PARTIE DU MANUSCRIT RESTITUÉE
Dans l'espoir^ heureusement trompé^ d'impressionner le Ministre^ afin qu'à son tour il en impressionnât l'esprit de Sa Majesté^ il produisit son Mémoire du 28 avril 18 19. Vains furent les efforts officiels de ce peu de libéralité ! vains les arguments surannés! Car le 6 mai^ à huit jours de date de son Mémoire, il eut le déplaisir de devoir écrire sur ses feuilles cette note mémorable :
« Par Ordre de M. le Marquis Dessoles, Ministre des Affaires Étrangères, le Garde dts Archives a remis à M. le Marquis de Saint-Simon quatre portefeuilles contenant une partie des Mémoires historiques et politiques du duc de Saint-Simon (i). »
Cependant le Roi n'avait pas parlé d'une partie des manuscrits^ il avait dit les Manuscrits. Et par le fait de M. le Garde du Dépôt^. la restitution se trouvait n être qu'une demi-grâce. En admettant
(i) Voyez ce Document dans le compte rendu des audiences de janvier et 3 février à la Cour impériale de Paris, Première Chambre. Documents produits par le ministère public.
3oo AFFAIRE DE LA RESTITUTION.
même que, dans la pensée du marquis demandeur et du Roi donateur^ il n'eût été question que de cette partie des Manuscrits appelée les Mémoires, restaient encore les Portefeuilles contenant la seconde partie de l'œuvre du duc de Saint- Simon^ nous voulons dire son récit des huit années de la Régence. Soit que M. de Saint-Simon ne voulût pas engager alors ^ par respect pour le Roi^ une lutte à outrance avec le Dépôt des Affaires Etrangères^ soit qu'il ignorât en réalité la nature et Tabondance du trésor qu'il avait réclamé , soit enfin qu'il se dît que^ pour le moment et l'occasion ^ c'était avoir obtenu beaucoup^ sauf à reporter Téchéance de la parole royale vers des temps futurs^ il paraît alors n'avoir pas élevé le ton des réclamations, sauf dans une circonstance habilement saisie pour prendre publiquement date du don du Roi et porter en môme temps un coup redoutable aux éditeurs qui s'éloigneraient du véritable texte dont il était devenu possesseur. En eflfet , un an après la date de la livraison des quatre portefeuilles, presque jour pour jour, M. le général marquis de Saint-
LETTRE AU MOSITEUR, 3oi
Simon j devenu pair de France^ obtenait l'insertion au Moniteur de la lettre suivante , adressée au directeur gérant :
« Paris, le 26 avril 1820.
(( Monsieur, il vient de paraître une édition en six volumes des Mémoires du Duc de Saint- Simon. L'on sait que cet ouvrage n'a point été mis au jour par son auteur, et que les premières éditions qui en ont été données après sa mort ont été faites sur des copies infidèles et des lambeaux défigurés, subrepticement extraits des Archives des Affaires étrangères oîi le manuscrit avait été déposé. Les éditions postérieures à celles que l'on annonce aujourd'hui n'ont pu avoir sur les précédentes d'autres avantages que ceux du classement et du choix des matières ; aucune n'a fait connaître les Mémoires du Duc de Saint- Simon.
<( Permettez-moi, Monsieur le Rédacteur, d'annoncer au public, par la voie de votre journal, que, descendant de l'auteur des Mémoires, et remis en possession de la totalité de ses Manuscrits^ par une grâce spéciale du Roi, j'en prépare moi-même une édition qui sera conforme à leur texte, sauf les corrections et les retranchements indispensables.
« En publiant cet ouvrage dans sa forme primitive et suivant le plan adopté par l'auteur, je crois remplir un devoir envers sa mémoire, et satisfaire au goût du public exprimé par l'accueil