MANUSCRITS CONNUS PAR LEMONTEY
compulsai la première fois les divers Manuscrits de Dangeau, j'y remarquai plusieurs notes asse:[ piquantes pour entrer dans le recueil de mes matériaux historiques. J'ignorais le nom de l'auteur ou des auteurs de ces additions , car rien ne prouve qu'elles aient une même origine; et je n'ai d'ailleurs reconnu dans le caractère de l'écriture la main d'aucun des personnages à qui nous devons des Mémoires. Il paraîtra seulement certain que r Anonyme a été contemporain de Dangeau, qu'il lui a survécu quelques années, et qu'il est bien instruit de l'intérieur des grandes £sunilles et des événements les plus secrets de la Cour. Il était naturel de restituer à Dangeau imprimé le commentaire de Dangeau manuscrit, et j'ai, en conséquence , laissé sortir de mon portefeuille ces notes, qui y attendaient quelque emploi depuis environ dix années. »
Certes, voilà une note dont la prudence de la diction, la retenue des termes, le soin admirable pour taire le nom du duc et pair, ont dû bien plaire à M. le Garde des archives des Affaires Étrangères en fonctions à cette époque. Mais écoutez encore Lemontey^ et demandez-vous s'il ne savait pas aussi bien que M. le Garde du Dépôt lui-même que celui qu'il appelle a l'Anonyme » était M. le duc de Saint-Simon :
200 MA\USCRirS CONNUS PAR LEMONTEY.
« En louant le zèle de l'Anonyme pour tout ce qui est honorable, juste et religieux, je crois que son extrême sévérité doit le foire soupçonner d'humeur, de méprises et d'exagération. J'ai publié avec plaisir les exemples de vertu qu'il rapporte; jai quelquefois écarté les tableaux d'un genre opposé; mais, dans tous les cas, j'ai conser\'é son style acre, énergique, incorrect, comme un avertissement au lecteur de mesurer sa confiance pour des foits qui appartiennent à un autre siècle et qui sont entrés dans le domaine de Fhistoire. L'union de ce commentaire bizarre et passionné avec les récits fedes et flegmatiques de Dangeau, ne peut manquer d'être utile à deux écrivains dont chacun possède les qualités qui manquent à l'autre. Un tel mélange nous rappelle le sage régime des peuples de l'Hindoustan, qui relèvent par d'ardentes épices le riz insipide qui est leur nourriture commune. »
Mais Lemontey n'avait pas seulement connu les commentaires et annotations que Tauteur « bizarre et passionné » avait faits au texte de Fauteur a fade et flegmatique » . Nous pensons qu'il n'avait pas été moins heureux que Tabbc de Voisenon^ et qu il avait beaucoup vu ^ lu et retenu du Saint-Simon pour les nécessités de l'histoire de la Régence dont il avait fait les