ANQUETIL CITE LES « MÉMOIRES
Mais voici qu'au moment où l'ouvrage du sage Anquetil était à la censure, parut V Observateur véridique. L'auteur du livre a Louis XIV, sa Cour et le Régent » n'en prit pas pour cela plus d'humeur, et se contenta , dans l'impression de ses pages consacrées aux Observations, d'y joindre cette note :
« Ce qu'on avoit prévu est arrivé. Les Mémoires de Saint-Simon ont paru sous le titre de : « L'Observateur véridique ». Paris, Buisson, rue Hautefeuille, 3 vol. petit in-8. On a gardé tout le désordre du manuscrit. Les lecteurs jugeront, par nos citations, si on en a conservé Ténergie. »
Anquetil était alors à Senlis^ où il avait été appelé pour y ranimer les études du collège de la ville. Il résulte de son exposé que M. rÉvêque de Senlis (i) avait aussi sa copie des Mémoires de Saint-Simon, calquée^ comme toutes les autres^ sur
4 volumes in-8% tome I», pages 8 à 1 1, ou Tédition de 1819 de Janet et Cotelle en 2 volumes.
( I ) Jean- Armand de Roquelaure, de TAcadémie française, où il avait été reçu, le 4 mars 1771, par Tabbé de Voisenon. Évéque de Senlis, Conseiller d'État ordinaire, puis Archevêque de Malines.
la copie originelle ^ unique ^ œlle de M. l'abbé de Voisenon (i). Anquetil, depuis lors , travailla au Dépôt des AflFaires Étrangères^ où il prit qualité et reçut les appointements de Rédacteur de Mémoires politiques. Soit qu'alors les données de son esprit^ la direction de ses travaux, principalement T étude des manuscrits relatifs aux traités^ soit que d'autres motifs l'aient détourné de penser à Texamen des Papiers du duc de Saint-Simon, il n'en a plus fait mention dans aucun de ses écrits, et nous ne lui devons point à cet égard de ces révélations intéressantes du genre de celles qu'il a rédigées touchant les « -â/é-
(i) II faut le redire ici, et pour une dernière fois, cette af&irc de la copie dite de Tabbé de Voisenon et qui aurait servi de modèle pour toutes les autres, est encore obscure. Hier même (12 décembre), je rencontrais cette observation dans la préface de V Histoire de la Régence par Lemontey , parlant de Saint-Simon. « Les manuscrits de ce Duc sont considérables. Ses Mémoires forment dou\e volumes in-folio d'un caractère sci-ré et d'une lecture pénible. L'abbé de Voi senon en tira pour l'amusement de Louis XV des morceaux piquants et scandaleux, dont il composa trois volumes in-^^^ qui sont restés inédits. » Or Lemontey écrivait cela en iSiT), et il connaissait les papiers des Affaires Étrangères mieux que M. le Garde du Dépôt lui-même. On pourrait peut-être conclure d'après cela que l'abbé de Voisenon avait aussi disposé des extraits spécialement en vue d'intéresser le Roi et de le divertir.
moires et Manuscrits » des Affaires Étrangères^ dans le cours de son exposé des Motifs des guerres et des Traités de paix de la France, adressé par lui en Tan VI « au citoyen Talleyrand-Périgord^ Ministre des Relations extérieures » ^ vers le Dépôt desquelles nous devons maintenant retourner.
Le personnel du Dépôt des Affaires ÉtrangèreSj à Versailles^ n'avait pas suivi à Paris le personnel des bureaux proprement dits, après les journées des 4, 5 et 6 octobre 1789, époque à laquelle le Gouvernement et l'Administration, répondant aux impulsions nouvelles, durent abandonner Versailles pour venir se grouper à Paris autour de l'Assemblée toute-puissante. Le Dépôt était demeuré comme isolé du mouvement.
A M. Sémonin, chef depuis Tannée 1 772, avait succédé , après la journée du 10 août 1792, le citoyen Geofroy, qui avait été nourri, pour ainsi parler, dans le Ministère. Le sieur Poisson (Louis Huet), qui vivait auprès de ces Papiers depuis l'époque du Traité d'Aix-la-Cha-
pelle ^ c'est-à-dire depuis près de quarante-deux années, s'y trouvait encore en septembre 1795, honoré et respecté, et faisant l'intérim pendant le temps qui suivit la retraite de Geofroy et précéda l'établissement de Resnier, en mission à Genève, au moment où le Ministre Delacroix Tavait désigné pour être le chef du Dépôt (fructidor an III et pluviôse an IV). Ces archives avaient donc rencontré dans leurs gardiens des amis sûrs et fidèles , et dont le naturel paisible , le peu de goût pour se mêler au mouvement des réunions politiques qui alors agitaient tous les districts , une grande prudence enfin, avaient préservé d'aucxine atteinte violente les élégantes salles de leur Dépôt édifié par le duc de Choiseul. Seules, — et dans une mesure relativement modérée, si Ton considère la rigueur des ordres donnés à cet égard par le Comité de salut public, — les reliures des volumes des Négociations et des Traités avaient subi des altérations dans le relief du blason du Roi qui les ornait. Ce ne fut qu'à la fin de 1795 que s cficctua le transport à Paris des papiers d'État de tout genre , religieusement conservés et si heu-
reusement sauvegardés à Versailles.
L'opération du transport des volumes de la salle dite des Manuscrits (ceux du duc de Saint-Simon en étaient) eut lieu au mois de janvier 1796. Ainsi que les Papiers des Négociations^ ainsi que les Registres des Traités^ ainsi que les Portefeuilles contenant tant de Correspondances aussi curieuses que diverses^ ils furent portés à Thôtel de GalliflFet d'abord, où était le Ministère, puis à l'hôtel de Maurepas, expressément aménagé et disposé pour le nouveau Dépôt, qui avec l'opération du triage des titres, c'est-à-dire du versement fait aux Relations Extérieures des Documents d'État, soit en originaux, soit en copies, enlevés à des familles émigrées telles que les Noailles, les Castries, les Bombelles, s'augmenta dans une proportion remarquable.
Pierre-Edouard Lcmontey ( i ) tut le pre-
(i) Pierre-Edouard Lemontey, né à Lyon, le 14 janvier 1762. Il fut de l'Assemblée nationale législative, qui succéda à rAssemblée constituante. Après le 10 août, il fit retour à Lyon, fut hors de France pendant la Terreur, et revint en 1795 à Paris, qu'il ne quitta plus. Il eut Tadresse de
mier et peut-être le seul qui les consulta pendant le long séjour de curieux et de studieux qu'il fit à l'hôtel de Maurepas^ depuis Tannée 1808^ où il entra à ce titre aux Archives du ministère avec l'appui de l'Empereur^ jusqu'à l'époque environ où nous verrons paraître sur la scène des Papiers de Saint-Simon le général marquis de ce nom^ qui leur porta un si heureux et si vigoureux assaut. Lemontey vivait depuis 1 795 à PariSj dans le monde des lettres^ a où il avait trouvé sa vraie destinée » . La bonne société qu'il fréquentait^ la nature de ses écrits^ le nom qu'il s'était fait^ l'avaient désigné à l'attention de l'Empereur^ qui le chargea de réunir un nombre considérable de documents pour servir à une histoire politique du dernier siècle ^ depuis la mort de Louis XIV (i). « Nul
partager tout le temps de sa vie entre les satisfactions et les occupations de l'esprit et l'agrément des bonnes compagnies. Il fut reçu à l'Académie le i8 juin 1819, et mourut le 26 juin 1826. Lemontey excellait dans les Notices. La Revue encyclopédique en contient plusieurs de lui qui sont des modelés, entre autres celle relative au cardinal de Retz. Ses œuvres complètes en cinq volumes, moins VHiS'~ toire de la Régence, qui n'a pu paraître qu'après i83o et qui forme deux volumes, ont été publiées en 1829, in-8% chez Sautelet. Les Éloges historiques et les Notices sont dans le tome III.
(i) « Il y a environ huit ans (dit-il au début de la préfieice
n'avait plus de lecture que Lemontey, a écrit M. Feuillet de Couches^ qui Pavait beaucoup connu et avait eu et vu en lui un maître. Il s'était abreuvé avec une infatigable ardeur aux sources historiques. Tour à tour biographe des personnages les plus diversement célèbres ^ publiciste^ historien, romancier, fabuliste, auteur dramatique toujours piquant, toujours spirituel..., du reste, de mœurs douces, de caractère facile, de commerce sûr, il était fort répandu dans le monde, mais ne faisait feu qu'en petit comité ( i ) . » La chute de l'Empire trouva Lemontey dans son tranquille siège de visiteur et d'hôte au Dépôt, où il continua de paraître sous le nou-
de son « Histoire de la Régence », qu'il écrivait en 18 16) que je fus invité par le gouvernement de V Empereur à écrire l'Histoire de France sous le règne de ses deux derniers rois. Je demandai les moyens de connaître la vérité et la liberté de la dire : on m'accorda les uns et on me promit Vautre. Plusieurs personnes informées de l'entreprise dont j'étais cliargéy s'empressèrent de me communiquer , soit des mémoires inédits, soit une foule de pièces officielles conservées datis leur famille. La richesse et la nouveauté de ces matériaux ont soutenu mon courage contre l'immensité du travail que m'a coûté leur étude. »
(i) Feuillet de Conches, Causeries d'un Curieux. (Retouches du manuscrit. L'auteur a consacré un chapitre considérable au portrait, au jugement et à la mémoire de Lemontey dans son manuscrit nouveau.)
veau règne^ sans être autrement tourmenté ou desservi. Son esprit s'était particulièrement arrêté aux documents relatifs aux dernières années du règne de Louis XIV et au temps de la Régence. C'est dire de quel prix dut être pour lui l'approche des papiers originaux du duc de Saint-Simon. Entre autres^ il est le premier qui ait signalé les annotations qui sont au manuscrit du Journal du marquis de Dangeau, et le premier qui en ait divulgué des fragments. Il ne pouvait pas ignorer que ces annotations iMSSQXii de Saint-Simon^ mais pour ne pas éveiller peut-être au dehors une curiosité trop hâtive^ ou pour tout autre motif à nous inconnu^ il ne prononça pas le nom du fameux Duc et ne désigna Y annotateur que sous le nom de « TAnonyme ».
«Je m'occupe depuis bien des années, dit-il, de la recherche de documents originaux , sur lesquels on puisse écrire une histoire vraie et impartiale des derniers règnes de notre Monarchie. Quelques personnes , informées de ce travail , ont désiré connaître mon opinion sur \ Abrégé des Mémoires de Dangeau, publié Tannée dernière par Madame la Comtesse de Genlis... Lorsque je