimanie du Plessis Richelieu, duc de Richelieu, était le cinquième duc de ce nom.

Le fondateur de la maison ducale de Richelieu, le grand cardinal Armand du Plessis Richelieu, né en 1585, descendait d'une ancienne famille noble du Poitou dont les origines remontent au XlII-ème siècle. Le Roi Louis XIII érigea en sa faveur en duché-pairie sa terre de Richelieu, déclarée transmissible à ses héritiers mâles et femelles. Le cardinal mourut en 1642 léguant son nom, ses biens et ses armes par testament à Armand- Jean, petit-fils de sa soeur Françoise du Plessis et de René de Yignerot, seigneur de Pont-Courlay. Le fils d'Armand- Jean fut le maréchal de Richelieu, célèbre autant par ses aventures galantes que par ses exploits niilitaires. Du mariage de son fils Joseph, lequel du vivant de son père portait le nom de duc de Fronsac, avec M-elle de Hautefort naquit à Bordeaux, le 25 Septembre 1766, Armand-Emmanuel qui reçut à sa naissance le titre de comte de Chinon, également héréditaire dans la famille de Richelieu '•').

Le jeune Armand -Emmanuel fut élevé dans la maison paternelle sous la surveillance de ses tantes M-mes de Nesler et de Rastigat par les soins d'un habile précepteur, l'abbé Labdan, devenu plus tard gouverneur du duc d'Enghien. A l'âge de quatorze ans il fréquenta les cours du collège du Plessis, fondé par son illustre aïeul et il venait d'atteindre sa seizième année quand il épousa M-elle Rosalie-Sabine de Rochechouart. Immédiatement après son mariage, il entreprit un long et instructif voyage à

*) Les comtes de Laiigeron et de Laîné, dans leurs notices biographiques sur Richelieu (JYsJSg 2 et 4 de ce volume), le fout naître à Paris. Par contre, nous lisons sur une médaille frappée en son honneur en France, peu de temps après sa mort, l'inscription: «né à Bordeaux l'an 1766>.

travers l'Europe. Accompagné de son précepteur, il visita Pltalie, la Suisse, FAUemagne et les Pays-Bas et, de retour à Paris en 1784, il entra comme sous-lieutenant dans le régiment des Dragons de la Reine.

En 1787 la guerre ayant éclaté entre la Russie et la Porte, le comte de Chinon voulut s'y façonner au métier des armes et demanda au Roi la permission de prendre du service en Russie, ce qui lui fut refusé. Insensible aux séductions de la cour de Versailles, fuyant l'existence désordonnée et oisive que l'on y menait, il fit à deux reprises le voyage de Vienne où Joseph II le reçut avec distinction et où il se lia d'amitié avec le jeune prince Charles de Ligne, fils du maréchal autrichien de ce nom. L'année L788 vit mourir son grand-père. Son père, prenant à cette occasion le titre de duc de Richelieu lui passa celui de duc de Fronsac.

Les événements de 1789 obligèrent Fronsac à quitter la Cour et à se rendre à son régiment qui tenait garnison à Sedan. De là il entreprit un nouveau voyage à l'étranger. Après avoir assisté à Francfort au sacre de Léopold II qui venait d'être élu empereur d'Allemagne, il arriva vers la fin d'octobre à Vienne. C'est là qu'un jour, dinant avec -quelques amis chez le Prince de Ligne, il apprit d'un courrier arrivé du quartier-général russe que le Prince Potemkine se proposait de terminer la campagne par une attaque sur Ismaïl. L'idée vint aux jeunes gens de prendre part à cette expédition. Trois d'entre eux, Fronsac, Charles de Ligne et le comte de Langeron partirent aussitôt pour Bender où se trouvait alors le général en chef russe. Potemkine leur fit un accueil des plus gracieux et les dirigea sur Ismaïl que ses troupes assiégeaient déjà. Ils furent tous les trois adjoints au détachement commandé par le contre-amiral Ribas et le jour de l'assaut ils se couvrirent de gloire sous les yeux mêmes de Souvoroff. Charles de Ligne qui avait dirigé la construction des batteries fut décoré de l'ordre militaire de St. Georges de la 3-èine classe. Fronsac qui avait marché à l'assaut dans les rangs des colonnes d'attaque et qui en revint avec une légère blessure reçut la croix du même ordre de la 4-ème .classe et une épée d'honneur. Quelques mois plus tard, l'Impératrice Catherine II écrivait à son confident intime l'encyclopédiste Grimm: «Il n'y a qu'une voix sur le duc de Richelieu d'à présent. Puisse-t-il jouer le rôle

du cardinal de ce nom un jour en France, sans cependant en avoir les défauts. J'aime les gens de mérite et à ce titre je lui veux tout plein de bien sans le connaître. Je lui ai écrit une belle lettre chevaleresque en lui envoyant la croix de St. Georges et en dépit de FAssemblée nationale, je veux qu'il reste duc de Richelieu et qu'il aide à rétablir la Monarchie» *).

Cette prédiction de l'Impératrice ne devait se réaliser que bien des années après. Revenu en France, le jeune duc qui après la mort de son père survenue en 1791, avait pris le nom de Richelieu, entra dans l'exercice de ses fonctions de premier gentilhomme de la chambre du Roi. Il était de service le jour de la fuite de Varennes et c'est lui que l'infortuné couple royal envoya en mission secrète à Vienne peu de temps après l'arrestation et l'internement au Temple. Toutefois il partit non en émigré, mais muni d'un passeport en règle délivré par le ministère, en vertu d'une décision de l'Assemblée nationale. On invoqua comme prétexte de son départ l'obligation pour lui de s'acquitter des engagements qu'il aurait pris vis-à-vis du gouvernement russe, à la condition qu'il rentrerait en France aussitôt la guerre terminée et sur l'intention exprimée par lui «que les connaissances militaires qu'il y acquerra le mettent»— ainsi qu'il était expressément dit dans le procès verbal de l'assemblée, — «à portée de concourir un jour à la gloire de sa patrie» '•"•').

Catherine II approuva le parti pris par Richelieu de quitter la France pendant la tourmente révolutionnaire. Nous lisons à ce sujet dans une de ses lettres à Grimm: «Il fait bien en restant avec les Princes et de me servir en relevant la monarchie française» '•"•"•'). Encouragé par ce témoignage de la bienveillance de l'Impératrice, Richelieu se rendit de Vienne à Saint-Pétersbourg et il y fut présenté à Sa Majesté par son ami et ancien compagnon d'armes, le prince de Nassau-Siegen. Catherine lui fit un aimable accueil et lui accorda ses petites entrées aux soirées intimes de l'Hermitage. Il passa au service militaire russe

*) Catlieriue II, à Grimm, le 13 Mai 1791. (Recueil de la Société impériale d'histoire de Russie, XXIII, p. 522).

**) Extrait du Procès-Verbal de l'Assemblée nationale du 1 Août 1791 (Aè 6 de ce Volume, p. 198).

***) Catherine II à Grimm les 12 et 13 Septembre 1791 (Même reçu eil XXIII p. 201)-

avec le grade de colonel et rejoignit ensuite l'armée de Condé dans les rangs de laquelle il fit la campagne de 1792. L'issue de cette campagne si fatale"aux coalisés le ramena à Saint-Pétersbourg. Là il élabora un plan de colonies militaires que devaient former les émigrés français dans le Midi de la Russie. Ce plan ayant été approuvé par l'Impératrice, il le porta aux Princes, à Coblentz, ainsi qu'une somme de 60,000 ducats, à titre de subside. Il ne parvint pourtant pas à le mettre à exécution, les hostilités ayant recommencé sur le Rhin. Lui-même, tout en restant au service de la Russie, fit avec les Autrichiens les campagnes de 1793 et 1794 et ce n'est qu'en 1795, après la conclusion de la paix de Baie qu'il retourna à Saint-Pétersbourg, dans l'espoir d'y obtenir un commandement dans l'armée russe.

Cette fois-ci Richelieu ne retrouva plus à la Cour de Catherine les égards et la bienveillance qui l'y avaient accueilli lors de sa première apparition. L'Impératrice se montrait déjà importunée et lassée des prétentions des émigrés et ne croyait plus au triomphe de leur cause. Néanmoins elle exauça le voeu du duc en le nommant, sur la présentation du maréchal Roumiantzoff commandant du régimeift des Cuirassiers de l'Ordre Militaire cantonné aux environs de Doubno, en Yolhynie.

Richelieu y passa les deux dernières années du règne de la grande Impératrice. Peu de jours après l'avènement de son successeur il fut promu au grade de général-major et appelé à commander les Cuirassiers de la Garde de Sa Majesté, en garnison à Tsarskoié-Sélo. Mais il ne jouit pas longtemps de la faveur du nouveau souverain. Pour une légère infraction aux règlements récemment introduits dans l'armée, Paul lui retira son régiment et bien qu'il l'eût dédommagé plus tard en le nommant lieutenant-général il ne lui donna plus aucun emploi.

Au moment où Alexandre I-er succédait à son père sur le trône de Russie, l'ordre politique et social était déjà rétabli en France par la puissante initiative du général Bonaparte. Richelieu voulut en profiter pour rentrer dans sa patrie. Grâce à rintervention de l'ambassade de Russie il obtint l'autorisation de revenir à Paris. Il y arriva en Janvier 1802, mais il ne tarda pas à s'apercevoir qu'il lui serait difficile de vivre paisiblement en France sans entrer au service du Premier Consul. Cette éventualité répugnant à ses principes, il écrivit à l'Empereur Aie-

xandre pour le prier de le reprendre à son service. «Vous connaissez mes sentiments et mon estime pour vous», lui répondit Sa Majesté, «et vous pouvez juger par là combitn je serais content de vous voir à Pétersbourg et de vous avoir au service de la Russie auquel vous pouvez être si utile. Dans les premiers jours de 1803 le duc Emmanuel Ossipovitch de Richelieu — car c'est ainsi qu'on l'appelait dans le style officiel russe,— fut nommé gouverneur de la ville d'Odessa.

Cette nomination ouvre une ère nouvelle dans la vie du duc de Richelieu ainsi que dans l'histoire de la Russie méridionale.

Revêtu de pouvoirs étendus, Richelieu reçut l'autorisation d'en référer directement à l'Empereur pour toutes les mesures qui dépassaient les limites de sa compétence. Il justifia la confiance d'Alexandre en s'acquittant de ses importantes fonctions avec une intelligence merveilleuse, un zèle ardent et un succès toujours croissant. Dans le court espace de onze années, Odessa qui, à ses débuts, n'était qu'une misérable bourgade, devint grâce à ses soins, une cité vaste et prospère, le centre de la vie industrielle, commerciale et intellectuelle du Midi de la Russie.

On jugera du peu de développement de cette ville, au mo ment où le nouveau gouverneur entrait en fonctions, par le fait qu'il dut y faire venir de Cherson un serrurier, un menuisier et un boulanger accompagnés de plusieurs apprentis, ces métiers n'y ayant été jusque-là exercés par personne. Son premier soin fut d'obtenir des crédits extraordinaires pour entreprendre sur une vaste échelle les travaux du port et de ses dépendances. De notables privilèges furent accordés au commerce maritime et dès la première année le nombre des arrivages par mer monta à 600 bâtiments. Ce chiffre alla toujours s'augmentant dans les années suivantes, malgré les conditions défavorables que créait au commerce de la mer Noire la guerre qui en 1805 éclata entre la Russie et la Porte et qui dura jusqu'en 1812. Un grand nombre de négociants étrangers, pour la plupart français, attirés par le nom illustre de Richelieu, vinrent ouvrir des comptoirs à Odessa et s'y établir eux-mêmes. Ce fut pour la ville une source nouvelle et abondante de richesse et de prospérité.

A mesure que croissait l'importance commerciale de cette métropole du Midi, elle s'embellissait à vue d'oeil, toujours grâce

aux soins incessants de son gouverneur qui faisait tracer des rues, décorer les places publiques, élever de nombreux édifices. La sollicitude du duc ne se bornait pas d'ailleurs aux besoins matériels de ses administrés. Il travaillait sans relâche à satisfaire aussi leurs besoins moraux, en construisant des églises, en multipliant les établissements d'éducation et de bienfaisance, en fondant un théâtre et une école de chant.

Les résultats prodigieux obtenus par Richelieu à Odessa déterminèrent bientôt l'Empereur Alexandre à élargir le cercle de ses attributions. Dès l'année 1805, il le nomma gouverneur militaire de Cherson et confia à son administration le vaste pays compris entre le Dniester et le Kouban, en d'autres termes, la totalité des provinces de Cherson, de Ekaterinoslaw et de la Tauride.

A partir de cette époque l'action de Richelieu rayonna sur tout le Midi, se montrant partout salutaire et féconde. Il favorisait dans ces parages l'établissement de nombreuses colonies étrangères, qui ne tardèrent pas à transformer la steppe aride en un terrain cultivé et rémunérateur. Sous ses auspices, l'agriculture et en particulier l'élevage des brebis, prit un essor vaste et rapide. D'un autre côté, il encourageait les populations nomades des Nogaïs et autres indigènes d'origine tartare à changer de mode d'existence et peuplait de cosaques la ligne du Kouban, base future des opérations militaires au Caucase, première étape vers la conquête de cette contrée. En Crimée, il plantait, d'une main, les ceps de vigne qu'il faisait venir de France, et recueillait de l'autre les précieux débris de l'art hellénique.

Il prit une part active aux opérations de la campagne de Turquie et en 1806 il entra en Moldavie à la tête de la 13-éme division. Palanka, Akkermann et Kilia furent occupés par ses troupes, mais pris par une fièvre violente il dut bientôt passer le commandement au comte de Langer on. Lorsque l'année suivante on conçut le projet d'une expédition maritime dans le Bosphore, c'est Richelieu qui fut chargé de la préparer, de concert avec un autre français, le marquis de Traversay, commandant de l'escadre de la mer Noire. L'un et l'autre s'accordèrent à déconseiller l'entreprise qu'ils trouvaient trop hasardée, en objectant qu'ils ne fallait pas risquer snr une chance aussi aléatoire (d'honneur et

la gloire de la Russie '•'))). Le même projet fut pourtant repris en 1812 et le duc de Richelieu — désigné pour commander les trois divisions qui devaient, selon l'expression de l'Empereur Alexandre, «frapper un grand coup sous les murs de Constantinople» '•''•'). L'expédition n'eut pas lieu, la paix de Bucarest ayant, sur ces entrefaites, mis fin à la guerre russo-turque.

L'attitude de Richelieu pendant la crise de 1812 a été en tout point correcte, digne de son noble caractère. Il sut avec un tact admirable concilier ses sentiments de français avec ses devoirs envers le Souverain et le pays qu'il servait. Il s'inscrivit pour une somme de 40,000 roubles qui constituait toute sa fortune, en tête de la liste des dons volontaires offerts par la population de la Nouvelle Russie pour les besoins de la défense nationale, mais il ne porta pas les armes contre la France. Il avait d'ailleurs dans ce même moment à lutter contre un autre ennemi: la peste qui venait d'éclater à Odessa et qui dans l'espace de six mois, d'Août 1812 à Février 1813, y exerça de terribles ravages. Pendant plus de six semaines la ville fut entièrement isolée par un cordon sanitaire, tout rassemblement était sévèrement interdit, les tribunaux, la bourse, les boutiques, les théâtres, les restaurants, les bains publics, les écoles, les églises même— fermées, les habitants n'osaient plus s'aventurer en dehors de leurs maisons. Les médecins, assistés de comriissaires spéciaux, visitaient les malades et venaient faire leur rappo:"t au gouverneur-général qui, payant de sa personne, veillait lui-même à l'exécution des mesiu-es ordonnées par lui pour combattre l'épidémie. Elle s'apaisa peu à peu et cessa complètement à l'approche du printemps. Le nombre de ses victimes n'en fut pas moins considérable. Il s'élevait au chiffre de 2,556 personnes représentant le dixième de la totalité de la population d'Odessa à cette époque.

La lutte que Richelieu avait si vaillamment soutenue contre le fléau dévastateur à été son dernier exploit au service du pays confié à ses soins et qui était devenu si cher à son coeur. Les grands événements accomplis en Europe en 1818 et 1814 durent nécessairement réagir sur sa position. Dès qu'il apprit la chute de Napoléon et le rétablissement des Bourbons en France, il écri-

*) Le Marquis de Travevsay k l'Amiral Tcliitchagoff, le 27 Février 1807. **) L'Empereur Alexandre à Koutousoff', le 28 Février 1812.

pu me convaincre par moi-même de toute l'étendue des services que vous avez rendus au pays naguère confié à votre sollicitude, m'a semblé offrir à cet égard l'occasion la plus convenable, malgré la position où vous a placé aujourd'hui la confiance de votre souverain et de votre patrie» '•').

L'action de Richelieu, premier ministre du Roi Louis XVIII est intimement liée à l'histoire de la France et de l'Europe pendant l'époque de la Restauration. Son principal mérite a été d'avancer le terme de la libération du territoire et de faire reprendre à la France au congrès d'Aix-la-Chapelle la place qui lui revenait de droit dans le concert européen. Son système de politique extérieure reposait tout entier sur une entente étroite et sincère avec la Russie, fort impopulaire alors dans le parti libéral. Ce dernier accusait le duc de s'être inféodé au cabinet de Saint-Pétersbourg au point de lui sacrifier les intérêts et la dignité de la France. Indigné de ce soupçon, las et désenchanté, Richelieu donna sa démission presque au moment même où les troupes alliées évacuaient le territoire national. Louis XVIII qui peu de temps auparavant lui avait conféré l'ordre du Saint-Esprit, lui conserva le titre de Ministre d'Etat et le nomma grand veneur de sa cour.

«Rendu à la vie privée, Sire», — s'empressa-t-il d'écrire à l'Empereur Alexandre, — «je tourne naturellement mes regards vers les lieux où j'ai trouve pendant si longtemps un asile honorable. Sans renoncer à la France, j'ai un extrême désir d'aller visiter les bords de la mer Noire. J'ose en demander la permission à Votre Majesté et si Elle daigne me l'accorder, peut-être dès l'été prochain pourrai-je exécuter ce projet si cher à mon coeur» '•"''). La réponse de l'Empereur ne se fit pas attendre. En accordant l'autorisation demandée. Sa Majesté se plut à exprimer l'espoir de revoir le duc à l'occasion de son voyage *''■"''). Mais le voyage n'eut pas lieu, les événements ayant bientôt ramené Richelieu à la tête du ministère. Il ne s'y maintint toute-

*J L'Empereur Alexandre au duc de Richelieu, le 13 Juin 1818 (Ji? 183 de ce volume).

**) Le duc de Richelieu à l'Empereur Alexandre, le 23 Décembre 1818 (IN*» 191 de ce volume).

***) L'Empereur Alexandre au duc de Richelieu, le 6 Février 1819 (JV» 193 de ce volume).

fois que jusqu'à la fin de 1821, obligé de se retirer de nouveau devant les défiances que sa politique extérieure inspirait à Topposition libérale.

Il épancha son âme dans une lettre à un fidèle ami, M. Sicard, négociant français établi à Odessa: «J'ai le projet d'aller vous voir l'été prochain. Je ne le puis pas plus tôt parce que l'on ne manquerait pas de dire que je viens vendre à la Russie les secrets de la France, comme on m'accusait de lui vendre ses intérêts, car il faut que vous sachiez que pendant que chez vous on nous reproche d'être trop anglais, ici j'ai été accusé, par ceux qui se font mes ennemis, de trahi" la France en faveur de la Russie. Je dois donc rester quelques nois à Paris, avant de songer à entreprendre aucun voyage, mais vers le printemps je compte me mettre en route pour Tienne et de là gagner les bords de la mer Noire» *). Cette fois-ci encore il ne put réaliser ce voeu si cher. La mort le surprit au milieu de ses préparatifs de départ. Il succomba à une attaque d'apoplexie foudroyante le 16 Mai 1822.

Le plus bel hommage à la mémoire de l'illustre défunt est contenu dans les paroles suivantes adressées par l'Empereur Alexandre au comte de La Ferronays, ambassadeur de France à sa cour: «Je pleure le duc de Richelieu comme le seul ami qui m'ait fait entendre la vérité. C'était le modèle de l'honneur et de la loyauté. Les services qu'il m'a rendus éternisent en Russie la reconnaissance de tout ce qui est honnête. Je le regrette pour le Roi, qui ne trouvera dans aucun autre un dévoûment aussi désintéressé; je le regrette pour la France, où il fut mal apprécié, et à laquelle cependant il a rendu et devait rendi'e encore de si grands services».

Tel a été en effet ce digne héritier du grand nom de Richelieu; sa mémoire doit être aussi chère à son pays natal qu'à sa patrie d'adoption. Et pourtant le rôle qu'il a été appelé à jouer dans l'histoire de deux grands pays n'est pas encore apprécié à sa valeur et il n'existe pas de biographie de lui, digne de son nom et de son oeuvre. Les données éparses dans différents ouvrages historiques ne sont ni complètes, ni exactes, et ne donnent qu'une idée très-imparfaite de ses glorieux travaux qui méritent une étude spéciale et approfondie.

*) Le duc de Richelieu à M. Sicard, le 22 Janvier 1822 (jY» 252 de ce volume).

1) Note de la duchesse de Richelieu sur le duc de Richelieu.

Page 1