LETTRE DE M. FEUILLET DE COXCHES
c'est ainsi que Saint-Simon les appelle , — sont de la main d'un des secrétaires auxquels il dictait le plus habituellement, et, d'ailleurs, Votre Excellence le sait mieux que personne, — le st>'le, quand il y a un style, est un moyen de reconnaissance aussi sur que l'écriture même. Or, ici, il n'y a point à s'y méprendre. Les Additions sont, comme j'ai déjà eu l'honneur de le dire à Votre Excellence, soit des notes neuves sur des personnages non cités dans les Mémoires, soit, le plus souvent , des résumés de détails épars dans le cours de ce livre immortel; et lors même qu'elles ne sont que la reproduction textuelle des Mémoires (ce qui , dans 1 étendue de six volumes et demi de notes, arrive trois fois pour des articles importants;, on y retrouve encore, de loin en loin, à la place de mots pittoresques du texte imprimé , quelque autre image non moins pittoresque : nouveau trait de pinceau qui exclut le copiste et révèle le maître. Cela suffit pour prouver l'authenticité, mais ne suffirait pas pour motiver la reproduction d'un texte connu. Les trois Additions dont il s'agit sont donc du nombre de celles qu'il y aurait à remplacer par un renvoi aux Mémoires imprimés.
u Fkuillet de Gonches ( I ) . )>
(ij A Son Excellence M. Villemain, Pair de France inistrc de l'instruction publiauc.
NOTES AU a JOURNAL DE DANGEAUi», 335
Les bureaux s'emparèrent momentanément du projet^ qui, malgré Tactivité et les bonnes dispositions de la commission, y demeura longtemps retenu. Cependant, la copie des Notes^ Additions et Com-' mentaires du duc de Saint-Simon ne s'en était pas moins effectuée par les soins de M. Feuillet de Conches, autorisé par le Président du Conseil, approuvé, encouragé, aidé par l'honorable Directeur des Archives, M. Mignet. Par suite de circonstances qui ont particulièrement tenu aux événements de la vie politique, le Ministre de Tlnstruction publique a dû ensuite abandonner le projet de la publication qui avait été si heureusement présenté et qu'il avait adopté. Mais, ainsi que nous le verrons tout à Theure, l'œuvre ne fut point perdue pour les curieux, puisque, dix ans plus tard, la maison Didot, se substituant au Ministère, entreprenait la publication du Journal de Dangeau, avec les Additions de Saint-Simon, copiées dix ans auparavant par M. Feuillet de Conches. Ce fait important, relatif à Tune des œuvres de l'auteur des Mémoires, est le dernier que nous ayons à
mentionner comme s'ctant passé au Dépôt des Affaires étrangères jusqu à Tépoque du nouveau déplacement^ et, par contre, de l'installation nouvelle du Ministère, de ses bureaux et de ses archives.
Le projet d un établissement définitif pour le ministère des Affaires Etrangères avec le Dépôt de ses Archives sur remplacement où nous les voyons aujourd'hui, entre le quai d'Orsay et la rue de l'Université, fut soumis aux Chambres, au mois de juin 1845, par M. Guizot, Président du Conseil des Ministres, et approuvé par elles. L'architecte Lacomée, chargé du soin d'élever cet édifice, termina les constructions sept ans après.
M. Drouynde Lhuys, Ministre Secrétaire d'État, en prit possession avec ses bureaux, sous TEmpire, le 5 septembre i853 (i).
Le Dépôt des Archives fut ensuite installé peu à peu dans la partie des bâtiments qui lui avait été destinée, en façade sur la rue de rUniversité, par les soins particuliers de
(1) Ce jour-là, le Minisire des Allaires Étrangères signa pour la première fois au quai d'Orsay.
M . Dumont^ sous-directeur^ et de M . Tétot^ commis principal sous la direction de M. Cintrât^ devenu chef du Dépôt, peu de temps après l'heureuse et féconde direction et la très-honorable mais regrettable démission du savant Mignet , en 1848 (février) \î). Dans le nouveau bâtiment, une salle dite des Manuscrits y fut aussi ménagée pour être spécialement destinée à des séries de documents qui , selon le caprice et le vouloir du chef de service, sont estimés choses propres à être classées, rangées et conservées séparément des correspondances ordinaires. Celles-ci occupent les autres salles, remplies ainsi par les volumes des négociations, répartis en des armoires que distinguent les
(i) Uintérim qui eut lieu entre la démission de M. Mignet le 24 février 1848, et la nomination de M. Cintrât à la même direction, le 3 mars 1849, avait été rempli par M. Edouard Carteron, ancien préfet de TAin, envoyé ensuite consul à Stettin. M. Cintrât, après avoir été rédacteur, sousdirecteur et enfin directeur des AiBtiires Politiques, fiit nommé aux Archives, qu'il dirigea jusqu'au 28 octobre 1866, époque à laquelle il fut admis à la retraite. Il a eu pour successeur M. Prosper Faugère, qui occupait Tune des sous^ directions des Affaires Politiques, et qui, en littérature, s'était particulièrement distingué par des publications relatives à l'incomparable auteur des Lettres Provinciales,
noms des États étrangers. Les traités originaux ^ les écrits particuliers à des questions d'État, les travaux commandés en divers temps aux rédacteurs de mémoires historiques et politiques, les documents d'un caractère diplomatique acquis au Ministère , les uns par des ordres du Roi avant 1789 ou par des procédés révolutionnaires entre 1792 et 1797, les autres par legs, dons ou achats, s'y trouvent réunis. C'est donc dans cette salle, dite des Manuscrits, que furent placés les Papiers de Saint-Simon , diminués des on^e Portefeuilles de ses Mémoires, et ils doivent s'y trouver aujourd'hui encore, à moins qu ils n'aient été disséminés et répartis, selon leur nature et leur objet, dans les volumes les plus variés des séries les plus diverses. Ce serait chose très-possible, depuis l'ouvrage entrepris et accompli , loin de tous les bruits du monde , par l'ancien sous-directeur, feu M. Dumont. Si les papiers de Saint-Simon, en effet, ont subi le sort de la dispersion et de la répartition, comme tant d'autres, sous le prédécesseur de M. Viennot, sous-directeur actuel, il n'y a plus de
SÉRIE DITE DE ^SAINT-SIMON i>, 339
^^ papiers de Saint-Simon » proprement dits^ c'est-à-dire de série, de collection formant un ensemble. En un mot, s'il en est ainsi, le Cabinet de M. le Duc de Saint-Simon, reçu et inventorié caisse par caisse par Le Dran, en 1761 , n'existe plus. Il est fondu dans la masse des papiers désignés soit Négociations, soit Fonds de France. Il est disparu comme unité, mais il n'en faut pas conclure qu'il le soit comme pièces et articles. Le reformer serait l'ouvrage d'un commis expert aidé de l'industrie du relieur. Un copiste d'élite, bien dirigé, suffirait d'ailleurs à reproduire ce qui serait nécessaire pour la publication des œuvres, jusqu'ici inédites, du célèbre auteur. M. le Directeur des Archives ne n^anquerait d'ailleurs d'aucun secours intelligent, méthodique, bien réglé, pour parfaire cette intéressante besogne, du jour où le Ministre des Affaires Étrangères aurait cette heureuse inspiration et cette bienfaisante volonté, de l'inviter à sacquitter de ce soin avec célérité, bonne grâce, méthode et perfection.