AFFAIRE DE LA RESTITUTION
du vieux Louvre. Mais en 1828^ un nouvel incident se produisit pour quelquesuns des Portefeuilles. M. le comte d'Hauterivcj en recevant en 18 19 Tordre de remettre au général marquis de Saint- Simon les Mémoires dont il est ici question^ avait avisé de retenir ^ pour le secret des archives (secret de près de cent ans d'âge !) , la seconde partie du manuscrit de ces Mémoires, Le général de Saint-Simon, soit par réserve ^ discrétion ou prudence, peut-être aussi pour des raisons que lui seul aurait pu motiver^ n'avait fait tout d'abord , ainsi que nous l'avons dit, aucune réclamation. Puis, deux ans après, en 1821 ^ ayant eu à déployer le caractère de ministre du Roi à la Cour de Danemark ' I ^ où il resta plusieurs années.
(i) Le j^cncral marquis Je Saint-Simon avait été désigné par le Roi pour l'ambassade au Brésil le 9 novembre i8i(). Il lit Je somptueux apprêts, qui n'eurent pas de suite, le Roi ayant renoncé à cette ambassade. Nommé ensuite en Danemark, M. de Saint-Simon arriva à Copenhague en avril 1S21 , et demeura titulaire du poste jusqu'en octobre iS3o. Il Tut envoyé à Stockholm en juin iS32 et rappelé la même année. Il lut ensuite nommé gouverneur de Pondichéry , et mous le gouvernement de l'Empereur, fut déclaré sénateur. Il est mort le i«j mars iSô?, âgé de quatre-vingtquatre ans.
AFFAIRE DE LA RESTITUTION. 3o5
il avait sans doute trouvé l'heure peu favorable pour mettre en avant ses prétentions y si légitimes qu'elles fussent. Toutefois j s'il réclama à plusieurs reprises pour que^ par la simple et nette exécution du bon vouloir du Roi^ justice lui fût faite ^ elle ne lui fut rendue que tardivement. L'honneur de cet acte^ d'ailleurs fort légitime ^ appartient au très-loyal comte de la Ferronays^ ministre des Afiaires Étrangères sous le roi Charles X (i).
Le 26 janvier 1828^ la lettre suivante partait du cabinet du Ministre^ à l'adresse de M. le Garde du Dépôt des Affaires Étrangères :
c( Je prie Monsieur le comte d'Hauterive de vouloir bien remettre à Monsieur le comte de Saint-Simon les trois volumes qui complètent la collection des Mémoires de Saint-Simon que le Roi a permis qu'on lui restituât. »
Cela fut le mot officiel , assez froid^
(i) M. le comte de la Ferronays fut déclaré Ministre le 4 janvier 1828, et accepté démissionnaire avec le Cabinet Martignac, le 22 août 1829.
S'/o INTER\'ENTîON DE M. DE LA FERROXAVS.
comme on le voit^ ainsi qu'il convient à un mot officiel^ mais il y eut^ en même temps, le mot officieux, charmant, courtois et fin tout ensemble. M. le comte d'Hauterive était en effet un serviteur vénérable des AflFaires Étrangères. Il s'était fait un nom très-honorable chez elles et par elles. M. le comte de la Ferronays, son ministre en 1828, tout en désapprouvant sa mauvaise humeur bien connue dès qu'il s'agissait de demander quelque chose aux Archives, était trop galant homme et trop « bon seigneur » pour ne pas se faire un devoir de ménager le caractère de ce personnage si justement considéré.
« Allons, mon cher Comte, et malgré la peine que vous en éprouvez, achevons de nous exécuter, et donnons à l'hcntier du Duc de Saint-Simon les trois ou quatre volumes de la f>artie historique de ses ouvrages qui manquent encore au sacrifice que vous avez déjà fait.
« Comte de la Ferronavs. »
C'était adorable et par la politesse et par Turbanité; c'était faire preuve tout à
MANUSCRIT DES MÉMOIRES RESTITUÉ. 3o7
la fois du plus fin et du plus piquant ménagement.
Ainsi furent libérés des clôtures, sévères jusqu'à Fexcès, du Dépôt qui les renfermait encore en 1 828 , les Manuscrits originaux d'un des ouvrages les plus extraordinaires qu'ait écrits une plume admirable : ainsi furent enlevées à des ténèbres beaucoup trop traditionnelles et bien trop durables, les pages les plus nécessaires à lire pour la connaissance des hommes et pour l'étude des caractères, pendant une des plus imposantes périodes de la vie politique en France. Une fois aux mains du nouveau possesseur, plus de doute que ce grand œu\Te dût aller vers la lumière, malgré tous les obstacles que prendrait encore soin de combiner, par des notes diflScultueuses , M. le garde du Dépôt pour en retarder l'éclat. Et lorsque se fut produite cette lumière glorieuse, par l'apparition d'une édition enfin complète de ce grand œuvre, Tapplaudissement fut universel. M. le comte d'Hauterive vécut assez pour en être témoin.
3o8 RÉCLAME ANECDOTIQUE.
Il est à croire que des faits nouveaux dans la publicité des Mémoires avaient ému M. le marquis de Saint-Simon, et l'avaient décidé à agir auprès du roi Charles X à cette époque^ pour que Sa Majesté invitât son ministre des Affaires Étrangères à acquitter le bon du feu Roi son frère. Dans le même mois^ en effet, où M. de Saint-Simon reçut les derniers Portefeuilles des Mémoires, le libraire Hivert avait fait annoncer à la date du 3 janvier 1828, par le Journal des Débats, la prochaine publication d'une édition nouvelle. La rédaction de cette annonce était des plus curieuses, en ce sens que le rédacteur en avait réglé le ton sur la mode, qui, alors, était de combattre à outrance et narguer avec excès les Pères de la Compagnie de Jésus. Voilà donc Saint-Simon mis à un autre genre de contribution, celle d'attiser le feu d'une réclame à la mode, de donner le piquant à une annonce véritablement bien vulgaire :
« Quoi de plus divertissant (disait le Rédacteur) que l'histoire du chocolat des Jésuites? Le siècle de Louis XIV, si différent du nôtre sous divers
M. DE SAINT-SIMON ANNONCE UNE ÉDITION. Sog
rapports, s'en approche sous quelques autres. Les Jésuites, qui régnaient alors sous le nom du grand Roi , aspirent de nos jours à reconquérir leur influence; ils voudraient, comme au temps de Saint-Simon , exploiter à leur gré le pouvoir et la fortune publique. Que d'anecdotes sur ces bons Pères !....»
C'était être presque coupable de donner ce travesti d'un autre genre à l'œuvre du duc de Saint-Simon et d'en faire un pareil emploi pour un appel aussi vulgaire au public. A cette annonce de l'édition nouvelle^ qui d'ailleurs ne devait être que la répétition de l'édition mensongère de 1 8 1 8 ^ M, le marquis de Saint-Simon eut beau jeu pour répondre. Il le fit avec sang-froid, et tira parti de l'occasion pour annoncer de nouveau qu'il était en possession du Manuscrit original, à la publication duquel il se préparait. Le Moniteur du 14 janvier 1828 contient sa réponse à M. le Directeur du Journal des Débats :
a Monsieur,
ce Vous avez annoncé, dans votre numéro du 3 de ce mois, une nouvelle édition des Mémoires
3io LETTRE AU JOURNAL DES DÉBATS
de Saint-Simon, par M. F. Laurent, mise en vente chez Hivert, rue des Mathurins Saint- Jacques (i). Cette annonce est faite pour induire le public en erreur. L'éditeur, en cela, avance un fait dont il m'est facile de démontrer la fausseté.
« Ces Manuscrits, qui m'ont été rendus par le feu Roi, comme propriété de famille, plusieurs années avant sa mort, ne sont sortis des Affaires Etrangères que pour passer entre mes mains , et , loin de les avoir communiqués à qui que ce soit, je me dispose à donner incessamment une édition complète et entièrement conforme aux Manuscrits du Duc de Saint-Simon.
<( Les éditeurs illégitimes de 1789 et de 1791 ont exploité à leur profit la curiosité publique en promettant du scandale sur la Cour ; celui d'aujourd'hui veut l'exploiter en en promettant sur les Jésuites. Mais son succès est plus que douteux lorsque le chef de la famille du Duc de Saint- Simon proteste contre toute nouvelle édition prétendue augmentée ou rédigée d'après les Manuscrits, et déclare qu'elle ne pourrait être qu'une
(i) Cette édition doit être la même que celle annoncée en 1826 par la même librairie, augmentée de toutes ces belles promesses sur le prospectus : « Nouvelle édition mise dans un ordre chronologique, accompagnée de notes, collation née sur plusieurs manuscrits autographes (!!) et précédée d'une notice historique sur la vie et la iîimille du duc de Saint-Simon, suivie d'un appendice contenant les pièces justificatives, d'une table pour chaque volume et d'une table générale des matières, par M. V. Laurent, n L. V. Hivert, libraire-éditeur, 1826.
PUBLICITÉ ET ÉCHANGE DE LETTRES. 3ii
réimpression de ce que contiennent les deux précédentes, qui elles-mêmes sont autant de larcins faits à la propriété de la famille
« Le Marquis de Saint-Simon, <c Pair de France (i). »
Ainsi la lettre du libraire Hivert était du 3 janvier 1828; la réponse du marquis de Saint-Simon^ du 6 janvier^ fut rendue publique le 14. Enfin^ le lôjanvier^ parut une nouvelle lettre du libraire au Moniteur, dans laquelle il parlait d'un Manuscrit (c extrêmement précieux »^ provenant de la famille de La Rochefoucauld^ et qui^ selon son dire^ le mettait à même de se passer aisément de la volumineuse collection dont M. le marquis de Saint- Simon assurait être en possession. Ces rapprochements de dates sont intéressants^ car ce fut le 26 du même mois que M. le comte de la Ferronays, Ministre des Affaires Etrangères, commanda formellement à M. le Garde des Archives, qui s'y opposait, de donner satisfaction
(i) Voir Xi:, Moniteur universel, année 1828, numéro du 4 janvier, et le Journal des Débats , janvier, idem.
3i2 ANNONCE DES VRAIS ^MEMOIRES m.
au marquis de Saint-Simon ^ en lui remettant les autres Portefeuilles des Mémoires. Il est manifeste que le mouvement imprimé à la publicité par M. Hivert dans cette circonstance avait mis en nouvel émoi M. de Saint-Simon^ qui alors avait pris la résolution de presser l'accomplissement de la grâce à lui concédée par le Roi^ et il est manifeste aussi que bien lui en prit^ puisqu'il y réussit.
C'est à dater de cette époque que le marquis de Saint-Simon s'occupa de la publication réelle des Mémoires véritables du Duc et Pair. Le lo juillet 1828, il céda au libraire Bossange^ qui en fit cession pleine et entière au libraire Sautelet^ le droit de publier le Manuscrit ( i ) . Et dans cette même année 1828 encore^ par Torgane du Moniteur, il fit annoncer comme très -prochaine l'apparition du livre. On y lit ceci à la date du 28 novembre :
(i) D'où il sortit Ju reste un procès qui fut plaidé et jugé en mars i83o. Voyez le Moniteur du 28 mars et les Jour^ naux judiciaires. (Affaire des Mémoires. Procès Sautelet , liossange, Pieiri) La Galette des Tribu7taux donne à ce procès l'importance d'une question neuve de littérature légale. (Numéros des i5 et 1 6 mars i83o, Audiences des 1 2 février et 1 2 mars.
LEUR APPARITION. 3i3
(( Le Roi a donné la Collection tout entière à l'héritier de cet homme célèbre, à M. le Marquis de Saint-Simon, Pair de France, qui la luimême confiée à des éditeurs, sous la condition expresse que le texte en serait religieusement respecté... »
Les deux premiers volumes de l'œuvre annoncée parurent au mois de mai 1829.
L'œuvre entière^ qui devait n'avoir que huit livraisons de deux volumes chacune^ dépassa ce nombre^ et en comprit vingt et un^ dont le dernier, renfermant les tables, fut publié dans le cours de Tannée i83o. Tel en fut le titre : a Mémoires complets et authentiques du duc de Saint- Simon sur le siècle de Louis XIV et la Régence j publiés pour la première fois sur le manuscrit original entièrement écrit de la main de l'auteur, M. le marquis de Saint-Simon j pair de France ( i ) . » A quelques erreurs de texte et à quelques menus retranchements près, nous avions enfin
(i) Chez A. Sautelet et C^, libraires-éditeurs, Paris, 1829i83o. L'avis de Téditcur contient une sorte d^historique du manuscrit des Mémoires, que M. de Saint-Simon n'aurait certainement pas laissé imprimer s*il avait connu nos documents, car cet historique est gros d'erreurs.
3i4 BEAU JUGEMENT DE VILLEMAIN.
les oc Mémoires de Saint-Simon ». C'est alors que Villemain^ cet éloquent et pur critique, cet esprit admirable, cet homme qui portait jusqu'à la perfection la conscience du bien et du beau, put confirmer d'autant plus le jugement si noble et si sûr que, quatre ans auparavant, il avait prononcé sur Saint-Simon , aux applaudissements de la Sorbonne :
«A la même époque, au dix-huitième siècle, écrivait, dans la langue et Tesprit du dix-septième, un des génies les plus originaux de notre littérature, le premier des satiriques en prose, inépuisable en détails de mœurs et qui peint d'un mot comme Tacite; créateur d'une langue à lui, et, sans correction, sans ordre, sans art, admirable écrivain.
« Cet homme est le Duc de Saint-Simon , avec son ardente curiosité, sa fièvre de Cour et sa justesse de coup d'œil dans le feu de la passion... Il se trompe souvent quand il agit, quand il conseille; mais quel connaisseur des hommes quand il ne faut que les peindre! De Fénelon jusqu'à Dubois, que de caractères du vice et de la vertu! que dfe contrastes , que de nuances admirablement saisis ! Que de surprises faites à notre nature ! Comme il se complaît, comme il se dilate dans l'approfondissement d'une àme humaine î »
Dès lors, les éléments de succès pour
SUCCÈS DES VRAIS a MÉMOIRES ». 3i3
le grand travail de Saint-Simon n'ont cessé de croître. L'auteur a pris le rang le plus élevé dans les lettres françaises ^ au point que l'Académie lui a rendu cet hommage de proposer son éloge pour le prix d'Éloquence (i). Les éditions volumineuses se sont produites et succédé rapidement jusqu'aujourd'hui^ où il en paraît une nouvelle ^ représentée comme répondant si exactement à l'absolue vérité du travail original^ qu'on la pourrait dire calquée plutôt que copiée sur les propres pages tracées par l'auteur (2).
Feu M. le marquis de Saint-Simon ^ par
(i) Voir à la Bibliothèque de l'Institut, Mémoires. Académie française (tome XV, 1854 a iSSy). Institut impcrial de France. Séance publique annuelle du jeudi 3o août i835, présidée par M, le duc de Noailles. Voir le discours de M. Villemain, secrétaire perpétuel, rendant compte des prix d'éloquence décernés par TAcadémie. Deux discours, sur quatorze qui avaient été offerts à Tcxamen de l'Académie, furent couronnés : Discours sur le duc de Saint-Simon, sa vie et ses écrits y par Eugène Poitou ; Discours sur la vie et les écrits du duc de Saint-Simon , par M. Amédée Lefèvre-Pontalis.
(2) Les éditions successives des Mémoires complets de Saint-Simov, depuis celle publiée par Sautelet et G* (c'est-àdire Mcsnicr, Paulin et Renouard), et les publications en volumes de fragments de ces Mémoires, sont les suivantes :
En i835 : Mémoires complets du Duc de Saint-Simon jur le siècle de Louis XIV et sur la Régence, publiés par
3i6 ÉDITIONS SUCCESSIVES.
un contrat passé avec la maison si notable qui en i856 a produit l'édition en
M. le marquis de Saint-Simon, Pair de France. Collationnés par réJiteur sur le manuscrit autographe. Paris , Eugène Renduel. Le prospectus est signé Louis de Maynard. 11 n*a paru qu*un volume in-8« de 488 pages. Cette édition interrompue a donné lieu à un procès. Voir Galette des TribU' naux, i5 juillet i836. Affaire d*arbitrage volontaire; Renduel et Saint-Simon; Deuxième Chambre.
En 1840 : Mémoires complets et authentiques du Duc de Saiict-Simon sur le siècle de Louis XIV et la Régence, publiés sur le manuscrit original entièrement écrit de la main de Tautcur par le marquis de Saint-Simon^ Pair de France. Nouvelle édition, revue et corrigée, en 40 volumes in-ia. Paris, H. L. Delloye, éditeur. (En 1842, il y eut une réimpression des tomes !•' à XVI de cette édition.)
En 1846 : Extraits des Mémoires de Saint-Simon en ce qui touche la Régence ; scvcc avant-propos et notices, par M. F. Barrière. Paris, F. Didot, 1846, un volume in- 18.
En i853 : Mémoires complets du Duc de Saint-Simon, en 40 volumes in- 18. Paris, Garnier frères.
En i853 : Louis XIV et sa Cour, portraits, jugements et anecdotes extraits des Mémoires authentiques du Duc de Saint-Simon, 1694-1715. Paris, L. Hachette, i853, un volume in- 16 (avec un avertissement de ii pages.)
En i853 : L^ Régent et la Cour de France sous la minorité de Louis XV, portraits, jugements et anecdotes extraits des Mémoires authentiques du Di;c de Saint-Simon. 17 i5- 1723. Paris, L. Haclieite, i853, in-i6.
En 1 856-1 858 : Mémoires complets et authentiques du DUC DE Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la Régence, collationnés sur le manuscrit original, par M. Chérucl et précédés d'une notice, par M. Sainte-Beuve, de rAcadcmic française, avec un portrait authentique de l'auteur et un spccimcn de son écriture. Kdition en 20 volumes
ÉDITIONS SUCCESSIVES. Sij
vingt volumes in-octavo j désormais épuisée. Ta rendue possesseur du Manuscrit original, dont, par l'organe aussi lettré que piquant de M. le Bibliothécaire Gallien, le lecteur a vu la description dans le cours de la lettre jointe à notre préface, a Mémoires de Sainct- Simon », y est-il dit au titre ^ qui est celui de l'auteur, et rien de plus. Voilà pour l'historique de cette partie
in-8«. Paris, L. Hachette et C*. Cette même édition a été tirée à cent exemplaires numérotés sur grand papier, qui ont été promptement épuisés.
En i856 : Mémoires de Saint-Simon précédés d'une notice sur Tauteur, par Emile de La Bédollière. 20 volumes in-8». Paris, G. Barba. Même année: Mémoires de Saint- Simon. (Nouvelle édition conforme au manuscrit original, collationnée avec soin sur l'édition Sautelet, avec une nouvelle table alphabétique des matières , rédigée avec le plus grand soin, par M. Bourgogne. 5 volumes in-4« avec 612 gravures. Paris, G. Barba. {Les deux éditions ont donné lieu, en i856 et 1857, ^ l'extraordinaire procès que nous avons rappelé diverses fois dans le cours de ce chapitre, et elles ont été saisies par suite de l'arrct rendu en Cour Impériale de Paris. Voir la Gœ^ette des Tribunaux du mois de juin i856 et des mois de janvier et février iSSy.
En 1864-1865: Mémoires de Saint-Simon. Édition en i3 volumes in-12. Paris, L. Hachette et O:
En 1873 : Mémoires du Duc de Saint-Simon publics par MM. ChcTucl et Adolphe Régnier fils, et coUationnés de nouveau pour cette édition en 20 volumes sur le manuscrit autographe, avec une notice de M. Sainte-Beuve. (Tomes 1 à Vlll, in-12, publiés jusqu'à ce jour, 3i décembre 1873). Paris, L. Hachette etC^.
3i8 AUTRES « MANUSCRITS ».
des œuvres du duc de Saint-Simon.
L'épisode en a été long. Mais^ parmi tous ceux qui sont amis déclarés des belleslettres et des études de T histoire ^ en serat-il un qui aura pu voir sans peine ou sans surprise l'incroyable espace de temps, les fatigues^ les intrigues, les marches, les contre-marches qu'il a fallu subir, traverser ou faire pour arriver au but ! Voyons maintenant ce qu'il advint à propos des autres Manuscrits, et pour cela , tournons-nous encore vers le Dépôt des Affaires Étrangères.
Le manuscrit seul des Mémoires avait été remis à M. le général marquis de Saint-Simon, Pair de France. Savait-il ce qu il lui restait encore à désirer et à recevoir, si comme il l'a dit, et en particulier et en public, le Roi Louis XVIII lui avait assuré la restitution ou la donation (peu importe le vocable) de la totalité des manuscrits de l'ancien Conseiller de Régence? Lui seul pourrait répondre et donner à cet égard des éclaircissements. S'il ignorait la quantité précise des articles qui formaient le recueil contenu dans les
AUTRES H MANUSCRITS ». Sic
cinq caisses reçues par Le Dran^ sur la présentation de V Ordre du Roi du 21 décembre 1760, il ne pouvait ignorer qu'à la suite des Onze Portefeuilles des Mémoires j il y avait aussi ceux contenant les a Pièces annexées » , puisque Saint- Simon en parle en divers et nombreux endroits de son œuvre. Ces mots <c Voyei les Pièces », tant de fois tracés de la main de l'auteur^ n'avaient pu échapper à sa qualité d'éditeur dont il avait pris le titre. Avait-il connaissance que le Portefeuille des Tables dressées par Saint- Simon lui-même existait aussi? Peut-on admettre encore qu'après i83o il n'avait pas été mis au fait de l'existence des Correspondances personnelles du duc de Saint-Simon avec les gens d^état, de lettres et de qualité, indiquées avec une précision incontestable par l'historien Lemontey, dans sa préface de ï Histoire de la Régence? Les relations qu'il dut nécessairement avoir avec les lettrés pour les éditions successives qui ont paru chez Renduel, Deiloye, Garnier, et en dernier lieu chez Hachette, n'avaient pu manquer de l'en informer. A-t-il tenté de
320 AUTRES « ^IA^'USCRITS ».
nouvelles démarches? Ce que Ton peut affirmer, c'est que sous le règne de Tempereur Napoléon III, quiTavait fait entrer au Sénat dès la formation, M. de Saint- Simon parla souvent de l'intention où il était de demander à l'Empereur de faire honneur à la lettre de change du Roi. D'aucuns qui l'approchaient nous ont témoigné de cette déclaration. M. de Saint-Simon est mort le 19 mars i865, sans avoir, sans doute, mené à fin ces utiles démarches et ces tentatives qu'il avait annoncées. Il faut d'autant plus le regretter que personne n'ignore combien Napoléon III était de nature et d'esprit accessibles à la libéralité et à la justice dans les difficultés et dans les circonstances de cette sorte. Le goût si éprouvé qu'il avait de l'étude de Thistoire lui aurait aisément permis de comprendre que le succès de la demande de M. de Saint-Simon aurait nécessairement amené et complété la divulgation des œuvres de Tauteur des Mémoires, et il était homme, malgré toutes les notes qui seraient parties non pas directement du cabinet de son Ministre, mais indirectement et par façon
AUTRES aMANUSCRITSu. Su
de souterrains j du bureau de la direction des Archives du Ministère, à passer outre et à estimer que le mouvement de libéralité du Roi pouvait être suivi par l'Empereur (i). Quoi qu'il en ait été.
(i) Quelque parti que Ton soit prêt à servir, à quelque opinion politique qu^on appartienne, c^est une justice qu'il faudra toujours rendre à Napoléon III. Il était essentiellement libéral et avait le sens le plus pratique qui se puisse rencontrer chez un souverain pour le perfectionnement des vieux rouages. Dans la sphère des choses dont je fais ma seule occupation , il me serait difficile de dire combien je suis souvent porté à honorer son nom. C^est à son impulsion particulière que nous devons d*avoir le Cafa/o^e des Imprimés de la Bibliothèque Nationale et celui des Ma' nuscrits si utilement entrepris, catalogues propres au service journalier de tous les savants, érudits, curieux et lecteurs. Que ne dirai-je d'ailleurs de lui à ce propos, quand j*ai sous les yeux les sept volumes grand in-S*, de Lettres, Instructions et Mémoires de Colbert, publiés par ses ordres sur la proposition d'un ministre aussi judicieux que capable d'initiative: M. P. Magne. Quand trouverons- nous un ministre des Affaires Etrangères qui à propos de la mémoire des plus illustres de ses prédécesseurs dans l'ancienne diplomatie française, écrira au chef de l'État ce que M. Magne écrivait à l'Empereur le 1 1 août iSSg, lui proposant la publication des Lettres, Instructions et Mémoires de Colbert :
« Une pareille publication. Sire, faite sous les auspices de Votre Majesté, ne serait pas seulement un juste hommage à l'Administration française dans la personne d'un de ses plus illustres représentants ; elle aurait aussi, au double point de vue historique et administratif, une utilité incontestable. Elle ne pourrait enfin qu'honorer le Gouvernement qui l'aurait ordonnée. »
Sans nos malheurs, habilement secondé et surtout utilement et véridiquement renseigné, il n'eût été réforme dans cette sphère si belle des études littéraires, que l'Empereur
après la restitution des manuscrits des Mémoires j il est démontré par l'inventaire que le Dépôt des Affaires Étrangères détenait encore prisonniers d'État ^ en fait d'œuvres propres ou de papiers personnels d'un intérêt plus ou moins grand pour l'histoire des règnes de Louis XIV et Louis XV ^ les articles suivants :
Mémoires sur les Ducs et Pairs. Trois volumes in-folio.
Des Pairies de France, d'Angleterre , et des Grands d'Espagne, Un volume in-folio.
Duchés et Comtés-Pairies. Un volume in-folio.
Les Notes et Réflexions écrites sur des feuillets joints aux trente-sept volumes in-folio des Mémoires de Dangeau,
Les Officiers de la Couronne, Un Portefeuille de neuf cahiers.
ne se fût plu à demander, et au besoin à imposer à des ministres à vues rétrospectives ou par trop faciles à trouver toujours bons les ordinaires propos de tel ou tel chef de division ou de direction, généralement inspiré à une source
unique, fort douce d'ailleurs et commode, celle de l'habitude revêche à toute réforme, si heureuse qu'elle pourrait être pour le service public.
Les Pairies. Quatre Portefeuilles de cent trente cahiers.
Les Érections des Pairies. Neuf Portefeuilles de deux cent soixante-neuf cahiers.
Les Régences. Un Portefeuille de vingt-deux cahiers.
La Dernière Régence. Un Portefeuille de vingtsept cahiers.
Les Princes Étrangers. Un Portefeuille de trente-huit cahiers.
L'Érection des Duchés Étrangers. Un Portefeuille de cinq cahiers.
La Préséance entre MM. les ducs de Samt- Simon et de La Rochefoucauld. Quatre Portefeuilles de cent seize cahiers.
La Préséance entre les Ducs et Pairs et M. de Luxembourg. Un Portefeuille de vingt -six cahiers.
Les Duche\ d'Aiguillon et d'Estouteville. Un Portefeuille de vingt-trois cahiers.
Le Duc d'Epernon. Un portefeuille de vingttrois cahiers.
Les Princes légitimés. Trois Portefeuilles de
cent quinze cahiers.
Les Duchés-Pairies. Un Portefeuille de douze cahiers.
Les Promotions de V Ordre. Un volume in-folio.
L'Ambassade d'Espagne. Deux Portefeuilles infolio de soixante-sept cahiers.
Mémoires faits et écrits par M. le duc de Saint- Simon, sur différentes matières, contenues en sept Portefeuilles de trois cent dix cahiers.
Table alphabétique générale des Mémoires de Saint-Simon. Un Portefeuille de onze cahiers.
Table particulière des manuscrits de Saint- Simon. Un Portefeuille de seize cahiers.
Parallèle (i). Un Portefeuille de seize cahiers.
(i) D'après M. Amcdéc Lefèvrc-Pontalis, auteur de Tun des très-beaux discours sur la vie et les écrits du duc de Saint-Simon, qui ont remporté le prix d'éloquence décerné par l'Académie française en i855, ce manuscrit serait non pas du duc Louis de Saint-Simon, auteur des Mémoires, mais du premier Duc de ce nom , de Claude de
Saint-Simon, son père. M. Amédée Lefèvre-Pontalis dit :
• « Son père vivait, à cause de son grand âge, éloigne de la nouvelle Cour , et par un dépit auquel cèdent souvent les vieillards, il semblait tenir en mépris la gloire et la grandeur du jeune Roi, Il liabitait tantôt son gouvernement de
Mariage de Monsieur avec Mademoiselle de Montpensier. Un Portefeuille de quatorze cahiers.
Changement à la Dignité de Pair de France. Un Portefeuille de douze cahiers.
Nottes sur les Duchés et Comtés-Pairies. Un Portefeuille de quarante-cinq cahiers.
Abrégé de tous les Ducs et Pairs vérifiés. Un Portefeuille de trente-huit cahiers.
Autre Parallèle, Un Portefeuille de quatorze cahiers.
Procès du maréchal de Luxembourg. Portefeuille de quinze cahiers.
Pièces/ugitives (i). Un Portefeuille de sept gros cahiers.
Blaye, tantôt son château de La Ferté, entouré des plus vertueux de ses contemporains, fuyant les hommes nouveaux et honorant la mémoire de Louis XIII , son bienfaiteur, dans un pancf^rique resté inédit , au-dessus de Henri IV et de Louis XI V. »
Puis, en note, M. Lefcvre-Pontalis ajoute : a Parailèle de Henri IV, Louis XIII et Louis XIV , par le duc Claude de Saint-Simon. Le manuscrit appartient aux Archives du Ministère des Affaires Étrangères. » Voyez p. 107 du Discours.
(i) Il est à remarquer que ce titre de Pièces fugitives se trouve répété neuf fois comme formant neuf articles di£fé-
Lettres de différents Ministres. Un Carton de trois liasses.
Lettres de différentes personnes (i). Un Portefeuille.
Huit Paquet\ de Lettres. Un Portefeuille.
Catalogue des Manuscrits et Livres.
Etats des Mémoires et Écrits faits par Monseigneur sur différentes matières. Sept volumes.
Lettres trouvées dans les vingt-neuf paquets soumis à l'examen de M. le Lieutenant civil. Quatre cent quatre-vingt-treize pièces.
Il est admissible et croyable que tous ces Manuscrits ne doivent point s'égaler par la prise en considération qu'ils méritent^ par la valeur^ par Tintérêt^ par Timportanceen curiosité historique. La manie ducale^ Temportcment pour la Pairie et la
rents il'iin plus ou moins crand nombre de cahiers. Vovez
notre chapitre xi (les ManuscritsV, et p. 140 et suivantes, les numéros i32, i55 et suivants de l'Inventaire, l^ communication des pièces pourrait seule établir leur nature, leur valeur et leur intérêt.
(i' l^ même remarque est à faire pour les « Lettres »>. Voyez même chapitre et mêmes pages, les numéros i33 , i5«», 160. lôô, 1Ô7, 1Ô8 et lôo de l'Inventaire.