AUTRES DÉTAILS SUR AUTRES PAPIERS
Le Dépôt des AflFaires Etrangères était alors au vieux Louvre : très-mal situé , d'un abord difficile^ au dernier étage d'un interminable et étroit escalier^ audessus de la chapelle^ en quelque sorte sous les combles. C'était là que, depuis Tannée 171 1, un Premier Commis, à qui la garde en était confiée, tenait, en aussi bon ordre que le lui permettait le local, tous les Papiers relatifs aux Négociations, fournis par la correspondance
réciproque des Secrétaires d'État avec les Ambassadeurs et Ministres du Roi à l'étranger. La création en était due au marquis de Torcy^ ministre excellent^ soutenu et aidé dans cette tâche et ce soin par le sieur de Saint-Prez (i)^ Tabbé Le Grand (2) et quelques autres écrivains
(i) D'abord Conseiller au Grand Conseil, puis Secrétaire des commandements de la duchesse d'Orléans en 1691 . Il avait travaillé, dès 1682, sous les ordres du père du marquis de Torcy, qui à son tour, devenu secrétaire d'État, ayant M. de Saint-Prez en haute estime, le retint auprès de lui. Il le fit directeur d'une Académie politique au Louvre, en même temps qu'il lui confia le I>épôt des Af&ires Étrangères. L'abbé Dubois, ambassadeur en Angleterre, puis ministre, usa beaucoup du savoir diplomatique de M. de Saint-Prez, qui lui fournissait mémoires sur mémoires.
(2) L'Abbé Joachim Le Grand , personnage d'esprit, de bonnes lettres, d'un grand savoir, et un véritable curieux en fait de documents historiques. Torcy, Ministre Secrétaire d'État, aimait beaucoup les gens ainsi doués. Legrand avait pris le goût de l'étude sous le patronage et les conseils des Pères de I'Oratoire. C'est tout dire. En 1676, il travailla avec le Père Le Cointe aux Annales Ecclésiastiques, et publia en 168S, en trois volumes in- 12, son Histoire du divorce de Henri VHl. Entré dans la maison d'Estrées en iGyo, l'Abbé, ambassadeur de ce nom, l'emmena comme Secrétaire on Portugal. Ce fut par cette porte qu'il prit pied dans les Affaires Étrangères. Il ne les servit du reste, ensuite, qu'à titre de curieux et de rédacteur de Mémoires sur différents sujets, principalement ceux qui concernaient les collections de papiers, la réunion de documents, en un mot, la formation et l'augmentation d'archives historiques. C'est pour ce motif surtout que je le considère et que je me plais à rappeler ici son nom. Le Chancelier D'Agucsseau, qui était un maître homme, lui avait
politiques spéciaux, tous animés d'une véritable passion pour les documents historiques. Toutes sortes de raisons d'Etat^ d'ailleurs fort bonnes^ avaient rendu cet établissement nécessaire ( i ) . Le
soumis son noble projet pour la formation d*une grande collection des Historiens de Fr^ifce; et le Procureur Général, en 1720, lui avait promis sa faveur pour lui donner accès à la Tour du Palais , où se trouvaient alors une fort grande quantité de rouleaux sur parchemin très-peu connus. J'aurais encore à dire beaucoup d'autres bonnes choses de lui, mais l'occasion s*en retrouvera ailleurs. Il mourut, âgé de quatre-vingts ans, le 3o avril 1733.
(i) Le premier document imprimé que nous connaissions relativement à la création du Dépôt des Archives des Affaires Étrangères se trouve dans le Journal du marquis de Dangeau , à la date du dimanche 9 mars 17 10. Il y eut ce jour Conseil : le Roi y était. Le marquis de Torcy représenta à Sa Majesté l'insuffisance du cabinet qu'il avait à Versailles pour contenir les papiers des Négociations conservées et classées depuis Tannée 1662, et qui s'augmentaient tous les jours. Il exposa qu'il ne serait nécessaire de garder auprès de lui que les papiers assez récents pour être utiles aux Premiers Commis, rédacteurs des dépêches courantes. Le Roi accorda au Secrétaire d'État l'établissement qu'il lui demandait , et désigna pour cet objet plusieurs pièces du vieux Louvre. L'opération du transport des papiers des Négociations, de Versailles à Paris, se fit donc dans le courant de Tannée 17 10. Le Dépôt fut dès lors augmenté d'un trèsgrand nombre de papiers d'État qui n'avaient point encore figuré au cabinet de Versailles, et au recueil desquels s'employèrent avec une rare activité le sieur de Saint-Prez et l'abbé Legrand d'abord , le sieur Le Dran ensuite. Il est difficile de dire en quel temps précis l'installation se fit au Louvre. Saint-Simon parle d'un pavillon au couvent des Petits-Pères, qui aurait servi, faut-il croire, à une installation provisoire. Je n'ai trouvé trace de ce fait nulle part, sauf dans les papiers de Clairambault que m'a signalés
sieur Le Dran (Nicolas-Louis) ^ que nous avons vu porteur de V Ordre du Roi chez le Notaire au Chàtelet dépositaire des Papiers de Saint-Simon^ y avait en quelque sorte été élevé, éduqué, nourri, et promu à tous les grades que pouvait comporter remploi de commis au Dépôt des Minutes des Affaires Étrangères (i). Il y était entré en 1711^ à Tépoque même du transport des documents du cabinet de Versailles au vieux Louvre, à Paris, sous la direction du sieur de Saint-Prez, à la mort duquel, en 1720, il avait partagé ses fonctions avec le sieur Dupuise (2) jusqu'en 1725. Lorsque mourut Antoine Pecquet, ancien premier commis, doué de
Tobligeance souvent et utilement éprouvée de M. l'archiviste de la marine, Pierre Margrj'. Mais Clairambault ne parle du pavillon des Petits-Pères que pour l'installation et la conservation des Papiers de la Marine, et non pour ceux des Affaires Étrangères. J'ai lieu de penser qu'un prochain ouvrage de M. A. M. de Boislisle, concernant l'histoire des Papiers du Contrôle Général, répandra incidemment quelque lumière sur ces questions, si intéressantes pour la petite et sage République des Curieux.
(i) On appelait aussi de la sorte le Dépôt de cette Secrétaircric d'État lorsqu'il était au Louvre. J'ai vu des plans de l'architecte Gabriel sur lesquels il était ainsi marqué : « Les Minutes des Affaires Etrangères ».
(2) Archives nationales, Maison du Roi (Cartons et Registres de 1720 a l'ji'i)^ passim.
grandes qualités ( i )^ on mit la plume de M. Le Dran dans la politique. Il y réussissait médiocrement j et en lySo il revint au Dépôt du Louvre ^ qui^ mieux que le Cabinet de Versailles, paraissait s'adapter à ses talents, en somme assez restreints. Il y résida de lySo à 1740, où, par suite de l'aventure de Pecquet le fils (2), il fut
(i) Ce titre de Premier Commis, qui n'est plus compris aujourd'hui, était, sous le gouvernement du Roi, avant 1792, tenu dans la plus grande considération. On ne pouvait atteindre à un degré plus élevé dans le service intérieur du Ministère, à moins d'être le Ministre' même. Les Premiers Commis ont commencé à paraître sous le Secrétaire d'État des Affaires étrangères Colbert de Croissy, père du marquis de ToRCY, son successeur, et élève de Pomponne. L'un et l'autre honorèrent beaucoup les Premiers Commis. Ils étaient peu nombreux et accomplissaient une besogne extraordinaire. Aujourd'hui les Premiers Commis sont des Directeurs. 11 y a le Chef du Cabinet et Secrétariat augmenté du bureau du Protocole, le Directeur des Affaires politiques, le Directeur des Consulats et des Affaires commerciales, le Directeur des Archives et de la Chancellerie (c'est-à-dire des affaires dites de Chancellerie), le Directeur des Fonds et de la Comptabilité.
(2) Autre Premier Commis des Affaires Étrangères, de beaucoup de talent, mais inférieur, à mon sens, à celui de son père. Son aventure fut d'être soudainement arrêté et conduit prisonnier à Vincennes sur l'ordre de M. le cardinal de Fleury. Cet épisode très-curieux de la vie politique secrète arriva en septembre 1740. Voyez Barbier, Journal du règne de Louis XV (édition Charpentier), tome III, pages 221-223. Ce Pecquet le fils, dont je parle ici, avait précisément fait partie du personnel de'I'Ambassade Extraordinaire du duc de Saint-Simon à la Cour d'Espagne, en 1721 .
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remis dans la politique; mais^ comme auparavant, il y fit modeste figure. Ses successeurs immédiats, que par rapport à lui on peut appeler éphémères et intérimaires, et qui personnellement exercèrent à peine leurs fonctions, furent Tabbé De la Ville, un des Quarante, et le sieur de La Porte du Theil , plus tard Tun des signataires du Traité d'Aix-la-Chapelle.
Rétabli chef du Dépôt en 1749, le sieur Le Dran s y trouvait encore en 1760, à la veille, du reste, de le quitter définitivement, lorsqu'il avait été commis par M. le duc de Choiseul, Secrétaire d'État, à la prise des Manuscrits de Saint-Simon. Ces sortes de commissions étaient chose familière à M. le Garde du Dépôt.
Depuis deux années surtout, les occasions ne lui avaient pas manqué pour s'y rendre expert. Il avait été désigné pour la visite et Tcxamen des papiers de plus d'un haut personnage, de plus d'une grande dame, qui, de leur vivant, avaient eu la main aux affaires du Roi , dans les relations étrangères (i). Lorsqu'il eut
(i) Voir les Papiers des Commissaires Enquêteurs au
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augmenté le Dépôt du Louvre des Por^ tefeuilles du feu duc de Saint-Simon^ son devoir fut de prendre connaissance du contenu de chacun d'eux, et de dresser le Catalogue des pièces pour le présenter à M. le duc de Choiseul. C'était une manière de les lui faire passer caisse à caisse, ainsi que M. le Secrétaire d'État l'avait ordonné par sa lettre du 21 décembre 1760. Il s'acquitta de ce soin fort rapidement. Si on consulte, en effet, les papiers de Choiseul, on voit que dès les premiers jours de janvier le Ministre avait été mis à même de distribuer le travail d'appréciation^ d'examen et de compte rendu qu'il avait projeté de faire exécuter sur les Manuscrits de l'ancien témoin de la Cour de Louis XIV et du confident et conseiller du Régent.
C'est dans ce but que M. le duc de Choiseul chargea le sieur Humblot, son secrétaire particulier, de se rendre de
Châtelet, qui sont aux Archives nationales, particulièrement ceux qui ont rapporta des scellés apposés par « Ordre du Roi ». Cette recherche est diflScile, en ce sens qu'avant de l'entreprendre, il faut connaître les noms de ceux qui ont servi dans les Affaires Étrangères et celui du Commissaire qui a été désigné pour apposer le scellé.